A LONDRES
Parmi les lettres qu'on va lire au nombre de cinq, les quatre premières ont pour objet de montrer à quel degré d'avancement industriel la France est parvenue par rapport à tous les autres peuples, et particulièrement par rapport à l'Angleterre, dont la concurrence est représentée par les protectionistes comme irrésistible. C'est un point qu'il est essentiel de bien établir; car du moment que nous sommes, en industrie, les égaux même de la nation qui passe pour la plus avancée, il s'ensuit que nous n'avons que de bons effets à attendre, sans mélange, de l'adoption de la liberté commerciale, surtout si nous ménageons la transition, par égard pour un certain nombre d'établissements qui sont restés en arrière de leurs concurrents nationaux. Après ces quatre premières lettres, nous en avons placé une autre qui concerne le fer. Elle est destinée à faire ressortir cette vérité, que le bas prix du fer est une des principales conditions de la prospérité de l'industrie et du développement de la richesse publique.
L'EUMPE.
U faut pourtant parler enfin de la figure que fait dans le Palais de Cristal le groupe de nations que j'ai désigné sous le nom collectif de la civilisation occidentale : c'est l'ensemble des peuples chrétiens ; c'est l'Europe et l'Amérique, ea
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y rattachant les essaims d'Européens qui se sont répandus dans les autres parties du monde, et qu'on retrouve au cap de Bonne-Espérance, en Australie, à Java, sur vingt autres archipels. C'est en elle que réside incontestablement aujourd'hui la puissance du genre humain. Elle est visiblement aujourd'hui investie de l'empire et dépositaire de l'avenir. Elle l'emporte moins encore par la force militaire qui lui a fourni les moyens apparents de soumettre le reste du monde ou de lui inspirer une crainte salutaire, que par les sciences et les lettres, par les arts utiles et les beaux-arts. Elle l'emporte surtout par la grandeur de ses sentiments, la noblesse et l'étendue de ses sympathies. Seule elle a, dans l'élite de ses enfants du moins, la conviction profonde, et pratique désormais, que tous les hommes forment dans la volonté de Dieu, et doivent former un jour ici-bas, par le progrès des institutions humaines, une seule famille ; et c'est le fondement de ses croyances religieuses. En ce moment elle donne, par cette exposition même de Londres, la preuve du rapprochement qui s'opère entre tous les peuples qui la composent, du penchant qui les porte les uns vers les autres, de la conscience qu'ils ont de la solidarité de leurs intérêts, et du désir qui les anime de se concerter et de s'entr'aider. C'est la supériorité morale de cette race d'hommes, c'est elle seule qui est l'origine et la justification de la suprématie qu'elle a acquise sur la terre et qu'elle affermit chaque jour. La joute, à l'exposition de Londres, est entre les nations de ce groupe; c'est entre elles à peu près seules que le jury aura à distribuer les récompenses, gages de la supériorité acquise, et à proclamer des vainqueurs . Les autres nations ne pourront obtenir que des encouragements. Il manque bien à , ce concours quelques conditions pour qu'il soit parfaitement significatif. Quelques-unes des nations du monde occidental n'ont pu s'y faire représenter convenablement ; chez quelques autres, les chefs de plusieurs branches importantes de l'industrie ne l'ont pas voulu. Ainsi, par l'effet <h*n malenr
CONSTATÉ A i/ EXPOSITION DE LONDRES. 273
tendu sur l'époque de rigueur pour l'envoi des produits, les deux royaumes de la presqu'île Scandinave n'ont dans le palais de l'Exposition qu'une représentation très-écourtée et très-insuffisante de leur savoir-faire, et notamment de leurs fers, dont la qualité a jusqu'à ce jour été incomparable pour la fabrication des aciers. Les retards accoutumés de l'ouverture de la Baltique avaient jusqu'à présent empêché la Russie de paraître ; mais encore quelques jours et elle s'étalera enfin aux regards du public. On prétend que le gouvernement napolitain s'est refusé à ce que ses sujets participassent à l'exposition; le fait est que j'y ai vainement cherché les produits du sol si riche des Deux-Siciles. Aux