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liea d'être le père de rbumaoité, l'êlre souveraineoienl bon, il crée des miilious d'élres infectés en naissant de la lèpre du crime et destinés, pour la plupart, à un supplice éternel, en expiation du fait même de leur naissance. Comment l'imagination bumaine a-t-elle pu enfanter un tel chef-d'œuvre d'actrocité? L'homme alors, bien loin de devoir de la reconnaissance à son créateur, ne serait-il pas en droit de maudire celui qui ne lui a donné l'existence que pour le dévouer fatalement à un tel sort? Si Adam ne pouvait procréer qu'une race criminelle et maudite, que Dieu n'éteignait>il chez lui la vertu génératrice et ne créait-il une autre humanité chez laquelle le mal n'eût pas été une nécessité de sa nature?
Le catéchisme nous enseigne que le péché d'Adam est seul transmissible et que les autres péchés ne descendent pas des pères aux enfants. Il s'ensuit d'abord que, d'après ce triste privilège attaché au péché d'Adam, il doit être regardé comme le plus odieux de tous ceux que l'homme puisse commellre ; ainsi la désobéissance de nos premiers parents qui , en mangeant la pomme fatale, ignoraient le bien et le mal, serait un crime qui dépasserait immensément le parricide, le sacrilège, et tout ce que l'imagination peut enfanter de plus monstrueux t... De plus, la transmission du péché n'étant pas le résultat d'une loi absolue, ne tenant pas à la nature des choses, ne serait duc qu'à la volonté spéciale de Dieu qui alors prendrait plaisir à créer des êtres souillés de crime. Le Dieu des chrétiens serait donc un idéal de méchanceté.
D'après une décision récente du Pape Pie iX, il est de dogme qup, seule de toute la race humaine, la Vierge Marie a été exempte du péché originel (1). Si Dieu a fait une exception en sa faveur, il pou-
(1) La question a été longtemps controversée. LUmportance toujours croissante du culte de Marie a exigé qu'on la mit au-dessus de toutes les faiblesses, de toutes les imperfections, de tout ce qui ne serait pas en harmonie avec les honneurs divins qu'on lui rend. On a donné pour motif de la décision, que THomme-Dieu ne pouvait convenablement devoir la naissance à une mère qui aurait été souillée par le péché. Par la même raison, iK était indigne de lui d*avoir pour grand-père et grand'mère des pécheurs ; il faudra donc étendre le privilège aux ascendants au second degré, puis aux bisaîeux, trisaîeux, et ainsi de suite, jusqu'aux premiers
valt en faire mille, il pouvait exempter toute la race. Si uo être appartenant à la race humaine est né exempt de la souillure du pécbé d'Adam, cette souillure n'est donc pas un attribut essentiel de l'humanité; la transmission n'est donc pas due aux exigences de la justice divine; et Ton ne pourrait justifier Dieu qui, pouvant nous faire naitrc innocents, nous lait naître coupables.
Quand la théologie est pressée parées objections écrasantes, irréfutables, elle se tire d'affaire en alléguant le mystère qui ne se discute pas et qui a le droit d'être absurde. Mais, quant au péché originel, il n'existe pas de mystère, en prenant ce mot dans le sens de l'Église, c'est-à-dire que l'énoncé de la proposition offre un sens clair et facilement saisissable ; mais celte proposition est monstrueuse et évidemment contraire à la raison (1).
pères du genre humain ; alors l'exception deviendrait la règle, et il n'y aurait plus de péché originel ; ainsi soit-il.
