SUR LA RICHESSE DE LA SOCIÉTÉ
à d'aussi bonnes conditions que si nous étions délivrés de l'étreinte du système protecteur. Le fer, la fonte et l'acier, ainsi que le charbon, étant enchéris par ce système, le constructeur de machines est forcé d'augmenter ses prix de vente en proportion, ce qui a pour effet, remarquons-le en passant, de mettre nos constructeurs hors d'état de lutter avec leurs émules d'Angleterre et de Belgique sur les marchés étrangers. Le fabricant de toiles peintes, qui n'a pas de filature ou d'atelier de tissage , et qui achète son fil ou même le calicot tout fait, étant forcé de se pourvoir en France, est à la merci des filateurs, et il est positif que ceuxci, qui sont protégés par la prohibition, s'en sont prévalus quelquefois , dans ces dernières années particulièrement , d'une façon déraisonnable ; par là le tarif est une cause de cherté pour les toiles peintes, et il empêche nos manufacturiers de prendre part, dans la proportion qui leur reviendrait, à l'approvisionnement du marché général. Lefilateur de laine, étant obligé de payer un droit protecteur de 22 pour cent sur les laines qu'il achète à l'étranger, les vend plus cher tout naturellement après qu'il les a filées.
Qui ne voit, d'ailleurs, que l'admission des produits étrangers, en plaçant sans cesse de nouveaux modèles, non-seulement sous les yeux de nos manufacturiers pour les induire à se les approprier, mais sous ceux du public pour qu'il les demande en maître au commerce, donnerait sans cesse de nouvelles armes à la concurrence intérieure?
Quelques personnes croient que le système protecteur augmente la richesse de la société en raison de la valeur qu'il donne, sur le marché intérieur, aux articles à l'égard desquels la protection est réelle. Ainsi, la France fait annuellement une masse de fer brut qui, avant la crise ouverte par la révolution de Février et non terminée encore pour cette industrie, était officiellement estimée à 150 millions de fr . ' .
i Le compte-rendu des travaux des ingénieur* des mines eu 1OT, porte»
99 de L'tftftjtfftNcfe dû ftstifti pfcèrfcrhsuR
Ce même fer, dit-on, n'eût plus tôlù que 75 millions si là concurrence étrangère eût été adinise ; donc la France, en supposant que, sous le régime de là liberté commerciale, elle eût continué d'en faire eiactémènt là même quantité, eût été appauvrie de 75 millions. — A ce compte > ce serait la cherté des articles sur le marché intérieur qui ferait la richesse des nations ! Dès lors on Serait fttft riche dans Une placé assiégée. Une famine comme celle de 1847 serait un bonheur public, car, quoique la réédite fût mbindtte d'un cinquième, elle eicédait d'Ufa milliard pëUtrêtte, etl valëUfr vénale, celle de Tannée précédente. Par la même Maison, dit temps des assignats , quand une paire de bottes se cotait 10,000 francs* la nation française aurait dû S'estinier bpùlente. Notion fausse, qui substitue l'ombre à la substance. La richesse d'un Etat en blé , en fer, se mesuré par l'abondance normale du blé et du fer relativement aux besoins de la population, et non par le taux auquel on fait monter ces articles dans le sein de cet Etat par des procédés artificiel^ que l'équité et la liberté réprouvent. La protection, eh élevant la valeufr de certains articles fcomme le fer, l'acier, la houille, les glacés, certains tissus ; là poterie fine, etfe., accfrbît bien évidemment la richesse dés personnes qui fabrt qtient ces articles, oU de celles qui en fournissent les ttiàtièreâ premières; mais elle n'ajoute rieti à la richesse de là société, parce que le suhîroît de richesse (jtli échoit àihsi â ces personnes est autatit d'enlevé à leurs concitoyens, est ravi à ceux-ci par le moyen d'Une injustice. De ce ptiint dé tUe, on peut dire aux manufacturiers protégés qui Se vantent aujourd'hui d'augmentëï, à l'aidé de la protection, la
pour ifei6, année <\\i\ surpassa les précédentes, le total des fontes et des gros fers à 151,190,036 francs. (Page t06). En comptant les élaboration» principales de la fonte et du fer, qui ont lieu dans les forges et qui, quant au fer, produisent les plaques, barres et fils de tout échantillon, ainsi que l'acier brut fondu, laminé ou étiré, on est arrivé pour 1846 à l'évaluation officielle de 1$*,898;W4 fr. (Page m flti mtoe document).
suft ti feltffissS Bë La JociÉTÉ. 91
Hchëàsé de W Société, tju'ils s'imaginent qiië TE tilt c'est eux.
foui 1 tè^ttlinë^ , la démonstration des effets ntiifeiblès dû Syôtêihe jlrotecteur Sur la Mchëssë nationale, je citerai iifa ftisoiibéiftëiit de flastiat :
« fcâns chercher à W&otidi-ë ici, dit-il, le problème écbftômiqbë, permettez-mdi une assertion, J'affirtne que j'ai fcotliiiis sLti câlfcul arithmétique les avantages et les inconvénients de la protectiofi , ail point de Vtië de la seule richesse, et toute considération d'un ordre supérieur mise de côté. J'affirme, en outre, que je suis arrivé à ce résultat : que toute mesure restrictive produit un avantage et deux inconvénients, ou si vous voulez un profit et deux pertes , chacune de ces pertes égale au profit ; d'où il résulte une perte sèche, définitive, laquelle vient rendre ce coflSdlSiit têifaoignagé (Jti'èii deci ëothflië ëri biëti d'Sutfts choses, et j'ose dire fett tout, utilité et jtistice concordent.
« Ceci n'est qu'une affirmation, c'est vrai, mais on peut l'appuyer de preuves mathématiques.
« Ce qui fait que l'opinion publique s'égare sur ce points c'est que le profit de la protection est visible à l'œil fau, tandis que des deux pertes égales qu'elle entraîne ; l'une se divise à l'infini entre tous les citoyens, et fl'autre ne Ètè montre qu'à l'œil investigateur de l'esprit:
« Sans ^étendre faire ici cette démonstration, qu'il me fcoit permis d'en indiquer la base;
ft Deux produits À et B ont en France une valeur norniale de 50 et 40. Admettons que À ne vaille en Belgique que 40. Ceci posé , si la France est soumise au régime restrictif, elle aura là jouissance de À et de B en détournant de l'ensemble de ses efforts uhe quantité égale à 90» car elle sera réduite à produire A directement. Si elle est libre r cette somme d'efforts égale à 90 , fera face : 1° à la production de B qu'elle livrera à la Belgique pour en obtenir A ; 2° à la production d'un autre B pour elle-même ; 3° à la production de G.
« C'est cette portion de travail disponible appliqué à la production de C dans le second cas , c'est-à-dire créant une nouvelle richesse égale à 10, sans que pour cela la France soit privée ni de A ni de : B, qui fait toute la difficulté. A la place de A, mettez du fer ; à la place de B, du vin, de la soie, des articles de Paris ; à la place de C, mettez de la richesse absente , vous trouverez toujours que la restriction restreint le bien-être national ' . »