Etats-Unis, il paraît que la plupart des chefs d'industrie y ont mis trèspeu de bonne grâce. Frère Jonathan a boudé John Bull. L'espace considérable qui avait été attribué à cette nation si entreprenante, si active, si ingénieuse, n'est que fort mal rempli. Dans un certain nombre d'autres Etats, il y a eu de ces mauvais vouloirs partiels. Ainsi, en Espagne, les manufacturiers de la Catalogne, qui sont les principaux de la Péninsule, se sont, de parti pris, abstenus de paraître.EnFrance, les cristalleries de Baccarat et de Saint-Louis, que rien ne surpasse dans le monde, n'ont rien voulu envoyer de leurs œuvres. De même les fabriques de glaces de Saint-Gobain et de Saint-Quirin, qui sont à la tête de leur art dans le monde * . Il ne leur fallait pourtant pas grand effort pour montrer dans le Palais de Cristal des échantillons de leurs productions, car elles ont un dépôt à Londres. Nos maîtres de forges, en bloc, et la plupart de nos constructeurs mécaniciens ont suivi ce fâcheux exemple. Cependant la maison Gail, de Paris, la maison André Kœchlin, de Mulhouse, et quelques autres encore, soutiennent dignement l'honneur de la mécanique française. Dans nos tissus de laine aussi il
1 A la fin de l'exposition , les beaux produits de ces établissements ont para dans le Palais de Cristal.
y a biefi quelque» lacune» regrettable*. Nos fabricants dé produit* ôhiffliqueé se sont pareillement dispensé» derépon* dre à l'appel. Quelques-uns de nos fabricants de tissus de lin les plus justement renommée sont restés de môme enfermés dans leur tente, intraitables Comme Achille en courroux, ad lieu de paraître dans la carrière oà les attendait là victoire. En somme pourtant, sans s'y déployer aussi complètement que l'Angleterre, qui était chéss elle, toutes les nations manufacturières de l'Europe Ont à Londres dés produits qui permettront de les apprécier avec équité,
Quand on a inspecté, dans le palais de P Exposition, les produits des différentes provenances dé la eiyilisatioft occidentale f on est, de gré ou de force, saisi dé la pensée que tous ces peuples divers ont en somme le môme génie. Si le hasard vous faisait, successivement et dans un bref délai, traverser les salons de Paris, de Londres, de Berlin, de Vienne, de SainuPétersbourg, de Rome, je pourrais nommer aussi bien ceux de Dresde, de Munich, de Turin, de Stock* holra f de Madrid, une réflexion semblable s'emparerait deyotre esprit j vous reconnaîtriez que c'est la même famille î c'est en effet le même cercle d'idées et de sentiments, et la conclusion de votre pérégrination serait que Vous croiriez avoir simplement passé d'un quartier à l'autre de la même ville, tout au plus d une province à l'autre du même Etat. Pour compléter l'illusion, c'est le même costume exac tement, souvent tiré de la même pièce de drap, ou de ve* lours, ou dé dentelle, et dressé par le même tailleur ou la même faiseuse. Que des différences s'offrent à l'observateur, c'est incontestable ; mais elles sont du même ordre que celles qu'on peut signaler partout entre des frères, Et alors se pré* sente à l'esprit cette réflexion : Comment se faifcil qu'en d'autres temps, il n'y a pas Un demi^siècle, il y ait eu entre ces peuples des haines furieuses, et qu'on se soit mutuellement déchiré comme des bêtes féroces? C'était l'agoniede l'ancien régime, agonie épouvantable; mais au-
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jottrd'htfi l'ancien régime est mort. Une pensée de fraternité Universelle avait été déposée autrefois au feein de la civilisation occidentale | elle s'y était peu à peu développée, elle y avait acquis beaucoup de force; Par l'effet du grand mour Tëiïient dont le signal fut donné en 1789 et qui poursuit son cours dé plus en plus irrésistible, elle a, en dépit de ce terrible épisode de vingt ans de guerre, surmonté enfin 166 intente, exclusifs à quelques classe», qui étaient fondés sur les divisions des nations* Ceux qui tenteraient de renouveler ces divisions seraient des fous ; leur folie serait criminelle, îfiais elle ne serait pas dangereuse. La civilisation occidental* forme une grande communauté* elle en a de plus en plus le goût. Les doctrines et les intérêts cimentent cette union.