(1) Quelques néo-catholiques , effrayés de la répulsion qu'inspirent à tous les hommes éclairés certains dogmes du catholicisme, s'efforcent de les adoucir et de déGgurer la religion pour la rendre plus acceptable. C'est ainsi que des prédicateurs à la mode, sans craindre le reproche de pélagianisme, ont déclaré en chaire que l'Église n'admettait pas de péché originel, mais seulement une imperfection native dérivant de la déchéance d'Adam. C'est tout simplement nier le christianisme, tel qu'il existe ; car si l'humanité n'est pas coupable, il n'y a plus besoin de rédempteur, la vengeance divine n'a plus besoin d'être fléchie par Teffusion du sang d'une victime humaine. Pour réduire au néant les tentatives de conciliation de ces prédicateurs romantiques, il suffit de leur opposer le mot de péché originel qui est employé par tous les théologiens et dans tons les catécliismes où l'on distingue deux sortes de péchés , Voriginel, c'est-ù-dire celui que nous apportons en naissant et qui nous vient de la désobéissance de notre premier père, et Cactuel, c'est-à-dire celui que nous commettons par nous-mêmes. Enfin, une autorité irrécusable pour un catholique, c'est celle du concile de Trente qui statue ainsi : « Si quelqu'un soutient qu'Adam, souillé par le péché de désobéissance, n'a transmis à tout le genre humain que la mort et les peines du corps, et non le péché qui est la mort de l'àme, qu'il soit anathème. — Si quelqu^un nie que ce péché d'Adam se transmette à tous par propagation, non par imitation, est inhérent à chacun en propre et ne peut
§ 3. — De rincarnation et de rantbropomorphisme.
D'après la doctrine de TËglise, Thomme ne pouvait se relever de sa chute, parce que son offense étant infinie par rapport à Toffensé qui est Dieu, exigeait une réparation infinie ; il fallait que Dieu luimême se rît homme pour expier, par ses souffrances et par sa mort, le crime du genre humain. Il y a à examiner dans ce dogme deux parties distinctes, l'incarnation divine et la rédemption.
Qu'est-ce qu'un Dieu qui se fait homme et qui réunit en lui la nature divine et la nature humaine? Le seul énoncé d'une telle proposition suffit pour en faire voir la fausseté. Il est clair que le même être ne peut réunir des attributs inconciliables et qui s'excluent réciproquement. Or, il est de Tessence de Dieu d'être infini, éternel, omniscient, infaillible, impeccable, immuable. 11 est de l'essence de l'homme d'être fini, contingent, ignorant, faillible, peccable, changeant. Le prétendu homme-Dieu sera donc tout à la fois fini et infini, éternel et contingent^ omniscient et ignorant, etc. ; ce qui est absurde au plus haut degré. II vaudrait autant dire que le cercle a revêtu la natnre du carré sans cessé d'être cercle.
Les théologiens sont obligés de reconnaître dans Jésus des attributs contradictoires. Comme il avoue souvent son infériorité vis-àvis de Dieu, comme il reconnaît que son père est plus grand que lui, que l'époque du jugement dernier est inconnue au Fils et n'est connue que du Père {voye% chap. ix, § 3), il faut donc avouer que Jésus-homme était inférieur à Jésus-Dieu, que Jésus-homme ignorait des choses que savait Jésus- Dieu, de sorte que le même individu était inférieur à lui-même, se priait lui-même, savait et ne savait
être enlevé que par les mérites de Jésus-Christ ; si quelqu'un dit que les petits enfants ne tirent ptis d'Adam le péché originel et soutient qu'à leur égard le baptême n*est pas une vraie rémission des péchés ; si quelqu'un nie que la culpabilité du péché originel {reatum origincUis peecali) soit effacée par la grâce du baptême, qu'ils soient anathèmes (Concilium tri' dentinum, sessio V, can. II, 111, IV, V,) » Il n'y a pas moyen de transiger avec de pareils textes : il faut opter entre la raison et Tautoritc de rÉglise.
pas tout à la fois. II est impossible de rien imaginer de plus déraisonnable. De plus, si Jésus comme homme n'a qu'une science bornée, il en résulte qu'il est sujet à l'erreur et. par conséquent, sujet au péché, qu'il a pu tromper les hommes, que l'autorité de ses paroles n'est qu'une autorité humaine et discutable, et que, par conséquent, sa révélation est inutile. On alléguerait en vain l'union intime de la divinité à l'humanité. De deux choses l'une : ou la divinité communique la plénitude de ses attributs à l'humanité, ou cette communication n'est qu'incomplète. Dans le premier cas, l'humanité participant de la nature divine, cesse d*être humanité. Cette hypothèse est d'ailleurs contredite par les aveux de faiblesse et d'ignorance échappés à Jésus. Dans le second cas, l'humanité de Jésus reste imparfaite, faillible, et notre objection subsiste dans toute sa force.
Dieu étant Inflni, ne peut être renfermé en un lieu particulier. Donc il est absurde de supposer qu'il puisse être contenu dans un corps humain.
