‹ Examen du christianismeChapitre 36 sur 49 · II · texte numérisé non relu

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cet échange de peines? Comment les souffrances d'on individu peovent-elles expier la faole d'an autre? Certainement, dans une société humaine, on trouverait souverainement déraisonnable qu'un scélérat, au lieu de subir la peine due à son crime, substituât à sa place an innocent qui consentirait à subir ce sacrifice. La Justice veut qae chacun soit jugé et traité suivant ses œuvres. Exercer sur un innocent la vengeance d'un crime qui lui est étranger, c'est commettre une iniquité révoltante. Dans le système chrétien, Dieu est créancier d'une masse infinie de souffrances ; l'homme, son débiteur, est dans l'Impossibilité de la payer, à moins d'y mettre un temps infini; mais Dieu, qui ne veut rien perdre et qui ne veut pas faire la moindre remise, prend le parti d'exercer sa vengeance sur un autre qae l'homme. Et sur qui? Sur une des personnes de la Trinité divine, c'est-à-dire en réalité sur lui-même ; car ce n'est pas seulement une de ces personnes qui joue ici le rôle d'offensé, c'est Dieu tout entier, c'est la Trinité complète ; Dieu le Fils en a donc sa part. Plutôt que de n'être pas vengé, il le sera sur lui-même; il s'offrira à luimême ses propres tortures, sa propre mort, et il se tiendra pour satisfait. Dieu fait mourir Dieu pour apaiser Dieu t. .. Que dirait-on d'un homme envers lequel un crime aurait été commis, et qui croirait ne pouvoir le pardonner qu'en se suicidant, afin que le crime reçâtune expiation, sinon de la part du coupable, du moins delà part de celui à qui la réparation est due ?

Si un créancier prend à sa charge la dette de son débiteur, les qualités de créancier et de débiteur se confondent dans la même personne, et il y a extinction de la dette par confusion, comme disent les jurisconsultes; si, néanmoins, le créancier persistait à vouloir se poursuivre lui-même, se saisir, s'incarcérer en vertu de sa propre créance, on traiterait sa conduite d'extravagante. C'est là le rôle qu'on fait Jouer à Dieu.

Est-il bien vrai que la satisfaction offerte par Jésus à Dieu pour les hommes soit infinie? N'oubiions pas que Jésus est homme et Dieu tout à la fois. Est-ce comme Dieu^qu'il souffre et meurt, ou seulement comme homme? Si c'est comme Dieu, il faudra donc admettre qu'il a éprouvé les douleurs physiques et morales et, par conséquent, qu'il est sujet au changement et à l'altération, qu'il a pu se faire une

diminution dans son être, ce qui est absurde. Si c'est uniquement comme homme qu'il a souffert, alors ses souffrances sont humaines et partant finies, et n'ont pu avoir ia valeur requise pour racheter l'offense infinie; la rédemption n'a donc pu s'opél'er.

S'il fallait la mort de l'homme-Dieu pour racheter le genre humain, on peut demander pourquoi cette rédemption s'est si longtemps fait attendre, et pourquoi elle a eu lieu sous la condition du crime des déicides. Si Dieu aime les hommes, comment a-t-il pu les laisser quatre mille ans en proie au péché et fatalement destinés (sauf une très-petite minorité) au feu éternel? Il est impossible de justifier un relard aussi cruel. €e n'est pas répondre que de se retrancher dans les abîmes mystérieux de la sagesse divine. Il est clair comme le jour quç si Dieu avait résolu de sauver inhumanité, il devait le faire aussitôt après la chute d'Adam et la neutraliser ainsi. Il pouvait s'incarner dans le sein d'Eve, être son enfant premier-né, puis mourir aussitôt par suite d'accident. On pouvait même simplifier encore la solution : Eve faisait une fausse couche quelques instants après l'incarnation divine, et ia mort du fœtus-Dieu suffisait pour apaiser la colère de Dieu. Tout était ainsi réparé, et l'humanité replacée dans son état primitif. Que dirait-on d'un père de famille qui, voyant la peste exercer ses ravages dans sa famille, et possédant le secret de la faire cesser, laisserait écouler tranquillement les mois et les années sans en faire usage, et qui enfin ne se déterminerait à appliquer son secret qu'à la gnérison de quelques uns de ses enfants? Certes, ce ne serait pas là un bon père...

