DES PROTECTIONISTES
Lorsqu'on invoque contre eux, comme je l'ai fait dans les chapitres précédents, la liberté et la justice, les protectionistes se réclament d'un grand principe à leur tour. Ils allèguent la solidarité qui lie et doit toujours lier les hommes d'une même nation. C'est le plus solide de leurs arguments. Un homme d'un grand mérite , esprit distingué, cœur chaud, ami de l'humanité et bon citoyen, Frédéric List, a édifié sur la base de la solidarité nationale un système d'économie politique qui a des partisans, et qu'on oppose quelquefois aux amis de la liberté du commerce ' .
J'ai eu l'honneur de connaître l'infortuné List, je suis convaincu que s'il vivait encore et qu'il eût assisté à l'exposition de l'industrie universelle de Londres, tout en maintenant son principe, il en eût accepté une formule pratique, je veux dire un tarif, dont nos protectionistes ne se féliciteraient pas et dont s'applaudiraient les amis de la liberté commerciale. Bien plus, il n'y a pas dans toute la vie de List un seul instant où cette âme ardente et éclairée tout à la fois n'eût rougi de soutenir un tarif aussi exorbitant que l'est le nôtre.
» Ce système a été exposé par List dans un livre dont une bonne traduction , sagement annotée , vient d'être donnée par M. S- Ricbelot , chez Capelle.
Quant au principe même de la solidarité nationale, je ne conteste pas qu'il soit beau, qu'il soit vrai, qu'il soit fécond; une théorie d'économie politique qui se refuserait à en tenir compte, serait incomplète et impraticable. Elle serait fausse, car elle nierait un desattributs essentiels de l'homme, un de ses mobiles les plus respectables , une des forces sociales les plus énergiques et les plus utiles. L'économie politique, de même que toutes les sciences morales et politiques, n'est exacte et n'est applicable qu'à la condition de s'appuyer sur une juste notion de l'homme. Or, s'il est vrai que l'homme soit un être personnel, de tous les êtres celui dont la personnalité est la plus forte, la plus vivace, la plus amoureuse de la liberté, la plus perfectible, la seule perfectible ici-bas , la personnalité pourtant n'est qu'une moitié de l'homme, et l'intérêt personnel, sur lequel presque tous les traités d'économie politique ont paru insister avec prédilection, n'est pas le seul mobile de nos actions, de celles même qui sont du domaine de la science économique. L'homme est de plus un être sociable, et c'est un des aperçus les plus lumineux d'Aristote de l'avoir défini par cette sociabilité. La sociabilité trouve à la fois son point de départ et son but dans le sentiment sublime que cultivent par-dessus toute chose la religion et la philosophie, en l'appelant, l'une la fraternité universelle ou la charité , l'autre l'amour de l'humanité. L'homme est le plus sociable de tous les êtres , car il est le plus affectueux, celui qui s'attache le plus à ses semblables. Les liens qu'il contracte avec eux sont tellement solides que la distance ne les détruit pas , et souvent les renforce au lieu de les affaiblir. La séparation suprême, la mort ne les anéantit pas, car en passant à l'état de regrets, ils persistent indéfiniment. Ils peuvent se transmettre de génération en génération, pendant une longue suite de siècles. Us remon tent le cours des siècles aussi bien qu'ils le descendent , ainsi que le montrent le respect des aïeux , la recon-
34 DR LA SOLIBARfîfi NATIONALE.
naissance publique pour les grands hommes qui ne sont plus. Ils peuvent embrasser tous les individus qui vivent, compatriotes et étrangers, tous ceux qui ont vécu, tous ceux qui vivront.
La vie de l'homme est la mise en scène et en œuvre de ces deux grands attributs, la personnalité et la sociabilité, leur action et réaction continuelle l'un sur l'autre. Je dis la vie de l'homme, je pourrais dire aussi bien la vie des peuples, celle du genre humain tout entier. La liberté, présent descendu du ciel sur l'homme seul, s'exerce par la personnalité et par la sociabilité, pour le développement de Tune et de l'autre. C'est par notre liberté que notre personnalité se révèle et se constate, mais ce n'est pas seulement au profit de notre personnalité toute seule que Dieu nous Ta décernée, c'est tout autant dans l'intérêt de nos semblables, et quand notre liberté s'accorde avec celle d'autrui, c'est-àdire qu'elle est sociable, sa puissance est centuplée.
La sociabilité humaine se manifeste et s'incarne par tous les genres possibles d'association. La nationalité est assurément une des formes qu'elle revêt avec le plus d'avantage et de gloire. Le sentiment de la solidarité nationale, ou l'amour de la patrie est une vertu, la source de beaucoup d'autres ; le nombre des actions héroïques auxquelles il a donné naissance est infini. Pour être dans le vrai, l'économie politique doit donc, comme le veut List, ranger la solidarité nationale au nombre des forces qui sont enjeu naturellement et à bon droit parmi les phénomènes de son ressort.
