‹ Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteurChapitre 55 sur 82 · SORTES DE GRAINS · texte numérisé non relu

SORTES DE GRAINS

Blé

Total. •

La moyenne des quatre dernières années comprises dans ce tableau est, en grains de toute sorte, de 25,280,000 hectolitres, dont 13,151,000 de blé. L'importation de 1847 , qui fut une année de disette , et qu'à ce titre nous avons cru devoir exclure du calcul de la moyenne , fut , on le voit, d'environ 7 millions et demi de plus.

Pour donner une idée du changement qu'a occasionné sur ce point en Angleterre l'abrogation de la législation protectioniste sur les céréales, il suffit de rappeler qu'en 1845, année qui fut plutôt au delà qu'en deçà de la moyenne du régime ancien, l'importation ne fut que de 6,262,570 hectolitres, dont 3,311,675 en blé, le reste principalement en orge et eir avoine. Le maïs ne se montre notablement dans les imputations du Royaume-Uni qu'à partir de la disette de 1846-47.

Quand on prend la peine de se rendre compte des ex* cédants de blé qui sont disponibles communément , non- Seulement à Odessa, mais dans la Baltique, mais dans les Deux-Siciles , mais en Egypte, mais aux Etats-Unis, en y ajoutant même les blés de Séville dont un éloquent orateur fit l'an passé la découverte , on trouve que, à moins de récoltes fort au delà de l'ordinaire, le total disponible est bien au-dessous de la masse des grains de toute sorte que l'Angleterre tire du dehors; on reconnaît même que, année commune, il est au-dessous des 13 millions d'hectolitres, qui ont pu être fournis à l'Angleterre moyennement à partir de 1848 *. C'est un des motifs pour lesquels l'Angleterre importe, avec le blé, des grains inférieurs, sur lesquels elle est obligée de se rejeter, tels que le seigle, l'orge, le maïs, l'avoine même. S'il existait sur quelque point accessible dû globe des excédants de blé indéfinis , comme on l'assure , ce n'est pas 13 millions d'hectolitres que l'Angleterre eût importés en moyenne pendant les quatre années de 1848 à 1851 , c'eût été vraisemblablement 17 ou 18.

On peut, par un calcul simple, se faire une idée du degré d'influence que peut avoir sur le commerce du blé l'accroissement de la population en Angleterre.

La Grande-Bretagne proprement dite, sans compter Tirlande, est, on le sait, de tous les pays de l'Europe occidentale , celui dont la population s'accroît le plus *. Dans chacune des deux périodes décennales comprises entre 1831 et 1851, l'accroissement a été de 2,300,000 personnes à peu près. Pour faire vivre ces nouveaux venus, il faut, à raison de 3 hectolitres par tète, 6,900,000 hectolitres de plus.

1 C'est un calcul que le lecteur fera aisément, quand 11 sera au terme du présent chapitre.

* L'Irlande elle-même augmente de population ordinairement dans le même rapport à peu près que la Grande-Bretagne proprement dite ; mais pendant la période décennale de 1841 à 1851 , elle a , par exception , diminué au lieu d'augmenter : c'est l'effet combiné de la disette de 1847 , et de l'émigration inusitée qui s'en est suivie.

Comme les fabriques usent , pour l'encollage par exemple, une certaine quantité de farine, dont l'accroissement doit être pris en considération, c'est un surcroît de production de plus de 7 millions d'hectolitres, nets de la semence, qu'il faudrait tous les dix ans à la Grande-Bretagne. Donc, si elle avait la prétention de se suffire , elle devrait , à chaque période décennale , ensemencer en froment une superficie de 350,000 hectares de plus, en attribuant à l'agriculture anglaise un rendement net de 20 hectolitres par hectare \ En tenant compte du reste de l'alimentation, de l'orge pour la bière, des légumes, du bétail à élever, ce serait la mise en rapport de 1 million d'hectares de plus qu'il faudrait organiser dans un pays où déjà toute terre passable est en exploitation; c'est tout simplement impossible. Sans doute, en Angleterre comme partout, il est possible d'améliorer encore la culture, malgré la supériorité de l'agriculture britannique sur celle du reste du monde. Mais il serait chimérique, il serait très-périlleux d'attendre du seul perfectionnement de l'agriculture nationale, en Angleterre, la forte masse de blé nécessaire à la nourriture de la population supplémentaire qui vient s'y presser, ou même la majeure partie. Sous la législation libérale des céréales, qui date de 1846, la Grande-Bretagne continuera de produire du blé en grande quantité ; elle en rendra en quantité croissante 1 ; cependant, c'est par l'importation principalement

* Ce serait le double du nôtre. M. Jobnsion porte, en effet, le rendement brut de l'Angleterre à 34 boisseaux par acre, ou environ 23 hectol. par hectare {Notes on North-America , t. II, p. 193).

* Ce serait une erreur de croire que l'abolition de la législation protectioniste sur les céréales doive diminuer la production de l'Angle terre dans une proportion considérable. Elle y déterminera le perfectionnement de la culture , et de cette manière le cultivateur y pourra donner le blé à plus bas prix , en réalisant le même bénéfice qu'aujourd'hui. Le progrès de la culture parait y devoir résulter principalement de ce qu'on aura plus de bétail et particulièrement de porcs. La culture des plantes fourragères et des racines destinées aux bêtes empiétera sur l'espace qu'on ensemençait en blé ; mais celui-ci , s'il est moins étendu, donnera plus de produits pour

AU SUJtT PU BLÉ. 201

qu'elle subviendra aux besoins de son surcroît de population. De ce point de vue, on acquiert l'assurance nouvelle de ce qui vient d'être dit, que tout ce que pourront ajouter à leur production, par de là feurs besoins, les régions comprises dans le rayon ordinaire d'approvisionnement des ports de la Baltique et de la mer Noire, ainsi que les Etats- Unis, ira s'engloutir en Angleterre. On est même fondé à croire qu'ils auront de la peine à élever leur production à la hauteur des nouveaux besoins, de plus en plus étendus, de la Grande-Bretagne. Pour y bien parvenir, il leur faudrait faire un grand effort, et, les Etats-Unis exceptés, l'homme des principales contrées d'où s'exporte le blé n'a pas l'habitude de déployer une grande énergie , car c'est ici que vient à sa place l'observation des protectionistes , que ce sont des populations asservies.

Ce grand fait de l'ouverture du marché anglais domine le sujet et résout la question; il fournit d'avance la réponse à tous les arguments qu'on a cherchés et cru trouver dans les circonstances propres à l'agriculture de la Russie , pour établir que la liberté du commerce appliquée au blé entraînerait les plus graves inconvénients , et il les réfute implicitement en masse. Ces arguments, en effet, sont tous compris dans cette formule, que le libre commerce avec la Russie amènerait l'avilissement absolu et permanent des prix. Le fait que nous signalons doit avoir, au contraire , le résultat de maintenir les cours, à moins, je le répète, de quelqu'une de ces abondantes récoltes qui dépriment partout les prix momentanément , qui les déprimeraient quand même on se serait entouré d'une muraille de la Chine * .

l'unité de superficie, parce qu'il aura reçu plus d'engrais. Au sujet de l'avenir qui est réservé à l'agriculture anglaise sous le régime de la liberté du commerce, on lira avec fruit un petit écrit récent dû à M. W. W. Whitmore , grand propriétaire et habile cultivateur, qui, avant 1846, avait soutenu dans le Parlement la nécessité de renoncer au système protectioniste : A letter to his grâce the éuke ofBedford , on the prospects of agriculture. 1 En 1885, par exemple, année pendant laquelle les droits de douanes

202 DES EFFETS Qu' AURAIT LA LIBERTÉ DU COMMERCE

Il ne sera cependant pas superflu de se livrer à un examen rapide de quelques-uns au moins de ces arguments. On dit, par exemple, que l'agriculture française ne saurait soutenir la concurrence des serfs de la Russie, qui exploitent pour le plus misérable salaire , dit-on , un sol étalé devant eux en plaines indéfinies , sur lequel il n'y a presque pas d'impôts ; on allègue que, dans la Russie méridionale, il y a tel seigneur qui peut vendre son blé à 5 fr. l'hectolitre , et qui Ta effectivement cédé à ce prix, sinon à meilleur marché.

Pour ce qui est de la modicité relative des salaires , elle n'est pas tout ce qu'on dit , car on ne rencontrerait pas , en Russie, des serfs qui habitent des tanières aussi mal aérées, chauffées et meublées , aussi malpropres et insalubres que celles où végète le tiers ou la moitié de nos paysans, et qui aient une nourriture aussi peu substantielle. Si la modicité de la rémunération en Russie suffit pour que notre agriculture soit hors d'état de supporter la concurrence russe, comment prétend-on que la concurrence américaine soit si formidable? La main-d'œuvre, aux États-Unis, coûte en effet, dans les campagnes, de deux à trois fois plus que chez nous. Et n'est-il pas connu que celles de nos provinces où le cultivateur est le plus pauvre ne sont pas à beaucoup près celles qui produisent le blé le plus économiquement i À l'égard des impôts, ce n'eât pas toujours un mal d'en payer; c'est même un bien, lorsqu'une partie des taxes sert à ouvrir des chemins , à creuser des canaux , à améliorer le matériel et le moral de la civilisation. Enfin, si la terre coûte peu en Russie , il est très-vraisemblable qu'elle y coûte ce qu'elle vaut , et que le prix est en raison des

empêchèrent complètement l'entrée du blé étranger, le prix du blé, par l'effet de l'abondance des récoltes indigènes, tomba en Angleterre plus bas qu'il n'a été en 1850 et 1851 , années où l'admission du blé étranger était hbre, et où une dépression extraordinaire a existé dans toute l'Europe.

