‹ Examen du système commercial connu sous le nom de système protecteurChapitre 67 sur 82 · LA FRANCE ET L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

LA FRANCE ET L'ANGLETERRE

Comparons aujourd'hui la France aux autres nations occidentales qui figurent à l'Exposition ; comparons-la surtout à l'Angleterre.

Prenons les tissus, et d'abord ceux de soie. Voyez cette vitrine, que les Lyonnais ont été si lents à remplir; elle fait l'admiration de tout le monde. On se presse pour jouir de ces merveilles. Personne ne conteste que ce ne soit tout ce que l'art des soieries offre de plus fini et de plus ravissant. Le choix de cet assortiment d'articles a été fait, il faut le dire, avec un soin tout particulier par la Chambre de commerce de Lyon. Rien n'y manque, de la peluche au velours le plus fin, de l'uni le plus simple au façonné le plus varié. Et que peut-on voir de plus beau que la rubanerie de Saint-Etienne étalée tout auprès? Passons aux tissus de laine. Quant aux draps, je m'en rapporterai aux tailleurs de Londres pour savoir ce qu'on doit penser des qualités fines de Sedan, représentées ici par les produits de MM. Bacot et de MM. Bertèche et Chesnon, et les nouveautés de la même ville. Ils en font venir, parce que rien ne contente mieux leur clientèle raffinée. De là, allons aux mérinos. C'est un article d'un grand usage. Les détaillants, non-seulement de l'Angleterre, mais de la terre entière, vous diront que toute femme qui veut une jolie robe de ce tissu demande des mérinos français de la grande fabrique du Cateau, organisée par les soins d'un des hommes les plus éminents de l'industrie française, du mérinos-Paturle, en un mot ; car c'est sous ce nom que le mérinos du Cateau est connu dans les deux hémisphères ; il s'en fait une très-grande exportation. Ainsi, en ce qui concerne la laine, nous som-

LAtAltftntElff MMF ffKIft* HE LA MIME

mes les premiers pour les draps fins : nous avons la palme pour le mérinos : nous l'avons pQiir les mousselines de laine, article d un grand usage aussi, dont vous trouvez à l'Exposition de charmants échantillons de Mulhouse ; nous en exportons beaucoup : nous l'avons pour les châles communs et les châles imprimés, dont l'Exposition française offre des échantillons charmants ; nous en exportons considérablement: et, pour les châles super fins, nous ne craignons per* sonne : nous l'avons pour les baréges, article très-mtéres* gant où (a 6oie est mêlée à la laine, chaîne de soie, trome de laine. Ici, il ne faudrait pas dire que c'est le bon goût de nos dessins qui seul nous donne l'avantage, quoiqu'il n'y nuise pas. Même pour la filature de h lame, besogne toute mécanique, nous sommes à la hauteur des Anglais, quigont de si grands mécaniciens. Pour vous le prouver, je ferai ce que j'aurai6 pu faire déjà pour les draps, les mérinos, les mousselines de laine, les châles; je vous mènerai alternatif vement dans le quartier anglais et dans le quartier français de l'exposition, accompagné de tel expert qu'il vous plftir^, en vous disant : Jugez et comparez. Il est si vrai que nous filons la laine aussi bien que les Anglais qu'ils nous dçm&Or dent d'être leurs filateurs. Reims et autres lieu* leur fournissent une grande quantité de la laine filée, du genre cardé, qui de ehez nous se rend surtout à Glasgow, où Ton m fait les châles communs de l'espèce tartan, Depuis quelque temps, un autre phénomène plus curieux se passe. Noué achetons dans les docks de Londres, vqus entendez? de Londres, de la laine brute, de la laine peignée de l'Australie, ou plutôt de la laii^e à peigner. Nous la préparons, nous la filons et nous la retournons toute prête pour le tissage, aux Anglais, qui trouvent plus avantageai: de nous l'acheter, malgré les frais d'aller et de retour, que de la filer eux-mêmes. Enfin, voici que pour mettre le comble h notre supériorité dans la filature de la laine peigpée, nos ateliers se mettent à employer une machine pâigoeufie d# & m%i$0n

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Sehlumberger, de Guebwiller, qui donne des résultats inespérés. C'est cet appareil qui a permis à la fabrique du Gâteau de faire les mérinos extraordinaires qu'elle a exposés. Le eoton ! c'est le triomphe des Anglais. Ce qu'ils absorbent de coton brut pour leurs filatures, leurs ateliers de tissage et d'impression, est surprenant, est fabuleux, 525 millions de kilôgr. Us en vendent tafrt et tant, outre ce qu'ils consomment, que, pour exprimer par un nombre simple la grandeur de leur exportation, il faut cherche* l'unité de mesure en dehors de ce qui nous est le plus familier, et prendre en place du mètre et de la lieue le tour de la planète. L'exportation anglaise en calicot, en toile peinte et en mousseline a représenté, en 1850, plus de trente fois le grand cercle du globe terrestre, ou en termes plus vulgaires le tour de la terre ; et si l'on y joint ce que ferait de calicot, de toile peinte et de mousseline le fil exporté, on trouve un total de cinquante fois environ cette unité gigantesque. Je sais tel fabricant de toiles peintes de Manchester, M. Schwabe, dont la fabrication annuelle va à 700,000 pièces d'un peu plus de 25 mètres chacune. C'est 17 millions 500,000 mètres, et le tour de la terre n'en fait que 40 millions. Pour le coton, cependant, j'ai demandé à des personnes non suspectes, à des manufacturiers de Manchester, à des imprimeurs avec lesquels je parcourais l'Exposition, s'ils croyaient l'emporter. Voici les maîtres, m'ontils répondu en me montrant l'étalage de Mulhouse ; et en effet rien n'est beau, en fait de toiles peintes, comme cette collection d'articles. C'est un merveilleux assortiment de couleurs, une admirable correction de dessins : il y a surtout une pièce représentant des bouquets de tulipes devant laquelle s'arrêtent les amateurs comme devant un chefd'œuvre. On admire aussi beaucoup deux ou trois autres groupes de fleurs, un surtout qui est rouge à trois tons. On sait que l'application du beau rouge, dit rouge turc, sur \e coton, est due à un des Kœchlin, de Mulhouse. Il a'y a par»

sonne au monde qui, pour les toiles peintes, égale les Dollfus-Mieg, les Hartmann, les Odier, Gros, Roman et C e , et leurs dignes confrères de l'Alsace, si ce n'est M. Japuis, de Glaye (Oise), qui a exposé les articles les plus surprenants. La fabrique de M. Japuis a cette particularité, que tout y est fait par des femmes. Ces magnifiques toiles peintes ne sont pas à des prix exorbitants : elles se vendent de 80 c. à 3 fr. le mètre. Nous en exportons beaucoup. Les Anglais livrent sur le marché général à meilleur marché que nous les toiles peintes les plus communes ; mais le fait est qu'ils en donnent au consommateur tout juste pour son argent. C'est d'une qualité bien médiocre, Ils font aussi un énorme commerce en filés de coton ; c'est une de leurs gloires et une de leurs richesses. Je lis dans Y excellente Histoire de T Industrie cotonnière de M. Baines que les Indiens, par l'incomparable dextérité de leurs doigts, étaient parvenus à filer le n° 200 ; dans quelques cas seulement ils s'étaient élevés jusqu'au, n° 250. C'est avec ces numéros qu'on fait Jes mousselines. Les Anglais, dans ces derniers temps, sont arrivés aux n os 500, 600, 1,400, et on peut voir à l'exposition de la maison Bazley , de Manchester, le n° 2,070 • ; je parle ici en numéros anglais; en mesure française ce serait moindre d'un cinquième environ. Ces numéros si élevés sont des tours, de force jusqu'à présent sans usage. La majeure partie de la consommation est au-dessous du n° 200. Pour les fils du plus, grand débit, notre désavantage aujourd'hui est bien faible ?i si même ceux de nos fîlateurs qui sont intelligents opt, par rapport aux Anglais, une infériorité quelconque. Un de nos. manufacturiers les plus considéré^ pour leur capacité éprouvée et pour leur loyauté, qui est filateur lui-même en même, temps qu'il tisse et qu'il imprime ? M. Jean Dollfus, a positivement établi qu'en Alsace ceux de nos fiïateurs qui em-