Quelques anciens théologiens cherchèrent à rendre un peu moins choquant ce mystère. Les uns, comme Eutychès, n'admettaient en Jésus qu'une âme, l'âme divine, et prétendaient qu'il n'avait pris de l'humanité qu'un corps. D'autres, comme Nestorius, voulurent distinguer en Jésus deux personnes, l'une divine et l'autre humaine. Mais l'Église anathématisa les uns et les autres, et décida qu'il y avait en Jésus une seule personne en deux natures, qu'il avait une âme divine et une âme humaine, qu'il était Dieu parfait et homme parfait (Catéchisme). Mais, ou le mot âme est vide de sens, ou il signifie ce par quoi un être doué de sensibilité se sent individualisé. Dire qu'un individu a deux âmes, c'est dire qu'il a deux moi, qu'il forme deux personnes, ou ce qui est la même chose, deux individus. C'est un énorme non-sens. L'Église n'a cependant pas reculé devant les conséquences de ce monstrueux paradoxe. Elle a condamné comme hérétiques les monothélites qui ne reconnaissaient à Jésus qu'une volonté. Il est donc décidé qu'il a deux entendements, l'un d'une pénétration infinie, l'autre d'une portée finie, et deux volontés; et cependant, ce n'est qu'une personne! Le mystère se complique encore de la contrariété possible entre ces deux volontés : en effet, comme elles sont inégalement éclairées, l'une étant toujours déter-
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minée par une science inOnie, et l'autre n'ayant pour guide qu'une science humaine et bornée, il doit nécessairement arriver que des motifs différents produisent des déterminations différentes; d'où la lutte entre Jésus-homme et Jésus- Dieu; ce qui, au surplus, se voit dans l'Ëvangile où Jésus reproche à Dieu, e'est-à-dire, à luimême, de l'avoir abandonné (i).
Toutes les actions de Jésus-Christ doivent-elles être attribuées à Dieu, ou quelques unes appartiennent-elles exclusivement à l'homme? Sur ce point, les décisions de l'Église sont pleines de contradictions. D'un côté, le catéchisme nous dit que Jésus, comme Dieu, n'a jamais eu de commencement, et que, comme homme, il est né de la Vierge Marie ; que, comme Dieu, il est immortel, et que comme homme, il est mort.. D'un autre côté, le concile de Constantiuople a décidé que Marie était réellement mère de Dieu (2) ; l'Ëgiise donne aux Juifs le titre de déicides; elle ne cesse de parier de la mort d'un Dieu, du sang d'un Dieu, Il faudrait lâcher de se mettre d'accord avec soi-même. Si c'est seulement comme homme que Jésus est né, sa mère n'a enfanté qu'un homme. Si c'est seulement comme homme qu'il est mort sur la croix, les Juifs n'ont tué qu'un homme, H n'y a eu de versé que le sang d'un homme, etc. Si c'est un Dieu qui est né de Marie et qui est mort sur la croix, alors il faudra se figurer un Dieu charnel et borné, un Dieu sorti du sein d'une femme, un Dieu faible et souffrant, un Dieu buvant, mangeant
(1) Saint Augustin dit en parlant de l'incarnation : « Si l'on pouvait donner une raison de ce mystère, il ne serait plus admirable ; si Ton en trouvait un exemple, il ne serait plus singalier {Epist., m, 162, ad Evodium)» »
(2) Cette parenté divine s'arrête, on ne sait pourquoi, à la mère de Jésus. Jacques, son frère, élait seulement appelé le frère du Seigneur {Gai., I, 19), et non le frère de Dieu. Joseph est appelé père nourricier de Notre-Seigneur, et non père nourricier de Dieu. Les autres parents ne sont point appelés grand-père de Dieu, oncle de Dieu, ancêtre de Dieu, cousin de Dieu-, ce dernier titre devrait appartenir à tous les hommes. On ne peut justifier cette inconséquence. Il n'y a pas de raison pour que l'on n'établisse pas avec exactitude, pour chaque homme, son degré de parente avec Dieu.
et exécutant toutes les ronclions humaines, un Dieu frappé de douleur, d'abattement, etc. La première hypothèse renverse le christianisme, la seconde est en opposition évidente avec les attributs de Dieu. L'Ëgiise les prend toutes deux tour à tour et en fait un accouplement monstrueux. Dieu n'est pas néy et Marie est mère de Dieu. Ordinairement il n'y a pas de meurtrier sans victime; et cependant ici il n'y a point eu de Dieu de tué^ puisque Dieu ne peut mourir, et il y a des tueurs de Dieu ou déicides... Mystère! Ce mot répond à tout, suffit à tout.
