‹ Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteurChapitre 51 sur 82 · RAISONS URÉES DE LA POLITIQUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

RAISONS URÉES DE LA POLITIQUE GÉNÉRALE

cette résolution calme qui est la gloire du caractère anglais et qui donne à la politique anglaise tant de consistance. On a indemnisé grandement, au prix de 500 millions, les propriétaires d'esclaves; l'émancipation est consommée sans retour dans ses colonies , et c'est une cause qui semble devoir être prochainement gagnée sur toute la terre. Prenant ensuite en main la cause de l'humanité en faveur des noirs de l'Afrique, elle a reconnu et accepté le droit de visite, contre lequel un patriotisme de contrebande s'est tant déchaîné chez nous, droit qui n'était blessant pour aucune des deux nations, parce qu'il était parfaitement réciproque. Un peu plus tard , quand l'Angleterre conclut un traité de paix avec la Chine, elle y fît insérer que le Céleste-Empire renoncerait à l'isolement dont il s'était entouré , et elle le stipula non pas pour elle seule , mais pour tout le monde sans distinction. Si , à la même époque, le gouvernement français, placé dans les mêmes circonstances, eût procédé avec ce sentiment de solidarité entre les peuples civilisés, il eût soulevé contre lui des plaintes véhémentes. On lui eût dit dans la presse et on lui eût répété à la tribune nationale qu'il était vendu à l'étranger, et , toute misérable qu'elle eût été, l'accusation prétendue patriotique aurait trouvé crédit près d'une grande partie du public.

Par l'intelligence et la vigueur que l'Angleterre a apportées à l'adoption de la liberté du commerce, il ne faut pas se le dissimuler, elle s'est fait dans le monde une position immense, dont elle recueillera et l'honneur et les profits. Elle a pris la direction du mouvement de la civilisation ; on le verra un peu mieux, je le crois, quand on aura lu le chapitre suivant; mais ce qui précède suffit à l'indiquer. Et qui ne sent déjà que par là l'Angleterre s'est imposé la loi de soutenir dans le monde la salutaire et grande politique de la paix? La liberté du commerce suppose la paix qui est par elle-même un souverain bien. Par cela même qu'elle implique la paix, elle prépare et doit déterminer la sup-

pression des privilèges exclusifs dont certaines classes ont été investies, autrefois, en vue des nécessités de la guerre. La guerre était précédemment l'hypothèse qui réglait la conduite de tous les gouvernements ; l'Angleterre, par la politique commerciale qu'elle a arborée, a superposé chez elle l'hypothèse de la paix à celle de la guerre, et s'est obligée à ne rien négliger pour la faire primer dans le monde. Un peuple qui, non content d'avoir pour la première de ses industries celle du coton, dont la matière première est nécessairement tirée de régions situées bien loin au delà des mers, prend l'habitude de compter sur le blé étranger pour son complément d'alimentation, s'érige par cela seul en champion de la paix. Il s'impose la nécessité de vouloir le concert des peuples. Il devient nécessairement partisan de la fraternité des races et des nations. Il lie étroitement sa cause au maintien des principes chrétiens. H met de son côté les idées de la plus haute civilisation et l'avenir.

Nous ne devons pas être jaloux de ce qu'une autre nation se crée des titres de gloire ; il y a place sous le soleil pour l'Angleterre et pour d'autres encore, tout comme pour nous. Il y aura assez de palmes à décerner par l'histoire pour que tous les peuples en puissent avoir leur part, car il reste bien des services à rendre aux hommes, bien des exemples à leur donner. Mais pour celui qui aime son pays, c'est une affliction amère que nous semblions plus rebelles que tous autres aujourd'hui à l'adoption du principe qui tend à rendre plus sympathique la politique internationale, et plus équitables les rapports des citoyens au sein du même Etat, nous qui avons tant agité le monde, depuis soixante ans, afin de faire pénétrer dans la politique le sentiment de l'accord des peuples et celui de l'égalité des citoyens devant la loi. Ah ! du moins du rang de coryphées ne passons pas à celui de retardataires, et si, en cette occasion , l'honneur d'avoir donné le signal ne nous revient pas, sachons au moins le voir et le comprendre quand d'autres le donnent !

H6 cowfcfcttf t'ABAMboii att sYBtÈÉi JHtotttaftJk

Page 1