Mais le principe de la solidarité nationale une fois reconnu, il reste à savoir quelles en sont les conséquences légitimes, et si parmi ces conséquences figure le système protecteur, notamment avec les caractères qu'il a reçus de nos protectionistes.
En s'étayant de la solidarité nationale, on allègue en faveur du système protecteur que, pour tout grand corps de nation , une fois l'âge de la maturité arrivé f c'est une
DE LA SOUDANTE ftAtlOftÀLE! . S5
nécessité, dans l'intérêt de sa civilisation même, d'acclimater chez soi chacune des principales branches de l'industrie; qu'il ne suffit pas d'être agriculteur, qu'il faut être commerçant et manufacturier ; qu'il faut avoir, nonseulement quelques manufactures spéciales, mais chacune des grandes catégories manufacturières, la fabrication des tissus de laine , celle des tissus de lin , celle des tissus de coton, des tissus de soie ; qu'il faut s'approprier l'industrie métallurgique, l'industrie des mines, l'industrie mécanique, qu'il faut être navigateur ■ . Jusque-là le programme est judicieux. Oui, tout peuple dénombrant une grande population , occupant un vaste territoire , est bien inspiré de viser à la multiplicité dans la production de la richesse. Oui, lorsqu'il touche à la période de la maturité, il fait bien de s'y préparer ; il commettrait une faute s'il y manquait. Cette division du travail ou, pour employer, selon la remarque de List et de J. S. Mill, une expression plus appropriée , cette combinaison complexe d'efforts très-divers est avantageuse à la prospérité nationale, est une des conditions du progrès national en tout sens. Elle est en effet, beaucoup mieux que ne pourrait l'être une production peu variée, en rapport avec la diversité des aptitudes individuelles et avec la diversité des circonstances et des facilités que présente un territoire étendu. Elle est favorable à l'avancement des connaissances, car presque tous les hommes n'étudient bien volontiers que cette partie des sciences dont ils peuvent retirer une utilité directe. C'est une remarque qui avait été faite parles maîtres de la science économique, adversaires naturels des protectionistes , avant que ceux-ci tentassent de s'en prévaloir, que l'agglomération de la population dans les villes et la formation même de grandes cités aide de la façon la plus heu* reuse à l'avancement de la civilisation. Ainsi se constituent
1 (Test ce que List s'est appliqué à motiver. Voir la traduction de M. ftiehelot.
en effet de puissants foyers où l'esprit humain, excité par le contact, acquiert une grande activité, accomplit des découvertes, les met en pratique et les perfectionne ; où les mœurs en se raffinant suscitent des besoins délicats et encouragent le progrès des arts. Or, à moins que les populations ne consentent à mener l'existence misérable et avilie des lazzaroni, des villes populeuses supposent nécessairement un vaste développement de l'industrie manufacturière, ce qui est à peu près synonyme de la multiplicité des fabrications.
Cette multiplicité a pourtant des bornes que la nature ellemême assigne. Il serait absurde à l'Angleterre ou à l'Allemagne du Nord de viser à produire le vin qu'elles boivent; à nous comme à elles de vouloir récolter le coton que nous filons, tissons et imprimons ; à l'Italie de prétendre à tirer d'ellemême la glace dont elle se rafraîchit pendant les ardeurs de l'été. Il le serait à l'Europe occidentale de s'imposer l'obligation de retirer l'or et l'argent qu'il faut à son orfèvrerie et à ses hôtels des monnaies de ses propres mines, qui sont relativement pauvres en métaux précieux ; à la France encore , de se condamner à ne travailler d'autre cuivre, ou d'autre étain, ou d'autre zinc, que celui qu'auraient donné ses propres filons. Si un caprice de la nature avait privé quelque contrée aussi étendue que l'est notre patrie, par exemple, de mines abondantes de fer et de charbon , ce serait une folie pour la nation qui occuperait cette contrée de s'acharner à alimenter son industrie avec les quelques filets de houille ou les maigres gisements de fer qui lui auraient été répartis.