Personne n'osera soutenir sans doute que, pour rendre la rédemption efficace, Dieu devait vivre plus ou moins longtemps revêtu de la nature humaine, et que son sang devait être versé par une main criminelle. Puisque c'était son sang qui devait laver le genre humain, peu importait le mode d'effusion. La dent d'une bête féroce ou la chute fortuite d'une pierre pouvait tenir lieu de la croix, et le salut du monde n'aurait été acheté au prix de la damnation de personne. Si c'était une condition de la rédemption, que ce sang fût versé par une main humaine, l'homme-Dieu pouvait être frappé par un enfant ou un fou incapable de discerner le bien du mal ; il pouvait encore ordonner à un homme de le sacrifier, en l'absolvant d'avance de

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toule faute, comme Jeliovuli ordonna à Abraham de sacrifier son fils. En prenant un de ces moyens, il n'y eût pas eu de crime, et personne n'eût été excepté de la rédemption générale.

Une fois Pliumanilé rachetée des peines encourues par suite du péché d'Adam, si l'homme, demeuré libre et faillible, \ient à commettre de nouvelles fautes, elles devraient, par le même motif que pour la première, être transmissibles à sa descendance, l'infection générale de la race humaine se reproduirait; quand même les péchés postérieurs à celui d'Adam ne seraient plus transmissibles, les hommes se trouveraient chargés, chacun en son particulier, des fautes par eux commises, et qui, ne pouvant être expiées par eux, les feraient descendre au même état que s*il n'y eût pas eu de rédemption ; de nouvelles rédemptions deviendraient nécessaires, exigeant de nouvelles incarnations divines et de nouvelles morts, soit de Dieu le Fils, soit de quelque autre des personnes divines. Dieu ne serait occupé qu'à mourir pour l'homme. Pour éviter cette série interminable de sacrifices, il a été admis que le sacrifice unique de Jésus suffisait pour expier, non seulement le péché d'Adam, duquel tous ses descendants se trouvaient coupables, mais encore tous les autres péchés passés, présents et futurs de tous les hommes. Ici l'idée de réversibilité est amplifiée de manière à produire d'étranges conséquences. 11 serait déjà fort choquant qu'un coupable pût dire : Je viens de commettre un crime, c'est vrai; mais j'ai payé d'avance ma dette à la société au moyen de souffrances que j'ai subies autrefois ; en conséquence, vous n'avez plus rien à me demander, nous sommes quittes. On ne peut raisonnablement accepter ce système d'expiation anticipée, ni admettre que, par une souffrance, si grande qu'elle soit, un homme puisse acquérir le bénéfice de l'Impunité pour les crimes à venir. Que sera-ce donc si le coupable vient dire ; Tous les crimes que je viens de commettre et tous ceux que je commettrai par la suite, tout cela est lavé, expié, réparé au moyen des souffrances subies, il y a plusieurs siècles, par une personne qui valait plus que moi, et dont les tourments avaient une valeur réparatrice supérieure aux miens. D'où il résulterait que le coupable pourrait se faire un jeu des lois, et que, même sans repentir et sans amendement , il serait en droit d'exiger l'impunité

pour tous les forfaits qu'il pourrait accumuler. Les chrétiens, je le sais, n'admettent pas cette dernière conséquence et exigent comme condition de la remise des péchés actuels, le repentir du pécheur; mais ils ne font par là que prouver l'Incohérence de leur système; car, d'abord, quant au péché originel, l'homme en naissant en est tout aussi coupable qu'Adam lui-même; et pourtant, grâce à la rédemption et au baptême, il s'en trouve parfaitement absous^ non seulement sans repentir, mais même sans son consentement et à son insu, cette purification pouvant valablement s'opérer sur un enfant dénué de raison, sur un fou, un idiot, un homme endormi, etc. Ensuite, quant au péché actuel, de deux choses l'une : ou la rédemption l'a effacé, ou elle ne l'a pas effacé. Dans le premier cas, le repentir et l'amendement du coupable sont superflus, et notre objection subsiste dans toute sa force. Dans le second cas, le péché ne pourra, non plus que la faute d'Adam, être expié par les propres forces du pécheur; et comme une nouvelle rédemption n'aura pas lieu, la réparation ne se fera pas, d'où il suit que tous les pécheurs, c'est-à-dire tous les hommes seront damnés ; ce qui est aussi odieux qu'absurde. Ainsi absurdité dans tous les cas. Cherchera-t-on à échapper à ce dilemme en disant que la rédemption n'a effacé les péchés futurs des hommes que sous ia condition de leur repentir? Mais on ne peut scinder l'idée d'expiation ,* il n'y a pas de milieu entre expier et ne pas expier. Si l'expiation a eu lieu, elle est par* faite, et il n'est plus rien dû à la justice ou plutôt à la vengeance de Dieu; si l'expiation n'a pas eu lieu, elle est due en totalité, par conséquent, infinie et impossible à l'homme.