L'état de l'industrie ohea les nations de l'Occident donne de leur rapprochement une révélation éclatante. Partout, en effet, parmi eefc nations* oe sont les mêmes appareils et les môme* procédés dérivés des mêmes théories. Dans l'industrie aujourd'hui 9 il n'y a plus de mystère possible de Tune à l'autre de nos nations européennes/ Nous avons réciproquement la clef de nos opérations industrielles, tout comme celle de nos combinaisons politiques* parce que nous nous Pouvons dans la même sphère de sentiments et d'idées. Tout ©e qtie fera en industrie Un Allemand ou un Français, les Anglais ne tarderont pas à l'accomplir* s'ils le veulent bien. Qu'une découverte soit annoncée dans le comté de Lancastre eu aU fond de TEcUsse* les Français, ou les Allemands, ou 4es Américaine* en s'y appliquant, l'auront bientôt retrouvées Gela se voit chaque jour dans tous les genres de découvertes; De inême que M. Nasmyth l'Anglais et M. Bourdon le Français se disent chacun l'inventeur du marteau-pilon, de même que vingt drogues tinctoriales et cinquante procédés chimiques ont donné lieu à des contestations semblables, de même dans la science pure on se dispute très-fréquemment la gloire d'avoir eu le premier une idlq grande et
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petite. Par une méthode qui lui fait le plus grand honneur, M. Leverrier découvre une planète nouvelle ; voilà aussitôt un Anglais qui prouve qu'il s'en occupait aussi avec succès; et pendant que de part et d'autre on expose ses raisons , survient un astronome américain qui se donne pour l'inventeur véritable , et qui produit ses titres.
Dans les procès qu'occasionnent les brevets d'invention, l'on voit presque toujours apparaître quelque document étranger qui prouve la simultanéité de la découverte en deux ou trois pays à la fois. Acquérir par la puissance de nos connaissances, bien supérieures pourtant, les secrets des Indous ou des Chinois, nous est moins facile que de découvrir ceux des Européens, parce que l'ensemble des idées, le tour de l'esprit est le même envers les Occidentaux, trèsdifférent avec les autres.
Les quarante années qui se sont écoulées depuis 1815 ont grandement contribué à cette unité industrielle de l'Europe et de la civilisation occidentale. Les peuples, dégagés enfin des cruels soucis de la guerre, se sont adonnés avec ardeur aux travaux de la paix. Us ont cultivé opiniâtrement et avec suite les sciences d'application et les arts que ces sciences inspirent, et au sein de ces pacifiques travaux, non-seulement les tristes sentiments de haine dont ils s'étaient laissé envahir sur les champs de bataille se sont effacés, mais les inégalités et les dissonances de leur pratique industrielle se sont rapidement amoindries. Us ont échangé leurs idées et se sont communiqué leurs procédés. U y a eu un enseignement mutuel qui a élevé les humbles et fortifié les faibles. Chacun a cherché à s'assimiler ce qu'il voyait de saillant et d'éclatant chez les autres, et toujours on y est parvenu, au moins chez les plus remarquables de cesnations. Ainsi nous fournissons aux Anglais des articles dont il y a trente ans ils pouvaient regarder comme un privilège à jamais acquis à leur nation d'approvisionner l'univers.- Telles plusieurs
sortes de fils de laine, telles les belles toiles peintes; nous leur avons même adressé parfois de menus articles de quincaillerie. Les gouvernements européens, afin de faciliter chacun chez soi ces acquisitions, ont déployé une bonne volonté qui, pour ne pas s'être toujours montrée éclairée, ne leur crée pas moins des droits à la reconnaissance publique. En ce moment chacun des grands peuples de l'Europe s'est approprié, à un degré surprenant, la pratique de toutes les branches importantes de l'industrie. Chacun d'eux s'est formé un personnel intelligent, rompu à la pratique, tant de chefs