Ces limites, que la nature elle-même pose à l'extension de l'industrie de chaque peuple, ces sortes d'interdits à l'esprit d'entreprise de chaque grande nation laissent encore ouvert un espace immense, la majeure partie du domaine des manufactures. Car telle nation qui devra, si elle est raisonnable, renoncer à produire du coton en laine ou de la soie en cocons, ou se résigner à ne faire du fer brut en gueuses ou en barres que bien au-dessous de ce qu'en réclame sa
consommation, n'en sera pas moins fondée à vouloir posséder des filatures de coton et des fabriques de toiles peintes, des fabriques de soieries et même des filatures de soie, ou les ateliers dans lesquels le fer , la fonte et l'acier reçoivent mille formes diverses. C'est ainsi que l'Angleterre, la Prusse et la Suisse ont été bien inspirées d'élever des fabriques de soieries quoiqu'elles ne récoltent pas un cocon, et que toute l'Europe a sagement fait de prétendre à filer le coton et à produire, sur l'échelle la plus colossale, les innombrables articles dont ce textile est la base, quoique le coton ne se cultive que loin de nos climats \ C'est ainsi que l'Angleterre, qui ne fait pas un kilogramme de fer propre à la fabrication de l'acier, se trouve avoir eu une idée heureuse en se proposant de préparer en grand cette substance si indispensable aux arts utiles, et que la Suisse, qui n'a pas de forges, a pu chercher à réussir dans les constructions mécaniques en fer, et on sait qu'elle y est parvenue. C'est ainsi encore que les établissements où se prépare le sulfate de quinine sont situés, non pas dans la chaîne des Andes où croît le quinquina, mais bien à six mille lieues de là, en France et en Angleterre. Je pourrais multiplier presque à l'infini les exemples analogues d'industries qui prospèrent loin des pays qui en fournissent la matière première.
On peut remarquer encore que ces limites naturelles ne sont pas absolument fixes , que le progrès des sciences et des arts tend à les reculer sans cesse. L'Europe est parvenue à faire rendre à son propre sol des substances qu'on aurait crues réservées aux régions tropicales ; le sucre en est le plus frappant exemple ; l'indigo en est un autre digne d'être cité aussi. Mais tous les bons esprits reconnaîtront qu'à chaque instant il est sage d'accepter ces limites telles qu'elles sont marquées par les connaissances humaines au moment dont il s'agit.
1 Je néglige ici la petite quantité de colon qu'on récolle dans les Deuv Siciles. (Test tout à fait insignifiant.
$9 DE L4 SOLIDARITÉ KATIOHALE.
Sous ces réserves, nous tenons pour établi qu'il est bien à toute grande agglomération nationale , à un groupe d'hommes tel que celui qu'offrent la France, ou les Iles-Britanniques, ou l'Allemagne, ou la péninsule italienne, ou la péninsule ibérique, ou la Russie, ou les Etats-Unis, d'aspirer à s'approprier la plupart des grandes industries et de s'y appliquer effectivement.
Il suit de là , nous ne le contesterons pas davantage aux protectionistes , que, excepté peut-être chez quelques peuples dont la fibre est imbue de l'esprit du self-govemment à une dose exceptionnelle , ce n'est point de la part du gouvernement un excès de pouvoir, c'est au contraire l'accomplissement d'un devoir strict d'agir à chaque époque , dans la sphère de ses attributions légitimes, afin de favoriser la prise de possession par la nation de toutes les branches de l'industrie dont l'accès est autorisé par la nature des choses. Les gouvernements, en effet, sont la personnification de la nation, et il leur appartient d'exercer leur activité dans la direction que signale la solidarité nationale bien entendue. Ainsi, je me garderai bien de blâmer le désir qu'eurent Colbert en France, Cromwell en Angleterre, de susciter, chacun dans sa patrie, une puissante marine commerciale. Je tiens pour excellente la pensée que plus récemment ont eue des hommes d'Etat éminents chez tous les grands peuples de l'Europe de faire naître autour d'eux les diverses industries manufacturières, ce qui ne veut pas dire qu'il convienne de louer sans distinction les mesures qu'ils prirent pour atteindre leur objet.
J'irai même plus loin dans la voie des concessions, je le puis en toute sûreté de conscience. Eu égard au temps dans lequel vivaient Colbert et Cromwell , et même des souverains ou des ministres beaucoup moins éloignés de notre âge, et postérieurement jusqu'à l'époque qui précède la nôtre, on peut soutenir avec avantage que la protectioo douanière fut alors légitime ou opportune, sans que de ce pré-
DE 14 lOLlDARITf JUTIOJfiUf. 3@
cèdent on puisse aucunement s'autoriser pour l'époque ac* tuelle.