Les Pères qui ont inventé le système de la rédemption, étaient convaincus, comme tous les hommes de leur temps, qu'il n'y avait dans l'univers que deux régions, savoir : la terre que nous habitons elle ciel, c'est-à-dire l'espace situé au-dessus de la voûte du firmament, habité par des êtres incorruptibles; on y ajoutait Venfer, ou les lieux bas, souterrain profond, lieu de supplice des démons et des damnés. Le sort des habitants du ciel et de ceux de l'enfer étant immuable, il restait à régler la destinée des habitants de ia terre, et ce n'est qu'à eux que s'appliquait la rédemption. Depuis que

les découvertes modernes ont agrandi nos idées de l'univers, nous savons qu'il n'est pas borné à notre cbétif globe et qu'une inflnité de globes se meuvent dans l'espace; sans doute, la vie ne peut être limitée à l'un d'eux, tout porte à croire qu'elle s'étend partout et qu'une foule de mondes doivent être habités par des êtres semblables è l'homme; ces êtres, plus on moins élevés dans l'écbelie de la création, sont tous bornés, sujets à faillir; en cas de chute, les mêmes motifs qui ont exigé pour la rédemption de l'homme la mort de Dieu, l'exigent également pour nos frères planétaires. Dieu qui, dans le système théoiogique, ne devait pas i la créature déchue le bienfait de la rédemption et a daigné l'octroyer gratuitement, aurait-il réservé ce privilège pour la seule humanité terrestre, et en aurait-il privé l'Innombrable multitude des autres mondes? On ne peut le supposer sans accuser sa bonté. Il a donc dû les racheter aussi. Mais y a-t-il eu une rédemption unique pour tous les mondes, ou y en a-t-il eu une spéciale pour chaque monde coupable? Dans la première hypothèse (admise par De Maistre) (1), notre monde aurait l'honneur insigne d'être seul arrosé du sang de Dieu, d'être seul le théâtre de la rédemption universelle ; notre terre serait donc le globe d'élite, le globe saint par excellence, surpassant en sainteté et en dignité tous les astres et tons les deux. Non seulement cette supposition est, au point de vue de la science, extrêmement invraisemblable, notre globe n'occupant qu'un rang fort secondaire dans le tourbillon dont il fait partie, mais on peut dire qu'elle est démentie par le langage de l'Écriture et surtout par celui des Pères, qui ne cessent de parler avec mépris de la terre, de œ séjour maudit, de ce Heu de passage et d'exil, vallée de misère, royaume de Satan, etc. ; en outre, comme il y a des globes morts bien avant Jésus-Christ, que d'autres à cette époque étaient à l'état cahotique ou de germe, et que d'autres encore ont leur existence reléguée dans les profondeurs de l'avenir, la rédemption unique serait arrivée trop tard pour les uns, c'est-à-dire pour ceux dont l'/it/mam/^ entière aurait disparu avant cet événement, elle serait arrivée trop tôt pour ceux dont l'humanité ne serait pas encore née à cette époque. Pour ceuxlà, le sort de l'humanité a dû être irrévocablement fixé lors de l'ex-

(!) Soirées de SairU'Pétersbourg.