que d'ouvriers ; chacun s'est fait ou s'est procuré un matériel pour toute sorte de fabrications, un matériel sur les mêmes modèles, sorti souvent des mêmes ateliers. Les Anglais ont seuls, pendant un temps, fourni à toute la terre des machines à filer le coton, le lin et la laine, et les machines à vapeur. Aujourd'hui, d'autres peuples, et la France avant tous, participent à cette fourniture. Les ateliers de nos compagnies de chemins de fer, de même que ceux des compagnies anglaises et allemandes, ont les outilsmachines de Withworth, de Manchester, ou ceux de Nasmyth; mais, dès aujourd'hui, les outils-machines de Calla et de quelques autres de nos constructeurs ne craignent plus le parallèle avec ceux de ces habiles maîtres. C'est la maison Cail qui fournit à toute l'Europe à peu près les machines à faire le sucre, de même que c'est notre mécanicien Chapelle qui a répandu partout les plus parfaits appareils à faire le papier continu. Ce développement similaire des moyens d'action, tant dansle personnel que dans le matériel, qui entraîne nécessairement la similitude des produits, est frappant, surtout pour les trois peuples chez lesquels le mouvement de la pensée est le plus actif, le plus énergique, le plus libre, ce mot résuma tout le reste, c'est-à-dire pour les Français, les Anglais^ les Allemands, et pour quelques petits Etats, tels que la Suisse, la Belgique, la Hollande, le Piémont, qui, tout en jouissant de l'indépendance politique, n'en sont pas moins,
278 LAfAUCttciNf nmvtfiUKL de la ibah»
sous le rapport industriel, des satellites étroitement liés à eet trois grands coryphées.
La double similitude que je signale n'est pas contestable quant aux méthodes et aux proeédés de la production pour quiconque a visité les ateliers ; elle ne Test pists noa plus quant au genre et au mérite des produits, puisque sur les marchés neutres, et dan6 ces petites enceintes qui forment présentement le domaine exigu de la liberté du commerce, je veux dire dans les entrepôts, vous trouvez luttant les uns contre le? autres, et se vendant concurremment, les produits manufacturés des einq ou six Etats que je viens de nommer.
La solidarité industrielle entre les nations de la civilisa* tion occidentale se révèle encore par cette circonstance, que dans le plus grand nombre des cas aujourd'hui les procédés eux-mêmes sont dus au concert direct ou indirect, apparent ou latent, d'hommes de toutes les nations. L'idée première d'une machine ou d'un expédient manufacturier sera née à Paris ou à Londres. Soit. Elle reçoit un premier perfection» neraent dans quelque ville obscure de la Thuringe, et elle vient prendre corps pour la première fois à Manchester ou à Sheffield ; puis, par plusieurs transfigurations non moins curieuses que celles de Vichnou, elle reparait successivement, toujours plus parfaite, dans les ateliers de Lyon ou dans ceux de Zurich, ou dans ceux de Bredau ou de Vervie rs, ou d'Elberfeid ou de Glasgow; ques^&je? ce sera peut-être de l'autre côté de l'Atlantique, à Lowell ou plu* loin, à Pittsburg, sur l'Ohio, qu'elle arrivera à la perfection. On avait déjà des exemples de faits semblables il y a quelque temps. Margraff tire, dans je ne sais que} coin de l'Allemagne, du sucre de la betterave , en échantillon ; Achard es* saye d'en faire manufacturièrement en Siléae, et c'est de là que l'idée passe en France où elle est devenue ce que vous savez. Un ingénieur français, Lebon, imagine l'éclairage au gaz : son i4ée franchit le 4étrok f et c'art •? Angleterre jfu'*U*
