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34 j EXAMEN DU CHRISTIANISME
que nous venons d'indiquer, soit par un autre équivalent ; il ne su serait pas borné à nous livrer aux arguties de l'école, comme ù Tunique guide pour nous mener à la conviction sans laquelle notre perte est inévitable.
> Les détails que nous donne l'Église sur la résurrection générale, en visant à la grandeur, ne sont que puérils. Telle est la chute des étoiles ; tels sont les anges sonnant de leurs trompettes pour ras» sembler les élus des qualité coins du monde (Mat., xxtii, 31; I Cor., XV, 52). Si les anges sont de purs esprits, ils ne peuvent sonner de la trompette. Le son ne peut être perçu par les corps des morts, puis qu'ils ne sont encore qu'une matière inerte ; il ne peut davantage l'être par les âmes séparées des corps, puisque ces âmes n'ont pas d'oreilles, et que, privées de sens, elles ne peuvent éprouver de sensations. Les fanfares seraient donc sans auditeurs.
Après la promulgation générale des jugements rendus précédemment sur tous les hommes, ils doivent, revêtus de leurs corps qu'ils ne quitteront plus, reprendre l'un des deux séjours d'où Ils n'avaient été tirés que pour assister à cette cérémonie, le paradis pour les bous, l'enfer pour les mauvais; alors doit disparaître le purgatoire^ lieu intermédiaire où les justes non entièrement purs expient leurs fautes.
Les élus reprendront leurs corps; mais la nouvelle existence à laquelle ils sont appelés, rend Inutiles la plupart de leurs organes. Ils auront des organes sexuels dont ils ne feront point d'usage (i); ils auront des narines et ne sentiront point; les organes de la manducation et de la digestion, et ils ne mangeront point; ceux de la locomotion, et ils ne marcheront point, puisque au lieu de vivre sur un sol, ils seront dans un monde d'où est bannie toute matière autre que celle de leur corps. L'Église enseigne que la concupiscence n'existera plus chez eux, que les appétits sensuels seront Inconnus, et que les corps seront impassibles (2), c'est-à-dire insensibles ;
(1) Après la résurrection, dit Jésus, les hommes n'auront point de femmes, ni les femmes de maris ; mais ils seront comme les anges de Dieu dans le ciel (Mat., xxii, 30).
(2) Catéchisme de MonlpeUier.
OU, en d'autres termes, que les élus auront des sens et pourtant n'éprouveront pas de sensations, que leur corps ne ressentira pas d'impressions. Une telle conception est souverainement ridicule; ia sagesse divine organise tous les êtres de la manière la mieux appropriée au milieu dans lequel ils doivent vivre et aux fonctions qu'ils doivent accomplir. Elle se trouverait donc en défaut si elle douait les élus d'organeâ sans emploi, de corps qui ne fussent pas en harmonie avec leur destination. Ces observations s'appliquent aux corps des damnés qui ne doivent pas, il est vrai, être doués de l'impassibilité, puisqu'ils doivent supporter la douleur physique, mais qui seront privés de l'exercice de la plupart des fonctions physiques, telles que la génération, la manducation, la digestion, etc. — Les corps des élus doivent encore réunir plusieurs qualités dont l'examen a exercé l'esprit des théologiens, et particulièrement de saint Thomas; ce sont l'incorruptibilité et la clarté (I Cor., x\). On suppose aussi que ces corps sont formés d'une matière extrêmement tenue. Les théologiens, ennemis de la matière, n'auraient pas demandé mieux que de la supprimer tout à fait ; mais enchaînés par les textes qui affirment la résurrection des corps, ils ont cru tout concilier en n'accordant aux élus que des corps si peu matériels qu'on puisse en quelque sorte les regarder comme privés des qualités de la matière. Mais il n'y a pas de milieu entre matière et non-matière; du moment qu'il ne s'agit pas de purs esprits, peu importe le plus ou le moins de matière qui entre dans la composition d'un être. La noblesse des êtres ne se mesure pas plus à la ténuité qu'à la densité; elle consiste dans le développement des qualités morales, et ne dépend pas du poids de leurs corps; autrement, la mouche serait supérieure à l'homme. .