1 C'est d'une finesse telle, qu'il n'en faut pas moins de 3 millions 600,000, mètres, c'est-à-dire quaite fois la distance de Paris à 'toars&lfe^pdur an kilogramme. ...... i , ,

CONSTATÉ A VEXPOSmÔN DE LONtmfcS. 285

ploient des chutes d'eau sont parfaitement en état de soutenir la concurrence de la filature anglaise, parce qu'ils produisent au même prix qu'eux. Quant à ceux qui ont des moteurs plus chers, si Ton tient compte de la différence de la main-d'œuvre, leur prix de revient n'est pas plus élevé que celui de Manchester * . En tout cas, personne ne peut contester que si nous accordions la libre entrée aux calicots écrus ou aux cotons filés des Anglais, nous ne pussions livrer à meilleur marché qu'eux les toiles peintes qui proviendraient de ces importations. Mais nous nous en gardons bien. Lorsque des imprimeurs de Rouen ou de Mulhouse ont demandé qu'on leur permît l'importation des calicots anglais, à charge de réexportation, il leur a été répondu qu'ils étaient les ennemis du travail national.

Je pourrais prolonger cette revue des tissus, j'arriverais toujours à la même conclusion, pièces et preuves en main. C'est à peine s'il y a quelque classe importante de tissus où, pour l'ensemble, et surtout pour les qualités Jes plus distinguées, nous ne soyons parvenus au niveau des Anglais, quelque habiles qu'ils soient ; et le nombre des articles dé grand débit, où nous les surpassons, est presque aussi grand que celui des articles où ils nous battent. Pour divers tissus de coton autres que les toiles peintes, pour les articles brodés, par exemple, nous sommes au-dessus d'eux; pour les tissus de lin, et notamment pour le linge damassé, nous ne craignons ni l'Angleterre ni la Saxe. Nous sommes, en un mot, de tout point une très-grande puissance manufacturière.

Mais examinons les Anglais dans leur fort. J'ai déjà parlé des filés de coton. Voyons les machines. Les Anglais les font très-bien ; ils en ont vendu et ils en vendent à la terre entière. Là même cependant nous avons cessé de leur être inférieurs. La machine classique, c'est la machine à vapeur. Si, par un inconcevable oubli, nous n'avions négligé d'avoir

1 Voir aux Pièces justificatif**, les deux lettres de M. Dollfus.

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ici quelques-uns de» defniers modèles de Paris, de Rouen, dti Nord ou de l'Alsace, nous eussions étonné les Anglais eux-mêmes. Nos machines à vapeur sont parvenues à la plus grande simplicité de construction ; elles fonctionnent aussi bien que les machines anglaises, ne se dérangent pafi davantage* et elles consomment moins de charbon* Nous appliquons mieux qu'eu*, d'une manière plus intelligente, le principe de la détente variable* Quant aux machines de navigation maritime, supérieurement représentées à l'Exposition par une machine de ML Maudslay de 700 chevaux, et par divers appareils fort remarquables de M. Penh* les Anglais ont eu tant d'occasions d'en faire qu'ils sont parvenus à y réussir parfaitement* Nous, depuis l'opération des paquebots transatlantiques, humiliante pour l'administra» tion qui s'en était chargée, et désastreuse polir le Tréfcor, nous en avons construit très-peu ; mais nous nous acquit* tons admirablement des machines destinées à la navigation fluviale; on n'a qu'à voir sur le Rhône. Outillés domme nous le sommes, et aveo le personnel d'ouvriers que nous avons formé, nous serions en mesure d'exécuter très-bien les machines de la plus grande navigation* si nos constructeurs en avaient un certain nombre à faire, e'efcfe-à-dii'e si k gouvernement les leur demandait, au lieu de les fabriquer lui-même. Pour les machines de navigation, il est mêine à remarquer qUe les Anglais ont fini par nous emprunter les machines oscillantes qui ont été mises à là mode en France, pour plusieurs Usages, par la maison Gavé, de Paris*

Il n'est pas jusqu'à la locomotive pour laquelle lee cou* structeufs français ne se soient élevés à la hauteur des Anglais. Nous. n'en avons ici qu'un échantillon y ©est ude machine de G ail, de Paris, retirée, si j'ai bonne mémoire, du chemin de Lyon, où elle était déjà en activité. L'expérience, qui est un juge sans appel, a décidé que nos pridoipaux établissements exécutent ces appareils aussi bien qUe les fabricants anglais les plus renommés, {lien n'a été plus

facile à constater* car noë compagnies de chemins de fer ont employé concurremment les uns et les autres»

Au Sujet de la machine à vapeur * je mentionnerai ici iiti mérite que nous partageons avec d'autres, mais dont nous ayons la meilleure part. La machine à vapeur s'appelait primitivement machine à feu, parce que ce qui la distingue, c'est l'emploi du feu pour développer la forcé élastique dé la vapeur d'eau* force élastique que la machiné transmet à un arbre tournant, et qui de là passe à la destination qu'où veut. On cherche depuis longtemps s'il n'existerait pafe quelque force élastique d'un emploi plus avantageux que celle de la vapeur d'eau, c'est-à-dire qui procurât un plus grand effet utile avec la même quantité de feu* ou, pour parlei* plus manufacturièrertient, avec la môme dépense de combustible. On a proposé de se servir de la force élastique de l'air grandement échauffé. Depuis quelque temps, on s fait des tentatives avec l'éther, qui, on le sait; se vaporise avec une facilité extrême. C'est en France surtout que ces estais sur l'éther ont été faits. On voit en activité, depuis quatre ans, dans la cristallerie qui est située aux portes de Lyon, au faubourg de la Guillotière, une machirie à feu où l'éther est substitué à Feau, Elle est d'une force de 25 chevaux. Il est certain qu'elle est d'une manœuvre très-facile, qu'elle se dérange moins qu'une machine à vapeur d'eau, qu'elle nécessite moins d'entretien. Le même éther y sert indéfiniment, sauf une perte insignifiante d'un litre pail vingt-quatre heures. Gomme dans Cet établissement l'éther est chauffé par la vapeur * autrefois perdue, qui s'échappe d'une machine à vapeur ordinaire à haute pression, la forée de 25 chevaux est un bénéfice net. L'aUteur de cette remarquable machine est M. Dutremblay. Maintenant les esprits chercheurs se tournent vers un autre liquide, rival bien connu de l'éther pour un autre emploi éminemment bien** faisant; le chloroforme. De belles expériences ont été faitee sur la vapeur dit ohlorofcrm* par les soins d'un autrtf inven-

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teur, M. Lafond, qui, venu après M. Dutremblay, a perfectionné la découverte de celui-ci. En ce moment, une machine à feu de ce nouveau genre, de la force de 120 chevaux, se construit aux frais de l'Etat, dans les ateliers de la marine à Lorient, sous la surveillance d'une Commission que préside un de nos plus savants ingénieurs, M. Reech, directeur de l'école du génie maritime. Nous n'essayerons pas de prévoir quel pourra être le résultat de ces tentatives : l'expérience prononcera dans quelques mois ; mais je crois devoir les citer ici. C'est une preuve curieuse de l'initiative pleine d'audace et de vigueur que la France a prise dans les arts utiles.

