‹ Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteurChapitre 60 sur 82 · AU SUJET DE LA VIANDE · texte numérisé non relu

AU SUJET DE LA VIANDE

figurent que pour une valeur de 2,600 roubles (10,400 fr.), et pourtant les provinces contiguës à ces deux mers, la Bessarabie, la Tauride, le pays des Cosaques du Don, et les gouvernements de Kherson et de Stavropol, sont les plus riches en gros bétail. On en comptait, en 1846, dans ces deux provinces, d'après la statistique officielle, dont les chiffres sont au-dessous du nombre effectif, 3,620,000 têtes, pour une population de 3,437,000 habitants, ou plus d'une pièce pour chaque habitant, tandis qu'en Prusse et en Autriche ' la moyenne n'est pas même de 1 pièce pour 3 habitants. » Cependant, des essais ont été tentés dans ces derniers temps. M. de Tégoborski les cite, d'après M. Haxtausen notamment. Ils autorisent quelques espérances pour l'avenir.

Résumons-nous. La France ne possède par elle-même qu'une quantité de nourriture animale très-disproportionnée à ses besoins ; et ce n'est rien moins qu'une calamité nationale, soit qu'on se place au point de vue de l'hygiène publique, soit qu'on se préoccupe de notre force militaire ou du développement de jiotre puissance industrielle. A mesure que la population s'accroît en France, le bétail s'y multiplie aussi par le perfectionnement de la culture; mais pour la race bovine qui représente la majeure partie des ressources alimentaires, l'a multiplication paraît être à peu près tout juste la même que pour la population. Pendant ce temps, ce que l'importation du bétail ajoute à la ration moyenne d'un Français va en diminuant, et, au contraire, l'exportation augmente. Indépendamment de la viande sur pied, nous perdons par l'exportation une quantité toujours croissante de salaisons et de diverses denrées des plus importantes, les œufs, le beurre, le fromage. De telle sorte que vraisemblablement, malgré le progrès général de la richesse

1 M. de Tégoborski aurait pu ajouter : et en France.

en France, l'alimentation publique n'y éprouve, sur ce point essentiel, qu'une amélioration insignifiante.

Les Etats continentaux qui nous avoisinent ont de trèsmédiocres excédants de bétail; ces excédants 6e réduisent graduellement au lieu de s'agrandir, encbérissent au lieu de tendre au bon marché, et là-dessus le choix est attiré par l'Angleterre : nous-mêmes nous lui envoyons l'élite de nos boeufs, et nous contribuons, à nos dépens, à améliorer son alimentation sous ce rapport comme sous plusieurs autres.

L'adoption de la liberté du commerce à l'égard du bétail n'aurait des effets appréciables que dans un petit nombre de localités de la frontière continentale. Nos éleveurs de bétail sont dupes d'assertions chimériques lorsqu'ils se lais* sent persuader que la liberté du commerce déprécierait leurs produits.

Le seul moyen un peu efficace qu'offre le commerce extérieur d'améliorer l'alimentation publique, si défectueuse à cet égard , consiste à admettre librement les salaisons. Il existe quelques pays lointains, à population clairsemée, où diverses espèces de bétail, ici la race bovine, ailleurs la race porcine, réussissent à merveille, à peu de frais, et d'où Userait praticable de tirer, sous la forme de salaisons, et de conserves peut-être, des masses passablement fortes de nourriture animale. Pour l'homme qui travaille des muscles, les salaisons constituent un aliment non-seulement savoureux, mais sain, surtout lorsque, ainsi que c'est facile en France plus qu'ailleurs , on les associe aux légumes et on les accompagne de fruits. Les viandes salées de l'Amérique sep tentrionale et méridionale auraient pour consommateurs des classes qui se passent à peu près de viande aujourd'hui. Elles ne susciteraient donc pas de concurrence au bétail élevé daûs nos champs. J'en fais la remarque parce que, dans l'état actuel du préjugé public, je la crois opportune; mais, qu'on me permette de le déclarer, je ne la fais pas sans rougir pour mon pays de ce qu'il soit nécessaire ,

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