Les diverses religions ont fait preuve d'une riche imagination quand elles ont fait la description des supplices de l'autre monde, mais elles n'ont montré qu'une déplorable stérilité en voulant dépeindre le bonheur réservé aux justes après leur mort. Chaque révélateur le Ggura d'après ses propres idées et tâcha de réaliser le beau idéal tel que le concevaient les hommes auxquels il s'adressait. Les peuples chasseurs et guerriers rêvent, dans l'autre vie,
une suite continuelle de chasses et de guerres, cl des festins où les vainqueurs boivent le nectar dans le crâne de leurs ennemis. Le polythéisme gréco-romain ne laissait entrer dans son ciel que quelques hommes exceptionnels, et encore devaient-ils cette distinction autant à leur origine divine qu'à leurs exploits héroïques; ceux-là partageaient avec les dieux le gouvernement du monde et se nourrissaient avec eux d'ambroisie ; mais, quant au commun des justes, Ils n'étaient que des om^r^s, menant aux Champs-Elysées une ombre de vie dont la peinture est aussi fastidieuse pour le lecteur qu'elle a dû être fatigante pour les poètes obligés de décrire un état nébuleux dont ils ne se faisaient aucune idée précise. Ce qui domine dans le paradis chrétien, c'est la pensée du repos. Le christianisme s'est adressé principalement, dans l'origine, aux classes pauvres et déshéritées, à ceux pour qui la vie n'était qu'une succession de fatigues et de privations; il suffisait donc, pour les séduire, de leur promettre un repos que rien ne viendrait troubler, et c'est même encore ainsi qu'est déflni le séjour céleste dans la liturgie : Requiem œlernam dona m. Domine, Beaucoup de malheureux, obligés de lutter, toute leur vie, contre les angoisses de la faim, contre les besoins toujours renaissants, contemplent avec joie l'asile où ils n^auront plus besoin de rien. Mais un tel état n'est qu'un bonheur négatif, c'est seulement l'absence de malheur. Si l'homme est réservé par la bonté divine au bonheur, il doit l'obtenir complet, et ce n'est pas dans une oisiveté impassible qu'il lui sera donné de le rencontrer, mais bien dans une activité Inépuisable, dans l'exercice plein et harmonieux de toutes ses facultés. Ce n'est pas là ce qu'on lui promet dans le Paradis, L'Ëglise lui offre, pour toute satisfaction, le plaisir de voir Dieu et de chanter ses louanges.
Cette vue de Dieu ne doit sans doute pas être prise dans un sens littéral et antbropomorphite. Cependant l'Ëglise employant sans cesse ces expressions en quelque sorte consacrées, sans en donner l'explication, promettant même qu'on verra Dieu face à face (i),
(1) Le peintre Lantara étant moribond, son confesseur lui vantait les délices du ciel où il aurait le bonheur de voir, pendant i^éternité, Dieu face à face. L'artiste, frappé de la monotonie d*uue situation infiniment
favorise cette interprétation grossière, et la plupart des caltiollques croient, sur la parole de leur curé, que Dieu liabite un palais éttiéré où il se montre à ses élus, comme jadis à Moïse, et que les démons, bannis de sa présence, souffrent beaucoup d'être privés de cette faveur. Une foule de textes accréditent ce système enfantin, notamment la description du jugement dernier, où Von verra le Fils à la droite du Père (Mat., xxvi, 64). Dans Job (i, 6), Satan se mêle parmi les enfants de Dieu et paraît devant Dieu, ce qui ne paraît pas améliorer son sort. Le croyant a beau se soumettre docilement à tout ce que lui enseigne l'Église et répéter mot à mot ses formules ; il ne se fait aucune idée d'un bonheur consistant dans la vue matérielle d'un Dieu matériel.
S'il s'agissait d'une vue intellectuelle, on ne s'expliquerait pas pourquoi elle serait interdite aux démons, puisque l'Église, loin de prétendre qu'ils aient été condamnés à l'oubli de leurs premières connaissances, admet, au contraire, qu'ils ont conservé leur haute intelligence, et que leur principal supplice consiste dans le souvenir du bonheur qu'ils ont perdu. Us ont donc sur Dieu autant de connaissance qu'ils en avaient avant leur chute ; et prétendre qu'ils souffrent d'être privés de la vue de Dieu, c'est reconnaître qu'il s'agit d'une vue matérielle.
Si néanmoins ces mots doivent être pris dans un sens figuré, ils ne peuvent signifier que la connaissance intellectuelle de Dieu. La connaissance complète de l'être infini ne peut appartenir qu'à une intelligence infinie, et, par conséquent, est le partage de Dieu seul. Quant à la connaissance incomplète, elle appartient même à l'homme terrestre. La vue de Dieu, qui lui est promise dans le paradis, serait donc une connaissance moins incomplète, que celte qu'il a sur terre. Mais comme il est impossible d'expliquer à quel degré cette connaissance doit se perfectionner^ il s'ensuit qu'on ne peut se faire aucune idée de ce genre de bonheur.
La faculté de connaître est certainement une des plus précieuses de l'homme, et il est bon de lui donner satisfaction. Mais ce n'est
prolongée, lui dit : « Eh quoi, mon père, toujours de face, jamais de profil! »