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facilités qu'on a pour la rendre féconde , ou pour en écouler les produits.

C'est donc une question qu'il ne faut pas se hâter de résoudre absolument contre l'Europe occidentale, que celle de savoir si une civilisation naissante ou barbare, à population clairsemée , livre nécessairement , sur le marché général , le blé à plus bas prix qu'une civilisation avancée , à population dense. À moins que la nation ancienne et populeuse n'ait été poussée , par l'esprit restrictif de sa législation douanière, à mettre en céréales une très-grande quantité de mauvaises terres , où les frais de production , qui seraient élevés, régleraient la tenue des cours dans le pays, il y a un certain nombre de bonnes raisons pour que les ressources et les facilités de tout genre qu'offrent une civilisation perfectionnée et une population nombreuse , balancent les avantages propres aux pays qui sont dans la situation de la Russie, pour la production du blé. Ceci nous ramène au prix de 5 fr. par hectolitre et même moins , qu'on dit se rencontrer en Russie.

Je ne contesterai pas que ce prix ne se soit vu quelquefois ; mais je ferai remarquer qu'il s'est présenté seulement dans l'intérieur de l'empire , loin des ports, en dehors de toute Communication ' , et dès lors peu importe ; car que fait au commerce général , au consommateur ou au producteur de

1 Ai. de Tégoborski présente, dans les Forces productives delà Russie, M, p. 852, un tableau indiquant , ponr chacun des gouvernements de la Russie, le maximum et le minimum des prix qui aient été cotés pendant la période quadriennale commençant au 1" janvier 1846. Parmi les prix indiqués sur ce tableau, on trouve, en effet, celui de 2 roubles 18 eopecs par tcbetwert, ou de 4 fr. 15 c. par hectolitre. C'est pour une seule province, celle de Saratow, qui est tout intérieure, qui est aussi une des moins peuplées et, absolument parlant, une des moins productives; elle est placée dans ces conditions passagères dont nous parlerons plus bas, où le cours du blé peut être très-réduit. La moyenne ja été, pour cette province, dans la période dont il s'agit, de 6fr. 27 c, et le terme extrême de 9 fr. 70 c. Deux autres gouvernements, celui de Poltava et celui de Tamboff, offrent des minima compris entre 4 fr. 50 et 5 fr.

l'Europe occidentale, le cours des marchés dans des contrées écartées, inaccessibles ! C'est à peu près aussi indifférent que de savoir ce que se vendent les graines ou les racines dont se nourrissent les Africains aux sources du Niger. Au surplus, il y a lieu de croire que le cas n'a pu se présenter qu'accidentellement de la part de seigneurs obérés, forcés par leurs créanciers de vendre immédiatement à tout prix. Mais déjà, si, sur trois récoltes, il y en a une d'à*peu près nulle , ainsi qu'il arrive dans les steppes de la Russie, le prix de 5 francs que j'admets à l'égard du passé et pour quelques circonstances exceptionnelles, est porté à 7 environ. Or, j'ouvre le Cours d'agriculture de M. de Gasparin, qui est un praticien consommé, et j'y lis qu'en France, avec une culture qui serait parfaite et dont le succès serait complet, en tenant compte de la rente de la terre ( moyennant laquelle le propriétaire payerait l'impôt) , le prix de revient de l'hectolitre serait à peine de 7 francs (exactement 6 fr. 95 c. '). Nos bons cultivateurs n'atteignent pas ce degré d'économie, mais ils ne s'en écartent pas de plus de 2 ou 3 fr. Si donc généralement on cultivait bien en France, lé blé s'y tiendrait à un prix qui défierait le prix courant d'Odessa, puisque ce prix courant est de 10 à il fr . au moins. Si nos cultivateurs et nos propriétaires veulent avoir du soin, s'ils obéissent au précepte ;

Travaillez , prenez de la peine ,

l'excédant des frais de production du blé en France sera plus que compensé par les frais de transport , les déchets, le magasinage, les commissions, l'intérêt du capital et toutes les mauvaises chances que supporte le blé étranger, sans compter le bénéfice du marchand qui, sur une denrée pareille , périssable de sa nature, doit être élevé , et sans parler de la différence de qualité. Et s'ils ne veulent pas faire des

1 Court âfagricuUurê , t. III , p. 665.

efforts pour améliorer leur culture , ne sommes-nous pas fondés à chercher les moyens de les y contraindre , en leur faisant sentir l'aiguillon de la concurrence?

En m'exprimant de la sorte, je n'ai qu'un but, de rappeler nos cultivateurs au sentiment de leur devoir envers la société et envers eux-mêmes. La perspective d'une invasion de blé russe , affluant en grande quantité et au bas prix dont on a parlé, et déprimant les cours, est toute fantastique ; car, encore un coup, l'influence que le blé de la Russie peut exercer sur le cours des marchés dans l'Europe occidentale est subordonnée à la quantité qui peut s'en présenter sur ces marchés, et cette quantité étant très-limitée, le blé de la Russie profitera du prix qu'il trouvera établi et ne l'affectera pas sensiblement.

Quant à savoir si, réellement, la quantité de blé que la Russie peut expédier sur nos marchés est bien limitée , je crois en avoir donné la démonstration déjà ; mais il est possible de la rendre plus complète. Nous avons l'expérience des dernières années , où l'occasion n'a pas manqué aux producteurs de la Russie pour montrer jusqu'où s'étendait leur pouvoir d'inonder l'Europe. Dès 1846, ils avaient été informés du débouché qu'allait leur offrir l'Angleterre, et ils avaient pu faire leurs préparatifs, prendre leurs dispositions agricoles et commerciales. Ils ont eu l'encou* ragement des hauts prix que toute l'Europe leur avait payés en 1847 , et c'était pour eux le moyen d'étendre et d'améliorer leur culture , afin de fournir à la Grande- Bretagne le bel approvisionnement qu'elle allait demander à l'étranger. Or, qu'est-ce que nous apprend cette expérience? La Russie, tant du Nord que du Midi, figure dans les importations anglaises de 1847, année de famine, pour 2,467,000 hectolitres, sur 12,948,000; elle n'apparaît plus dans celles de 1848 que pour 1,517,900 hectolitres, sur 8,958,000 ; dans celles de 1849, que pour 1 ,759,000 hectolitres, sur 14,022,000, et dans celles de 1850, que

20$ DES EFFETS QU'iU£AIT LA UBEBJÉ DU COMMERCE

pour 2,141 ,000 hectolitres sur 13,562,000. Pendant le cours de ces diverses années, les Anglais auraient été réduite à s'entre-dévorer si, subitement, toute autre ressource étrangère que celle de la Russie leur eût été interdite ; ils ont tiré du blé de la Prusse, de la Belgique, de l'Italie, de la Turquie , y compris la Syrie et l'Egypte , 'et d'autres contrées favorisées par la Providence, dans leurs récoltes, de? puis 1847. Parmi ces contrées, la France sur laquelle m ne comptait pas , la France qui, elle-même, ne s'était paç attendue à jouer ce rôle, la France dont on représente l'agriculture comme incapable de résister au bon marché du blé de la Russie, occupe la place la plus éminente. D'après les documents anglais, elle a livré à l'Angleterre, en 1848, 928,029 hectolitres de blé, en 1849, 2,151,866, et en 1850, 3,182,482; c'est-à-dire qu'en 1849 et en 1850, elle a surpassé la Russie, et pour 1849 au moins, tous les autres notables pays d'exportation, la Prusse et les Etats-Unis 1 .

1 Voici, d'après les documents anglais d'où j'ai extrait les chiffres cidessus ( Tables of the revenue, commerce and population, etc. } , ce que les Etats-Unis et la Prusse ont fourni de blé à l'Angleterre en IS48 et ««•;

ÉTATS-0WIS. MUSSS.

18i8 858,000 bect. 1,532,000 hfiCU

Pour 1850 , les renseignements relatifs à ces deux pays m'ont manqué ; le document anglais n'a pas paru encore.

Les quantités indiquées ici comprennent, indépendamment du blé expédié à l'état de grain , celui qui est envoyé sous la forme de farine, en convertissant celle-ci en blé, comme il va être dit.

D'après les documents français , et notamment le TaUean du commerce auquel nous avons emprunté le chiffre ci-dessus pour 1850, l'exportatie* totale, c'est-à-dire le blé étranger compris, de France en Angleterre, a été, en 1850, de 3,595,691 hectol., dont 1,836,285 hectol. en grains, le reste en farine. Il est douteux que, dans la même année , les Etais-Unis et la Prusse aient non-seulement ce chiffre , mais même eelui ci-dessus de

3,182,482 hectol.

Pour calculer l'équivalent en grain d'un poids déterminé de farine, nous sommes partis de ce qui est admis au sujet des farines, en Angleterre, dans tes documents parlementaires , que 100 kilogr. de ferme répondent à lit litres de bl$.