Il est fâcheux pour le christianisme que son système d'incarnation le rapproche de toutes les mythologies qu'il aime tant à bafouer, sans réfléchir que tous les traits qu'il lance contre elles retombent sur lui-même. Que de sarcasmes n'a-t-il pas décochés contre les généalogies des dieux grecs et romains, ces dieux nés dans le temps, soumis aux faiblesses de l'enfance, aux blessures, aux disgrâces, à la douleur : eh bien, le christianisme a aussi sa théogonie, Jupiter, né dans une caverne du mont Ida et allaité par la chèvre Âmalihée, n'a rien de plus ridicule que le Dieu-Christ né dans l'étable de Bethléem, entre un bœuf et un âne. Si Apollon est réduit à garder les troupeaux chez Âdmète, si Neptune est maçon chez Laomédon, si Mars est blessé par Diomède, et Vulcain précipité de la voûte céleste; Christ fait le métier de charpentier, est humilié, conspué, flagellé et crucifié. Sur ce dernier point, l'avantage serait en faveur des immortels de l'Olympe qui pouvaient bien subir quelques désagréments, mais qui du moins ne connaissaient pas la mort. Et les incarnations ou avatars de l'Inde ne sont-elles pas de même nature que celles de Jésus? Les chrétiens peuvent tout au plus dire que, en fait, les Indiens se trompent en regardant Rama, Krichna, etc., comme des incarnations de la seconde personne de la Trinité divine : mais ils n'ont pas droit de traiter la chose d'absurde. Si cette seconde personne s'est incarnée une fois, elle peut aussi bien s'incarner neuf fois comme le prétendent les Indiens, ou cent, si elle le juge convenable, ou même passer continuellement par une série d'incarnations, comme le grand Lama qui est un Dieu permanent sur terre.
Le système d'incarnation est la complète justification de Vanthropomorphisme ou de Topinion qui prêle à Dieu une forme humaine.
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Nous avons VU (chap. y, §6) que cette opinion était celle des auteurs de l'Ancien Testament, qui, dans beaucoup de circonstances, attribuent à Dieu des actes humains accomplis avec un corps semblable à celui de l'homme (i). Il en résulte que', bien avant l'incarnation de Jésus dans le sein de Marie, Dieu s'était fait homme. On peut demander dès lors pourquoi il ne profitait pas d'une de ces nombreuses incarnations pour sauver le genre humain, et pourquoi, lors de ia dernière (car il paraît que, depuis Jésus, ces incarnations ont cessé), il a jugé à propos de naître enfant et de passer par tous les degrés de croissance, tandis que, dans les précédentes, il était constamment adulte, et prenait et quittait soudainement un corps comme un manteau, à moins qu'on ne suppose qu'il conservât d'une manière permanente le corps avec lequel il se montrait à Adam, Noé, Abraham, Jacob, Moïse, etc. Si Dieu a été pendant un temps quelconque revêtu d'une forme humaine, il pouvait l'être toujours, et alors il n*y avait rien de déraisonnable à considérer cette forme comme un de ses attributs essentiels. En supposant même que cette forme ait été accidentelle, il ne pouvait y avoir rien de coupable à représenter Dieu avec ia figure sous laquelle il s'est montré. On ne pouvait donc faire un reproche à ceux qu'on appelle païens, de prêter à leurs dieux une forme humaine, comme font aujourd'hui les chrétiens en plaçant dans leurs temples l'image de Jésus.
