‹ Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteurChapitre 34 sur 82 · FAVORISE LES POPULATIONS OUVRIÈRES · texte numérisé non relu

FAVORISE LES POPULATIONS OUVRIÈRES

La puissance productive du travail humain, envisagée dans l'avenir, semble indéfinie. Consolante perspective !

A mesure que se répand parmi les populations le sentiment de leur dignité, à mesure que leurs droits sont plus solennellement reconnus par les constitutions politiques, il est indispensable que tous les ressorts se tendent davantage pour l'accroissement de la richesse sociale , dont la répartition procure ensuite à chacun le degré de bien-être qui lui revient, avec les satisfactions intellectuelles et morales qu'on ne saurait séparer du bien-être. Il le faut, afin que les révolutions cessent d'avoir la misère à leur dévotion comme unbélieravec lequel il est facile d'ébranler la société. Disons mieux, il le faut, parce que c'est tout simplement juste. Les lois et les mœurs doivent combiner leur action pour accélérer cette marche ascendante.

La vie à bon marché est cet état des choses où l'homme industrieux, qui n'a pas de capital, mais qui sait travailler avec intelligence et avec suite, est assuré d'avoir, en récompense de son travail journalier, un certain degré de bien-être pour lui-même et pour les siens. Pour savoir si un pays offre réellement la vie à bon marché, je puis faire mieux que de m'informer si la journée d'un homme est payée un nombre plus ou moins grand de grammes d'argent ou de décigrammes d'or, quoique, en général , une forte rémunération en métal précieux se traduise par l'aisance 1 . J'ai de même mieux à faire que de m'enquérir du nombre de grammes ou de fractions de grammes d'argent ou d'or que se vendent les denrées ; quoique dans notre Europe la baisse du prix * des denrées soit communément • une preuve que les

1 Je dis en général, et non pas toujours. La Californie est, en effet, un exemple du contraire. Un journalier y est pauvre en recevant 15 fr. par jour.

* Le prix d'une chose se définit la quantité de métal précieux qu'il faut donner sur le marché pour obtenir cette chose.

* Je dis communément et non pas toujours; en 1848 les denrées étaient à très-bas prix à Paris, et cependant la population ouvrière y souffrait beaucoup.

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populations dut une meilleure existence. Ce dont j'ai à m'occuper le plus , le voici :

J'ai à voir si le pays dont il s'agit possède régulièrement un tel approvisionnement des objets servant à la satisfaction de nos besoins, ou une telle masse disponible de services en différents genres, que, en les répartissant* objets et services, parmi la population, selon les droits de chacun, il en résulte le bien-être pour toute personne valide qui a loyalement fourni son travail personnel. En un mot, lé véritable raison d'être de la vie à bon marché réside dans l'abofrdance générale et permanente des choses ou des services, particulièrement de ce qui est le plus directement Uécefrsaire à la vie et à l'exercice normal des facultés principales.

Or, qui peut contester qu'on diminue l'approvisionnement national à l'égard d'un certain nombre d'objets , lorsqu'on oblige le pays à produire lui-même toutes les choses cfu il consomme , même celles qu'il fait et doit indéfiniment foire beaucoup plus difficilement que l'étranger j lorsqu'on impose au pays comme une loi immuable un tarif douanier hérissé de clauses prohibitives , à l'effet d'écarter inexorablement celles surtout des marchandises étrangères que nous troquerions contre les nôtres avec le plus d'avantage, tfetfà*dire en obtenant le plus grand retour possible ? Tel eit pourtant l'objet avoué du système protecteur. Il faudrait l'abondance > et il pousse à la disette.