Quant aux métiers destinés aux fabriques de tissus, et particulièrement aux filatures de coton, de lin, de laine, nous en exportons, ce qui est la meilleure preuve de l'habileté que nous y avons acquise. L'Alsace et Paris, les André Kœchlin, les Schlumberger, les Decoster et d'autres, ne s'inclinent devant la concurrence de personne, pour la bonne façon. Il est bien connu que nous fournissons des métiers en grande quantité aujourd'hui à la Suisse et au midi de l'Europe, et à l'Allemagne, malgré les Anglais.

Il y a même telles espèces de machines pour lesquelles nous avons un savoir-faire dont la supériorité est reconnue. J'ai déjà cité la machine à faire le papier continu; mais je veux plutôt appeler votre attention sur les moteurs hydrauliques. Depuis plus d'un demi-siècle, depuis le moment où Watt eut produit son beau modèle de machine à vapeur, devant lequel, pendant quarante ans, l'art de l'ingénieur s'est arrêté comme devant une œuvre qu'il fallait se borner à copier, les Anglais ont employé avec une prédilection presque exclusive la machine à feu. C'est vraisemblablement pour cela que, chez nos voisins d'outre-Manche, les machines qui emploient la force motrice de l'eau n'ont pas reçu les améliorations qui y ont été apportées chez nous. Nous avons perfectionné les roues hydrauliques, nous

avons créé la turbine, appareil puissant, fort simplifié aujourd'hui, qui perpétuera le nom de nos savants ingénieurs, tels que M. Burdin, et de nos habiles constructeurs, comme M. Fourneyron et d'autres. On peut voir à l'Exposition une turbine française, dans le système de M. Fontaine. Le public, qui partout est badaud, passe outre sans y jeter un coup d'œil, et, au contraire, il s'attroupe avec une curiosité avide devant une machine hydraulique à force centrifuge , d'invention anglaise, qui soulève et répand une nappe d'eau, et sur le mérite de laquelle, quant à présentée demande de demeurer dans le doute philosophique.

Restons dans le fort des Anglais. Il y a dans leur exposition une autre catégorie d'articles qui frappe justement les regards : ce sont les instruments et les ustensiles en fer de toute sorte, fer malléable, acier et même fonte. Ils manient avec une énergie extraordinaire ces substances résistantes ; ils en font tout ce qu'ils veulent. Le fer, sous toutes les formes et à tous les états, joue un si grand rôle en Angleterre, c'est un si puissant auxiliaire de l'industrie en général, que je n'ai cru pouvoir me dispenser d'y consacrer un chapitre à part ■ . C'est le légitime orgueil des Anglais d'exceller à travailler le fer dans toutes ses variétés. Ils en ont mis des échantillons de toutes sortes : des tuyaux en fonte qu'un enfant de dix ans parcourrait sans baisser la tête, et dont il a été fondu à Glasgow 4,500; des feuilles de tôle gigantesques, des rails d'une longueur inouïe , et puis, des foyers, les uns tout en acier encadré dans du marbre, d'autres moitié fonte, moitié acier, qui sont de la plus grande beauté. Sous la main des Anglais, l'acier reçoit un poli sans pareil. Ce même acier est la matière d'une myriade d'outils. La coutellerie anglaise jouit d'un grand renom ; de même leurs scies droites ou circulaires ; leurs limes, celles surtout d'un calibre un peu fort, sont sans égales. Ils ont un personnel

1 Voir ci -après la quatrième lettre sur l'Exposition universelle de Londres.

nombre (J'pwyripr^ qui exceUept daqs toutes ce$ fabripa- Jjquê .Sajfê cputester l'habileté des Anglais ? j 'oserai avancer ici que dan s le s Qumges les pi us difficiles de la coutellerie, l'élite, 1$ toute petite élite, il est vrai , de nos fabricants réussit ^us$i hien qu'eux et mieux qu'eux. Tout réussit à qui prend jje fô peiue. Il .e&t de notoriété en Europe que les instruments 4e chirurgie de M. Charrière, au Jieu d'être inférieurs à ciew (des fabricants anglais les plus célèbres, ont au contraire ftes mérites de plus. M- Charrière est véhémentement soupçonné de se servir d'acier fondu de Sheffield , mais il n'est pas à blâmer pour cela. Il prend 3a matière première 1^ où il est assuré de la trouver boune : c'est son drpit, c'est ipême pon 4evoir envers sa clientèle. S'il y a quelqu'un à blâmer $. ce propos , c'est la législature qui s'obstine à empêcher, par un droit monstrueux, les excellent* aciers de l'étranger de pénétrer eu France , où l'on en tirerait un si bQn parti pour la fécondité du travail national et pour fabriquer de3 articles que uous exporterions ensuite avec avantage. Pareillement il y a ici telle pièce de chaudière de locomotive de fabricatypp française (de la maison Gail), que le public heurte du pied jet se plaindrait volontiers de rencontrer sur son chp- UUn , qui atteste à quel point nous sommes parvenus pour J'élaboratiQn du fer.

Pour l'industrie du fer, où ils se sentent si forts, les 4flglais cependant reçoivent de nous , eu ce moment , un perfectiounement dont l'influence se fera sentir dans tous lps arts métallurgiques qui exigent une grande quantité de houille; je veux parler du lavage de la houille meuue, préparation mécanique qui sépare , à peu de frais , du combustible les débris de schiste qui en affaiblissaient la puissance, et les fragments de pyrites qui viciaient les métaux. Ce procédé si simple d'épuration est dû à un ingénieur français, M. Bérard. Il permet de tirer un parti avantageux de grandes quantités de houille menue dont oh ne savait que faire, en Angleterre et partout ; il tend à diminuer la dépense en

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combustiblp , et doit procurer npp-seqlejflpnt ijne éçonopiie danç la fabrication du fer, mais encore , daqs quelques lp<calités au moins, une amplipratipn notable $ela qualité,

On remarque dans l'Exposition anglaise une jn^pbipe i{flpqsante par ses dimensions : c'est la presse hydraulique qui a servi à élevep le fameux pont-tube tout en tQle jle fer, qrçe le célèbre ingénjeur Stephenson a jeté récemment sur le c|étroit de Menai pour permettre au chemin de fer qui pprjp la malle de l'Irlande d aller jusqu'à IJolyhead, à la pointp occidentale de l'île d'Anglesey. Cette presse appplle J'^Wpjfr tion parce qu'elle est colossale , on dirait d'une pièpe f^ite pour les Titans ; elle tire presque tout l'intérêt qui s'y $ft$r che du pont lui-pnême. C'est en effet un véritable prpgf^ daps l'art des grandes constructions , il a des dimensjp]^ prodigieuses : il consiste en un tube fait de plaques <\e $}e rivées les unes aux autres, qui reposent sjir trois pjlpç, dg façon que les deux arches centrales ont l'effrayante ppr^ dé 139 mètres. Ce même pont es} reproduit dans 1^ gftlefie centrale de l'Exposition par un joli modèle qui dpflpg même le détail du procédé suivi pour porter le tijbe à J'éjpvation où il est suspendu dans les airs. Je ne puis pcmrtai^ m'abstenif de remarquer que le pont en fonte qugn ^chèyç en ce moment sur le' Rhône , à Beaucaire , et quj offre dâS arches de 66 mètres , supporterait dignement Je p^fal}pjp avec l'œuvre magnifique de M. Robert Stephensop. Les arr, ches du pont de Beaucaire sont formées de youssoirs appuyée les uns sur les autres , comme ceux dont se composent |p$ arches en pierre. Le système dans lequel il es} construit suppose et exige qu'on sache travailler la fonte ayec prépisidn. A cette condition, il est d'une solidité à toute épreuve, et, dans le plus grand nombre de cas, la portée de 66 mètres qu'il présente répond à tous les besoins. Les pièces du pont de Beaucaire sont fondues et dressées à Fourchambault , dans les ateliers de M. Emile Martin, sur les plans de M. Pau* lin Talabot.

