II. SB
prophétique da Messie, soit la sainteté la plus éminente à des bommes étrangers à la race juive : tels sont Balaam dont ie Seigneur dictait les paroles {Nomb. ,xxji à xxiv), et dont les prophéties sont appliquées à Jésus-Christ ; et Melcbisedech, roi de Salem, auquel la Genèse donne le litre de prêtre du Dieu Très-Haut, et qui bénit Abraham, considéré par conséquent comme son inférieur {Gen.^ xiY, 18-20); Abraham reconnut même sa supériorité en lui offrant la dîme de son butin ; tel est encore Job que l'on croit Arabe. Les conditions de salut n'étaient donc, ni d'être de la race privilégiée, ni d'être initié à la religion judaïque qui n'a pris naissance que longtemps après Melchisédech, ni, par conséquent, de suivre aucune loi révélée... Que fallait-il donc? D'après l'Église, il fallait, outre la condition d'une vie vertueuse et conforme à la lai naturelle, la foi dans le futur rédempteur. Mais où pouvait se trouver cette foi telle que l'entend l'Église actuelle? Puisque les Juifs n'avaient aucune idée du péché originel dont la conception a été introduite dans le christianisme (chap. ix ci-dessus, § 5), ils ne pouvaient, par la même raison, admettre la nécessité d'une rédemption » le Messie qu'ils attendaient et que dépeignent leurs prophètes, ne devait être qu'un homme éminent qui ferait la gloire et le bonheur de la nation Israélite, et, par elle, de tout le genre humain. Si donc nous jugeons de ce qu'étaient les croyances des Juifs par le texte de leurs livres sacrés, nous serons obligés de reconnaître qu'aucun d'eux n'avait cette foi au rédempteur, sans laquelle les hommes ne pouvaient être sauvés. Qu'on examine de bonne foi et sans prévention les promesses faites à Adam (Gen.f m), à Noé (id.,ix), à Abraham (id., xii), et les nombreuses prédictions faites par Moïse à son peuple, sur son avenir ; il est impossible d'y trouver la moindre trace du dogme de la rédemption. Les théologiens, il est vrai, ne lisant tous ces textes qu'avec l'intention bien arrêtée d'avance d'y trouver ce dont ils ont besoin, y voient toujours plusieurs sens, dont l'un ligure et conforme à leurs idées : ils font dire ainsi aux prophètes tout ce qu'ils veulent et en tirent un système que les Juifs n'ont jamais connu. Nous avons fait voir au chapitre vi, ce qu'il y a de forcé et d'arbitraire dans ce mode d'interprétation. Mais, même en l'admettant, il faudra reconnaître (et c'est du reste ce que fait l'Église) que
ce sens figuré et spIriUiel des prophéties D'élait visible que pour ies bommes les plus intelligents et doués de grâces extraordinaires, et que les hommes vulgaires, les Juifs charnels, comme on les appelle, n'y voyaient que le sens propre et matériel, et n'attendaient qu'un Messie glorieux et dominateur des nations. Ainsi, malgré les Innombrables miracles opérés par Dieu en faveur de son peuple chéri, malgré la sollicitude paternelle avec laquelle il le gouvernait spécialement, malgré ies révélations continuelles dont il le gratifiait, la future venue d'un rédempteur n'y était connue que d'une minorité imperceptible, et bien qu'annoncée dans les divines écritures, y était voilée pour le plus grand nombre ; ainsi ce peuple (saur quelques élus) privé de la foi au Messie, sans laquelle le salut était impossible, était la proie du démon et ne pouvait éviter la damnation. Et c'est pour obtenir un pareil résultat, que Dieu interrompait journellement le cours de la nature et entretenait avec les hommes un commerce de tous les instants t Est-Il possible de se démener davantage pour opérer si peu?