linction du globe qui lui servait de séjour, et tous les liommes, privés de la rédemption, ont été précipités en masse, et sans aucune exception, dans le gouffre infernal. Pour ceux-ci, on prétendra peut-être que, comme Jésus a expié par sa mort les pécbés des tiommes futurs, il a également expié en masse les péciiés des humanilés futures; mais alors, et dès qu'il serait admis qu'une humanité peut naître, rachetée d'avance des péchés qu'elle commettra, il ancrait été bien plus simple et plus rationnel que Dieu s'Imposât tout d'un coup, dès avant la création des mondes, la dose de souffrances requise, de manière que chaque humanité, y compris la nôtre, fût rachetée avant de naître, et que, grâce à ce rachat universel, il n'y eût, dans aucune, de transmission héréditaire de péché. — Si, au contraire, chaque globe coupable (et ils le sont nécessairement tous) doit avoir sa rédemption particulière, il faudra admettre : l** que Dieu s'est incarné, s'incarne et s'incarnera une infinité de fois; â*" qu'il a, non pas seulement deux âmes, l'une divine et l'autre humaine, mais, outre son âme divine, une infinité d'âmes humaines et, par conséquent, une infinité de volontés ; 3° que, comme le corps qu'il a revêtu dans son Incarnation terrestre, est monté au ciel, c'est-à-dire dans le séjour spécial de la Trinité, il en a été de même de tous les autres corps qu'il a revêtus, et il en sera de même de tous^les corps qu'il revêtira dans ses Innombrables incarnations, et que tous ces corps avec leurs âmes humaines sont réunis dans le ciel à la droite du Père, «t que tout cela ne fait qu'une personne ; 4<» que, comme il a jugé à propos de naître sur terre, d'une mère sans père, il a dû naître ailleurs, ou d'une mère sans père, ou d'un père sans mère, oa d'un père et d'une mère, et que tous ceux et celles dont il est né et naîtra ainsi, ont droit, an même titre que Marie, aux titres de père de Dieu et de mère de Dieu; que cette multitude infinie de pères de Dieu et de mères de Dieu doivent, aussi bien que Marie, être promus aux grades de roi et reine du cieli de roi et reine des anges et des archanges, de porte du ciel, etc.. Â quelque solution qu'on donne le choix, il y a autant d'extravagance d'un côté que de l'autre. Qu'en conclure? C'est que le système chrétien de la rédemption ne serait pas né sous l'empire de la science moderne avec laquelle il ne peut se coordonner.

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S 5. — Des suites de la rédemption.

Qaand ia rédemption du genre humain eut été consommée par la mort de i'homme-Dieu, elle dut sans doute être parfaite, elle dut effacer toutes les conséquences de la chute d'Adam, réconcilier complètement l'homme avec Dieu et rétablir les choses exactement dans l'état où elles étaient avant la chute et telles qu'elles auraient toujours été sans la chute ; les malédictions prononcées par Dieu à la suite de la faute du premier homme, ont donc été retirées, ta tête du serpent a été écrasée sans retour, la terre n'a plus produit de ronces et d'épines, et a fourni à l'homme sans aucun labeur tout ce qu'il lui a demandé; il n'a plus mangé son pain à la sueur de son visage, la femme n'a plus été affligée de maux pendant sa grossesse, elle a cessé ^enfanter dans la douleur et d'être dominée par son mari (1) ; enfin la mort qui n'était entrée dans le monde qu'à ta

(i) Expressions de la Genèse, eh. m.

Ce texte delà Genèse n'est pas le seul qui consacre rabaissement de la femme. Voici comment s'exprime saint Paul : « Je désire que vous sachiez que le Christ est le chef {caput) de la femme, et Dieu le chef du Christ (I Cor.f xr, 3). Que les femmes soient soumises & leur mari comme à un seigneur, parce que le mari est chef de la femme^ comme Christ est chef de TÉglise {Col., m, 18). L'homme n^a point été tiré de la femme, mais la femme de Thomme, et Vhomme rCa point été créé pour la femme, mais la femme pour l'homme (I Cor., xi, 9). Que les femmes se taisent dans les églises (réunions de fidèles), parce qu'il ne leur est pas permis d'y parler ; mais elles doivent élre soumises selon la loi qui l'ordonne. Si elles veulent s'instruire de quelque chose, qu'elles le demandent à leurs maris lorsqu'elles seront dans leurs maisons ; caii^ il est honteux aux femmes de parler dans l'Ëglise (I Cor., xiv, 3i). La femme a été faite pour Vhomme. C'est pourquoi la femme doit porter sur sa tète, à cause des anges, la marque de la puissance. Jugez vous-mêmes s1l est bienséant à une femme de prier sans avoir un voile sur la tête {id., xi, 6-i3). Que les femmes se tiennent en silence et dans une entière soumission, lorsqu'on les instruit. Je ne permets point aux femmes d'enseigner ni de prendre autorité sur leurs maris ; mais qu'elles demeurent en silence ; car Adam a clé formé le premier, et Eve ensuite. Et Adam n*a point été