Pour façonner les peuples à la pratique de l'ensemble de|> arts manufacturiers, qui devait positivement leur être profitable, les gouvernements jadis, quand ils se servirent de la douane, firent payer cher aux nations le bien qu'ils leur procuraient; mais, en ce temps-là, Jes peuples n'étaient pas en position de marchander le progrès, ils n'en avaient pas l'habitude ; ils étaient trop heureux de l'obtenir même à très*haut prix. La protection douanière était un expédient qui constituait un privilège ; mais, on Ta vu, le privilège était alors dans les mœurs. L'égalité était un mythe relégué dans le sanctuaire de la religion, non-seulement en France, mais même en Angleterre où cependant on était, quant à la notion des droits des citoyens, moins reculé que chez nous. La protection* douanière était incompatible avec la liberté civile ; mais on n'avait alors de la liberté civile qu'un sens très-confus. Le législateur, sans se gêner, la traitait de la façon la plus hautaine, et l'opinion dominante le laissait faire ou l'approuvait. La liberté de conscience, la plus précieuse des libertés, était foulée aux pieds de la façon la plus violente en France, sous Louis XIV, dans la personne des protestants, en Angleterre , sous Cromwell, dans celle des catholiques, et ces rigueurs n'excitaient aucune désapprobation. Au contraire, la révocation de l'édit de Nantes chez nous, l'asservissement des catholiques de l'autre côté du détroit excitaient dans le dix-septième siècle un concert de louanges. La liberté individuelle n'était pas moins violentée dans toute l'Europe : les individus étaient appréhendés an corps et séquestrés, sur le moindre prétexte et sans forme dt procès, sans que, en cela, l'autorité pensât rien faire d'exorbitant. Le droit de propriété, dont le respect se confond ayec la liberté civile, recevait les plus sanglants affronts; partout le Code pénal admettait la confiscation des biens, et c'était une peine fort usitée ; eau* même qui la subissaient
ne croyaient pas qu'elle excédât les pouvoirs naturels de l'autorité. Il n'était donc pas surprenant que l'opinion publique ne s'offensât aucunement alors des atteintes à la liberté civile qui sont de l'essence même du système protecteur.
A vrai dire, on n'a commencé à avoir nettement conscience de la plupart des conséquences pratiques que devraient avoir les principes de liberté et d'égalité qu'après que la paix, venant enfin après un quart de siècle mettre un terme aux guerres sanglantes de la Révolution française, eut calmé les passions et rassis les esprits. C'est seulement alors que le public s'est trouvé en position d'apercevoir tout ce que le système prétendu protecteur comportait d'incompatible avec le génie de la civilisation moderne. Jusque-là ses caractères antipathiques à la liberté et à l'égalité n'étaient bien distincts en Europe que pour quelques penseurs en avant de leurs contemporains, et il en était ainsi même parmi les Français qui avaient proclamé avec tant de vigueur, et dans les termes les plus absolus en 1789, que la liberté et l'égalité devaient servir de base à l'organisation politique, ainsi que parmi les Anglais qui jusque-là avaient fait plus que les autres peuples une part à ces grands principes dans leurs Codes et leurs usages.
Il est fort vraisemblable qu'autrefois, sous l'ancien régime, et même jusqu'à une époque plus voisine de la nôtre, il ne fallait rien moins que l'encouragement d'une forte protection douanière pour provoquer l'établissement d'une nouvelle industrie. Il y avait peu de capitaux ; pour leur faire adopter une destination nouvelle, il fallait l'appât d'une forte prime. La population était ignorante et maladroite, et en faire l'apprentissage devait être long et dispendieux. Les sciences d'application, la chimie, la physique, la mécanique étant peu avancées, il était extrêmement difficile de deviner les procédés suivis par les fabricants étrangers, qui s'enveloppaient de mystère. De la sorte de longs tâtonnements et beaucoup d'essais infructueux étaient inévitables. Couvrir
tous ces frais si multipliés par des largesses du trésor était impossible. On trouva tout simple d'indemniser les chefs d'industrie par la protection douanière, qui se résolvait en une redevance indirecte que leur payait le public.
C'est par rapport à notre époque, par rapport à l'esprit actuel de la civilisation , par rapport aux facilités que présente l'état actuel de la France pour le progrès de l'industrie et l'assimilation d'une fabrication nouvelle, qu'il convient de juger le système protectioniste, considéré comme une des formes que peut revêtir le principe de la solidarité nationale, et non par rapport aux idées, aux mœurs, aux ressources qu'offrait la société du temps de Sully et de Colbert, en France, de Henri VIII ou de Cromwell , en Angleterre, ni même par rapport aux conditions dans lesquelles vécut l'Europe jusqu'à ce que la paix, signée en 1815, eût répandu ses bienfaits parmi les nations. Le principe de la solidarité nationale subsiste et subsistera toujours, aussi puissant et aussi respectable qu'il a jamais pu l'être; mais, dans ses manifestations, il ne peut plus être ce qu'il était. Ceux qui ont la charge de l'appliquer sont tenus de se conformer ici, comme en toute matière, aux données de la civilisation moderne, à l'esprit nouveau dont sont animés les peuples les plus avancés, parmi lesquels nous comptons apparemment!