Après les renseignements qui précèdent et qui sont relatifs à la Russie méridionale , il est superflu de s'arrêter à la partie de cet empire qui appartient au bassin de la Baltique, ou du moins au blé qui peut s'exporter par les ports russes situés sur cette contrée. On a vu plus haut à quel point la quantité en est médiocre, et de ce côté le cours des marchés intérieurs de chaque gouvernement est beaucoup plus élevé que dans les parties centrales ou méridionales de l'Europe ■ . Mais les provinces polonaises, et surtout la Pologne proprement dite , envoient au dehors , principalement par le port prussien de Dantzig, du blé qui, à ce titre, passe pour prussien et qui mérite une mention. La question de savoir en quelle quantité le blé de la Pologne et des régions attenantes pourrait être expédié à notre Occident, et celle de connaître le prix auquel il y reviendrait, en supposant même que l'ouverture du marché anglais ne le fît pas hausser, sont de celles que M. Jacob avait le plus éclaircies. A plusieurs égards, le commerce déportation de ce blé se fait par des procédés barbares qui causent d'assez grands frais. Dans ce pays dépourvu de routes, on recueille le blé péniblement le long des rivières. On lui fait descendre la Vistule, lorsque la saison des pluies la gonfle, dans des barques grossières où rien ne le protège contre les intempéries de l'air et contre l'action combinée de l'humidité et du soleil qui y provoque la germination. Il arrive ainsi, après des mois entiers, par Varsovie, jusqu'à Dantzig. La couche supérieure germe avec une telle vigueur que, au dire des voyageurs, les barques ont un aspect de jardins flottants et rappellent les Chinampas qui émerveillèrent Cortez et les Espagnols quand ils eurent atteint les lacs de Mexico. Ces moyens imparfaits de transport

1 Ainsi, d'après le Ubleau déjà cité qu'a présenté M. de Tégoborski ( 1. 1, p. 352), en Courlande, le plus bas prix, dans la période quadriennale qui s'est ouverte le l« r janvier 1846, a été de 10 fr. Thectol. ; dans la Livo- ,8ie, de 12 fr. 6} c. , et on est mon té .dans la première à 26 fr. 67 c. ; dans la seconde , à 23 Tr. 51 c.

enchérissent très-notablement le blé qui déjà, à Varsovie, est plus cher qu'à Odessa. M. Jacob estimait que , rendu à Londres, l'hectolitre revenait, avant aucun bénéfice pour le marchand, à 20 fr. 90 c. l'hectolitre, indépendamment des risques d'échauffement et d'autres avaries dans la traversée de mer. Il en serait à peu près de même aujourd'hui. Ce blé de Dantzig a heureusement une belle qualité qui lui permet de trouver des acheteurs, à Londres, à des prix plus avantageux que ceux qu'obtient le blé d'Odessa. S'il n'avait cette qualité remarquable, il serait d'un écoulement très- difficile, sinon impossible , sur les marchés de l'Europe occidentale, en temps ordinaire , et n'offrirait quelque ressource à l'Occident, à l'Angleterre même, que dans les années de disette. Quant à la quantité, elle est bien au-dessous de ce que peut fournir le bassin de la mer Noire. En y joignant ce qui s'exporte par les ports de la Prusse, autres que Dantzig, on vient de voir que, en 1848 et 1849, années de bonne récolte, la quantité apportée en Angleterre avait été au-dessous de 900,000 et de 1,800,000 hectolitres f .

L'opinion qu'il existe en Russie une surabondance de blé qui puisse être jetée sur les marchés de l'Europe occidentale, et y causer une perturbation , est donc quant à présent sans aucun fondement. C'est une erreur qui est pourtant assez difficile à déraciner, parce qu'elle est depuis longtemps accréditée dans les esprits. Elle l'est nonseulement dans l'Europe occidentale, mais, ce qui est plus surprenant, parmi les producteurs eux-mêmes. C'est ainsi que M. Jacob, quand il parcourait le nord de l'Europe, en 1825, avec une mission du gouvernement anglais pour l'étude de la grande question des céréales , trouva les propriétaires russes et polonais persuadés qu'il y avait trop de blé, et que cet excédant pesait sur le marché, à leur grand

1 Ces aperçus, tout raccourcis qu'ils sont, nous dispenseront d'entrer dans plus de détails au sujet de U Prusse.

préjudice. Le morceau est bon à citer, car il est encore de circonstance aujourd'hui, il répond à l'assertion favorite de nos protectionistes. « En 1825, dit-il, je trouvai dans tout l'orient de l'Europe, où Ton se livre spécialement à la grande production du blé, cette opinion (celle de la surabondance de la production) généralement admise parmi les propriétaires du sol et les commerçants en blé , et essayer de les convaincre de leur erreur eût été une tentative aussi impossible que celle d'arrêter le souffle des vents. Tout producteur, grand ou petit, affirmait qu'il y avait assez de blé en réserve pour subvenir à la consommation de plusieurs années. J'objectais qu'un grand nombre de greniers, ceux mêmes de mes interlocuteurs, étaient vides ou à peu près ; mais les propriétaires, dans leur idée fixe au sujet de l'étendue des existences en grains, me disaient que personnellement, ayant besoin d'argent, ils avaient été contraints de vendre ; mais que c'était une exception, et qu'en avançant dans le pays, je trouverais des approvisionnements tellement vastes, que je viendrais à partager leur opinion. J'avançai donc, et nulle part je ne trouvai une réserve qui eût quelque importance; mais partout on me répétait que j'en rencontrerais un peu plus loin une considérable. Et cependant, à mesure que je m'éloignais du littoral, je trouvais les greniers moins remplis*. »

Que si l'on objecte que le dire de M. Jacob se rapporte à une époque déjà éloignée de vingt-sept ans , la réponse est facile; elle est fournie par l'ouvrage tout récent de M. de Tégoborski , auteur russe fort estimé , sur les Forces productives de la Russie \ Il en résulte que la production de l'empire en céréales de toute sorte n'a rien d'excessif; et comme il n'y a qu'une faible partie de la récolte de l'em-

1 Jacob , Report respecting the agriculture and th$ trade in corn in some ofthe continental states ofnorthern Europe , p. 109. 1 Cet ouvrage esl de 1852. Paris , chez Renouard. Je renvoie surtout au tome I, chapitre v de la première partie.

$4§ DES EFFETS QU'lPfeAlI 14 HBERVji DU COMMERCE

p^e qui puisse attendre les porte , q. c*u$e (ie l'iirçperfectjqn 4es CQipm|ipicatiops , il s'ensuit à fortiori que , eu ce mpnaenfcci, 1& puissance d'exportation de la Russie en blé e$t nécessairement très-bornée.

Maintenant, il reste à savoir, et ici c'est une question essentielle à examiner, si la Russie ue pourrait ^croître r^pjde^eut la massp de son excédant disponible ep blé, lt p^x restent h p£H près le même. Au premier abord, en serait tenté (de supposer qu'un aussi vaste empire, qui, l'on ne saurait le uier, est en voie de progrès, possède à cet égard une puissance virtuelle d'acproissement indéfini. Si pependant on donne au sujet une attention soutenue, pu ne tarde p^s à reponnaître que le blé, je dis le blé-frpipen t , pelle des céréales qu'on recherche le plus , celle qui donne lieu incomparablement au plus grand mouvement commerpi&l, est une denrée dont l'abondance et l'excès sont soumis 4 dps conditions toutes particulières qui excluent cette puisr sance d'accroissement indéfini, uon-seuleiqent pour la ftuifcsie, mais pour toutes les autres nations dpnt oq parle au? jourd'feui.

Un pays, à son 4%it, peut être exclusiveuMHtf*^rtPftl#* c ! est même le cas le plus ordinaire, et alors il ne Iqi eçt PAS difficile d'avoir, relativement à la population, que certaine quantité de blé de reste. Pendant un certain laps 4P temp^t sj ce pays jojût 4 e ty P&i* > s'il est peuplé 4'kPflW I * e § industrieux , et que le sol s'adapte bien aux celles, lp gr^jn disponible devra aller en augmentant ; niais diverses causes semeHept bientôt à agir, de manière à diminuer les gxcédapts. ^ps unes sont de Tordre physique, les autres 4? l'prdrp politique et socia} ; il convient d'indiquer sommairement les prinpipales.

àU SUJfif BV Kfi« Ut

Ça^es physiques*

Parmi les causes physiques, une des plue efficaces est délie qu'a mise en relief un homme fort éclairé, observateur exercé , M. Johnston * dans un ouvrage plein d'intérêt , qu'il a publié en 1851, sur 1* Amérique du No*d, après Un voyage d'exploration dont le but était d'observer sur*» tout l'état de l'agriculture < . La terre vierge possède une certaine quantité d'éléments de fertilité que le temps y à accumulés, et à la faveur desquels l'homme qui, le pre* mier* les soumet ^ la culture, peut, avec très-peu de travail, lui faire rendre une certaine quantité de substance, du blé comme toute autre chose * Mais le blé a ce caractère, qu'il épuise rapidement la richesse amassée dans le sol ; si bien que, après un petit nombre d'années, à moins qu'il ne s'a* gisse de localités exceptionnellement favorisées, et par cela même fort restreinte^ la terre est impropre à la culture du blé, si l'en ne se met à la féconder par une culture plus soi-* gnée, et spécialement en lui apportant des engrais , ce qui suppase qu'on ait de§ capitaux. La conséquence est que, dans les pays neufs, le colon qui est mal pourvu de capital, •t qui réclame le plus grand produit pour le moindre travail, au lieu de restituer au sol la fertilité qu'il lui a ravie, port* bientôt epn industrie sur des terres nouvelles qu'il épuise de même. Or, si de la superficie d'un pays neuf, où l'on cfofc rait qu'il existe une forte proportion de terres de bonne qualité, Ton défalque tout oe qui est inaccessible faute de voles de communication, tout ce qui exigerait des frais passablement considérables de défrichement (et c'est le cas presque toujours ftveç les meilleures terres), ce qui reste est, à peu prèô partout, m quantité fort médiocre. C'est pourquoi la pro*

1 Notes on North America. — Voir, poujr ce qui est dit içj, le torçe IJ f cbap. xm.

212 DES EFFETS QU'âORAIT Là LIBERTÉ DU COMMERCE

gression croissante, qui a pu se manifester dans les excédants en blé, se ralentit assez tôt. M. Johnston cite à ce sujet des exemples curieux, entre autres celui du Canada ', où un intervalle de moins de dix-sept ans a suffi pour que la période croissante se déployât, et que la période décroissante succédât très-prononcée. Il mentionne l'ouest de l'Etat de New-York, dont la production, après s'être rapidement développée, s'est arrêtée aussi. Il montre, dans l'Union américaine, les colons s'avançant toujours de plus en plus à pas accélérés vers l'Ouest, parce que derrière eux ils ont dépouillé de leur richesse les terres les plus accessibles, les plus faciles à défricher, et les mieux placées par rapport au consommateur éloigné. En un mot, ceux qui liront l'ouvrage de M. Johnston avec le soin qu'il mérite, en retireront pour eux-mêmes cette opinion motivée, qui est celle de l'auteur, qu'on se fait illusion si Ton croit qu'il y a lieu d'attendre des quantités indéfinies de blé du défrichement des terres vierges, tel qu'il se fait et doit se faire par des colons naturellement jaloux de retirer le plus grand fruit possible de leur labeur, et pouvant disposer de très-peu de capital , ainsi qu'il arrive dans les pays neufs par la force même des choses.

