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CHAPITRE V

Peinture d’histoire : sujets empruntés à l’histoire depuis la chute de l’empire romain jusqu’à nos jours.

Dans les précédents chapitres, nous déplorions hautement l’absence presque totale au Salon des nobles sujets empruntés à l’histoire religieuse, Nous avons signalé également le petit nombre des scènes puisées aux sources fécondes et riantes de la Fable ou de l’antiquité.

Maintenant, quittant le ciel des chrétiens et le ciel mythologique , nous reporterons notre attention sur les compositions se rattachant à l’histoire, depuis la chute de l’empire romain jusqu’à nos jours.

PEINTURE D’HISTOIRE

Cette immense période qui embrasse tant de siècles, et qui intéresse tant de peuples différents , semblait être comptée pour rien il y a cinquante ans, par les artistes épris de la forme admirable des chefs-d’œuvre de l’antiquité; et, ainsi que nous l’avons déjà dit , beaucoup d’artistes, confondant le but de l’art avec ses moyens, attribuaient la supériorité des œuvres antiques aux sujets en eux-mêmes, sans songer que la savante théorie des Grecs eût produit autant de merveilles, lors même que ces artistes supérieurs auraient eu à exercer leur génie sur des sujets tels que ceux des temps modernes. Assurément l’histoire de ces âges nouveaux n’a rien à envier à l’histoire de l’antiquité; l’histoire moderne est riche aussi en hauts faits , en grandes actions et en admirables dévouements. Et cela ne doit point surprendre, puisque la religion chrétienne est la lumière de ces siècles.

Cette année, beaucoup d’artistes se sont inspirés de scènes qui intéressent d’autant plus vivement, qu’elles ne se perdent point dans la nuit des temps. Le voile que jette l’éloignement

PEINTURE D’HISTOIRE

sur les actions humaines, les rendant toujours plus mystérieuses , ajoute souvent un charme puissant pour quelques âmes isolées; mais la foule veut voir pour croire. Incrédule comme Saint -Thomas, elle ne s’émeut point, si elle ne touche du doigt les misères pour lesquelles on l’implore , et elle prodigue des couronnes aux artistes seulement qui lui retracent les hauts faits dont elle a été témoin.

La multitude exige des beaux-arts la représentation des grandes actions nationales et contemporaines. Elle applaudit de ses mains puissantes, lorsque Gros, l’illustre peintre des gloires impériales, lui montre Bonaparte consolant les pestiférés à Jaffa ; et , quand Géricault peint le Naufrage de la Méduse , il voit alors grandir sa renommée.

Les masses sont toujours sympathiques aux scènes vives d’actualités ; toute autre représentation peut quelquefois plaire à la foule, mais commander son admiration , jamais. Et si elle est séduite par un sujet emprunté à l’antiquité , il faut qu’elle y reconnaisse une analogie frap-

PEINTUBE d’hISTOIKE.

pante avec la situation du moment. C’est ainsi que s’explique l’immense impression produite sur l’esprit du public par le tableau de Guérin représentant Mnrcus-Sextus, proscrit romain, rentrant dans ses foyers où il retrouve sa femme expirante. Cette scène, peinte à la suite des proscriptions révolutionnaires obtint un succès d’enthousiasme , et l’artiste fut porté en triomphe. A l’époque de la restauration , quand les Bourbons revinrent en France, le tableau de X entrée de Henri IF à Paris produisit un pareil effet. Et plus tard, en 1830, l’esclave Spartacus brisant ses chaînes , dû au talent du statuaire Foyatier, fut couronné par le peuple vainqueur.

Cependant, ce serait étrangement se tromper, si l’on pensait qu’il suffit, pour être applaudi , de prendre au hasard les succès ou les revers de la patrie ; car si la foule aime qu’on lui retrace les scènes qui l’intéressent directement , elle veut surtout que ces scènes lui fassent honneur ; elle demande sa part des lauriers cueillis par les héros de son pays , mais elle repousse

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toute solidarité avec les défaites de ses armées.

Les artistes doivent donc, s’ils veulent être admirés par leurs contemporains , faire comme les Grecs, et consacrer leur génie à la glorification des hommes illustres de leur époque et à la religion de leur pays; autrement leurs œuvres ne seront point sympathiques à tous. Et ce que nous avançons là est tellement vrai, que les plus grandes réputations de nos peintres de 1 empire ont été la plupart du temps la conséquence des sujets qu’ils ont représentés; aussi, sauf quelques rares exceptions , on a vu ces réputations immenses s’obscurcir dès qu’elles n’ont plus été soutenues par l’intérêt que les peuples attachent toujours à la représentation des faits glorieux qui sont la gloire de la patrie.

