FAVORISE LES POPULATIONS OUVRIÈRES
De sorte que les chefs protectioDistes combattraient avec nous, si on leur démontrait que les ouvriers perdent chaque jour plus qu'ils ne gagnent au régime protecteur. Or, la démonstration est aisée. Le système protectioniste est particulièrement funeste aux ouvriers. Il n'a aucune puissance pour augmenter les salaires , et il diminue le pouvoir que les salaires procurent aux ouvriers pour la satisfaction de leurs besoins. Il est sans influence sur les salaires , quoiqu'on crie bien haut le contraire : car ce qui détermine les salaires pour une population donnée, c'est le montant du capital qui est affecté annuellement par les entrepreneurs d'industrie à payer leurs collaborateurs. On l'a vu plus haut, le système protecteur n'a point, de nos jours au moins, pour susciter du capital , la même vertu que la liberté ; il diminue la fécondité du travail de la société , c'est-à-dire la somme des produits dont la société peut disposer, et , réduisant ainsi le fonds sur lequel l'économie est possible, il restreint l'épargne et partant le capital. Par cela même il est impuissant ou moins puissant pour l'augmentation des salaires. Quant à savoir s'il ajoute à l'utilité que l'ouvrier retire d'un salaire déterminé, la négative est aisée à constater : il hausse le prix de plusieurs des articles de consommation; il s'en vante, c'est par là qu'il protège. Voici donc le bilan du système protecteur : sans lui, par la progression plus rapide qu'aurait suivie le capital national, tel salaire qui est de 2 francs, par exemple, serait de 2 fr. 50 cent., et puis , grâce à lui encore , ce salaire de 2 francs procure à l'ouvrier une somme de satisfactions que, sous le régime de la liberté du travail, il se procurerait avec 1 fr. 75 cent,, peut-être 1 fr. 50 cent.
Pour nous rendre compte d'une autre façon des effets du système protecteur sur la condition des masses populaires, revenons succinctement * sur le sens exact qu'il faut
Ml en a déjà été question chapitre XI.
attacbftF aux mots de pauvreté et de richesse, par WP~ Pflrt ji la société tout eptière, et faisons-UQH s une idée pfécise 4e ce qu'on doit entendre par la v# d ftpn mqrcfy, J/esppcp humaine est sujette à une paultitilffë de be§pifl§ e tt PPW y donner satisfaction, glie a la ressource dp §9R tFftyajj. appliqué au* élpmepts que présente la M\W Q i II fa^it qu'elle spit nourrie, vêtue, logée; à ces nécessité^ ^'^ ipign^nt d'autres, qui, pour être d'un ordre plus i4i§al, $g laissent pas que de réclamer des objets matériels; : des Uyres, des tableaux, sont, par un côté, 4e la production matérielle, $. plus forte raison les églises et les pfltfiees publies, {$§ établissements scientifiques. Enfin, }es service^ qup rendepl à la sopiété les professions libérales, }es nué4ecins et les ayftn cats, les savants et les littérateurs, les ingénieurs, le$ aptifr tes, les fonctionnaires de l'ordre administratif et ju4fpi^fFPî les militaires qui maintiennent le respect dp la loi, tout ç$fô v pour n'être point matériel, n'en est pas moins utile, indispensable h la prospérité et au bon ordre de la SPPJ4té, au biPftêtre des individus. Tous ces articles et tous Pes services dont
j'aurais pu prolonger la liste à l'infini, qui répondent à h
variété infinie des bpspins moraux et intellectuels aussi bip» que matériels de rjiQmme, et qui exigent dtt travail 4» Je
part de celui qui les produit qu qni les confère, sp»t dp là
richesse. Plus la société en est pourvue dp manière h &aU%x foi^ l'ensemble de ses membres, et plus ejle est fipbP, Moins ellp en a, plus ejlp pst pauvre. C'est ainsi, et nQ» Pftq 9 répétQUS-le, 4 l^bpndancp pu la rareté de l'or et dp l'argjspf qu'il faut mesurer le degré dp richesse pu dp paweté d'»P$ speiété.