Le principe de la solidarité doit cadrer avec celui de la responsabilité individuelle. Ce sont deux éléments qu'il faut harmoniser dans la législation industrielle, comme dans toutes les institutions de la société. Entre deux principes qui sont complémentaires l'un de l'autre, la part à faire, à une époque quelconque, dans chacune des institutions de la société, dépend du degré de force et d'ampleur que chacun des deux possède au moment dont il s'agit. Or, personne ne peut nier que le principe de la responsabilité individuelle soit un de ceux dont le génie de la civilisation moderne suppose le plus grand développement. Les codes de cette civilisation sont de misérables jeux d'esprit, ses espérances
sont des déceptions, la gloire à laquelle elle aspire est une illusion tout entière , elle est chimérique, s'il n'est pas vrai que tout homme puisse et doive porter aujourd'hui, beaucoup plus que dans les siècles passés, la responsabilité de ses destinées ; ce qui revient à dire que le siècle est mûr pour la liberté, beaucoup plus que les siècles précédents.
La responsabilité personnelle est le trait saillant des mœurs et de la législation chez les peuples libres ; c'est la sanction de la liberté tant civile que politique. Plus la civilisation avance, plus la responsabilité s'attache aux pas de l'homme. Dans la doctrine du paganisme antique, l'homme est soustrait à l'étreinte de la responsabilité par le caprice de l'ayeugle destin, dominateur des dieux mêmes. Parmi les mahométans, il l'est par la fatalité. Une des preuves de l'excellence du christianisme, de sa puissance pour l'élévation de notre espèce, c'est que par lui les bornes de la responsabilité ont été reculées indéfiniment en principe, et reculent chaque jour en fait; car de plus en plus, chez les peuples chrétiens, la tendance des mœurs et des lois a été de rendre l'individu responsable envers la société, responsable vis-à-vis de lui-même. La loi constate cette aptitude toujours croissante de l'homme à porter le poids de sa personne, du moment que de préventive qu'elle était, elle se contente de plus en plus de n'être que répressive. Les mœurs ne l'attestent pas moins, car c'est du sentiment de responsabilité que chacun de nous porte en son âme que tire toute son autorité l'opinion, puissance ignorée chez les peuples étrangers à la liberté, mais souveraine chez les peuples libres. Si vous voulez savoir à quel point une société est libre ou mérite de l'être, sachez à quel point le commun des hommes y est apte à porter la responsabilité de son sort. Certains novateurs, qui ont cru servir la cause du progrès social par des système 3 où la responsabilité était abolie ou excessivement restreinte, se sont trompés tout juste autant que le navigateur qui, voulant aller au midi, mettrait le cap au nord.
91 U KftlDâfttti NOTOXALfU 4^
La responsabilité accompagne l'homme dans la poursuite de la richesse, dans l'exercice de l'industrie. Chez les peuples digne* de la liberté, l'homme industrieux attend dç son activité propre, de son habileté personnelle, la fortune ou le bien-être auquel il aspire. Gomme aussi, à mesure que les lois et les mœurs imposent davantage aux individus la responsabilité de leur existence , il est indispensable qu'elles leur laissent plus de liberté dans l'industrie de même que partout.
La concurrence industrielle est une des manières d'être 4e la responsabilité. Depuis que les peuples ont voulu être libres et ont été fondés à le vouloir, la concurrence est de droit, elle est d'intérêt public, et c'est une épreuve que les hommes soutiennent victorieusement. S'ils sont serrés de près, c'est une raison, non pour qu'ils s'épouvantent, mais pour qu'ils travaillent mieux, qu'ils combinent des inven^ tions nouvelles. Il faut du capital presque toujours pour mo-> difier les procédés de fabrication ; ils ont eu la prévoyance d'en former ou ils en trouvent sur leur crédit. Ils sortent donc de l'épreuve plus forts et plus riches, plus utiles à la société. Vous vous croyez le premier peuple du monde, la plus digne de la liberté ; vous allez donc admettre plus que quiconque la concurrence, aussi bien l'extérieure que l'intérieure. Vous reculez? Votre prétention à la suprématie était de la rodomontade ; quel que vous ayez été, vous n'êtes plus fait que pour le second rang.
La responsabilité individuelle ne convertit pas l'homme en une sorte d'animal tristement solitaire comme l'oiseau nocturne des Psaumes de David, puisqu'elle peut et doit se concilier parfaitement avec la solidarité. Le génie de la civilisation moderne n'astreint pas l'homme à s'isoler, il l'autorise, il le convie à pratiquer la sociabilité sous mille formes.
La manifestation la plus habituelle de la sociabilité réside dans l'acte de l'échange, en prenant ce mot dans h
sens le plus philosophique et le plus général. De tout temps la société fut un échange de services, et que peut-elle être d'autre? Mais aujourd'hui l'échange est plus fréquent, plus multiple et plus fécond qu'il ne fut jamais. Malgré les obstacles qu'une législation surannée oppose au commerce international, chacun de nous présentement est en rapport d'échanges avec des milliers, des millions d'hommes, nonseulement avec ses proches voisins , avec ses concitoyens de la même ville et du même État , mais avec les populations des quatre parties du monde.