Si, en dehors des Juifs, quelques hommes pouvaient être sauvés, c'est qu'ils avaient, non seulement la notion de la chute du genre humain, mais aussi celle de la manière dont il devait être réhabilité. Supposer ces connaissances à ceux que l'Église admet dans son sein, tels que Job et Melcbisédech, c'est faire une assertion purement gratuite, puisque rien ne la justifie. Il faudrait s'expliquer sur la nature et l'étendue de la prétendue rédemption qu'on suppose qu'iis attendaient. S'il s'agit d'un Dieu qui, en prenant la nature humaine, expiera par sa mort ies péchés des hommes, nous mettons au défi les théologiens de prouver que l'attente d'un pareil événement ait existé chez un seul homme avant Jésus-Christ. Si, au contraire, Il suffit de l'attente d'un homme snpérienr, devant exercer une salutaire influence sur ses semblables, cette Idée est tellement vague qu'elle n'appartient à personne en particulier. Ce n'est autre chose que l'espoir de ramélloration, espoir qui se trouve chez tous les peuples et dans tous les temps. Et si cet espoir suffit pour établir chez ies hommes antérieurs à Jésus la foi nécessaire au salut, il faudra dire que tous pouvaient se sauver par des mœurs pures. La condition des hommes aurait donc été bien préférable à ce qu'elle est
33i EXAMEN DU CHRISTIANISME
aujourd'hui, puisque niainteDanl on ne peut se sauver que dans une certaine église, tandis qu'autrefois le salut était accessible à tous, sans distinction de secte. La venue du rédempteur, bien loin d'être favorable au genre bumain, n'aurait donc été qu'un fléau, qu'une aggravation de mal, puisqu'elle aurait rétréci le chemin du ciel et élargi les portes de l'enfer. On arrive donc forcément à ce dilemme. Ou la foi au Christ futur exigée pour le salut, devait comprendre le dogme chrétien, ou cette condition n'était pas nécessaire. Dans le premier cas, la condition n'ayant été remplie par personne, il en résultera que tous les hommes qui ont vécu avant Jésus, sont damnés, sans exception ; conséquence horrible; ou tout au plus, en l'adoucissant d'après le système de rËgiise, exceplera-t-on de cette masse de damnation quelques illuminés qui de loin en loin voyaient dans l'avenir ce qui échappait à tous les regards. Dans l'autre cas, la foi en un sauveur quelconque étant commune à tous les hommes, le salut appartient à tous ceux qui avant Jésus ont vécu purement, quelles qu'aient été leurs croyances et leur religion. La première alternative fait de Dieu un monstre de cruauté et d'injustice, la seconde ruine le christianisme.
Quel que soit le nombre des individus qui ont pu se sauver avant Jésus-Chrisl, il est certain que leur sort était préférable à celui des chrétiens, puisque la seule chose qui était exigée d'eux, outre des mœurs irréprochables, était la croyance à un événement futur, croyance qui n'était qu'un acte de soumission de la part de rinlelligence et n'exerçait aucune influence sur la vie et la conduite du croyanL Que Ton compare ce simple acte de fol aux innombrables rites sans l'accomplissement desquels un catholique ne peut faire son salut, et Ton verra que le parallèle n'est pas en faveur du pré-sent. L'homme d'autrefois n'était assujetti à aucun dogme contraire à la raison, ni à aucune cérémonie, n'était tenu, ni de s'abstenir de certains mets, ni de fréquenter les églises, ni de se confesser à un autre homme, ni de communier, etc.; et cependant il arrivait, sans gêne et sans fatigue, au but désiré. Dieu, en apportant sa loi, bien loin de soulager les hommes, n'aurait donc fait que leur imposer de nouvelles charges, il aurait multiplié ses exigences et par suite les cbances d'infraction à ses nombreux commandements. It
esl un point surloul, quant auquel celle aggravation de condition est vraiment criante ; comme autrefois les sacrements n'existaient pas, la grâce s'obtenait sans aucun signe sensible ni intervention du prêtre; les Taules n'étaient pas irrémissibles, sans quoi nui n'aurait été sauvé; la rémission avait donc lieu par le repentir et l'amendement du pécheur. Maintenant, au contraire, la pureté du cœur n'est rien sans le sacrement, et les hommes sont exposés à un affreux danger qu'ignoraient ieurs pères, c'est de mourir sans con^ fession et de tomber par là dans le gouffre de l'enfer. Le Christ, loin d*être le sauveur du monde, n'a donc fait qu'en empirer la condition, il a augmenté la somme du mal, il a été, par ses exigences, le coopéraleur et le pourvoyeur de Satan. Pourquoi ce prétendu rédempteur ne laissait-il pas les choses dans leur ancien étal?... — 11 est un autre point qui présente une grave difficulté. Les enfants morts sans baptême avant l'âge de raison , sont envoyés dans les Limbes qui ne sont que la partie la plus mitigée de l'enfer. Comme , avant Jésus, le sacrement de baptême n'existait pas, ce sort était donc celui de tous les enfants frappés d'une mort prématurée. Ils ne pouvaient, comme leurs pères, être sauvés par la foi au Messie futur; tous étaient donc impitoyablement exclus du royaume céleste, même les fils des saints, même les enfants des lévites, caste sacrée d'un peuple sacré. Certes il y a de quoi gémir sur le triste sort d'une portion aussi considérable de l'humanité. Toutefois l'Ëglise, se départant de ses principes de rigueur, a admis au nombre des saints les innocents égorgés par Hérode. Pourquoi celle exception? Bien que leur mort se rattache aux poursuites exercées contre l'enfant Jésus, ils n'en étaient pas moins, comme fils d'Adam, coupables du péché originef, et ils ne pouvaient en être lavés, ni par les eaux du baptême qui, canoniquemcnt parlant, n'avait pas encore été institué ; ni par le baptême de désir, ces faibles créatures ne pouvant désirer ce qui leur était inconnu ; ni par le baptême de sang qui comporte nécessairement le désir de. la régénération, jii enfin par la foi dont leur débile intelligence n'était pas capable. L'Ëglise a donc, par une faveur spéciale, dérogé à ses règles qu'elle déclare pourtant inflexibles, sur les conditions du salut; elle a les clefs du ciel et de l'enYer, elle en ouvre ou ferme