‹ Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteurChapitre 59 sur 82 · AU SUJET DE LA VIANDE · texte numérisé non relu

AU SUJET DE LA VIANDE

mirablement à l'élève du bétail; on peut y développer presque indéfiniment cette production. Voici un simple rapprochement qui fera apprécier l'étendue des ressources des Etats-Unis en ce genre et les facilités qu'ils auraient d'en faire commerce avec nous, s'ils y étaient provoqués. Us avaient, en 1840, 15 millions de bétes à cornes pour une population de 17 millions, soit 882 par mille habitants. La France n'en a pas 300. La Bavière et le Wurtemberg, qui, de tous les pays à notre proximité, sont les plus riches, en ont,selonM. Moll, 550 et490. Enl847, la proportion parait être montée, en Amérique, à 1,000 têtes de gros bétail par mille habitants. Pour les porcs, la progression a été plus rapide encore. En 1840, les Américains en possédaient 1,550 par mille habitants; en ce moment on évalue qu'ils sont à 1 ,740 l , tandis qu'en France nous sommes au-dessous de 150. Aussi l'abattage des porcs et la préparation de leur viande est-elle devenue , dans les vallées de l'Ohio et du Mississipi, une grande industrie, sur laquelle il a été facile d'avoir des relevés authentiques. Les ateliers de Cincinnati ont ainsi expédié , dans l'hiver de 1847-48, 420,000 porcs selon M. Johnston; et en 1846, dans l'Etat d'Ohio auquel appartient Cincinnati et dans les Etats avoisinants, le nombre des porcs tués , salés et mis en baril par les entrepreneurs, n'a pas été de moins de 1,088,000 «.

Le commerce des salaisons offre à l'Union américaine un vaste débouché pour sa production en maïs qui est trèsconsidérable (rappelons qu'on l'estime à 200 millions d'hectolitres) , et dont autrement elle ne saurait que faire, parce que l'exportation sur Uùe grande échelle en serait impossi-

1 M. Johnston rapporte qu'on estime la race porcine , aux États-Unis , à plus de 40 millions de tètes. À raison de 23 millions d'habitants, c'est 1,739 par millier d'habitants. ( Notes on North America, 1. 1, p. 240. )

* Notes on Norlh America, t. I , p. 239. M. Johnston ajoute à ces renseignements statistiques beaucoup de curieux détails. J'en extrais seulement ce fait, que le commerce auquel donnent ainsi lieu les porcs s'élève I plus de 200 millions de fr.

ble à cause des frais de transport. C'est avec du maïs qu'où engraisse les porcs dans les vallées du Mississipi et de l'Ohio , au pour mieux dire qu'on achève de les engraisser , car presque jusqu'à la fin , on les laisse chercher une partie au moins de leur nourriture dans les bois. La viande ayant une valeur au moins triple de cette du blé, et bien plus forte çacore relativement au mais , supporte facilement les frais de déplacement. Une partie du maïs est aussi convertie en wisky ou eau-de-vie de grain , dont la valeur est relativement élevée. La majeure partie de ce wisky est consommée dans l'Union américaine.

Dans l'année 1849, l'Angleterre a tiré du dehors, et principalement des Etats-Unis, 45,450,000 kilog. de viandes (salées ou conservées de bœuf ou de porc ; c'est le chargement complet d'une flotte de plus de cent cinquante navires de 300 tonneaux ; ou encore à raison de 250 kilog. par tête de bœuf* c'est une masse de comestibles qui représente déjà plus de 183,000 bœufs; ou enfin sur le pied de 40 kilogr. par tête, ce serait une ration suffisante pour 1,136,000 personnes \ Si f en 1850 et 1851 , l'importation des viandes salées a été moindre , ce ne peut être qu'en vertu de causes accidentelles qui auront agi en Amérique. En même temps, l'Angleterre ne laisse pas que d'importer une assez forte quantité de viande sur pied f la majeure partie de ce dont disposent les Etats dp l'Europe occidentale , et spécialement la Hollande, le Holstein, la France. En 1849, ce fut de 53,449 bétes de la race bovine, et 129,266 de là race ovine, avec quelques porcs. En 1850 et 1851 , cette importation a été pluâ forte *• Que sera-ce pour les salaisons lorsque les

1 Ces salaisons sont faites en pièces de choix , et, a poids égal , elles représentent une pins grande puissance nutritive que de ta viande ordinaire de boucherie.