A cette cause s'en joint une autre qui tient à la nature du blé. C'est la faible proportion suivant laquelle il se multiplie, et, par suite, le petit nombre de personnes que peut nourrir une superficie donnée recevant cette culture. Cette circonstance tend à limiter singulièrement les excédants disponibles pour la population non agricole du pays même , à plus forte raison pour l'étranger.

Dans l'empire russe, selon un travail récent de M. Storch (Sur Vétat des paysans), cité par M. de Tégoborski, la moyenne des récoltes, de 1840 à 1847, ne serait que de

'* Notes on Nortk Amrica, t. I ; p. 36i,

AU SUJET DU BLÉ. 21 ft

trois fois et demie la semence 1 , ce qui ne laisserait que deux fois et demie celle-ci pour l'alimentation publique et pour les autres usages, tels que la fabrication de Teau-de-vie. M. de Tégoborski croit que cette estimation est au-dessous de la vérité, mais seulement d'un peu, et il n'y ajoutequ'un dixième. Un autre écrivain, mentionné également par M. de Tégoborski *, M. Protopopoflf adopte la proportion de quatre; c'est extrêmement modique encore. La statistique officielle, citée par M. de Tégoborski , donnerait moins que cet auteur lui-même *. Dans les autres Etats européens, le rendement est moins faible. Néanmoins, partout dans la zone tempérée où est placée l'Europe , dès qu'on envisage l'ensemble du pays, on trouve que la multiplication du grain est très-modeste. En France, d'après la statistique officielle , qui fut dressée il y a douze ans , elle serait à peine au delà de 6 *. Avant 1789, c'était de 5 à 6, d'après Lavoisier et Necker. En Autriche, c'est moins qu'en France, et, en Prusse, moins qu'en Autriche. L'Angleterre , au contraire , nous dépasse de beaucoup. Aux Etats-Unis, du temps de Washington, selon une lettre de ce grand homme, qui était aussi un habile agriculteur, à Arthur Young, c'était de 3 1/2 à 4 1/2 pour 1 \ Au Mexique, selon M. de Humboldt, c'est, dans la partie septentrionale, de 17 pour 1 , et, dans la région équinoxiale à 2,000 ou 3,000 mètres d'élévation au-dessus de l'Océan , de 24 pour 1 ; au Pérou , dans la belle plaine de Caxamarca, de 18 à 20 •• Mais, en ce moment ,

1 Tégoborski, Forces productive* de la Russie, p. 187. C'est la proportion qu'on retrouve dans la Statistique générale de l'empire de Russie, de M. Schnitzler, ouvrage qui a précédé de plusieurs années celui de M. de Tégoborski.

* Ibid. , même page.

* La statistique officielle donne 60,588,000 hectolitres de récolte pour 11,442,000 de semence.

* C'est ce qu'indique le calcul par analogie : nous avons pris les Jwtse* du calcul dans Humboldt, NouveUe Espagne, t. II, p. 445.

•Humboldt, NouveUe Espagne, t. II, p. 449—44,

144 DES EFFETS QU'rflUlT t\ LIBERTÉ DU COMMERCE

qu'importe à l'alimentation dé la mvilisatioti européenne, et au commerce général , le rendement des terrée à blé &ti Mexique et au Pérou ' !

Si l'on rapporte le produit à ta superficie* on tftmte cfue* dans l'empire de Russie, la moyenne, ealèulêe d'après M. dé Tégôborski $ est , par hectare , de 9 hëctolit. A 11* Etats-Unis^ du temps de Washington, c'était de 7 à 9; aujourd'hui d'eai dtHreLUtÂgë. M. Johnston présente des évaluations de 9, de 12, de 13 hectolitres* et même de 14, selott les Etats. D'après lui, dans la proTÎnce anglaise du NouTeatl-Brunswick , en irait à 16 hectolitres un tiers. Eti France, selon là statistique officielle, c'était, il y a douze ans, de 12 hectolitres et demi > aujourd'hui on doit avoir dépassé ce terme. Pour la France, toujours d'après la statistique officielle , oette moyenne générale se répartit inégalement entre les départements. Ainsi, dans ceuÎ4j|ai sont bien cultivés, là Moyenne spéciale est de 19 à 92 heétëlitres , et dans les derniers de la liste elle est de 1 à 8; En Angleterre* selon M. Johnston, ce serait de près de 92 heotailittes *. En Lombarde, d'après Burger cité par Royer, dtf 2îL- :

four apriyer à iiûe conclusion plus pratique encart* rendons-nous eétnprte de oe que peut nourrir de periôàriei on héctàfé énsetttèÊtëé en blé, À cet effet, il faut d» pw* duit brut déduite 4a ôëineËde, Çui pour le blé est eoHfidfr- #able.

Ateo un rendement êorrtiÈe celui de la France, de 19 hefc tolitres et demi par hectare, en défalquant la semence, on tombe sur une recèle nette de 10 hectolitre? et déffii» ce qui, à raison de S hectolitres par tête, répond à trois lois et demi la ration nécessaire à un individu. En Russie, ee serait

1 Sous le régime colonial , le Mexique exportait ufl peu de fariné. Avec

âê l'ordre et avec des voies de communication passables, cette exportation

pourrait renaître et se développer ; mais quand Tordre sera-t-il réftkte à êé

màfhenreux ttexiaue?

1 Exactement, M fcect. 80. Ntfièé o* Notih Ametw*, t Hy p. lit. J*i»^

nerais à penser, avee fe. dé Tégôborski, o>e tfést ftt peu èftégétè.

àb seiET »u mMi Ml

d'un peu plus de deux fois * ; en Prusse, terni juste de ttoii j en Angleterre et en Lombardie, de près de sept.

Peu** bien apprécier l'infériorité du bl6 , et l'obstacle qui s'tipposë à ce qu'un Etat en fournisse au commerce èité* rieur la subsistance d'un très-grand nombre de personnes, i) faut comparer le pouvoir nutritif des terrés semées en blé à celui que possède le sol lorsqu'on y cultive quelques autrès grains ou de certains farineux. Un des Meilleurs termes de comparaison qu'on puisse choisir est le mate;

Avec le maïs , il faut beaucoup moins de semence, et le nombre d'hectolitres produit est beaucoup plus fer t. Au lieu d'un peu plus de 2 hectolitres de semence par hectare, il suffit, en France, d'un tiers d'hectolitre, en Italie, de moins etieofe, et le produit par heetare est, en France, de 20 à 50 hectolitres, même avec une culttite médiocre ». Selon M. John s ton, dans l'Etat d'Ohio où, comme dans tous les Etats de l'Ouest de l'Union américaine, on cultive trèssommaifëtnent , c'est 57 hectolitres, au lieu de 14 en blé; dans l'Etat de New-York, ce ù'est que 25 contre 13 en blé * . DàUfe les pays où la culture est ttiéilleure, et dans ceux dont le climat s'adapte parfaitement à cette graine , le produit est bien supérieur encore . Burger parle dé 75 hectol . pat hectare, ei dit en âtbir souveiit récdlté lui-même, à là fetréë du La* vanthstle, 71 . Steiflffiûller dit 70 hectolitres pour la Suisse ; M&fétti, 51 à 06 pour la province de Pavîe. Au Mexique,

' D'apte* ie calcul de II. de Tôgotorsài , ce serait de moins de i , parce qu'U porte là ration moyenne à 3 tchetwerts,- c'est-à-dire à un peu plus de 4 hectolitres. Il est vrai que le calcul de M. de Tégoborski s'applique plutôt au seigle qu'au blé , car le seigle est la principale céréale tie la ftttssiê: M. de Tégoborski tient compte auss{ de la quantité de grain qu'on emploie à fabriquer le kwass, boisson très-répandue en Russie.

* Pour ce qui concerne le maïs, je renvoie à Burger, qui a publié en allemand un traité spécial fort estimé ; à Bbnâfbus, qbia comjtosë une titsUHrè naturelle, agricole et économique du maïs, et à Royer, qui a résumé, dans sa Statistique agricole, les renseignements fournis par ces auteurs et par Dan- 4elo» 8teinittûller, Sehwërtz, etc:

* Notes on North America, 1. 1, p. 238, et t. II, p. 193.

selon M. de Humboldt « la plante, favorisée par de fortes chaleurs et par beaucoup d'humidité, acquiert une hauteur de 2 à 3 mètres. Dans les belles plaines qui s'étendent de San-Juan del Rio à Queretaro, par exemple, dans les terres de la grande métairie de l'Esperanza, une fanègue de maïs en produit quelquefois huit cents. Des terrains fertiles en donnent, année commune, trois à quatre cents. Dans les environs de Valladolid, on regarde comme mauvaise une récolte qui ne donne que 150 à 150 fois la semence. Là où le sol est le plus stérile, on compte encore soixante ou quatre-vingts grains. On croit qu'en générai le produit du maïs peut être évalué, dans les régions équinoxiales du Mexique, à cent cinquante pour un & . » Si Ton suppose une semaille d'un quart d'hectolitre par hectare, les rendements de 150, de 300 et de 800 grains, répondront à 37, à 75 et à 200 hectolitres.