Je suis en échange de services avec le militaire qui garde la frontière à Thionville ou à Bayonne, avec le gendarme qui veille dans ma cité ou qui maintient l'ordre dans l'officine des révolutions, à Paris, avec le magistrat qui défend la propriété et l'honneur des individus ; car les uns et les autres garantissent ma personne et mes biens, et en retour de ce service, je contribue par l'impôt et par mes égards personnels à leur assurer une existence honorable. Mais restreignons-nous à ce qui a exclusivement le caractère industriel. Or, de ce point de vue spécial, je suis en échange de services avec lefilateur, ou le tisserand, ou le teinturier qui ont préparé mon vêtement, avec le cultivateur qui en a fourni la matière première ; et celui-ci peut être un planteur de coton de la Caroline du Sud, ou un brahmane propriétaire dans l'Inde, ou un fellah des bords du Nil, qui se livre à la production du coton jumel, ou un noir affranchi de la Jamaïque qui, pour le coton, a déserté le sucre; ou ce peut être un éleveur de bêtes à laine dans l'Australie ou la Saxe, aussi bien qu'un fermier normand ou picard ; ou encore un mandarin qui tient des vers à soie à Chang-Haï, ou un Piémontais ou un Lombard qui a la même industrie, ou un paysan des Cévennes. Je suis en échange de services, je fais de la sociabilité pratique, non-seulement avec tous ces hommes, mais avec leurs collaborateurs ; non-seulement avec eux et leurs collaborateurs, mais avec une multitude
presque infinie d'autres qui ont préparé, soit les matières premières de mon vêtement , quelque modeste qu'il puisse être, soit les substances tinctoriales qui y ont été employées, soit les mécanismes qui ont servi à la filature, au tissage, à la teinture, soit les matériaux dont sont faits ces mécanismes. J'y suis, avec le commerçant qui a acheté toute cette variété de matières premières ou de substances , et les a livrées au manufacturier ; avec le roulier ou le capitaine de navire, ou la compagnie du chemin de fer qui les ont voiturées. J'y suis, par la même raison, avec les ingénieurs qui ont fait les routes dans les pays d'origine aussi bien qu'en France, le constructeur anglais, français, américain ou sarde, qui a lancé le bâtiment, l'architecte qui a érigé les magasins là-bas et ici ; j'y suis avec les matelots, les cantonniers, les ouvriers de toute sorte et de toute couleur, qui montent le navire ou entretiennent la route, ou fournissent les appareils, les matières et les vivres employés dans la navigation et dans les transports en général ;^'y suis, avec les hommes qui ont fait l'apprentissage de tous ceux dontje viens de parler. Je n'ai pas besoin d'aller plus loin pour que le lecteur admette que le nombre des personnes dont chacun de nous aujourd'hui reçoit des services est infini, et chacun de ces services doit donner lieu à un service de notre part, car, tous tant qu'ils sont, ces services se payent. Nous ne recevons rien, ou du moins nous ne devons rien recevoir, sans donner quelque chose, sans donner tout juste l'équivalent. Certes, dans la plupart des cas, l'échange est extrêmement complexe. Le service qui rémunère chacun des hommes avec lesquels je me trouve en relation d'échange, n'est pas en nature celui que j 'ai rendu moi-même, mais il en est la transformation ou l'équivalent transmis de main en main. La multitude des trocs qui se font de service à service jusqu'à ce que la rémunération que j'ai donnée, en retour du vêtement dont il s'agit, soit parvenue à chacune des parties qui y a droit/est de même presque infinie; mais
4A Di LA BftLlDAfttti HAfîOltàLÈ.
l'échange des services n'en subsiste pas moins. Il n'en est que plus animé , plus surprenant ; il n'atteste que mieux tout ce qu'offre d'élastique la sociabilité humaine, tout ce qu'elle possède de ressources quand elle est mise en œuvre convenablement , et combien par le progrès des temps elle acquiert de forces nouvelles.
Mais* et c'est à cela que je voulais en venir, tous ces échanges de service ne peuvent produire , en fin de compte, une forte masse de satisfaction pour chacun des hommes, qu'autant que chacun d'eux individuellement est en mesure de fournir un bon contingent. En d'autres termes , pour que la solidarité humaine soit féconde , il faut que le senti* ment de la responsabilité personnelle soit trè3-éveillé chez chacun de nous, nous imprime à tous une grande activité, et nous fasse faire beaucoup d'efforts productifs.
L'accord de la solidarité et de la responsabilité s'énonce aujourd'hui par un mot bien connu dans notre droit public, la réciprocité. Dans l'antiquité, entre l'esclave et son maître; sous la féodalité, entre le serf et le seigneur féodal; sous la monarchie de l'ancien régime, entre le vilain et le noble, la répartition • des avantages sociaux, l'échange des services, ne s'effectuait pas sur la base de la réciprocité. Ce que le premier recevait n'était pas l'équivalent de ce qu'il donnait; l'un était asservi, l'autre avait jeté dans la balance son épée, ou y pesait de son privilège. Désormais la loi est une* les droits sont égaux , les services doivent être réciproque* , équivalents; s'ils ne le sont pas, il faut qu'ils le deviennent, et que les principes du droit public cessent d'être méconnus.