Examinons maintenant l’exposition au point de vue historique et national.

Nous remarquons beaucoup de sujets empruntés à l’histoire de tous les peuples modernes. Quelques tableaux seulement s’adressent directement à nous et sont véritablement nationaux. D’autres nous retracent des scènes em-

PEINTURE D’HISTOIRE

prunlées aux poêles ou aux romanciers de tous les pays, et représentent l’histoire moderne plus ou moins fidèlement.

MM. ÉMILE LAFON, FELON, DE JONQUIÈRES, DELAUNAY, Victor FONTAINE.

Le sujet qui attire le plus les sympathies de la foule est assurément la Mort de Monseigneur V archevêque de Paris. Plusieurs artistes se sont emparés de cette scène chrétienne et fixent l’attention publique. Nous citerons , comme ayant traité ce sujet intéressant, MM. Félon, de Jonquières et Emile Lafon. Les deux premiers artistes ont réduit ce grand drame à de petites proportions. M. Emile Lafon est le seul qui ait compris que ce sujet, bien qu’il soit emprunté à l’histoire de nos jours, devait être représenté d’une manière analogue à l’importance morale de ce noble dévouement d’un pasteur chrétien.

Cet artiste a disposé sa composition très-savamment en donnant tout le développement possible à la figure de l’archevêque de Paris. Ren-

PEINTURE D’HISTOIRE

versé sur les débris de barricades , le noble martyr étend les bras vers le ciel, et dans un geste d’une ineffable douceur, semble remercier Dieu de la mort glorieuse qui lui est accordée. Des hommes du peuple se groupent autour du saint prélat et semblent profondément touchés du sacrifice volontaire de celui qui dit en mourant : « Je souhaite que mon sang soit le dernier versé. »

Le tableau que nous venons de décrire est considérable, aussi bien par son sujet que par le mérite de son auteur. Il est à regretter cependant que l’effet n’en soit pas assez simple. La lumière du soir se projette comme dans la nature peut-être , mais sans parti pris , grand et large, ainsi que l’art et le sujet le commandaient. Le soleil de juin s’accroche sur tous les contours des figures, et n’éclaire que par petites portions toutes les parties du tableau. Nous ne doutons point de la sensation profonde qu’aurait produite cette belle composition , si l’artiste avait distribué la lumière selon les règles de l’unité. D’abord il aurait évité cette indécision

PEINTURE D’HISTOIRE

d’effet que l’on reprocherait moins à un tableau de genre qu’à la représentation d’un si grand drame, et cet artiste distingué n’aurait, point encouru le blâme que lui adresse le public , d’avoir donné à la mort de l’archevêque l’aspect d’un embrasement général , ce qui fait dire à plus d’un que le courageux ministre du Christ semble périr sur un bûcher.

Néanmoins, malgré ce défaut, il reste dans cette œuvre de très-réelles qualités : la figure principale est très-belle, la tête du mourant est expressive, et ses mains supérieurement dessinées.

MM. Delaunay, Victor Fontaine , ont traité aussi ce grand et triste sujet, mais ils ont eu recours aux ressources de l’allégorie pour transfigurer le noble martyr, et peindre l’apothéose de l’archevêque. Nous ferons remarquer que c’est là une licence poétique qui n’est pas permise et qui n’ajoute rien à un sujet assez beau en soi. D’ailleurs , il est inutile d’anticiper sur les décisions de l’Eglise, pour faire entrer au ciel un martyr qui n’est pas encore béatifié ou canonisé.

PEINTURE D’HISTOIRE

MM. DULAC, ÈGASSE, SOUPLET, PLAT TEL, Adolphe LELEUX

Le dévouement de l’archevêque n’est pas le seul sujet extrait des tristes annales de juin 1 848. Plusieurs scènes douloureuses sont peintes par MM. Dulac, Égasse, Souplet et Plattel. D’autres scènes populaires sont empruntées à la révolution de février , et représentent des sentinelles révolutionnaires , ou bien encore le mot d'ordre, par M. Adolphe Leleux.

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