Gomme la puissance nutritive du maïs parait, à poids égal, différer peu de celle du seigle, et que le poids par hectolitre est à peu près le même », ce sera une hypothèse désavantageuse au maïs que celle d'après laquelle il faudrait 1 hectolitre et demi de ce grain pour remplacer un hectolitre de blé. A ce compte cependant, une culture, qui rendra 25 hectolitres de maïs par hectare, nourrira près de six personnes, tandis qu'avec le rendement moyen officiel de la France, en blé elle n'en nourrirait que trois. Dans l'Etat d'Ohio, l'hectare, semé en maïs, suffira à la nourriture de plus de huit personnes ; en blé, il n'en alimenterait que quatre. En Autriche, où l'on assure que la récolte est de 32 hectolitres par hectare, en maïs ce serait un peu au delà de sept rations, tandis qu'en blé c'est sensiblement moins de trois. Dans la Lombardie, avec le blé, un hectare nourrit moins de sept personnes ; avec le maïs, il en ali-

> Essai politique sur la Nouvelle- Espagne* t. II, p. 411. 1 On estime que le maïs pèse moyennement 70 kilogr. par hectolitre , et le seigle 73,

mente, d'après la proportion supposée ici, jusqu'à seize.

Ainsi le mais, lorsque le terroir et le climat y conviennent, est une très-grande ressource ; avec le maïs, bien plus qu'avec le blé, il est facile à un Etat d'avoir un fort excédant. Le seul obstacle qu'un pays qui s'adonne à cette culture rencontre , s'il veut en expédier beaucoup au dehors, réside dans les frais de transport, qui grèvent plus fortement , en proportion de la valeur, une graine inférieure qu'une autre plus recherchée et d'un plus haut prix au heu d'arrivée.

Aussi les pays qui produisent le maïs avec avantage ont-ils la tendance de l'exporter autrement qu'en grain ou en farine. Us le convertissent en d'autres articles qui supportent beaucoup mieux les frais de transport. C'est ce qui se pratique sur la plus grande échelle, nous dirons bientôt comment, dans la vallée de l'Ohio. Par la même raison, c'est lorsque le manque de blé s'est fait vivement sentir en Europe, que, de nos jours, on a vu le maïs y arriver en grande quantité. Pour l'Angleterre, en 1846-47, les arrivages de maïs furent de la plus grande utilité , et même , depuis ce moment , le maïs y est un grand article d'importation ; il s'y rend non-seulement d'Amérique, mais de France 1 .

La faiblesse de reproduction qui distingue malheureusement le blé, et le peu de puissance nutritive qui, avec cette culture , répond à une superficie donnée , est manifeste quand on le compare non-seulement au maïs , mais aussi

1 Les Etats-Unis en ont exporté en tout :

En 1845-6 665,000 hectolitres.

On a vu plus haut la quantité qu'en avait reçue P Angleterre dans ces dernières années.

La France en a envoyé à l'Angleterre, en 1850, 295,217 hectol., et en a exporté en tout 331,905. En 1849, l'exportation fut de 331,407 hectol. pour l'Angleterre, et de 848,042 en tout,

Bit DE8 EFFETS QU'âOtAlff U UtEfflt DU COMMERCE

bien à dite» autres farineux. Bn Eurelpé ; le tnême sol cultivé en pommes de terre nourrira cinq individus , contre deux qu'il sustenterait cultivé en blé, en supposant que pour celui-ci on eût un réndétnënt au moins égal à la moyenne de la France. Enfin, i* pomme de terre et lé maïs liii-mêriie sont encore bien arrière de ce que peut la banane; Un hectare cultivé en bananes dé la gfonde es^ pèee (platano mm) peut nourrir plus de cent individus* selon M. de Hunlbdldt •. Avec des moyens de transport économiques, si Ton parvient à bien conserver la bafaafie farineuse, et c'est un problème qu'il est très-possible de résoudre et qu'on a même résolu , il n'y aurait rien d'étonnant à ee que la banane du Nouveau-Monde contribuât grandement, quelque jour, à l'alimentation de l'Europe;

Causes de l'ordre politique et social.

Lorsque, daus un Etat qui est en croissance, la population et le capital ont atteint un certain point, les grandes villes se forment, l'industrie manufacturière s'organise, et les classes ouvrières , se mettant à pulluler, absorbent presque tout c$ que l'agriculture nationale peut produire de blé, en sus de la subsistance des cultivateurs. Pour bien nous en rendre compte, au lieu de raisonner en termes abstraits, nous tâcherons de prendre la nature sur le fait, en nous transportant aux États-Unis , pays où le phénomène est plus caractérisé qu'ailleurs , et dont l'étude nous conduira à dés conclusions qui seront applicables à la Russie et à toutes autres contrées.

Lorsqu'on raisonne des Etats-Unis sans interroger les documents publics, on est porté à croire qu'ils jdiiîââént, à l'égard du blé, d'une puissance d'exportation tout & fait

< Essai politique sur la NouvelU-Espagm» t. JI é p» 994. t

li Mm Dd «A. 2l§

ëÉtràeWinairë, et netàtaineîit supérieure à celle de là tttlssie, quelque grande qu'on puisse supposer celle-ci. L'Amérique dti Nêtfd offre, eti effet , une initoiense superficie de terres ilftilâé bien appropriées à la production des céréales. Ce d'est pats, eortirtè là tallée du Nil, lin espace exigu , une dtfoite vallée ressetrée entre deux chaînes de mtltitagnes , du dêta déserts. Ce sont des vallées éomme celle du Misôissipi, où plusieurs gràtids eirijtires à la fois se trouveraient à l'aise. Ge ne sont pas des stef^és comme la Russie méridionale, où lé sucées de l'agriculture dépend de la pluie, (Jui île tombé pas toujours; c'est un terroir bien arrosé par les eaux courantesdu réseau le plus admirable de fleuves et de ruisseaux, et auquel la nature ne refuse jamais le bieiifait des eaux pluviales. C'est une eontrée où la culture reçoit des développe^ ménts fabuleux. Sur ce sol vierge, des Etats nouveaux, conquis sur la forêt primitive, se constituent d'année en année ; tous, à leur début, sont presque exclusivement agricoles, et la plupart sont dans le Nord, c'est-à-dire dans la région la plus propre aux céréales. Ne semble-t-il pas cfù'en pareilles oireonstanees un pays ne puisse manquer d'avoir une niasse dé blé prèdigieuae , et que, si nous ouvrions nos ports à sort éttmmeroe , il dût noiis en envoyer à vil prix de quoi satisfaire à tous nos besoins, quelque grands qti'ils fussent?

Voilà ce que l'imagination admettrait volontiers et inventerait au besoin. Voyons la réalité.

Dès le temps du régime colonial, les Etats-Unis exportaient des grains et des farines ; c'est un commerce qu'ils Q#t exercé depuis l'indépendance , avec une sollicitude particulière, Ifô ont auprès d'eux des consommateurs tout trouvés, ce sont les blancs des Antilles, qui aiment à consommer du pain, quoique leurs îles ne donnent pas de blé. Un peu plus loin, ce sont les pays continentaux de l'Àméridué éqùirioxiale, le Brésil, Venezuela; ce sont les ports du Mexique et du Pérou que les marchandises pesantes de Fin-* teneur *Ueignent difficilement, à eause du mauvais état des

communications. C'est enfin l'Europe elle-même qui, plus ou moins souvent, même abstraction faite de l'Angleterre, a besoin de grains. Or, cependant, qu'est-ce que l'Amérique exporte de blé? A cette question, les relevés officiels du commerce américain font la réponse suivante, qui est faite pour surprendre : dans les dix premières années où l'Union américaine eut des tableaux du commerce régulièrement dressés, c'est-à-dire de 1791 à 1801, l'Amérique n'exporta en moyenne que 1,175,000 hectolitres 1 . A cette époque, il est vrai, le pays était médiocrement peuplé; la civilisation et la culture étaient confinées sur le littoral. A mesure que la civilisation et la culture gagnent du terrain, la scène change-t-elle? voit-on l'exportation se déployer? Très-peu à l'égard des céréales. La moyenne décennale de 1821 à 1831, par exemple, n'est que de 1,328,000 hect., soit seulement 153,000 hectolitres de plus que dans la période de 1791 à 1801. Depuis 1831, le pays a continué ses progrès sous tous les rapports, la culture s'y est étendue de plus belle, pour les céréales comme pour le reste. Il n'en est pas moins vrai que dans ces dernières années , depuis l'ouverture du marché anglais, l'exportation du blé est restée modique, bien au-dessous de tout ce qu'on aurait pu présumer, car en voici les relevés :

1847-48* 3,814,000 hectol.

Encore ne faut-il pas omettre que cette exportation est bien loin d'être tout entière réservée à l'Europe ; une quantité passablement régulière de 1,500,000 à 1,600,000 hectolitres se rend sur les marchés des Antilles, anglaises, es-

« La majeure partie du blé exporté des Etals-Unis est à l'état de farine. Nous avons converti la farine en grains, en prenant la proportion admise dans les documents anglais, qui revient à l'équivalence déjà indiquée plus haut, entre 100 kilogr. de farine et 163 litres de grain.