Il n'est pas jusqu'à la quincaillerie, à l'égard de laquelle noils passons pour arriérés , que nous n'exécutions très-bien. Voyez ici l'exposition de l'élite de nos fabricants, tels que MM. Japy, Goldemberg, Coulaux; c'est certainement trèsrecommandable, c'est très-bien ouvré. Ils en ont quelquefois placé en Angleterre. Ils en vendraient au dehors régulièrement plusieurs variétés , n'était la cherté des matières premières , c'est-à-dire du fer, de la fonte et de l'acier, qui ne sont à un prix très-haut chez nous qu'en vertu du tarif des douanes.

Le fer, la fonte et l'acier ne sont pas les seuls métaux que nous sachions parfaitement ouvrer. Avec le zinc nous faisons toutes sortes d'ouvrages remarquables. Les mines de la Vieille-Montagne nous livrent leur produit, que nous élaborons très-habilement. Les usages auxquels on est parvenu à ployer ce métal dans les arts domestiques et dans la construction des édifices sont très-multipliés. On a réussi même à en couler des objets d'art de la plus grande dimension. Une des plus grandes pièces de toute l'Exposition est la statue en zinc envoyée de France qui représente la reine d'Angleterre sur son trône. Enfin, nous travaillons le cuivre avec une véritable supériorité. La grande chaudronnerie française est la première du monde. La maison Cail est depuis longtemps connue dans les deux hémisphères pour ses grands appareils à cuire et à raffiner le sucre , qui appartiennent à cette branche d'industrie. Voici bien des fois que le nom de cette maison revient sous ma plume avec éloges. C'est d'abord qu'elle fait très-bien dans beaucoup de genres ; c'est aussi parce que, parmi nos grands constructeurs, M. Cail est presque le seul qui ait envoyé à l'Exposition beaucoup d'articles. Il mérite d'être loué pour avoir ainsi pris à cœur que l'industrie française fût dignement représentée ici et y parût dans tout son éclat. Je dois signaler aussi l'exposition d'une maison de chaudronnerie de Givet (Ardennes), celle de MM. Estivant

CONSTATÉ A i/ EXPOSITION DE LONDRES. 293

frères, qui a envoyé à Londres, entre autres articles, deux chaudières en cuivre jaune de la façon la plus soignée.

La France semble ignorer ses forces productives, le génie manufacturier qui la distingue. Elle a devant elle la plus belle carrière industrielle, pourvu qu'elle ne se suscite pas à elle-même des entraves , pourvu qu'elle se décide à écarter les obstacles artificiels qui contrarient le libre essor de ses enfants. La France n'a rien à craindre en industrie, si ce n'est ses propres préjugés, son ignorance de ce qui lui convient , sa condescendance pour les hommes qui caressent en elle les notions surannées d'un faux patriotisme. C'est ce qui sera moins incomplètement établi, lorsque j'aurai achevé la revue sommaire des principales branches de la production.

Ainsi , entre les deux émules que je compare ici , jamais la distance n'est grande, à moins cependant qu'il ne s'agisse d'articles où le goût ait une grande part; car, presque toujours alors, notre supériorité est éclatante. Je dis presque toujours, car, à cette règle, j'aurai à noter des exceptions. Je dois ajouter qu'en constatant la parité d'avancement industriel entre les deux pays, j'ai en vue d'abord la bonne façon des produits. Quant au bon marché , il faut convenir que sur plusieurs points nous avons un désavantage quelquefois énorme ; mais cette cherté des produits français est bien souvent factice ; elle tient en effet le plus souvent à des causes artificielles sur lesquelles le législateur aura , lorsqu'il le voudra, une action soudaine et décisive, car c'est lui qui les a suscitées et qui les maintient par respect pour une théorie dont désormais la fausseté est démontrée. C'est le tarif des douanes, dont les stipulations enchérissent, extrêmement quelquefois, les matières premières , le fer et l'acier notamment, au grand détriment du travail national , et, dans quelques cas, érigent de véritables monopoles, funestes au progrès des arts et incompatibles avec les tendances libérales de la civilisation moderne. La grandeur du capital anglais, d'où

résulté là gratideur des opérations, est pourtant aussi, dans un céHâltt nombre de circonstances, une cause de non marché à l'avantage de l'industrie anglaise, car il en résulte une diminution des frais généraux. Si un dessin de toile, peinte Hë sert au fabricant français que pour la fabrication de deux fceîits pièces , tandis que l'anglais en tirera parti pour huil cents ou mille, c'est proportionnellement une somme plus fôHë que le premier paye en rétribution de dessinateurs et jlë graveurs , en achat de cuivre pour les rouleaux d'impresfeiôii.

Continuons l'examen comparatif pour les principales branches de l'industrie manufacturière. Ce sera le moyen de contrôler et de confirmer la conclusion que je viens de présenter par avance. .

La poterie est une des fabrications les plus usuelles , une de celles auxquelles le pauvre comme le riche ne peut se dispenser de recourir sans cessé. Depuis la porcelaine jusqu'à la terré de pipe et aux grès les plus communs, depuis la faïence i& plus fine jusqu'aux plats et aux cruches vulgaires en terre rbuge que recouvre un vernis jaune verdâtre obtenu avec l'àlquifoiix , c'est une prodigieuse variété d'ustensiies que lés hommes ont sans cesse à la main, dont ils garnissent bti ornent leur table , leur cbeminée , toute leur demeure. Sûr ce point, là palme appartient â la fabrique nationale de Sèvfres incontestablement. Non-seulement pour la beauté et l'élégaiicè dés formes, le mérite de la peinture et de la décoration, mais encore pour la blancheur et la solidité de la pâte, la dûrétë du vernis où couverte , aucun établissement ati ihôhdé h'égàle Sèvres, et ses produits excitent l'admiration générale au Palais de Cristal. Depuis quelques années, Sevrés, (jhi était déjà haut placé dans l'estime des connaiséétite, à fait des progrès extraordinaires. La révolution de 1848 à ëtê pour Sèvres un coup de fouet. 11 a fallu justifier )par dès titres nouveaux la faveur exceptionnelle d'être inscrit à titre de fabrique nationale sur ce budget qui est en

cerir&ttrÉ k i/Eifttôfiittt de fctâttfttg/ 988

déficit. Il a fallu attirer les chalands pat* une ftrodùctidû qui fût d'un prix mtodéré, sans cesser d'être parfaitement bellej car SèvfreS niaintenant tend ses produits à qui en veut*. Sè a vreS n'est plus à l'usage èxélusif dés rois. De là un problèntè coriipléxé, admirablenient résolu par le savant ingéflieùr Qu'avant de mourir avait choisi pour son héritier leténêrablé M. Brongniart, M. Ebelmen, à qui les scieùees chimique et minéralogiques doivent dés découvertes précieuses ; c'est lui qui a trouvé le moyen de faire des rubis que ni chimiste iii joaillier ne distingueraient dé cëttjfc de la nature i Soutenu par une Commission de surveillance, composée d'hommes de beaucoup dé goût, lé notiteatt directeur a porté Sèvres à iïîi degré d'avancement glorieux pour la France et pour luimême *. Sevrés fait de béllefe assiettes, ëri blatic, à 12 fr- la douzaine. Et en riiême temps il fait des articles plus magnifiques que jamais.