Béni soit donc l'esprit de solidarité ! il assistera puissamment les nations modernes dans leur entreprise de secouer la misère accrochée à leur flanc ; mais aussi bien c'est à la condition expresse qu'il soit marié avec le sentiment de la responsabilité individuelle. Séparée de la responsabilité, la solidarité est antipathique à la liberté ; l'association devient le communisme, et au lieu du bien-être , elle ne saurait
dis La SOLroÀhîîÊ hàtiôîulK. 47
engendrer qu'un affreux dénûment, la dégradation en tout genre. Pourquoi la solidarité de nos téméraires ré* formateurs estrelle détestable? C'est qu'ils lui immolent la responsabilité et par conséquent la liberté. Ils étreignent • l'individu des liens de la solidarité de manière à prendre possession de lui comme d'une matière inerte , et ce qu'ils luilaissentle moinsc'est la propriété de lui-même. Dans leurs plans de rénovation sociale la personnalité humaine est abolie ; il n'y a plus, selon les uns , qu'un bloc formé par l'humanité entière, ou tout au moins par la nation, ou que des groupes selon les autres * . Dans la plupart de ces systèmes les formes qu'affecte la solidarité ne sont pas libres. L'Etat, dont on fait une sorte de vampire insatiable absorbant tout, en est le [promoteur impérieux, et la solidarité, qui devrait être un appui pour la liberté, devient un despotisme de fer. La responsabilité individuelle n'exclut pas davantage la Vertu chrétienne par excellence, la fraternité. Le rôle que là fraternité a joué dans le monde est immense, celui qui lui reste encore est magnifique. C'est ce sentiment qui a préparé et doit préparer sans cesse les âmes à la pratique de la justice. C'est elle qui a préservé et préservera encore la liberté humaine de bien des faux pas. C'est aussi elle qui a suscité les plus heureux changements qui soient survenus dans la société, ojji qui les a maintenus après que les accidents, derrière lesquels se cache souvent la bonté de la Providence, y avaient ouvert la porte. Mais la responsabilité petit se développer parallèlement à la fraternité chrétienne. Les âmes bienveillantes qui possèdent le moyen d'exercer la fraternité, et les esprits généreux qui la recommandent oût aujourd'hui à se souvenir que, dans la situation où est placée la société, le plus grand service à rendre aux populations consiste à communiquer à chacun l'énergie morale
1 Les communistes ne voient dans l'humanité qu'un bloc, les fburiéristéi if y volant que des groupes.
qu'il faut pour bien porter la responsabilité de sa personne et de sa famille. Qu'on fasse de l'assistance publique avec cette règle, et Tordre social n'aura qu'à s'en applaudir. Qu'on la fasse d'un autre point de vue , et elle ne calmera un mal présent qu'en préparant pour l'avenir des maux plus cuisants et plus incurables. La réforme delà législation sur l'assistance publique (la taxe des pauvres) qui, en 1834, fut opérée en Angleterre, a réussi et a servi la civilisation parce qu'elle a été conçue dans cet esprit salutaire, et qu'elle a rempli sa destination de développer le sentiment de la responsabilité parmi les populations.
De ces généralités revenons à notre sujet particulier.
Voici un particulier, fabricant de fer ou d'acier, ou exploitant de houille, ou propriétaire d'herbages, qui éprouve le désir d'entourer de plus de bien-être et même de luxe son existence et celle de ses enfants. Très-bien ; mais c'est à lui d'en avoir la charge. Je respecte infiniment le père de famille qui déploie beaucoup d'intelligence et d'activité pour accroître son patrimoine , et pour rendre aux siens la vie douce autant qu'y peut la fortune ; mais s'il entreprend d'arriver à ses fins, de grossir son revenu en obtenant du gouvernement , par ruse ou par force, une loi qui augmente artificiellement le prix de sa chose, je ne vois plus en lui qu'un homme qui se dégage , aux dépens du public , de la responsabilité qu'il était tenu de porter, qui en cela manque à ses devoirs.