* Les exercices financiers se terminent v aux Etats-Unis » te 10 juin.

pagnoles, danoises, françaises même, ou sur ceux du Brésil et d'autres pays de la côte ferme d'Amérique.

Dans l'année 1846-47, qui fut celle où la disette dont souffrait l'Europe fit sortir des Etats-Unis une quantité extraordinaire de blé et de farine, l'exportation fut de 7,957,000 hectolitres; mais, ainsi que nous l'avons dit pour le blé de la Russie, elle fut déterminée par l'élévation des prix en Europe. En 1845-46, cette même exportation avait été de 3,906,812 hectolitres, dont une bonne partie eut, comme nous venons de l'exposer, une autre destination que l'Europe.

Voici comment s'explique cette exportation relativement si faible :

C'est un fait attesté par l'histoire que toutes les fois qu'un peuple a franchi la première période de son existence , une importante division du travail s'établit dans son sein . On avait commencé par être à peu près exclusivement agriculteur, et les autres branches de l'industrie s'exerçaient presque toutes comme des accessoires de l'agriculture; ainsi, la famille faisait ses vêtements elle-même avec la laine du troupeau et le chanvre de l'enclos. On devient manufacturier et commerçant. Le progrès de la richesse porte au raffinement des mœurs ; on a plus de loisir, on s'est cultivé davantage soi-même. Les relations sociales acquièrent plus de charme; on les recherche d'autant plus, on se réunit dans des cités qui acquièrent peu à peu les proportions de métropoles. Graduellement donc, la population agricole domine de moins en moins par le nombre. Le perfectionnement de l'agriculture et l'emploi des machines permettent, il est vrai, à une moindre quantité de bras de retirer du sol une plus grande quantité de produits, ou avec le même nombre de bras on a, toutes choses égales d'ailleurs, une production plus vaste ; mais la population étrangère à l'agriculture se développe plus vite encore que la puissance productive moyenne du cultivateur. On s'achemine ainsi,

9?? MM EFFETS QU*4Ç|Aff 14 H|E$Efi •* COMMERCE

4'ug? manière continue, yprs un balancement 4©# professions qui a de l'analogie avec celui que présente fc sopiété anglaise, où les cultivateurs ne forjnent plus que le quar|, de la population t pendant qu'en Frai) 06 il? voqt ^ptuellement- à la moitié, et qu'aux Etats-Unis, il y * quarante ans, ils faisaient les neuf dixièmes. En mêfl&ô temps lg pays, s'il a uu territoire limité, réduit ses exportation! en blé, puis il les cesse, et à la longue il finit par être forcé d'en importer, à moins qu il ne consente à donner uq prix exagéré du blé indigène.

Telle a été l'histoire de l'Angleterre, qui, il y a mqipf d'un siècle, était l'uq des pays du monde d'où le froment s*exportait le plus régulièrement, qui, ensuite, de 1770 à 1790, se suffisait à peu près, compensant les importations d'une anqée par les exportations d'une autre, et qui, *u? ipurd'hui, est devenue Je principal centre y ers lequel, de toutes parts, on dirige les excédants qu'on a de cette denrée. J/histoire des Etats-Unis se déroule comme si elle devait offrir une gradation analogue. Si Ton $e bornait à considérer les anciens Etats , les treize ci-rdeyant colonies qui proclamèrent l'indépendance, on y retrouverait nettçiqegtt dessinée la succession des trois phases que nous venons d'i$* diquer pour le commerce du blé, l'exportation, l'équjh libre, puis l'importation qui caractérise désormais la si* tuation de la Grande-Bretagne.

Aux Etats-tfnis , autrefois , chaque Etat se nourrissait 4? ses propres ressources en grains , et en particulier produisait à peu près son fromept. Il n'en est plus de même aujourd'hui. Les ancieps Etats qui bordent l'Océan Atlantique, d* puis la Nouvelle-Ecosse jusqu'à Ja poiute de la Floride , Q.n\ dans leur ensemble cessé de subvenir à leur approvisionnement de blé. \jes Etats de la Nouvelle-Angleterre , qui pon( les plus septentrionaux de cette belle chaîne, se sont çqu* verts de manufactures ; le New-York, justement nomorê l'Etat- empire, à cause de la puissance de son cojumereç £{

de eee capitaux, p fait {le môme. La Pennsylvanie , PFPfifcïrt 4ee beaux gisements de charbon et de fer et des innommables chutes 4'e^u dont |'a dptée 1$ ûaturp j p, puvert ^u§§i dp uombrpuf ateliers* ^P Maryl&nd, spp voisjp, est $u$4 devenu po^mifaptv^ier, malgré l'esclayage Qui s'y est mai^tepu. Dans les Etats plus méridionaux, ou Teselat vage çgt moins ébranlé que dans le M aryl^od , ou est resté beaucoup plus agriculteur, mais on ne l'psf plus, £ beaucoup près, aussi exclusivement s à cet égard, u& grand changement s'est produit dans les dix ou quipse dernières angées. Pans le Kenfoicky , Je Tennessee , le Missouri , la Carpjine 4uû}ord, tous EJtats à esclaves, le recensement de 1$>0 a constaté l'existence d'établissements manufaetu? riers par milliers; il a révélé la même teudance dans la C* roliue du Sud et la Géorgie K JSnfiu, dans tous ces Etats du Midi, j|ya longtemps qu'où se liyre sur de grandes proportion ^ux cultures comuierpiales au lieu de celles des sub$i? stances Tandis qu'fr Tprigine l^mbifion de chaque famille se i>proait à peu prto 4 vivpe sur son domaine , l'exploita^ tipn du soj p été tournée dans ces Etats , autant qu'on l'a PU, vers 1$ production du tabac, et bien plus encore ver* celle 4u coton ou môme du sucre \ PpUP tputes les parties de l'Union sans exception, la popur

< D'après le recensement de 1860, le nombre des établissements où il Se. fabrique des articles d'une valeur de plus de 500 dollars ($,700 ft\ ) , «il :

Dans le ffentuclty, de ...... . a,47^ .

bans le Missouri, de . 3,030.

Dans le Tennessee, de «,789.

Dans la Caroline du Nord , de 3,533.

Dana la Caroline du Sud t de.. 1,478.

Dans la Géorgie , de........ 1,407.

Dans r Alabamà , de 1,033.

• La culture de la canne est resserrée dans la Louisiane et ta Floride; si ajlleucs qn tyit du sucre, c'est avec le suc de l'érable, dont fl se produit a*} Nord, ainsi que dans les province^ anglaises, une quantité plus W}0^ qu'on ne le suppose communément, et cependant fort médiocre et\ égafc] aux bstoiis du pajs.

lation urbaine s'est multipliée plus que la population des campagnes, et c'est un fait qui est devenu éclatant depuis vingt ans. En 1790, quelques années après l'indépendance, quand la constitution actuelle de l'Union eut été adoptée , il n'y avait dans tout le pays que trois agglomérations de plus de 20,000 âmes. Philadelphie, qui occupait le premier rang, était à 43,000 ; New-York, qui avait lé second, à 33,000. En 1830, il y avait deux villes de plus de 100,000 âmes , New- York, qui avait pris la première place , était à 203,000 : c'était une acquisition de 170,000 en quarante ans; Philadelphie, dans le même laps de temps, était montée à 167,000. Aujourd'hui , on compte sept villes de plus de 100,000 âmes. Le recensement de 1850 a dénombré, dans New-York, 515,000 habitants, indépendamment de Brooklyn son faubourg , qui est parvenu à près de 100,000. New-York a donc gagné , en vingt ans , 312,000 habitants. Philadelphie est à 409,000 , Baltimore à 169,000 , Boston à 139,000. Cincinnati, qui n'était qu'à 10,000 en 1830, est à 116,000; la Nouvelle-Orléans est à 119,000; Saint-Louis, qui présentait 6,000 habitants en 1830, en a 83,000. Le seul Etat de New- York, par ses seules villes de 20,000 âmes et audessus, qui sont au nombre de huit, excède le sextuple de la population des quatorze villes les plus notables de l'Union en 1790, quoiqu'il n'ait que les trois quarts de la population que comptait l'Union alors.

En 1790, la population totale était un peu au-dessous de 4 millions ; celle des six plus grandes villes du littoral , réunies aux huit principaux centres de l'intérieur, ne montait qu'à 135,000 âmes : c'était la proportion du trentième. En 1840 , sur un total de 17 millions d'âmes, les quatorze principales localités allaient à 1 million 156,000 : c'était environ le quinzième. En 1850, sur un total de 23 millions, les quatorze localités , les premières de la liste , montaient à 1,906,000, c'est-à-dire au douzième. Si on prend l'ensemble des villes, on trouve que, dans la période décennale de 1830

à 1840 , la population urbaine était passée de la proportion du quatorzième à celle du huitième. Dans les six Etats de la Nouvelle-Angleterre, pris isolément, la proportion, en 1840 , était du tiers. Dans les États du littoral compris entre la Nouvelle-Angleterre et le Potomac , c'est-à-dire dans le New-York, le New-Jersey , la Pennsylvanie , le Maryland , elle était du cinquième \ D'après ce qu'on vient de voir pour les villes principales, on est fondé à présumer que ce mouvement a pris un redoublement d'intensité de 1840 à 1850 ; mais nous n'avons pas sous les yeux les résultats du dernier recensement avec assez de détails pour présenter ici des calculs positifs à ce sujet.

Pour fournir un terme de comparaison qui soit remarquable, nous ferons apparaître ici l'empire d'Autriche, qui est en population le second desEtats de l'Europe. D'après une notice puisée aux meilleures sources, qui a été insérée dans une des dernières livraisons d'une publication officielle française, les Annales du commerce extérieur, les quatorze principales villes de l'empire offrent ensemble une population de 1 ,572,000 âmes ; on atteint à peu près ce nombre en s'arrétant, pour l'Union américaine, aux cinq premières villes.