Sèvres fait couramment âlijtiùrd'hui des objets rtrinééé côriirile du papier, qui Mfesent biéii en arrière les tassés légèrèfe des Chihôis. C'est un commercé qui parait devoir être uiië éource de profits poiir rétablissement . On vend 6 fr. 50 ta dés tassés ddnt jamais là Cliinè n'a donné les pareille^ et îâ-dèsèiis on a 2 fr. de profit 5 . G'est par le Roulage ,» é'ëèH à-dire, éh Voulant la pâté liquide dans tift moule ; tfù'ori ë§t pslrvënù à fabriquer ces charmants articles: En Chiûë , <Â bbtieiit ces- tasses par le procédé dfclitiàirë ; le iiifflilagë à là îhaih ; atiêsi, en Chine, èèt-ée un artiélé cbûtëtîi. h€ procédS du ébùlâge à cela dé iiiérvëillëùi; qti'il dbfafaë atisài biéfa dèS

1 C'était du moins ce qui avait iieu sous té régime ëtaon pârlaCbrisiilution de 1848, alors qu'ont été écrites les Lettres de Londres sur l'Exposition" universelle, qûë nous reproduisons ici.

* Depuis que ces lignes ont été écrites, M. Ebelmen est mort, mort à [rente-huit ans , quand tous ses amis le croyaient plein dé santé et d'à venir. C'est une des grandes pertes que a science et les arts Utiles aient faites dans ces derniers temps.

* Le prix de la tasse avec sa soucoupe n'est même que de 3 fr; 75 cent, sans dorure.

296 l'avancement industriel de la FRANCE

objets de la plus grande dimension, parsemés des moulures les plus délicates, où se mêlent des figures du dessin le plus correct. Sèvres a fabriqué ainsi un baptistère de 1 mètre 60 centimètres de diamètre. Sèvres fait aussi des émaux avec un rare succès. M. Ebelmen a eu l'idée heureuse de substituer la tôle aux feuilles de cuivre pour recevoir l'émail . A la température qu'il faut pour que l'émail s'étale, le cuivre est voisin de son point de fusion ; une plaque émaillée en cuivre, dès qu'elle dépasse une longueur médiocre , se gauchit donc au feu. Le fer résiste infiniment mieux, parce que son point de fusion est beaucoup plus élevé. On pourra ainsi faire des figures sur émail de plus d'un mètre de haut. En un mot , Sèvres est de tout point à la tête de l'art ; il ouvre des voies nouvelles à l'industrie privée , il lui fournit des procédés neufs, il lui donne des modèles. Il est ce que devraient être toujours et ce que sont rarement les établissements entretenus par l'Etat. Avec notre fabrication desGobelins où un savant illustre, M, Chevreul, a répandu tant de lumières ; avec l'Imprimerie impériale de Vienne, qui possède une collection de caractères sans pareille et qui les met supérieurement en œuvre ; avec notre propre Imprimerie nationale et un petit nombre d'autres institutions européennes, Sèvres forme un groupe d'un grand intérêt. C'est à regret que nous n'y joignons pas Meissen, fabrique royale de porcelaine de Saxe. Cet établissement, jadis si renommé, n'est pas en progrès : il ne rend plus aucun service à l'art, il marche à la remorque. Heureusement la Saxe n'a pas besoin des établissements royaux pour être un des émules les plus honorés dans la carrière des arts utiles comme dans les sciences, les lettres et les beauxarts.

En fait de porcelaine , c'est un progrès acquis désormais que la cuisson à la houille. Après beaucoup de tâtonnements, on y a complètement réussi. Le mérite de ce succès appartient à un Français, M. Vital Roux, qui, avant 1848, avait une fabrique à Noirlac (Cher) ; c'est lui qui, en ce moment,

CONSTATÉ A i/EXPOSITION DE LONDRES. 297

dirige les fours à Sèvres. Sèvres ne cuit plus autrement. L'économie est considérable ; avec le bois , chaque fournée coûtait à Sèvres 900 fr. ; avec la houille, ce n'est plus que 470 fr. , quoique la houille y soit passablement chère. En général, avec ce procédé de cuisson , un stère de bois est remplacé par deux hectolitres de charbon. En Angleterre, en Belgique , comme à Sèvres, la substitution du combustible minéral au végétal est un fait consommé. Le bois tient bon encore en Limousin , où sont les plus nombreuses fabriques de porcelaine de l'Europe. La houille y coûterait trop cher. Ici on aura probablement un exemple des perturbations dont sont accompagnés la plupart des perfectionnements , parce qn'il semble qu'il soit dans les desseins de la Providence que l'espèce humaine achète par la sueur du front de quelquesuns de ses enfants chaque bien qui lui arrive. Il est vraisemblable que l'effet de ce progrès sera de forcer la fabrication de la porcelaine à émigrer de la vallée de la Haute-Vienne dans celle du Cher. La pâte à porcelaine, préparée en Limousin, ira chercher le combustible minéral dans le Berry. Pour la porcelaine proprement dite , la porcelaine dure , poterie blanche à pâte translucide, composée principalement de kaolin avec une couverte de feldspath, la France a l'avantage sur l'Angleterre , sur toute l'Europe. Les Anglais, qui ont cependant de beaux gîtes de kaolin dans le comté de Cornouailles, s'y adonnent peu. Les fabriques de Limoges produisent à très-bas prix, et leurs objets à bon marché ne manquent pas de goût. La maison Jouhanneaud, la maison Valin et quelques autres de cette industrieuse cité en exportent de grandes quantités dans les pays peu nombreux où leur production n'est pas frappée d'un droit excessif. Les Etats-Unis , en ce moment , reçoivent des masses de la porcelaine de Limoges. Mais l'Angleterre l'emporte pour la poterie fine autre que la porcelaine proprement dite, pour ces différentes sortes d'articles dont la terre de pipe, jadis estimée, est aujourd'hui le plus humble échelon, EÙe fait des produits

dont la composition est même trés-Vâriéë, je veui dire qu'elle à pour ses pâtes dés mélaiiges très-divers. Chèt elle tette fabHcation est potirtàttt concentrée dans tiri nombre médiocre d'établissements gigantesques, parmi lesquels je blterai celui à'Ètrdiiâ, à la famille Wedgwbod, et céiii de M. Miriton, dé M. Adams, de M. Ridgway, de M. Sf eigh ; les uns et les autres dahs le Staffordshire. Il en existe uh autre à Glasgow; tth près de Newcastle, un enfin, eil baisse aujourd'hui, près de Worcestër. M. Wèdgwotfd suit trop fidelemehi petit-être les traditions de soh grand-père , hohime d'iuie grande Habileté , qui fit avancée l'art , et dont le tiôm est connu dans les deux hémisphères, car il répandit à profusion, à là grande satisfaction de tous les publics ; ses produits alors sans pareils dans tous les pays, sauf là France cependant, où iitie loi de guêtre, celle dulO brùtnaire an V, fcpii est encore en pleine vigueur sur ce point, les a empêchés d'entrët* mêine ëii échantillon. Aujourd'hui, à Etruria, l'on emploie la même pâte et à peu près les mêmes formes qu'autrefois. Cette pâte est un mélangé d'argile plastique et de feldspath: Dafis sa

f>âte , M. Minton combine le kàbliti , matière Supérietifre , à 'sitgile plastique. Sa couverte, comme celle de là poterie dite porcelaine tendre , Renferme du plomb , dont il n'ënti^e pas tlfa atome dans la vraie porcelaine, mais il y mêle du feldspath. M. Minton fabrique aussi des objets de fantaisie avec iiiife pâte qui rethplace nôtre biscuit avéti avantage: Elle a lé tbn légèrement jaune de l'ivoire, elle en a l'aspect ineèllëux. Ce sont des articles fort goûtés en ce hionieiit soUS le nom (le pâte de Paros. C'est du feldspath pur. Il fait dùsài de là porcelaine tendre , article qui a le précieux avantagé de tilieux ée prêtét* à la peinture, mate qtfi à l'ittcoûtëhient de se rayer facilement. Cette fabricàtidii , systëinatiqii&inent "àbahdonnée à Sèvres depuis lôngteinps , va y ètfë reprise pbur satisfaire au vœd du public.