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suite du péché, a dû disparaître du monde réhabilité, l'homme a dû devenir immortel comme il l'aurait été primitivement sans le péché, et jouir sur terre d'un bonheur inaltérable... Hélas! rien de tout cela n'a eu lieu, aucun changement ne s'est fait sentir depuis l'effusion du sang divin ; le sort physique de Thomme, ainsi que celui de la terre, est resté le même : les fatigues, les tourments, les maladies, la mort n'ont pascessé d'être l'apanage des fils d'Adam. L'Ëglise nous trompe quand elle nous parle de rédemption. Lorsqu'un coupable rentre en grâce et que sa faute lui est pleinement remise, il est réintégré dans son premier état, il ne peut plus être assujetti à aucun châtiment, on ne lui demande plus rien. Si, au contraire, l'homme subit toujours les maux qui ont été la conséquence de la faute d'Adam, il est toujours puni pour cette faute ; par conséquent Dieu est toujours irrité contre lui, la rédemption est donc nulle, la malédiction prononcée contre Adam et Eve pèse toujours sur leurs descendants, la mort même de Dieu n'a pu fléchir Dieu, le sang de Dieu n'a pu l'emporter dans la balance sur le souvenir de la fatale pomme (i)î Que faut-il de plus pour désarmer la colère du bon Dieu ? Ce n'est pas assez qu'il ait immolé une des personnes divines ; en faut-il deux, les faut-il toutes les trois ?

Le système de la rédemption est donc démenti par le seul fait de \et persistance du mal physique, que ne peuvent nier les chrétiens. Aussi se bornent-ils à appliquer les effets delà rédemption au monde moral. Suivons-les dans cette sphère, et voyons quels merveilleux

séduit, mais la femme, ayant été séduite, est tombée dans la désobéissance. Elle se sauvera néanmoins en engendrant des enfants' (I Tim., ii, ii-15). B — L'Église a nàainteua cette déchéance de la femme contre laquelle, en dépit de la rédemption, est toujours exécutée la sentence prononcée dans le paradis terrestre. La femme est incapable d'exercer le sacerdoce ; elle est obligée de se confesser à un homme, et elle ne peut confesser personne ; elle est exclue du chœur des églises, comme indigne d'approcher du sanctuaire. La Vierge Marie elle-même, bien que Mère de Dieu et reine du ciel, n'aurait pas été admise & l'honneur de servir la messe. Cette incapacité de la Vierge est reconnue par Tévéque de Belley dans son petit livre intitulé : Marie conversant avec les enfants, (1) Tantœ ne animis cœlestibus irœ /

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résultais nous avons ol>leDiis..L'bamaiiilé, tout en restant asservie à la misère et i la onnI, a>t>elle an moins ga^né son pardon, de manière qneebaqne homme, an lien d*èlre en naissant sonillé dupéebé originel, naisse maintenant pnr comme était Adam sortant des mains de Dieo? Non» répond l'Ëglise» le péché originel subsiste toujours, et chaque enlant nail coupable et méritant l'enfer, toujours à cause du pécbé d'Adam. Hais alors la rédemption est une dérision, et l'homme^Dieu est mort en pure perle. On nous dit que, grâce an baptême et i quelques autres condillons, l'homme peut arriver à la réhabilitation el au salut. Avant d'examiner ces conditions, nous ferons remarquer ce qu'il y a de contradictoire dans ce système. L'homme, dit-on, ne pouvait, par ses propres forces, se relever de sa chute ; il ne fallait rien moins qu'une victime divine, une victime infinie pour la racheter ; eb bien, cette victime est immolée, et cependant la nature de l'homme est viciée comme par le passé, le châtiment héréditaire pèse toujours sur lui, le mal moral règne aussi bien que le mal physique; Dieu a si peu pardonné à l'homme, qu'il continue de faire naître tous les enfants coupables du péché originel. L'exemption qu'il avait accordée à Marie avant la rédempUon, il ne peat plus ou ne veut plus la renouveler à l'égard des hommes qu'aurait dû purifier celte rédemption. La nature humaine, bonne dans l'origine, détériorée par le premier péché, n'a point été restaurée, même par la mort de Dieu; l'infection subsiste toujours, et Dieu, restant Inexorable, ne veut ou ne peut lui rendre sa bonté primitive; Il sait mieux frapper que pardonner, il est infiniment plus large dans la distribution des peines que dans celle des bienfaits. Quand il s'agit de châtiments, il verse à pleines mains, il ne s'arrête pas au coupable, il sait atteindre jusqu'à ses derniers rejetons. Mais s'il s'agit de grâces, il les laisse échapper d'une main avare et comme à contre-cœur; il attend quatre mille ans, et pendant ce long intervalle il laisse des légions de victimes remplir les chaudières infernales; puis il n'octroie une rédemption qu'à la charge de la damnation éternelle de tous ceux qui en ont été les instruments aveugles; il ne l'accorde que partielle en laissant subsister dans l'ordre physique l'effet de ses malédictions. Quant au moral, il ne consent pas à dés* armer sa colère, il lui faut des conditions qui restreignent l'effet de