En traitant les païens d'anthropomorphites, les chrétiens se trouvent adresser à autrui un reproche mérité par eux seuls. Tous ceux qui se sont un peu occupés de l'étude des anciennes religions, savent que les dieux des mythologies égyptienne, grecque, romaine, etc., n'étaient pas des êtres à forme humaine, mais bien le principe de toutes choses ou les principes présidant aux diverses forces de la nature ; Jupiter était le feu éthéré, incréé et organisateur du monde, Junon l'air atmosphérique, Vulcaln le feu terrestre, Neptune l'eau, Apollon le soleil, Gybèle ia Terre, etc. On symbolisa ces divinités sous une forme humaine pour mieux frapper l'imagination des peu-
(1) L^Église n'a pas encore décidé laquelle des trois personnes de la sainte Trinité avait alors Thabilude de s'incarner ainsi, ou si c'était la Triiiilé tout eolière.
pies. Mais la Dgure n'était qu'un emblème destiné à représenter les attributs du dieu. Que plus tard les hommes grossiers aient attaché aux dieux les traits sous lesquels ils avaient l'iia blinde de les voir dans les temples, c'est une dégradation de la religion primitive à laquelle on ne peut imputer cette erreur. Mais dans le christianisme, ce n'est pas par allégorie qu'on offre un homme à l'adoration des fidèles. C'est sous sa figure réelle qu'on représente Jésus. C'est donc un Dieu charnel, ayant un nez, une bouche, des yeux, etc. ; en un mot, un Dieu à figure humaine. Les chrétiens, en se moquant de la paille qu'ils ont cru voir dans l'œil de leurs adversaires les païens, n'ont donc pas remarqué la poutre qui est dans le leur. Il est certain qu'ils méritent à^plus Juste litre que les païens, le titre d'anthropomorphites (1).
Le système d'incarnation divine est encore la justification de l'anthropolâtrie ou déification des hommes. Du moment qu'il est reconnu qu'un certain homme est Dieu, et que la nature divine est compatible avec la nalure humaine, rien n'empêche d'admettre que d'autres hommes soient dieux ou fils de dieux ; il ne s'agira plus que de vérifier leurs titres. On ne peut donc plus taxer d'extravagance les honneurs divins rendus à Alexandre, à Jules César et à quelques autres hommes, de leur vivant, d'autant plus que les adorateurs de ces grands hommes, ne pouvant scruter bien rigoureusement les
(1) On ne s^est pas borné à représenter la seconde personne de la Trinité sous les traits de Jésus-homme : les arlistes chrétiens ont peint aussi le Père sous les traits d^un vieillard austère, orné d^ane barbe plus longue que celle du Fils, et le Saint-Esprit sous forme d'un pigeon. Pourquoi le t^ère est-il un vieillard plutôt qu'une vieille femme? On lui suppose donc un sexe. Le catéchisme dit que Jésus, comme Dieu, a un père qui est la première personne de la Trinilé, et n'a pas de mère ; et que, comme homme, il a une mère qui est la Vierge Marie, et n'a pas de père ; d'où il résulte clairement que Dieu est màle. Dans les sermons et les livres ascétiques, les religieuses sont appelées les épouses du Christ. Comme il ne s'agit que de mariages mystiques, la distinction des sexes y est étrangère. Néanmoins, jamais les prêtres ni les moines ne sont appelés les époux du Christ. Donc la seconde personne de la Trinité est masculine comme la première. Toutes ces circonstances prouvent que les chréliens n*ont pu se défaire du levain d'anthropomorphisme. II. «>
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preuves de leur divinité, n'en faisaient que des dieux fort secondaires, ou, pour mieux dire, des êtres créés et bornés, mais supérieurs à l'bumanité; tandis que les chrétiens font de leur Jésus le Dieu ibsolu, étemel, incréé. Leur doctrine est donc infiniment pins choquante, plus contraire à la vérité, que celle des païens.— S'il a existé un bomme-Dieu, il s'ensuit qu'il ne faudra pas repousser péremptoirement les individus qui prennent le titre de Dieu ou de fils de Dieu, et qu'on a le plus souvent Firrévérenoe de loger aux Petites- Maisons. Comme Jésus n'a pas dit positivement que son incarnation fût la dernière, et que le Saint-Esprit dont il a promis la visite, pourrait bien aussi s'incarner à son tour. Il faudra bien prendre ses précautions avant de prononcer sur les prétentions à la divinité, qui peut-être ont du fondement, et ne pas s'arrêter aux chétives apparences. Rien ne ressemblait moins à un Dieu que le charpentier de Nazareth : qui sait si l'homme obscur que nous coudoyons dans la foule et que nous traitons avec dédain, n'est pas aussi un Dieu incarné? Celui qui croit à rincamation divine, doit trembler de heurter un Dieu à chaque pas.