Ce progrès de la population urbaine , et celui de l'industrie manufacturière qui s'est développée parallèlement dans les Etats du littoral , a suscité naturellement et sans secousse , dans le sein des Etats-Unis , le commerce contre lequel l'Angleterre se débattait vis-à-vis de l'étranger depuis 1815 , et que sir Robert Peel a eu le bon esprit de consacrer définitivement par sa grande loi de la réforme douanière. Le littoral américain reçoit des grains de l'intérieur, non-seulement pour en livrer à l'étranger, mais aussi pour sa propre consommation. Une partie de la farine même qu'on mange à New-York a désormais cette origine extérieure

1 Tucker, Progrm ofth$ United Stofet , p. 13*.

226 DES EFFETS QU'aIHAIT LA LflWRTÉ DU COMMERCE

à l'Etat; elle vient des Etats de l'Ouest. Il en est ainsi , à bien plus forte t aison, de celle dont est fait le pain des habitants de Boston* Déjà, en 1840, on calculait que les six Etats du Nord* Est, qu'on désigne collectivement sous le nom de la Nouvelle* Angleterre, absorbaient 2 millions d'hectolitres du froment produit dans les Etats de l'Ouest, contre 725,000 qu'ils ré* coltaient eux-mêmes *. Le groupe des Etats du Sud, où ce* pendant il y a une nombreuse population esclave qui vit dentals, puisait à la même source plus abondamment. Pris en bloc , les Etats intermédiaires entre la Nouvelle-Ànglfr* terre et le Sud , le New-York, la Pennsylvanie , le Maryland, et avec ceux-ci la Virginie , qui , parmi les Etats situés au mididuPotomac, se distingue par une plus forte production de froment, avaient cessé d'être en position d'en ex* porter qui fût de leur crû. Aujourd'hui, année moyenne , l'ensemble de ces Etats en importe, en ce sens qu'il en tire de l'Ouest, pour sa consommation, une masse considérable* Dans les cinq années qui précédèrent 1840, la quantité dfc blé et de farine, que les Etats de l'Ouest et l'ouest da l'Etat de New-York lui-même envoyèrent au flêtite Hudsou par les canaux de ce dernier Etat , afin de la jeter sur le marché de la ville de New- York, lut en moyenne de 113,880 ton* nés (del ,000 kil.). Pendant les cinq années closes au 1 er janvier 1851, cette masse a été presque quadruplée (exactement 416,936 tonnes 1 ). O'est bien au delà de l'exportation totale des Etats-Unis , car pour l'année 1840-1850, celle-ci, calcu*

* MaoGfegor, Commercial lariffs and régulations, YOlume des Êtats*Unis, p. »ss.

* Dans ée calcul» que nous empruntons aux rapports de l'administration des canaux de l'Etat de New-York, le poids des vases qui contiennent la farine ou blé est ajouté au poids des denrées elles-mêmes, tandis que dans lés antres calculs que nous avons présenté», il s'agit des denrées nettes; mais nous avons dû suivre ici te mode employé par l'administration des canaux, faute d'autres documents que les siens, pour la première période de cinq années. Peu importe d'ailleurs, puisque nous n'avions dans ce calcul-ci qu'à produire des résultats ceaparttif* entr* déni périodes*

lée en tonnes, d'après les bases admises dans les rapports des commissaires des canaux de l'Etat de New- York 1 , ne ferait que 152,858 tonnes. Pour Tannée précédente, elle serait de 249,301 ; pour 1847-8 , année d'exportation plu* que moyenne , de 264,506*.

Si, de la masse totale de blé et de farine qui arrive au fleuve Hudson, Ton retranche ce qui provient de l'Etat luimême pour ne compter que ce qui provient des autres Etats, on trouve encore une masse bien supérieure à l'exportation totale de l'Union américaine en ces denrées ; car les documents officiels de l'administration des canaux! établissent en détail que les arrivages provenant des autres Etats sont montés r en 1850, à 4,264,989 hectolit.*, quoique cette antiée semble avoir été sensiblement inférieure aux précédentes sous ce rapport*. Ainsi réduits, cependant, leà envois des autres Etats restent de près du double de ce qui s'en est ;àllé à l'étranger par tous les ports de l'Union en 1849-50.

Du moment qu'il est établi que la ville de New-York tirç dès Etats de l'Ouest beaucoup plus de blé que n'en exporté l'Unie» tout entière, il est démontré que ce sont les régions de l'Ouest qui, d'une part, fournissent le blé exporté, eî d'autre part livrent aux Etats du littoral eux-mêmes une portion du blé qu'ils, consomment ; car, non-seulement la ville de New-York garde une partie du blé de l'Ouest pour sa consommation, mais elle en distribue , par son ira-

1 Ces bases sont celles-ci : un. baril de farine pèse 96 kilogrammes, on le compte avec le bois : la quantité nette de farine est de 87 kilogr. Un boisseau de blé, contenant 36 litres 34/100 , pèse 29 kilogr. 50.

* Rapport de l'auditeur du déparlement des canaux, sur l'exercice 1850, p. 10.

* voir les tableaux n°« 13, 14 et 15, annexés au rapport de l'auditeur du département des canaux , sur le commerce et les péages pendant l'année

* C'est ce qui résulte du tableau 39 annexé au mène rapport.

inense cabotage, tout le long du littoral. Cette conclusion, au sujet du rôle que remplissent les Etats de l'intérieur, par rapport à ceux du littoral, est singulièrement corroborée par le fait que la ville de New-York ne reçoit point, à beaucoup près, la totalité des excédants en blé et en farine que les premiers jettent dans le commerce. Une portion notable de la production de l'Ouest se dirige par l'Ohio et le Mississipi sur la Nouvelle-Orléans , qui partage les attributions commerciales de New-York, c'est-à-dire qui répartit entre les autres Etats de la Confédération les produits agricoles de l'intérieur, et envoie à l'étranger ce qui n'est pas placé dans le pays. Enfin , indépendamment des deux ports principaux de New-York et de la Nouvelle- Orléans , plusieurs autres grandes villes du littoral tirent directement du blé et de la farine de l'Ouest pour leur usage ou pour celui des Etats auxquels elles appartiennent, et aussi pour l'exportation. Ainsi, il en va des quantités plus ou moins considérables aujourd'hui , pour Time et l'autre de ces destinations, à Boston, par le chemin de fer de l'Ouest ; à Philadelphie, par le canal de Pennsylvanie; à Baltimore, par le chemin de fer de Baltimore à lOhio, et à Richmond, par le canal de Virginie • .

* Voici, par exemple, quels ont é(é les arrivages à Baltimore, de rtatérieur:

Farines transportées à Baltimore, de l'intérieur, par le chemin de fer . de Baltimore et VOhio , converties en hectolitres de Ué.

Moyennes par périodes quinquennales.

De 1832 à 1837 ... 269,382 hectolitre*.

De 1837 à 1842 339,022

De 1842 à 1847., 403,180

De 1847 à 1852 709,460

Indiquons ces arrivages pour les cinq dernières années ;

Années 1847. 841,216 hectolitres..

La production en froment va continuellement en augmentant dans l'Union. Elle était de 6,200,000 hectolitres en 1790. Dix ans après, elle était passée à 8,000,000. A la fin des périodes décennales suivantes, elle était de 11 millions, de 13, de 18. En 1840, elle s'élevait à 29; elle doit être aujourd'hui d'au moins 45 millions. Les excédants exportés ne suivent pas, à beaucoup près, la même marche. Comparativement à la récolte, ils vont toujours en diminuant. Ils en représentaient les 28 centièmes en 1790; à l'expiration de la période décennale suivante, c'est 15 pour 100; dix ans après, on tombe à 12. En 1840, on est remonté à 14, parce que la récolte de 1839 avait été exceptionnellement abondante ; mais ensuite la proportion s'est abaissée au point de n'être plus que de 4 ou 5 pour 100 présentement.

Il convient de prendre en considération diverses autres circonstances, quand on veut se rendre un compte bien exact de la puissance qu'ont les Etats-Unis d'exporter du blé. Nous avons dit, par exemple, que c'était un pays remarquable par l'abondance des terres à blé qu'il présente. Ce n'est cependant pas la totalité des régions comprises dans cet immense pays qui convient bien à cette production. Il y a plus d'un demi-siècle que Washington en avait fait l'observation, qui a plus de portée encore depuis que l'Union s'est étendue au midi : dans une lettre à Arthur Young , écrite en 1791, il disait qu'au nord de l'Etat de New-York le climat était inhospitalier à cette gr aminée, dont cependant le tempérament est fort élastique, et que pareillement, au midi de la Virginie , le sol se prêtait médiocrement

Années 1849 680,656 hectolitres.

Ces arrivages excèdent de beaucoup la consommation (fe Baltimore. Cette ville contient beaucoup de noirs et de mulâtres qui consomment pK* de mais que de blé,

feO DES EFFETS Qu' AURAIT LA LIBERTÉ DU COMMERCE

à cette culture , et s'en accommodait d'autant moins que l'on allait davantage vers le sud. On ne cultive, en effet, le froment que modérément par delà les deux limites qu'il avait tracées, et qui répondent à 45 et à 35 degrés de latitude : par conséquent, à mesure que la population se multiplie dans les Etats au sud du 35 e degré de latitude, c'est autant à fournir de plus par les Etats du Nord-Ouest. Les développements qu'acquiert la population dans l'Etat de Californie , par exemple , tendent à restreindre l'exportation des Etats-Unis en blé '.