Supposons que, à qualité égale, le fer anglais nous soit offert pour la moitié de ce que nos mattrés de forges nous fbnt payer le leur» Il est bien clair que la France n'a que ltt moitié dé l'approvisionnement de fer qu'elle pourrait avoir, du moment que, fermant la porte au fer étranger, êUe emploie une certaine quantité de travail et de capital à produire ce métal de la manière onéreuse dont elle s'y prend aujourd'hui, au lieu de consacrer le même travail et le même capital à produire quelques-unes des marchandises qui sont notre fort, afin d'aller en Angleterre les ttù-

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quer contre du fer, ou de les livrer à un tiers qui aura lui-même fourni quelque chose à l'Angleterre, et qui nous payera en nous transmettant sa créance sur les Anglais. Voilà donc que de ce chef, pour cet article spécial qui de tant de manières est utile à l'homme industrieux, le système protecteur , qui devait nous enrichir, nous appauvrit de moitié.

La viande est un aliment que l'hygiène déclare indispensable, En se plaçant au point de vue le plus sèchement utilitaire, on peut faire remarquer que l'ouvrier qui ne mange pas de viande est privé d'un 6Ûr moyen de renouveler ses forces ; que des populations privées de viande ne peuvent fournir, quelles que soient leur bravouïe et leur bonne volonté, que des armées peu solides, parce que les fatigues d'une courte campagne, indépendamment du fei* de l'ennemi, y font des ravages affreux. Il est notoire aussi que notre agriculture ne rend de cette nourriture précieuse qu'une quantité fort insuffisante. Il y a eu France beaucoup de personnes, des populations entières qui ne mangent de la viande que quatre fois Taû. Un gouvernement soucieux de l'hygiène publique, désireux dé donner au labeur des ouvriers toute sa fécondité, attentif à tout ce .qui peut lui procurer à lui-même des soldats robustes, devrait s'empresser d'ouvrir à deux battants la porte à la viande de l'étranger, surtout aux salaisons des États-Unis et aux conserves de la PI a ta, car ces pays sont les seuls d'où nous puissions tirer un supplément bien notable. L'Angleterre se procure ainsi 40 millions de kilogrammes en salaisons et conserves, indépendamment de la viande sur pied '. C'est ainsi qu'elle appelle l'abondance chez elle et qu'elle y favorise la vie à bon marché. Au lieu de cela, notre tarif frappe d'un droit très-fort la viande sur pied de quelque

* Son importation de 1849 fut do 45 millions de kilog., celle de 1850 a été de 35.

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provenance qu'elle soit, et il a un redoublement de rigueur pour les salaisons et les conserves ■ . Aussi notre importation en ce genre est-elle à peu près nulle *.

Par cet échantillon, Ton peut juger de l'humanité prétendue du système protecteur. Sur le même sujet, il y aurait bien d'autres choses à dire. Les protectionistes applaudissent au progrès du bon marché quand c'est la conséquence des machines ; pourquoi veulent-ils le proscrire quand il s'accomplit par les échanges internationaux? Est-ce que le sentiment de haute sociabilité en vertu duquel les Européens se considèrent tous comme de la même famille et tendent à échanger, pour le plus grand bien commun, leurs services divers , représentés par les productions diverses de leur industrie, n'est pas aussi conforme à notre nature, aussi bien sanctionné par la religion et par la voix de la conscience, que l'aptitude de l'homme à imaginer des combinaisons de rouages et de leviers, d'alambics, de filtres et de cornues? Oh! dit-on, l'admission des produits étrangers causerait des perturbations. — Je ne nie pas que cette admission, si elle devenait absolument libre sans gradation, eût des inconvénients qui, pour être temporaires, ne laisseraient pas d'être fort graves ; mais est-ce que les machines, quand elles s'introduisent inopinément sur de grandes proportions, ne portent pas atteinte momentanément à de nombreuses existences , très-dignes de sympathie et de respect? Allez le demander aux pauvres fileuses de la Bretagne et des * Flandres. Pourquoi se félicite-t-on de ce changement , qui est plus particulièrement rigoureux pour l'ouvrier, et repousse-t-on sans rémission l'autre qui ferait plus spécialement sentir l'aiguillon au chef d'industrie? Il faut pourtant beaucoup moins d'intelligence que n'en ont les coryphées

1 Voir la note au bas de la page 8.

* En 1850, la France a tiré de l'étranger pour sa consommation , l'insignifiante quantité de 198,991 kilogrammes de viandes salées ou conservées de toute espèce.

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