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â!22 EXAMEN DU CHRISTIANISME

ne raconlez-vous pas d'Esculape les mêmes prodiges (l Apol.^

cil. XXI, XXTl)?»

Il y avait même, dans le dogme nouveau, un point qui devait singulièrement flatter les esprits, c'était l'attente prochaine de la On du monde. Cette opinion qui s'appuyait sur l'Ëvangiie et sur les autres écrits canoniques, comme nous l'avons prouvé au chapitre précédent (§ 6), fut partagée par tous les Pères des trois premiers siècles. Les chrétiens étaient généralement persuadés que Jésus- Christ viendrait, sous peu de temps, suivi de la milice triomphante des saints échappés à la mort ou rappelés à la vie, qu'ils régneraient sur la terre pendant mille ans dans la nouvelle Jérusalem où ils goûteraient un bonheur inaltérable ; après quoi, le Jugement dernier ouvrirait aux élus le séjour céleste. L'Apocalypse fournissait les premiers traits de la description de celte cité splendide, et l'imagination des fidèles en complétait le brillant tableau (i). Quelques uns prétendirent même l'avoir vue descendre du ciel et disparaître aux premiers rayons du Jour : c'était comme une annonce que bientôt elle prendrait racine sur le sol et que l'ère du bonheur commencerait. Ces espérances ont dû séduire tous ceux qui n'étaient que médiocrement satisfaits de leur condition présente, et à plus forte raison ia foule de ceux qui n'ont reçu en partage que les souflTrances et la misère. On venait leur annoncer un bonheur parfait et prochain ; le messager de semblables nouvelles est toujours cru facilement, et l'on devait peu chicaner sur les motifs de crédibilité. Pour gagner ce bonheur, il fallait entrer dans une nouvelle société et en remplir les devoirs. Celte condition était douce ; ce n'était qu'une gêne passagère que devait récompenser une félicité immense dont la pensée suffisait pour exciter l'enthousiasme. Tertuliien se délecte de la peinture des jouissances que vont éprouver les saints, et il insulte d'avance aux sou£frances auxquelles seront condamnés les persécuteurs du peuple de Dieu {De spectaculis, ch. xxx). L'attente

(1) Saint Irénée, disciple de Papias, entre dans de grands détails sur la ville sainte qui devait bientôt, selon lui, descendre du ciel pour recevoir les justes (liv. V, p. 455).

de ce grand événement soutenait les courages et faisait prendre en dédain toutes les affaires d'un inonde qui, d'un moment à l'autre, allait disparaître comme un décor de théâtre.... Les séductions d'une telle croyance compensaient amplement les répugnances que pouvaient exciter certains dogmes.

g i. — Qaelle était la difficulté de faire accepter la morale chrétienne ?

C'est ici surtout que les apologistes exagèrent les Immenses obstacles que dut rencontrer le christianisme à cause de sa morale austère qui, bien loin de lâcher la bride aux passions, les réprime impitoyablement ; les autres religions, nous dit-on, ont eu quelque succès grâce au relâchement de leurs préceptes qui favorisaient la sensualité, tandis que le christianisme érige en vertu le sacrifice, fait une loi de la chasteté, de la mortification, et impose les devoirs les plus rigoureux.

Le christianisme, comme toutes les religions, sans exception, a' eu pour but de faire régner la vertu et n'a cru pouvoir y réussir qu'en exigeant de l'homme des sacrifices. Toutes commandent d'aimer le prochain, de ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qui nous fût fait, de respecter les lois, de nous dévouer au besoin pour le salut de nos frères, de n'user des plaisirs qu'avec modération, de ne pas nous laisser dégrader par là volupté. Le christianisme, à cet égard, n'a rien inventé, n'a innové en rien, comme nous le prouverons au chap. xiv. Malgré ce qu'il y avait de scandaleux dans certaines parties de la théologie païenne prises à la lettre, ce n'est pas dans ces mythes que l'on allait chercher la règle des devoirs ; personne, à moins d'être fou, ne songeait à s'autoriser de l'exemple de Saturne pour manger ses enfants (i), ou â s'arroger le droit de voler sous la protection de Mercure; pas plus que chez les Juifs on aurait été bien reçu à justifier le mensonge par l'exemple d'Abraham, le dol par Jacob, le vol par Moïse, l'assassinat

(1) Qui ne sait que Saturne dévorant ses enfants, c'est le temps qui détruit SCS œuvres, c'est le dieu indien Siva, le grand destructeur, c^està-dire l'Être suprême opérant partout la rénovation par la deslruclion ou la transformation ? {Voyez Cicéron, De nat, deor.^ liv. Il, ch. xxiv.)

par Judilh, etc., ou à meUre sous le patronage de Jehovab la jalousie, la colère et la vengeance. La raisqn générale rectifiait ce qu'il y avait de vicieux, au moins en apparence, dans les diverses mylhologies, et toutes les morales s'accordaient à prescrire comme des devoirs les vertus réelles, c'est-à-dire celles qui contribuent au bien de la société et de l'individu.