Nbus réussissons cependant très-bien dans pltisièurS àrilfcléS coûfaiits eu poterie fiàè , cbhlttië îëfc setvibèfe dé table.

«yfetâ i L^x^fHo^ de imu. m

CMl et Ufofctéreàù eh fërit de trte-jolik èri poterie peinte; Oh n'y réussit pas aussi bien la grande fdaterie. La poterie 3é la fabrique de Sai+ejçuèmines, où l'on travaille dans le genre dû Staflbrdshif'ë, je vëiix dire avec des pâtés et dèd vëriiis cclttlposés d'après des recettes analogues, ri'a pas parii à l'Éxpositibii universelle : c'est à regretter. Cet établissement donne des objets d'une grande beauté et de forte dimension. On y imite le! porphyre à faire illusiori atix coiiâaisseurs; dans hds pàlàis natioriaUx, telle urne qtl'dti croirait du porphyre de Suède, vient de Sarreguetriirifes ; dés ateliëré de MM. Uszchheider. En somme, la poterie fine , autre qité là porcelaine, est chère en France ; elle l'est, hon à cause dëè difficultés de la fabrication, mais par l'absence de la concurrence. Abrités par la prohibition absdlde dont lfefe favorisé lé tarif defe douanes, en vertu de là loi de brtimàiré an V; les producteurs, réduits au nombre de deux du de trois, Rendent leurs produits ce qu'ils veulent ; et përfeoritie au dèdafafe n'ose élever de fabriques rivales. On craint de s'exposer ttdp ëh luttant contre des adversaires auxquels de gratlds profits accumulés permettraient de supporter pour Un temps une baisse énorme de prix.

Dans la pdterie ttèâ-cotnmune qu'btt appelle lfe gtès, nofctfc avons récemment fait de grande progrès ; nous la faisons mieux que qui que ce soit aujourd'hui. Cette amélioration est dde à un peintre habile, M. Ziégler, qui s'était fait fabricant dfe grès à Voisinlieu. La poterie de grès reçoit chëfc nbûê aujourd'hui des formée très-agréables. On peut regretter seulement que M. Ziégler ait appliqué son bêàù talent à une mâtiërë kusfei commune, disons-le même, àusèi ingrate. C'est un mélange de sable et d'argile plaétiqUe.

L'ëlàbbtation du Verre et du cristal côîtetitûe UUè àiitre iiidUfetrië très-utile aux hommes et extrêmement divëteë ÛBtii 'seS prddûtlionè. Elle a reçu des perfectionnements àdhifrableS dans les temps tnodehies, de ^luS grande feticdte fjtife là pikûe ; càt §i lëè ahfeiené n'àvâiëfat ëtir léiit tablé tJUè

des plats et des assiettes mal vernissés ou sans vernis, et qui, par conséquent, devaient promptement sentir le graillon, ils faisaient au moins, pour la décoration, des vases de la plus grande beauté, dont toutes les collections d'antiques s'enorgueillissent. La verrerie et la cristallerie des anciens restèrent, au contraire, toujours dans l'enfance. Sur ce point, nous égalons bien les Anglais. La verrerie ordinaire était arriérée chez eux jusqu'à ces dernières années. Elle a fait de grands pas, à cause de la richesse de la clientèle, qui consent à bien payer sa vitrerie, mais elle les a faits par les soins de quelques Français qui ont apporté de ce côté-ci du détroit les procédés usités en France. Il y a vingt ans, en Angleterre, on ne faisait pas le verre blanc pour fenêtres autrement qu'en rond, et puis dans ces plaques rondes on découpait les vitres. C'est en 1832 que M. Bontemps , de Choisy, enseigna aux Anglais la fabrication en cylindre. Sorti de France de nouveau après la révolution de 1848, M. Bontemps s'est fixé en Angleterre ; il conduit les travaux chez MM. Chance, à Birmingham, et c'est par ses soins qu'a été fabriqué tout le verre qui entre dans le Palais de Cristal. Ce sont des lames de 49 pouces anglais (1 mètre 23 centimètres) de long sur 1 pouces (25 centimètres) de large . Il y en a 1 million de pieds carrés, soit 93,000 mètres carrés, ou environ 9 hectares et demi. Dans le contrat passé avec les entrepreneurs du Palais de Cristal, c'est estimé à 3 pence le pied carré (3 fr. 35 c. le mètre carré ) . Pour obtenir cette grande superficie, il a fallu en faire le triple ou le quadruple, ce quia donné un premier choix qu'on a réservé pour vendre à part aux gens riches auxquels on le fera bien payer, et un dernier choix qui s'écoulera chez les pauvres ; le milieu a servi pour l'édifice. Dans les cristaux, les Anglais font d'une manière supérieure le blanc ; ils lui donnent un très-beau poli. Leurs candélabres en blanc ont un grand éclat. La maison Osier, de Birmingham, de qui est la fontaine de cristal placée dans la grandq nef , et la maison Richardson, de Stourbridge,

font à l'Exposition une figure splendide. Pour les cristaux colorés, nous avons l'avantage : nos formes sont plus élégantes, nos couleurs plus belles et mieux assorties , nos procédés mécaniques dans la fabrication de ces articles sont au-dessus de ceux des Anglais, et nous permettent de lutter sur les marchés étrangers, même avec la Bohême, quoique celle-ci ait la main-d'œuvre à vil prix ; et puis la Bohême fait du verre et non pas du cristal ; le cristal, on le sait, se distingue en ce que le plomb en fait partie (à l'état de silicate) . La preuve de notre habileté en ce genre est que nous vendons de nos cristaux jusqu'à Hambourg, passezmoi l'expression, à la barbe des Bohèmes, qui sont tout auprès. Nos fabricants de Baccarat et de Saint-Louis, avec leur malheureuse idée de ne pas paraître à l'Exposition de Londres, ont privé l'industrie française d'un des plus sûrs moyens qu'elle possédait d'attirer les regards, et l'occasion d'agrandir au dehors sa clientèle.

Pour les glaces, nous sommes les premiers, du moment qu'il s'agit d'articles d'une grande beauté et d'un certain volume. Nos établissements de Saint-Gobain, de Saint-Quirin et de Montluçon sont les maîtres dans cet art si difficile, dès qu'il s'agit de grandes pièces. Saint-Gobain et Saint- Quirin ont des dépôts qui prospèrent à Londres, à New- York, partout. La fabrique de Montluçon, à laquelle le public doit de la reconnaissance -pour avoir tenté d'introduire la concurrence sur le marché intérieur, où auparavant régnait le monopole, la fabrique de Montluçon était la seule qui eût exposé, à l'origine, et même, pressée par le temps, pour paraître au 1 er mai, elle s'était résignée à envoyer, entre autres objets intéressants, une grande glace qui est évidemment défectueuse. Certainement elle eût montré un plus beau chef-d'œuvre , si elle eût pris un délai pour recommencer. Saint-Gobain s'est décidé, en juillet, à exposer, et a présenté les belles glaces qu'il fait depuis longtemps. Pour les pièces d'un moindre échantillon, oit Tonne

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tigflt p$$ ft ayoir uns » bpUe earç, pu cp n'çst p^s gépessairg, parce que l'épaisseur en peut ê^e ippiu4F e ? poifc les gl^pes qui servent à la devanture dps magasins, par p^pmple ? ce sopt les Anglais, a^ contraire, qui Tempprteu^ P'egt rçp ar^ple qu'ojj vend à trps-bas prix p. Londres, eu comparaison de Paris, La maison Chance et quelques aujrps de Bijpjninglj&ip, qui ne font pourtant pas de gtyceg pf ppreflappt dites, car elles ne coulent rien, fabriquent des verrps du flaênie genre que les vitres, qu'on dégrossit et qu'on polit, et qui sprvent très-conyepajîlement pour Ips gravures euç^drées. Il m'a été dit qui} s'en proi^isait lpj ? 0Q0 pie^P parfés par semaine.