Il faut remarquer aussi que, par l'effet du raffinement des habitudes, pour une même quantité de population, la consommation du blé tend à s'accroître, parce que, sous cette influence, le public devient de plus en plus exigeant pour son alimentation, et tout le monde veut du pain blanc, à l'exclusion des grains plus grossiers. Dans la Nouvelle-Angleterre, par exemple f le froment prend sans cesse la place du maïs , dont on se contentait autrefois. Si les Anglo-Américains en réclamaient tous la ration de 3 hectolitres environ, qui est celle des Français des villes, la production actuelle du pays ne leur suffirait guère qu'à moitié.

Cette observation s'applique, d'ailleurs, à l'Angleterre comme aux Etats-Unis. Telle famille d'Ecosse, qui consommait du pain d'avoine, s'est mise ou tend à se mettre au $ain blanc. La pâtisserie domestique ayant la farine de froment pour substance, qui était à l'usage des familles aisées exclusivement, tombe dans le domaine populaire dans toute la Grande-Bretagne. Ce progrès de la consommation du blé n'exclut pourtant pas l'emploi d'une grande quan-

* Ce n'est pas à dire pourtant que le sol de la Californie n* se prêterait pas à la culture du b\à. Dans cette région éloignée du reste de l'Union, l'opinion exprimée par Washington n'est pas applicable. Mais le travail des mines .et le commerce a)%orbent tous les bras en Californie, et on s'y livre à peine à la production des grains. On trouve plus simple de les faire arriver du dehors à l'état de farine.

tité de grains inférieurs et particulièrement de maïs ; mais celui-ci remplace la pomme de terre, ou sert à des préparations dont on se passait parce qu'on était plus pauvre qu'aujourd'hui.

Quant au prix , les cultivateurs d'Europe ont moins à craindre la concurrence des Etats-Unis que toute autre. Les prix courants de New- York accusent une cote constamment supérieure à 1 dollar le boisseau , et moyennement d'environ 1 dollar 25. C'est par hectolitre un minimum de 15 fr. , et une moyenne de 18 fr. 75 c. Joignez*y le fret , les déchets, les droits de commission , les frais d'embarquement et de débarquement , les chances d'avaries et le bénéfice du marchand , et vous verrez qu'il faut des circonstances particulièrement heureuses pour que l'hectolitre de blé des Etatsr Unis puisse être livré au Havre , à Nantes ou à Bordeaux , au prix de 20 fr.

Arrêtons-nous un instant sur les éléments dont se compose ce prix . Du moment que ce sont les Etats de l'Ouest qui fournissent à l'Europe le blé que celle-ci peut retirer des États-Unis, la preuve est acquise , par cela même, que le blé de ce pays ne peut arriver ches nous à bas prix . Voici, en effet, les frais de transport qu'il subit : il faut de la ferme le voiturer jusqu'à un canal qui se décharge dans le lac Érié, si même ce n'est dans un lac plus reculé encore : ce sera le canal d'Ohio ou le canal de la Wabash , ou quelque autre, peu importe lequel. Une fois là , il faut descendre le canal et atteindre le lac. À Cleveland ou à Tolède, où le canal se termine , on transborde la marchandise et on traverse le lac en bateau à vapeur; c'est un voyage de 500 kilomètres. À Buffalo, de l'autre côté du lac, nouveau transbordement, afin d'entrer dans le canal Érié. Ce canal a 586 kilomètres. 11 faut le parcourir dans toute son étendue, puis descendre 219 kilomètres du cours de THudson pour arriver à New-York. Ce sera en tout un voyage de 1 ,200 kilomètres au moins, avec des transbordement* et des

commissions à payer avant d'être au port d'embarquement. On estime que tous ces frais réunis vont à 7 ou à 8 fr. par hectolitre. Ajoutons-y la traversée de l'Atlantique, le débarquement, le magasinage, de nouvelles commissions, des chances d'avaries à couvrir. Nous arrivons à ce résultat que l'hectolitre est grevé de 10 à H fr. au moins , en sus du prix de vente sur le lieu de production , lequel est au moins de 7 à 9 fr. , et sans compter le bénéfice du marchand. Par la voie de la Nouvelle-Orléans, ce serait un peu moins, parce qu'il n'y a pas de droit de péage sur

TOhio et le Mississipi , ni sur les fleuves leurs tributaires ; mais la diminution serait à peu près balancée pour le blé ou la farine par un surplus de fret maritime et par les chances d'avarie qu'entraîne le passage au travers d'un climat chaud et humide comme celui de la Basse-Louisiane.

On diminue les frais de transport du blé, aux États-Unis, en opérant la mouture dans l'État producteur ou dans quelqu'un des grands moulins qui sont épars le long du canal Érié, dans l'Etat de New-York; mais c'est en ayant égard à cette économie qu'a été fait le calcul précédent , et il n'en reste pas moins acquis que rarement le blé des États-Unis, ou l'équivalent en farine, pourra être rendu dans nos ports à 20 fr. l'hectolitre, en notable quantité. L'Amérique ne pourrait donc concourir à alimenter de blé la France, si ce n'est dans les années de cherté.

Pour conclure au sujet de l'étendue des approvisionnements de blé, que les Etats-Unis pourraient fournir à l'Europe, je citerai le passage par lequel M. Johnston a résumé ses observations sur ce point : il offre une curieuse concordance avec la remarque, citée plus haut, de M. Jacob, relativement aux excédants de l'Europe orientale. « Je suis convaincu, dit M. Johnston, que nos cousins transatlantiques seront chaque année, sauf des circonstances extraordinaires et passagères, de moins en moins en état de nous fournir de grands approvisionnements de blé, et que, lors-

qu'ils auront achevé de prélever les prémices de leurs terres vierges (situation vers laquelle, dans l'opinion de M. Johnston, ils s'acheminent rapidement), leurs connaissances agricoles et leur mode d'exploitation restant ce qu'ils sont, ils seront incapables de présenter sur les marchés de la Grande-Bretagne du blé à aussi bas prix que les fermiers plus habiles de la Grande-Bretagne et de l'Irlande \ »

Ces faits et ces aperçus s'appliquent à plus forte raison aux espèces inférieures des céréales proprement dites , ce qui n'embrasse pas le mais; mais l'Amérique en produit des quantités fort médiocres, L'alimentation de l'homme y roule , en fait de grains , sur le blé ou froment et sur le maïs. On n'y récolte en seigle que le cinquième du froment, en orge que le quart ou le cinquième du seigle, et cette orge sert pour le bétail ou pour la fabrication de la bière. En sarrasin, on fait le douzième du blé. Chez nous, le seigle avec le méteil représente en hectolitres plus de la moitié du froment, l'orge à peu près la moitié du seigle et du méteil , et le sarrasin le huitième environ du blé. Le seigle, Porge, le sarrasin, ne figurent pas dans les exportations des Etats-Unis. Il en est autrement du mais. Ce grain , qui s'adapte admirablement au climat du Nouveau-Monde et qui y est indigène , donne aux Etats- Unis une récolte qu'on peut en ce moment évaluer à 200 millions d'hectolitres. Cependant, à cause des frais de transport qui, étant les mêmes pour toutes les espèces, grèvent dans une plus forte proportion les grains inférieurs, ce n'est pas en nature que les Etats-Unis peuvent fournir du maïs à la France. Sous le régime de la liberté commerciale, les Américains nous expédieraient leur maïs, non pas à l'état de grain , mais sous une autre forme beaucoup plus avantageuse pour eux et pour nous-mêmes, que nous signalerons dans le chapitre suivant.

* Johntton, Note on North Ammica, t. I, p. 86*, i

934 DES EFFETS QU'AtmAff LA tiBEttÉ DU COMMERCE

Mais n'insistons pas davantage sur les grains inférieurs. L'objet du présent chapitre était de rechercher s'il y avait quelque chose de fondé dans les alarmes qu'on essaye de rtpandre parmi nos agriculteurs , c'est-à-dire si , sous le régime de la liberté du commerce , le blé proprement dit , le blé-froment, nous serait livré par l'étranger dans de telles conditions de quantité et de prix qu'il dût s'ensuivre une forte dépression des cours sur nos marchés. Un examen attentif des circonstances propres à la production et au commerce de cette denrée , conduit , nous croyons l'avoir montré , à la conclusion suivante : rien n'autorise à prévoir que la libre entrée du blé étranger pût déterminer l'avilissement des cours, et même les affecter sensiblement. Dans l'ensemble de nos contrées de l'Europe occidentale, où la population va toujours 6'agglomérant , c'est la cherté et la disette que nous devons redouter ; ce n'est pas le bon marché et l'abondance.

Sous le régime de la liberté commerciale , il n'y aurait de changement marqué à l'égard du prix du blé que dans les cinq ou six départements qui bordent la Méditerranée. Aujourd'hui, ils tirent une partie de leur approvisionnement du nord et de l'ouest de la France , et il leur arrive grevé de frais assez considérables. La différence est forte entre le prix du blé dans ces départements et le prix du reste du territoire. Cet enchérissement artificiel est une injustice. Et outre qu'en soi toute injustice est un mal , ici elle ne profite à personne , ou du moins on pourrait la faire disparaître sans qu'aucun intérêt en fût atteint. Les départements du Nord et de l'Ouest qui ont , de par la législation douanière , le privilège de fournir les départements baignés par la Méditerranée , trouveraient le débit de leur grain en Angleterre : ils y en envoient déjà. Les départements du littoral de la Méditerranée puiseraient dans les entrepôts de la mer Noire , dans les Deux-Siciles , en Egypte. Il irait en Angleterre un peu plus de blé du nord et de l'ouest de la

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