Quant aux devoirs de convention, par lesquels les législateurs ont enchaîné l'homme sans nécessité, ils varient suivant les diverses religions; et s'ils sont nombreux dans le christianisme actuel, ils l'étaient beaucoup moins dans les premiers siècles. La conression était inconnue, et l'on n'avait pas encore Imaginé les innombrables et gênantes pratiques que le catholicisme a cru devoir Imposer plus tard. Le christianisme était même, à beaucoup d'égards, plus accommodant que les religions qui l'ont précédé ou suivi. Ainsi le judaïsme faisait une loi de la circoncision, opération très-douloureuse, des sacrifices d'animaux, de la pâque, de voyages annuels à Jérusalem, etc; il Interdisait l'usage de certaines viandes, prescrivait le repos absolu pendant certains jours. Tout cet ensemble de commandements formait un joug très- lourd, et saint Pierre reconnaissant que les Juifs n'avaient pu le porter et qu'il était devenu intolérable (AcL ap., xv, 7-iO), a voulu, ainsi que le concile de Jérusalem qui s'est rangé à son avis, que le fardeau de la loi nouvelle fût beaucoup plus léger à porter. Ainsi, au moins à l'égard des Juifs, la nouvelle religion devait sourire comme plus commode à pratiquer.

A une époque postérieure, le mahomélisme vint, sous le rapport de la morale, présenter des difficultés plus grandes que celles du christianisme. Bien des gens regardent la loi de Mahomet comme favorisant les plaisirs des sens ; ceux qui lui ont fait cette réputation imméritée, n'ont envisagé qu'un seul point, la polygamie (qui, du reste, existait avant Mahomet chez tous les peuples orientaux et notamment chez le peuple de Dieu) (1). Mais la polygamie permise

(i) La plupart des patriarches étaient polygames. Jacob avait à la fols quatre femmes (dont Rachel el Lia qui étaient sœurs), et c'est d'elles que sont nés les douze patriarches, chefs des douze tribus, tous regardés

aux hommes seuls, devait nalarellement avoir contre elle toutes les femmes ; même parmi les hommes, elle n'est à la portée que des grands et des riches qui forment l'exception. Cette Institution ne peut donc suffire pour donner de la popularité à une religion qui s'établit. Sous beaucoup d'autres rapports, la loi de Mahomet impose des devoirs très-rigides au nombre desquels il faut placer an premier rang la .circoncision ; elle interdit l'usage du vin et des autres boissons fermentées, elle proscrit les Jeux de hasard, ainsi que les jouissances de la peinture et de la sculpture; elle ordonne de fréquentes ablutions, la prière cinq fois par jour, et en outre des jeûnes très-sévères consistant dans l'abstinence de toute nourriture jusqu'au coucher du soleil, et non, comme chez les catholiques, en une futile distinction de mets, qui n'a de jeûne que le nom; elle ordonne l'aumône qui, ailleurs, n'est que conseillée; elle prescrit aussi à chaque fidèle le long et fatigant voyage de la Mecque. Tout cela est certainement fort peu attrayant, et ceux auxquels on est venu pour la première fois parler de se soumettre à d'aussi dures conditions, auraient dû, ce semble, n'éprouver que de la répugnance

comme également légitimes. Le saint roi David avait plusiears femmes, et rÉcritore ne Ten blâme aacanement. La loi de Moïse permettait la polygamie , ainsi que le reconnaît Bergier (vo Polygamie). Le grand sanhédrin Israélite, convoqué par Napoléon l" et composé des représentants de tous les juifs de France et d'Italie, a décidé, le 2 mars 1807, que la polygamie permise et aulorisée par la loi de Moite n'était qu'une simple faculté que les rabbins avaient subordonnée à la condition d'avoir une fortune suffisante pour subvenir aux besoins de plus d'une épouse (voir SiRBT, Recueil général des hit et det arrêtt, t. VI, 11« partie, p. 196). L'assemblée n'a interdit cette faculté qu'à cause de la nécessité de se conformer aux lois de l'empire. 11 est à remarquer que Jésus-Christ ni ses apôtres n'ont rien décidé à cet égard ; il n'y a pas un seul texte du Nouveau Testament qui interdise la polygamie ; d'où l'on peut conclure que Jésus-Christ a implicitement maintenu cette faculté que donnait l'ancienne loi. Bien plus, saint Paul, en prescrivant que l'évéqne, ainsi que le diacre, soit mari d'une seule femme {uniut uxorit vir) (I 7tm., m, 2, 12; Tit.^ I, 6), semble autoriser les autres hommes ft en avoir plusieurs.

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