Je pourrais passer en revue beaucoup fl'autres brancjjpg (Je l'industrie, les unes de Tordre mécanique, les autres de Tordre chipiique ; prendre, par exemple, le§ acides e\ \$ sels, la mouture et tout ce qui s'y rattache, les arjne? à feu, et presque partout ou verrait que, entre la France pt V^ngjetprre, la supériorité oscille de Tune à l'autre, pomme un pjyjet qui serait suspendu dans les airs et se balancerait. Dans Ja rpêpie industrie l'un des deux peuples surpasse sou émule pour une première catégorie d'^rjicles, mais il e^ 4ep^ssé à son tour pour une autre catégorie. Tpur à tour l'un est inventeur d'un ppuveau procédé, et c'est j'autre qui perfectionne ; puis Tjpvention passe à. celui-ci, le pey> fecfipnuement à celui-là. La mputure en est up curieux exeipple. En France , moulin $ Tanglaise est synouyme (J9 moulin perfectionné , ce qui n'empêche pas que Ja mputqpç française ne soit aujourd'hui plus parfaite que Tanglaisp, Les njeuniers anglais le crient sur lous les tons, et les prqtectionistes anglais, dans leur complète déroute, essayent de s'en faire une qrme, telum imbelle $ine ictu ; aussi bieu ce sont des Français qui ont fourni les plans de l'immense moulin, à eenj; paires de meules, dit-on , qui va s'élever à Londres. Un autre fait du même genre nous est fourni par une i#flu§triç gtyp j'ty fjéjq. sigu^jée plus haut* celle de Ja poterie

Uu Anglais a imaginé jie ï$\re des boitons de chemises ep porcej^jne : l'article semble insignifiant, mais il est d'up très-grand débit. Jj'inventefir a pris un brevet d'inventjpn dans les trois royaumes unis ; mais voici qu'up fabricant français de porcelaine, M. B^pterpsse/liomme fprt ingénieux, a si bien perfectionné Je procédé, que l'invefftejjr anglais, renonçant à faire usage de son brevet, se pourvoit chez M. Bapterosse de boutons qui} revend à ses compatriotes.

Assurément les fabriques de produits chimiques de l'4ï*" gleterre spnt très-avancées ; cependant c'est aux savants et aux industriels français qu'on doit la fabrication du blaqc de zinc qu'on substitue à la céruse ou blanc de plomb dans la peinture en bâtiments, au grand avantage de l'humanité; le contact de la céruse était un poison pour les ouvrjers. Nous livrons le plus beau blanc de zinc sur tous les marchés où l'on en féclame. M. Leclajre, de Paris, et ]$. Lhuijlier, de Grenelle, en ont exppsé à Londres des échantillons très-remarquaJ)l|BS. C'est nous qui , en ce moment , enseignons à l'Angleterre , qui s'estimp la souveraine des mpfs et qui l'est, comment, de cet immense dépôt d'eau salée, Jl est possible de retirer en grand des substances qui y existept tpfites faites, à dose presque insensible il est vrai, telles que le siilfate de soude qu'on n'obtenait qu'artificiellement par fine opération assez complexe, et divers sels de potasse, dc^t le prix est plus élevé. Cette découverte esj; dije à un de nos plus habiles chimistes, M. Balard, et on l'a enfin iqise ep œuvre dans nos salins du Midi. Elle améliorera les conditions d'existence de plusieurs catégories de manufactures, et elle promet à notre navigation de beaux éléments de fret, pour l'horlogerie et les instruments de précision , l'Angleterre est renommée , elle mérite de l'être ; la France ne Test pas moins. L'étranger qui veut une bonne montre hésite entre les deux rivages du détroit. Il prendra plu- Iftt pes instruments ordinaires d'ingénieur chçz les ^-

glais ; il les y trouve plus solides, plus portatifs, plus maniables ; mais plutôt chez les Français un chronomètre et un théodolite. La règle à calculer, qui est d'un usage si commun, est beaucoup plus répandue en Angleterre qu'en France. Elle est entre les mains de tous les contre-maîtres anglais. 11 n'en est pas moins vrai que de tous les modèles, le plus simple et le plus convenable est celui de notre compatriote le colonel Morin . Les Anglais s'entendent admirablement en instruments, en appareils et en dispositions nautiques. Ils arment un vaisseau à Portsmouth dans la moitié ou le tiers du temps qu'il nous faut à Brest ou à Toulon; mais nos modèles passent pour meilleurs que les leurs. Pour la distillation sans frais de l'eau de mer, avec la chaleur perdue de la cuisine, invention précieuse qui dispense d'encombrer les navires d'une provision d'eau douce, le meilleur appareil est celui de M. Rocher, de Nantes, devant lequel défile l'ingrat public dans le Palais de Cristal, sans l'honorer d'un regard. Depuis quelques années, pour abréger la durée des traversées, les Anglais qui, après les Américains cependant, sont de tous les peuples celui qui sait le mieux le prix du temps, cherchent des moyens simples et pratiques, un système de cartes, par exemple, avec lequel un capitaine de navire puisse se tenir toujours sur le grand cercle de la terre qui joint le point de départ au point d'arrivée ; car d'un point à l'autre du globe, la plus courte distance est l'arc du grand cercle qui les unit. Parmi ces inventions plus ou moins ingénieuses, la meilleure , la plus correcte , la plus sûre , me paraît être le double planisphère d'un de nos ingénieurs hydrographes, M. Keller.

Je n'en finirais pas si je voulais citer ici tous les faits qui montrent l'avancement des deux peuples, et comment à l'envi ils donnent aux arts utiles, chacun de son côté, une impulsion extraordinaire. Il est pourtant deux découvertes encore qu'il faut que je mentionne, car elles sont bien belles.

CONSTATÉ . A L EXPOSITION. DE LONDRES, j 305

L'une est celle de l'Anglais Baxter, qui a trouvé le moyen, de colorier les gravures par impression ; Ton vend de charmantes estampes, des portraits même, qui semblent faits par un pinceau délicat. L'autre est celle du Français Masson, jardinier de la Société d'horticulture de Paris, qui conserve des légumes par dessiccation et compression, de manière à faire bénir son nom par le matelot qu'atteignait le scorbut, par le soldat qui porte huit jours de provisions en Afrique. Grâce à M. Masson, ces braves gens pourront désormais avoir chaque jour, au milieu de l'Océan, au centre du désert de Sahara, leur ration de légumes verts. Desséchés par l'air chaud et puis soumis à l'action de la presse hydraulique, les légumes dont se compose, par exemple, le potage à la julienne, perdent les sept huitièmes ou les neuf dixièmes de leur poids, et sont réduits à un très-petit volume. Un mètre cube de julienne ainsi préparée fait 20,000 rations. Dès lors, l'homme qui en reçoit le volume d'un litre en a pour vingt jours, et cela se conserve des années.