a eu un prodigieu* succès dont l'univers entier profit mainr tenant. L'empereur Napoléon, dans le but de ruiner !'& dustrie anglaise par la substitution du lia au coton , offre un prix d'un million à qui résoudra 1* problème de filer 1* Un à la mécanique. Un Français, M. Philippe de Girard, a'en occupe activement, et trouve, avant 1814, 1* principe de la solution $ après la pai* il s'établit à Varsovie, où il achève à peu près l'œuvre. De Varsovie boq idée vient à Leeds, où M. Marshall la porte h la perfection, et en &t la hase d une grande industrie qui enrichit présentement cette même Angleterre dont, dans la pensée du promoteur, elle devait ébranler la puissance. Chaque année voit éelore quelque perfectionnement ou quelque application nouvelle du métier qu'inventa notre célèbre Jacquart, et dont an a obtenu tant de résultats en faveur du bon marché, sans parler de tant d'enfants qu'il a affranchis d'un labeur très-pénible. L'année passée, à Notjtingham, on Ta appliqué à broder U tulle ; de là une industrie qui fait la fortune de la ville, en attendant qu'elle se répande sur toute l'Angleterre manufac*turière et sur le continent. Cette mise en commun des efr forts des peuples est présentement le pain quotidien de la civilisation occidentale. Je dis le pain quotidien, car elle contribue beaucoup à augmenter la fécondité du travail et à enrichir chaque peuple en particulier.
Le même produit reçoit ou peut recevoir une première façon eherç un peuple, une seconde chez celui*çi, une troirsième chez celui'là, et ainsi de suite j il traverse ainsi cinq au six frontières et s'élabore cinq ou six fois avant d'arriver aux mains du négociant qui le vend auprès ou au loin, dane sa propre ville ou dans un autre hémisphère. Voilà de la mousseline qui a peut-être été tissée en Saxe avec du filé de Manchester obtenu avec un mélange de cotons récoltés à Surate, dans l'Inde, à Mobile, aux Etats-unis, et en Egypte ; elle va se faire broder à Nancy, pour être vendue a Philadelphie, ou à Gautea, ou t Batavia, aprè&avflir passé par
280 l'àYàKCEM£NT IïIDCSTRIEL DE LA FRANCE
l'entrepôt de New-York, ou celui de Hong-Kong, ou celui de Singapore.
Le Palais de Cristal est le bon endroit pour vérifier cette similitude, cette fraternité, cette égalité de l'industrie chez les peuples principaux de la civilisation occidentale. Elle y est évidente, elle y crève les yeux. Quand je me transporte du quartier anglais au quartier français, de là dans la région qu'occupe le Zollverein, ou chez les Suisses, ou chez les Belges, ou chez les Hollandais, je retrouve des objets d'un mérite à peu près équivalent, qui attestent à peu près et une même aptitude, et la même expérience, et le même acquit. C'est plus particulièrement visible pour l'Angleterre et là France, surtout si l'on a le soin de compléter notre Exposition de Londres par le souvenir des articles que nous avions au carré Marigny en 1849, et dont les producteurs abusés se sont refusés à envoyer les pareils à Londres. En parlant ainsi d'égalité, je ne prétends pas que les productions des principales nations soient identiques ; au contraire elles sont diverses, elles ont un cachet particulier. Elles révèlent dans le génie industriel des nuances spéciales, une originalité distincte ; mais elles accusent, à très-peu près, un égal degré d'avancement. Si l'on est dépassé dans un genre d'articles, on est le premier dans un autre genre qui est tout voisin, qui est tout aussi difficile, et il n'est pas douteux que quant au premier on n'aurait besoin que d'être aiguillonné pour rattraper la nation qui y excelle. En supposant que les matières premières fussent partout au même degré de bon marché (et l'on en serait bien près si le législateur supprimait chez certains peuples des causes tout artificielles dechertéquils'estpluà multiplier), les frais de production des articles manufacturés seraient, à peu de 'chose près, les mêmes, et ces diverses nations seraientà très-peu près égales les unes aux autres sous le rapport du bon marché. C'est une conclusion qui ressort, je le crois, des aperçus précédents. Je me propose au surplus de la mieux établir par le détail.
COHttATÉ A LEXPOSmON DE LOHMIS. 281