la rédemplioD à ia minorité du genre hamaln, et qai (au moins pour la principale) sont indépendantes de ia volonté humaine. Voilà, il faat en convenir, nn tyran bien dur et bien vindicatif, pour une pauvre étourderie d'Adam et d'Eve qui ne connaissaient pas le bien et le mal, et qui,parconséquenl,ne savaient ce qu'ils faisaient: voilà une vengeance bien raffinée. Néron et Caiigula sont des anges de clémence en regard du Dieu chrétien.

C'est le baptême qui rend applicable à chaque individu le bénéfice de la rédemption. 11 s'ensuit que Jésus n'a pas racheté l'humanité en masse, mais individuellement ceux qui seraient baptisés, ce qui est bien mesquin de la part d'un Dieu. Si seulement la condition imposée eîtt consisté en une vie vertueuse, elle eût pu encore se justifier. Mais non, c'est le hasard qui fait xiue certains hommes sont baptisés et d'autres ne le sont pas. Ceux qui lesont, reçoivent cette cérémonie peu de temps après leur naissance, sans aucune participation de leur volonté; et grâce à quelques gouttes d'eau versées sur leur tête, de coupables qu'ils étaient, ils deviennent innocents, immaculés. L'enfant qui n'a encore que la vie animale, dont aucune lueur d'intelligence n'a encore éclairé l'esprit, qui n'a pu ni avoir une volonté, ni à plus forte raison abuser de son libre arbitre, cet enfant, malgré la satisfaction infinie offerte à Dieu par le sacrifice de Dieu, était coupable de la faute d'Adam ; et par une cérémonie toute matérielle ce coupable est purifié !... Mais du moment que cette cérémonie est indispensable, il en résulte que pour tous ceux qui en sont privés, la rédemption est sans effet, et le sang du Christ infructueux. Ainsi Dieu s'est incarné et a souffert la mort pour sauver les hommes, et il n'en a sauvé que la plus faible partie ! Le reste est exactement dans la même position que s'il n'y eût eu ni incarnation ni rédemption. De là, la question débattue entre les chrétiens si Jésus est mort pour tous les hommes ou pour quelques-uns. C'est pour tous, disent les catholiques; c'est seulement pour les prédestinés, disent les protestants. Mais on peut dire aux premiers : C'est une cruelle dérision que de prétendre que Jésus est mort pour des hommes qui n'entendront jamais parler de lui, qui jamais ne seront baptisés, qui jamais ne recueilleront le fruit de ia rédemption ; il est clair que la mort de Jésus n'a rien fait pour ces hommes et les laisse tels qu'étaient leurs ancé-

1res avant Jésos-Cbrisl, c'est-à-dire coopables du péché d'Adam, incapables de s'en faire absoudre, el par suite dévoués falalement à l'enfer (1). On peut dire aux seconds : Vous êtes plos conséquents, mais votre Dieu est d'une odieuse partialité, mais il est borriblemenl capricieux, car pouvant sauver rbumanité, il n'en sauve qu'une faible partie, et il crée des bommes pour avoir le plaisir de les damner.— Ainsi, pas de cboix possible entre ces deux systèmes; abîme des deux côlés. Si la faute d'Adam mérite l'enfer pour tous ceux qui en sont cou -