La question d'incarnation nous conduit à celle de la zoolâtrie oa du culte des animaux. On a peine à croire que l'homme puisse descendre à un tel degré d'extravagance , et il semble que, sous ce rapport, les Pères aient beau jeu contre les Égyptiens. Eh bien, cependant, ce sont encore ces derniers qui ont l'avantage contre les chrétiens. Les prêtres égyptiens avaient regardé certains animaux comme possédant les qualités qui étaient les attributs disUnctifs de leurs dieux. Ces animaux furent donc pris d'abord comme emblèmes de ces qualités, puis comme signe figuratif du Dieu lui-même. De là vint la coutume de placer dans chaque temple un animal vivant, destiné à symboliser le Dieu. Ce n'était pas l'animal qu'on adorait, mais bien le Dieu qu'il servait à représenter (1), de même que les catholiques, en se prosternant devant un mouton, entendent adorer Jésus dont l'agneau est remblème. Les honneurs rendus à ces ani-
(I) Champollion-Figeac, De VÉgypte anciennt. — Gelse dit que les animaax adorés en Egypte étaient des symboles, et que ce culte exprime (le liaulcs vérités (Origène, Çontrà Cclsunti liv. 111, ch. xviii).
maux finirent par dégénérer en superstition, et la foule ignorante transporta abusivement k une brute le culte qui, dans l'esprit de la religion, était adressé au Dieu. — Les chrétiens admettent que le Saint-Esprit ou la troisième personne de la Trinité a pris la forme d'une colombe (Mat., m, 16; Marc, i, iO; Luc, m, 22; Jeài^ i, 32). Voilà donc Dieu qui se fait animal. C'est une incarnation du plus bas ordre, comme les premières de Vicbnon qui se fit tortue, sanglier et lion. Toujours est-il qu'il n'y a pas à disputer sur le choix de l'animal, et que quand on s'est fait pigeon, on peut aussi bien se faire cochon sauvage ou reptile ;J1 n'y a que le premier pas qui coûte. Pendant tout le temps que le Saint-Esprit a paru sous la forme de pigeon, il n'en était pas moins adorable ; les hommes ont dû ainsi adorer un animal-Dieu, non plus comme emblème, mais pour luimême et en réalité. Avons-nous droit de nous moquer de Jupiter changé en taureau ou en cygne? Dans toutes les métamorphoses mythologiques, le chrétien ne peut voir tout au plus que des erreurs de fait; il peut contester que le taureau pris pour Dieu l'ait réellement été, maisll n'a pas le droit de déclarer la chose impossible ni absurde. Gomme TËcriture ne donne pas la liste complète des incarnations divines antérieures à Jésus, il est bien possible aussi qu'elle ne mentionne pas toutes les métamorphoses divines. On ne peut donc 60 nier aucune, et II serait bien téméraire pour un chrétien d'affirmer que le bœuf Apis n'ait pas été Dieu.
§ 4. — De la rédemption.
La rédemption, comme nous l'avons vu, devait avoir pour objet de racheter le genre humain de la déchéance où l'avait précipité la faute d'Adam, de l'affranchir des peines éternelles, encourues par tonte la race par suite de cette faute, et de rétablir l'humanité dans sa pureté primitive. Dieu ne pouvait-il opérer cette rédemption aussitôt après la faute et en vertu de sa seule volonté? On nous répond que la chose était impossible, parce que la justice divine exigeait une réparation qui ne pouvait être qu'infinie, et que l'homme, être fini, étant incapable de la fournir, il fallait à Dieu une victime d'un prix infini, qui ne pouvait être que Dieu lui-même. Ainsi Dieu,
dans ce système, ne pouvait pardonner à moins qae les souffrances et la mort d'une victime ne lui fussent offertes comme expiation de l'offense commise envers lui.