* En 1851 , l'importation dn bétail en Angleterre* été de 37,6*4 bœufs et taureaux, 2*,o*6 vaches, a*,870 veaux; total de la race bovine, 86,5*0 têtes. L'importation de la noe wfoe fc été <teftQl,ftft9tètestil y a •%«■

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éleveurs de TOhio, de llndiana, de l'IUinois , du Michigan , du Wisconsin, de lïowa et du Texas, auront organisé leur production en vue des besoins de l'Europe ; ce qui est facile ici, autant que ce serait difficile pour le blé ! En fait de nourriture animale, l'Angleterre reçoit de l'étranger, et pour une bonne part des Etats-Unis, des quantités considérables de deux autres articles importants, le beurre et le fromage f à peu près uniformément 34 millions de kilogr. depuis quelques années * . Ce serait le chargement de plus de 1 10 navires de 300 tonnes. Par ces deux articles aussi, le Nouveau- Monde pourra grandement concourir à l'alimentation de l'Europe *. Enfin à tous ces comestibles du genre animal que reçoit l'Angleterre, vient se joindre un nombre d'œufs presque incroyable , 100 millions au moins depuis plusieus années *.

Un jour à venir, lorsqu'il y aura de l'ordre et de la sécurité sur les bords de la Plata et que, par conséquent, de grandes entreprises industrielles pourront s'y asseoir, les innombrables troupeaux de bœufs qui errent dans les pampas seront utilisés pour la consommation de l'Europe. L'industrie de la salaison aurait là un immense champ à exploiter. Il serait possible, dit-on, d'abattre parmi ces myriades d'animaux, tous les ans, un demi-million au moins de têtes, sans que ce capital vivant, aujourd'hui presque stérile, fût com-

oulre, 15,597 porcs contre 2,653 en 1849. En 1850, elle avait été de 66,462 bêtes de là race bovine , 143,498 de la race ovine , et 7,4iW pdrcs.

4 Savoir t en 1849 34,658,000 kilogr.

en 18*0 $3,486,000

en 1851 34,560,000

* Voici , à cet égard , une Indication qui a de l'intérêt, fen 1650 , il est venu de l'Ouest au fleuve Hudson , par les canaux de New-York et les chemins de fer, 10,764,000 kilogrammes de beurre , et 18,736,000 kilogrammes de fromage. L'exportation de ces deux articles des Etats-Unis a été en moyenne, pendant les quaire années closes âa 30 juin 1850, d'une) valeur de 7,162,000 fr.

* 98 millions en 1849 , 106 en 1850, 116 en 1851. Presque tous ces œufs viennent de France.

promis dans sa reproduction. La capacité de production des pampas en bêtes à cornes doit être plus grande encore que celle de la vallée de l'Ohio en porcs. On sait qu'actuellement c'est pour le cuir seulement qu'on exploite les vastes troupeaux de bêtes à cornes des bords de la Plata. À peine fait-on sécher au soleil une parcelle de la viande, pour l'envoyer sans autre préparation dans les Antilles , où elle sert à la nourriture des esclaves, sous le nom de tasajo. Avant la révolution qui, tout récemment, a détruit le pouvoir de Rosas, des ateliers s'étaient montés et se préparaient à s'agrandir pour la préparation des conserves. Cette idée serait reprise sur une grande échelle si quelque chose de fixe s'établissait dans le gouvernement de ce pays.

Enfin, il résulte des renseignements qui ont été récemment publiés sur la Russie, que ce vaste empire pourrait fournir à l'Europe occidentale de la nourriture animale à l'état de viande sur pied et plus encore à l'état de viandes salées ou conservées, de beurre salé et de fromage. D n'y manque, à cet effet, que de l'industrie et de l'esprit d'entreprise, ainsi que Ta fait observer M. de Tégoborski*. Déjà, selon cet observateur éclairé, la Russie possède une grande quantité de bêtes à cornes, 25 à 27 millions de têtes, soit le triple environ de la France; elle en exporte environ 40,000, presque tout en bœufs. Mais elle ne prépare pas de salaisons pour l'exportation, non plus que du beurre ni du fromage. « En 1848, dit M. de Tégoborski ", nous n'avons exporté en viande de toute espèce (autre que sur pied) qu'une valeur de 54,000 roubles (216,000 fr.), tandis que la Prusse, qui ne compte que 5 millions de têtes (de gros bétail), en a exporté pendant la même année pour plus de 90,000 roubles (360,000 fr.). Dans cette exportation minime, tous les ports de la mer Noire et de la mer d'Azof ne

1 Forces productives de la Russie , 1. 1 , p. 420. * Ibid. , 1. 1 , p. 419.

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