(I) Voici sor quel sophisme les cathollqaes élayent lear système. Seloa eux, il n*y a pas un seul homme qui n''épron?e, d'une manière plus on moins sensible, les effets de la rédemption. Ceux mêmes qui sont le moins favorisés, comme les infldèles qui ne connaissent pas le christianisme, reçoivent des grâces telles que, s'ils y répondaient, elles amèneraient d*antres grâces de plus en plus actives, jusqu'à amener la conversion à la vraie foi : quand un homme s'est rendu digne de celte dernière faveur. Dieu en fera un chrétien, n'importe comment; il ferait on miracle, il enverrait un ange tout exprès, plutôt que de laisser son œuvre inachevée f SAINT Thomas ; Fratssiuous, Défense du christianisme^ t. II! ; Bebgier, v^* Grâce). Il est fâcheux que ce raisonnement repose sur une assertion entièrement gratuite, savoir que les peuples non chrétiens ressentent les elTets de la rédemption ; nous voyons, au contraire, que tout se passe chez eux comme si le christianisme n'existait pas. Comme on n'entend jamais parler d'intervention d'ange ni d'illumination miraculeuse pour introduire la révélation chez aucun membre de ces sociétés, il faudrait donc croire qu'il ne s'y trouve jamais un seul homme qui se soit rendu digne de telles faveurs en concourant aux grâces préliminaires, d'où il faut conclure que la nature de ces peuples est essentiellement perverse, puisque, dans le cours des siècles, il ne s'y rencontre pas un seul individu qui mérite les dons de la foi et du baptême; les grâces préparatoires accordées par Dieu étant toujours insuffisantes, ne sont donc que des dons dérisoires et ne mettent pas Dieu à l'abri du reproche de priver la majeure partie des hommes des lumières sans lesquelles ils ne peuvent se conduire, et de les punir d'une ignorance invincible ; car, en admettant même que les plus vertueux d'entre les non-chrétiens occupent, comme le veut Frayssinous, la région la moins affreuse de l'enfer, ils n'en seront pas moins frappés de supplices éternels pour n'avoir pas connu le christianisme qu'il n'était pas en leur pouvoir de couialtre.

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pables, c'esl-à-dire pour tous les hommes, ceux qui ne satisfont pas aux conditions de la rédemption, ne peuvent échapper à cet affreux châtiment. C'est là un principe reconnu par toutes les sectes chrétiennes. Mais quand il s'agit de l'appliquer aux enfants morts sans baptême et avant d'avoir pu user de leur liberté, beaucoup d'intrépides théologiens sentent faiblir leur terrible logique. Les anciens, et à leur tête saint Augustin, inventeur du péché originel, n'avaient pas ces timides ménagements et damnaient sans pitié les enfants morts sans baptême. Tant pis pour eux s'ils sont venus au monde ; Dieu fait grâce à qui il lui plaît, Dieu ne devait rien à ces petits scélérats tout noirs du crime de leur aïeul. Mais plus tard on n'osa plus soutenir ces monstruosités ; et ne voulant pas non plus sauver ces faibles créatures, on imagina un moyen terme, et l'on construisit dans les régions ultra-terrestres un nouvel édifice que n'avaient pas connu les premiers chrétiens et auquel on donna le nom de Limbes : quelques théologiens enseignent que les âmes des enfants n'ayant pas commis de pécbé actuel, ne sont point brûlées par les flammes infernales ni déchirées par la fourche du diable, mais qu'elles ne Jouissent pas non plus de la vue de Dieu, et que leur état, exempt de souffrances et comportant un léger bonheur, vaut mieux que le nonêtre. Ce tempérament n'est que la reproduction d'une des propositions de Pelage qui excluait ces enfants de l'enfer et disait d'eux : Je sais bien pu ils ne vont pas, mais je ne sais pas où ils vont. Les Pères et les conciles avaient repoussé comme hérétiques ces tentatives pour adoucir la dureté du dogme, et soutenu qu'il n'y avait pas de milieu entre le ciel et l'enfer, entre le bonheur éternel avec Dieu et le malheur éternel avec Satan (1). La création des Limbes n'est

(1) VoyeZf dans le Dictionnaire de Bergier (v» Baptême, % 6), l'énumération des aatorités en faveur du système de la damnation des enfants morts sans baptême. II est suivi notamment par saint Augustin {Pcedag., Viv. Il) qui prononce contre eux la peine de la damnation, mais la plus douce, mitissimam. Or, un supplice, même léger, quand il se prolonge pendant rélernilé, est un châtiment atroce, et il est horriblement inique quand il frappe des enfants qui n'ont eu que le tort de naître. Cette solution est aussi admise par Nicole {Instruction sur les sacrementSy du Baptême, cb. v), et par Bossuet qui s'exprime ainsi dans l'exposition de la

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