L'idée d'expiation est basée sur ce principe, que la souffrance contient une vertu réparatrice du mal. Mais cette idée qui a malheureusement inspiré les anciens législateurs, est repoussée par une philosophie plus rationnelle et en même temps plus humaine. De Maislre, quand il a voulu ressusciter cette doctrine surannée, n'a excité que l'horreur et le dégoût (1). Chacun comprend maintenant que la vengeance, odieuse chez un particulier, ne l'est pas moins chez le corps social ou chez Dieu, et que le châtiment du coupable doit avoir pour but, non de le frapper, mais de l'améliorer. S'il est noble et beau à l'homme offensé de pardonner et de faire remise de la réparation qui peut lui être due, comment Dieu, qui a encore bien moins besoin de réparation, ne pourrait-il en faire remise? Comment Jésus aurait-il pu prescrire l'oubli des injures si le Père avait conservé pendant quatre mille ans le ressentiment d'une faute légère, et si pour un moment d'oubli du premier homme, pour une misérable pomme mangée malgré sa défense, il eût exercé sa vengeance sur des milliers de générations?...
En supposant qu'il fût dû à Dieu une réparation, devait-elle être infinie? Oui, disent les théologiens, parce qu'elle se mesure sur la qualité de l'offensé. Mais la raison dit, au contraire, que la gravité de l'offense dépend de l'intelligence et de l'intention de l'offensant, et qu'en tout cas, si ce dernier doit une réparation, elle ne peut être que proportionnée à ses forces. Qu'une blessure soit causée par un enfant, elle sera, à l'égard du blessé, de même nature que si elle l'eût
(1) C'tist lui qui a dit que la terre est un autel qui doit toujours être arrosé de sang humain^ que l'effusion du sang a une vertu salutaire pour l'humanilé, que les guerres et les supplices sont des instilulions sacrées et nécessaires, et que le bourreau est la clef de voûte de Védifiee social (voyez Soirées de Saint-Pétersbourg). Cet écrivain est regardé presque comme un Père de l'Ëglise; il est Toracle du parti ultramontain qui trouve avec joie dans ses ouvrages de quoi justiGer les supplices de Tinquisition. les croisades, la Saint-Barthélémy, et en général tous les massacres commis au nom de Dieu.
été par un homme Tait. Mais l'offense ne sera certainement pas la même. Si l'enfant n'avait pas encore l'usage de sa raison, il n'y aura même pas offense ; si sa raison commençait à se former, ii y aura culpabilité, mais à un degré bien moindre que si cette raison eût été complètement développée. L'offensé qui n'aurait aucun égard à ces distinctions et qui exigerait, sans pitié et dans tous les cas, un châtiment uniforme, violerait certainement les règles de l'équité. Ainsi la réparation doit être proportionnée à la culpabilité, qui l'est ellemême anx facultés intellectuelles du délinquant. C'est dire assez que toujours cette réparation sera finie. Qu'arriverait-il autrement? C'est que toute faute, même envers un être fini, étant toujours la transgression d'une loi divine et, par conséquent, une offense envers Dieu, méritera un châtiment infini, de sorte que les êtres libres lie pourront faillir, si faible que soit la faute, sans encourir la damnation perpétuelle, et que les délits les plus légers, comme les crimes les plus énormes, mériteront tous la même peine, c'est-à-dire une éternité de souffrances. Et comme cette peine ne pourrait être rachetée que par une réparation infinie, c'est-à-dire excédant infiniment les forces de l'homme, Il s'ensuit que la réparation est toujours Impossible au coupable, ou, ce qui revient au même, que toute faute est irréparable. L'homme, être borné et fragile, ne pouvant manquer de faillir, est donc fatalement voué aux suites affreuses d'une chute inévitable. Ainsi Dieu aurait créé des hommes destinés à être torturés pendant l'éternité, il leur aurait donné une liberté dont Ils ne pouvaient manquer d'abuser, et dont le moindre abus avait pour conséquence une peine infinie. La rédemption étant un don gratuit de Dieu, pouvait ne pas avoir lieu; par conséquent il était de la nature de l'homme, d'être, à la première faute, précipité dans les flammes inextinguibles de l'enfer. Pour que les hommes se fissent un Dieu pareil, il leur a fallu épuiser tout ce qu'une imagination dépravée peut concevoir de plus atroce. Après avoir prêté à leur Dieu un caractère aussi prodigieusement méchant, que leur restera-t-il pour peindre le Diable?...
L'homme ne pouvant se racheter par ses propres forces, ne peut l'être, nous dit-on, que par le mérite des souffrances infinies de Dieu... Mais quelle étrange idée se fait-on de la justice en admettant