A quelles conditions , dans les temps modernes, en supposant que la protection par le tarif des douanes lût encore un mode convenable d'encouragement, a-t-on pu décerner cette faveur à une branche de l'industrie ? A la condition que celle-ci dût prochainement se suffire à elle-même , et porter toute seule la responsabilité de sa propre existence. La responsabilité qui doit en toute chose , chez les nations libres, marcher de front avec la solidarité, se traduit, pour le manufacturier qu'on fait jouir de la protection douanière,
par l'obligation d'arriver dans un bref délai à produire au même prix que l'étranger , et par conséquent de livrer sa marchandise au consommateur au taux qui est indiqué par la cote du marché général. Ainsi, déjà se trouve écartée la prétention de nos protectionistes, d'immobiliser le système protecteur et d'en maintenir à perpétuité les restrictions»
Ce n'est pas moi qui invente qu'un droit protecteur soit , en bonne doctrine , essentiellement provisoire ; c'est le gouvernement qui , en vingt occasions , au moment même où il proposait aux Chambres l'adoption des droits protecteurs, a eu soin d'avertir les manufacturiers protégés que c'était seulement pour un temps. C'estluiqui, afin de motiver la mesure, annonçait que, dans un bref délai, l'industrie en question serait en mesure de tenir tête à l'industrie étrangère. On a publié dans ces derniers temps de nombreuses citations des exposés des motifs et des discours des différents ministres du commerce, de M. de Saint-Cricq, de M. Cunin-Griiaine , de M. Thiers lui-même ' , où ce caractère provisoire des clauses du tarif protecteur est soigneusement mis en relief. Il y a déjà presque vingt ans, en 1834, dans l'exposé des motifs d'une loi de douane, on ne demandait que cinq ans, dix ans peut-être pour que nos maîtres de forges soutinssent la concurrence étrangère.
Le principe absolu de la liberté du commerce recevait alors, en tant que principe d'une application plus ou moins différée, les hommages des manufacturiers protégés euxmêmes. Nous pourrions citer ici des écrits de plusieurs des plus notables. Il est donc établi, par une sorte de consentement unanime , que donner à la protection un sens absolu et permanent, c'est outrager les principes, c'est violer les droits du public.
» C'est ce qu'ont mis en évidence plusieurs publicistos et notamment M. Hovyn de Tran chère à la tribune, le 25 juin 1851, dans un spirituel discours, et M. Lavollée, dans d'excellents articles qu'a publiés le Journal des Economistes.
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Et qu'est-ce que deviendrait la réciprocité entre concitoyens, si les droits de douane protecteurs étaient autre chose qu'essentiellement provisoires? Est-ce que la réciprocité n est pas un vain mot si, à la faveur du tarif de la douane, telle ou telle catégorie de chefs d'industrie reçoivent dans les échanges avec leurs concitoyens plus que ne valent leurs marchandises sur le marché général ? Ceux avec lesquels ils traitent, qui sont contraints par la législation douanière de traiter avec eux , reçoivent moins que la valeur de ce qu'ils ont produit, nécessairement ; donc la réciprocité n'existe pas. Pour parer à cette objection, les protectionistes avaient imaginé de protéger tout le monde sans exception , tous les chefs d'industrie au moins , car nous montrerons plus loin qu'il est impossible que la protection douanière tourne à l'avantage des ouvriers, et la même impossibilité subsiste à l'égard des professions libérales, des fonctionnaires, des rentiers. Ils inscrivirent donc, dans le tarif, des droits élevés sur toutes les marchandises dont la France produisait les similaires. Tout semble protégé, ultràprotégé, sur le papier, même les soieries, les articles de modes, et un éloquent orateur a soutenu à la tribune que les vins aussi étaient protégés. Mais cette protection nominale est une dérision. Rien n'est protégé effectivement que ce qui est coté à un plus haut prix sur le marché français que sur le marché général. Si dans l'entrepôt de Londres, ou d'Amsterdam , ou d'03tende, je pourrais aussi bien dire du Havre , un article de commerce ne se vend pas plus cher (abstraction faite des frais de déplacement) que sur notre marché intérieur, on a beau parler de protection, il n'y en a pas; le tarif et ceux qui l'ont dicté ont promis ce qu'ils ne pouvaient tenir.
Même dans le cas d'une marchandise qui se vendrait plus cher en deçà des frontières qu'au delà, il ne faut pas croire qu'il existe toujours une protection effective. La fonte moulée, par exemple, est plus chère en France que sur le
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marché générai. It ne s'ensuit pourtant pas que nos tondeurs soient protégés : c'est le producteur de fonte brute qui l'est ■ , et qui en vendant cher au fondeur oblige celui-ci à élever ses prix sans qu'il en résulte pour lui-même aucun avantage. Quand on examine de près ce qui se passe dans l'industrie, en conséquence des dispositions du tarif de la douane, on acquiert la certitude que le nombre des industries qui sont réellement protégées est restreint , quoique le nombre de celles qui vendent plus cher leurs articles soit assez considérable. La protection coûte en même temps qu'elle rapporte. Avec elle, si l'on gagne lorsque' l'on vend, on perd lorsqu'on achète . On s enrichit de la main droite, mais on s'appauvrit de la main gauche, et il y a lieu de Caire entre le profit et la perte une balance qui n'est avantageuse qu'à quelques* uns. Ceux-là sont les habiles, au profit desquels des esprits crédules tirent les marrons du îeu;