La société française , la société européenne est pau??P r Je conviens qu'elle ne paraîtra point telle si pu la compare à la société antique ; mais les données et les principes de Jft société des temps anciens ne sont pas les données et les principes de la société moderne. Le grand nombre alors, moralement dégradé par T/Bsclavage^ et $épQuilié jj e fQut
FAVORI** \m WPHUWWfi ÛCnHIÈRES. M
avenir, même dans une autre vie, était plongé matériellement dans la misère la plus abjecte. Aujourd'hui, le grand poflibre se compose d'hommes que la religion proclame nos frères, gui, au tribunal de l'éternité, sont nos pareils, et qui, fl$ps la yie présente, sont nos égaux devant la loi. Il nous est impossible, à nous tous, gens des classes aisées, de ne pas penspr de la masse de la population ce qu'elle pense ellemême, qu'il y a une disproportion extrême entre lexistejiGe matérielle qu'elle mène , et la position qu'elle occupe dans le temple et dans la cité. En un mot, il nous est impossible 4e np pas trpuver que la société prise en bloc est pauvre.
Ces mots , la société française est pauvre, signifient : La France, par son trayail journalier, tel qu'il est présentement, ne produit pas la quantité d'aliments, de vêtements, clqrticles de chauffage et d'ameublement, et de services divers, qui serait indispensable pour donner à ses trente-six millions d'habitants un bien-être que nous jugerions, par rapport à eux, fort élémentaire. Pour ne parler que de ce qui se présente le plus manifestement spus un aspect matériel, cette activité nationale qui laboure la terre , qui 6ème, qui taille, qui plante, qui élève le bétail, qui pétrit le pain, qui fouille daiife le sol, qui gâche le mortier, taille la pierre et le bois, qui rabote, qui martèle, qui forge, qui tisse et plonge les tissus dans la cuve à teinture, qui, quelque temps qu'il fasse, se meut sur les routes, sur les rivières, les canaux et les chemins de fer, qui brave les H} ers, défie les glaces du pôle et les ardeurs de la zone torride, ce Briarée qui agite les bras du 1 er janvier au 31 décembre, ne parvient pas à retirer de la surface du sol ou des entrailles de la terre , avec le secours de tout son arsenal de mécaniques et d'appareils de tout genre, une somme de blé, de viande, de fruits, une masse d'ameublements, de vêtements, de combustibles , de métaux divers, de matériaux, d'ustensiles et d'objets de toute espèce, qui réponde à l'aisance la plus modeste pour trente-six millions d'hom-
mes. Nous sommes glorieux de nos lumières ; mais, quel que soit notre orgueil , voici la preuve cruelle que cette civilisation tant vantée est encore bien imparfaite, est bien loin de tenir encore ses promesses : nous ne savons pas faire rendre à cette planète, pourtant féconde, la substance d'une existence passable pour la majorité des individus dont se composent nos grandes nations, de quelque labeur que les populations consentent à supporter le faix.
De là, pour la société tout entière, une situation douloureuse et grosse de périls. C'est partout, dans les domaines de la civilisation occidentale, une des conditions les plus impérieuses de la stabilité de l'Etat et de la société , que la richesse sociale augmente, c'est-à-dire que la masse des objets et des services divers qui répondent aux divers besoins des hommes aille toujours croissant par rapport à la population, afin que chacun puisse obtenir un meilleur retour de son travail, et par conséquent puisse être mieux ou moins mal nourri, mieux ou moins mal vêtu, mieux ou moins mal chauffé, éclairé, nippé, meublé; que la société, dans son ensemble, et dans les familles et les individus qui la composent, soit mieux ou moins mal pourvue de livres, d'écoles, de musées, d'églises, de inonuments , de soins |de toute espèce, de tout ce qui s'adresse enfin à la variété de nos facultés que la civilisation rend de plus en plus multiples, semblable à un habile lapidaire qui met à nu chacune des facettes que le clivage indiquait dans un diamant. Partout aussi, la société, poussée par l'instinct même qui porte tous les êtres du côté où ils doivent trouver ce qui leur convient, tend à croître en richesse, celle-ci étant prise dans le sens large que nous venons d'indiquer. Depuis que nous sommes en pleine eau d'égalité, cette tendance est forte. Les accroissements qu'a reçus la richesse de la société pendant les soixante dernières années , d'un bout à l'autre de l'Europe , et sur la surface de l'Amérique qui appartient à la même civilisation que nous, sont dignes d'admiration.