Dans cette lutte où l'on se serre de près, où l'on gagne et où l'on perd tour à tour l'avantage, chacun des deux peuples cependant garde son génie propre. Le génie de la France est le goût. Voilà pourquoi, en présence des soieries façonnées de Lyon, des rubans de choix de Saint-É tienne, des papiers peints de Rixheim (Haut-Rhin) et de Paris, des articles dits de Paris et de vingt autres produits divers, les Anglais s'avouent vaincus de fort bonne grâce. Voilà pourquoi, quand on parcourt les différents quartiers de l'Exposition, on trouve que, hors de la région française, la plupart des objets qui exigent du goût sont écrasés par les nôtres; quelques-uns sont affreux, et le moins qu'on puisse dire de presque tous les autres, c'est qu'ils ont un air provincial. Dans l'orfèvrerie, par exemple, que de trésors les Anglais n'ont-ils pas exposés! Ils en ont là pour je ne sais combien de millions. Mais notre orfèvrerie peut à peu près toiyours

appliquer à la leur cette parole , de JSeuxis à son riv&l : Nt

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pouvant h pire belle, tu ras faite riche. Et nos bronzes d'ameublement, à quelle distance ils laissent tout le reste ! Les fabricants de bronzes de Paris remplissent la moitié d'une salle à l'Exposition. Nos meubles de luxe, grâce au goût de nos dessinateurs et de nos ouvriers, laissent tous les autres à une grande distance en arrière. MM. Fourdinois, Barbedienne, Krieger, Ringuet, tous de Paris, ont en ce genre exposé des objets ravissants. Le grand buffet de M. Fourdinois, qui offre les statues des quatre parties du monde, supportées par autant de chiens de grande taille, est une pièce dont se parerait un musée. L'ébénisterie même des départements s'est distinguée : témoin M. Beaufils, de Bordeaux. Le goût, voilà donG notre caractère dislinctif pa£ rapport aux Anglais, par rapport à toutes les autres nations qui figurent à l'Exposition universelle.

Les Anglais brillent par remploi général des moyens mécaniques, par la mise en œuvre des métaux, surtout de l'acier et du fer, souvent par le GÔté pratique, commode, confortable des choses, plus souvent encore pà* l'habile intervention des grands capitaux qu'ils ont eu lé talent d'amasser. On peut dire du Français qu'il fait même l'industrie en artiste ; l'Anglais la fait en commerçant qui veut un résultat, qui songe moins à la beauté des objets qu'à l'inventaire de fin d'année. L'Anglais est commerçant bien plus que nous; il l'est jusqu'au bout des ongles, et c'est à cette circonstance qu'il faut attribuer une bonne part de ses succès manufacturiers. C'est ainsi que l'Anglais consulte attentivement le goût de son client : il donne à ses produits la forme, la couleur, l'aunage qui conviennent aux peuples dont il est eu veut devenir le fournisseur. Le Français consulte beaucoup plus sa propre fantaisie. Le penchant instinctif du Français sera d'améliorer la qualité fie ses produits, le bon marché dût-il en être retardé ; l'Anglais, comme par un effet de son tempérament, visera, au contraire, sans cesse à produire à plus bas prix, la qualité dûtoll* en sagffirp.

De là, par exemple, ées tissus de coton d'un bdn marché incroyable que l'Angleterre fait pour l'exportation. Eh gros, cela se Tend tout imprimé quatre sous le mètre ; mais, à Tusage, cela ne vaut pas même le peu que cela co^te.

Ces caractères ne sont rien moins qu'absolus ; ils ne sont que relatift, et ils souffrent beaucoup d'exceptions. Userait d'UUe souveraine injustice de dire que les Anglais se moptreût toujours dépourvus de goût. On remarque un goAt distingué dans les services de porcelaine et fie ppterie Une dé Miïïton, dans les cristaux d'Osier et de Richardspn, dans plusieurs des tissus dé soie des fabriques britanniques f notamment dans les crêpes de Chine, qu'à Londres oft réussit très-bien aujourd'hui. Il y a du goût dans plusieurs des toiles peintes de MM. Schw^be, de Manchester; il y en a beaucoup dans le quartier de l'Exposition qu'on nomme Médiéval court (eetir du Moyen-Age), où un artiste habile, M. Pugin, p. réuni une multitude ^'ornements du style go* thiqu$ destinés au* édifioes religieux, Ce serait donc une grande imprudence, une présomption qui ne tarderait paç à npugêtfe fatale, que de nous croire le monopole du goût; c'est un avantage que nous Savions pas il y a deux cents ans, que nous avons acquis depuis, que nous pouvons perdre, si nous nous négligeons, et que d'autres peuvent cône quér» par lçurs efforts.

un dira peut-être qua le goût qui distiqgue plusieurs par* tie§ de l'industrie anglaise , est d'emprunt, que c'est une émanation française; que les artioles élégants de Torflêvrevip anglaise sont de notre compatriote, M. Morel, que la réyo* lutipp de février a exilé à Londres * que M. Minten a dent modeleurs français qui se sont expatriés en 1848, M. ta* net et M. Carrier , et pour directeur de ses ateliers uq autre Français, M. Arnoux, autre victime de la révolution de 1848; jusque-là celui-ci était chez lui, dirigeant ses pro r près ateliers à Valentine (Haute-Garonne) 5 que MM. Schwabe sent Allemands d'origine, et que leurs dessinateurs qoat

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Français, des Français résidant même à Mulhouse et à Paris ; que M. Pugin lui-même est un fils de Français , et de plus élève des maîtres français. Tout cela est vrai ; mais est-il moins vrai que nous-mêmes nous ayons reçu notre goût d'autrui? Nousen sommes redevablesàdesétrangerset principalement aux Italiens. Nous étions d'un goût fort grossier il y a peu de siècles. Nos princes attirèrent des Italiens, des Flamands, et fondèrent des écoles. Nous avons cultivé nos dispositions, quelque peu apparentes qu'elles fussent, et, de latentes qu'elles étaient, elles se sont mises à briller. Les Anglais font ce que nous avons fait nous-mêmes. Nos artistes et nos hommes de goût vont chez eux, ceux-ci chassés par le vent terrible des révolutions, ceux-là séduits par les chances de profit qu'offre un pays si riche. Les écoles de dessin se multiplient de l'autre côté du détroit. Les plus magnifiques objets d'art, les statues de tous les siècles, les. tableaux de toutes les écoles vont peupler les galeries des grands seigneurs anglais. Vous verrez dans peu d'années. Et pourquoi donc les descendants de Canut et de Front-de-Bœuf seraient-ils plus incapables de devenir des gens de goût que les fils de Brennus et de Clovis ?

Il ne me serait pas plus difficile de démontrer que nous ne sommes pas dépourvus des aptitudes par lesquelles se recommande le plus l'industrie britannique, et que nous devons les cultiver pour qu'elles grandissent. Nous sommes déjà des mécaniciens habiles, devenonsJe davantage ; appliquons la mécanique plus généralement, introduisons-la dans l'agriculture, où les Anglais lui font faire des merveilles. Nous ne sommes pas des métallurgistes médiocres, approprions-nous de mieux en mieux cette branche des arts, et pour cela ouvrons les ports aux métaux. bruts de l'étranger qui sont à bon marché. Nous ne sommes pas sans avoir quelques lueurs du génie commercial ; des efforts soutenus feront de nous les émules des commerçants de Londres, de Liverpool, de Hambourg, de Rotterdam, et nos manufactures

et notre agriculture s'en ressentiront bientôt. Rien sans peine ici-bas ; mais, en se donnant de la peine, on parvient à tout. N'oublions pas que si l'un des aspects de la civilisation est de répartir, en le diversifiant, le travail entre les hommes et entre les peuples, c'est le propre aussi de la civilisation de multiplier au sein de chaque peuple les vocations spéciales et d'y développer tous les genres de talent.

Je ne voudrais pas donner à croire cependant que je considère la France et l'Angleterre comme concentrant en elles toutes les grandeurs de l'industrie européenne. D'autres peuples qu'elles brillent à l'Exposition du plus vif éclat. La Belgique, la Saxe, la Suisse sont extrêmement avancées dans les arts utiles ; elles suivent de très-près l'Angleterre et la France. La Prusse est dans l'industrie, comme dans les lettres, les sciences et les beaux-arts, une puissance du premier ordre. L'Exposition prussienne offre, dans plus d'un genre, la preuve- d'un goût très-avancé, et les plus belles pièces d'acier qu'il y ait à l'Exposition sortent des ateliers d'un Prussien, M. Krupp, dont un membre spirituel de l'Assemblée nationale, M. Hovyn-Tranchère, citait dernièrement les excellentes cuirasses qu'on interdit à nos braves soldats, en vertu du système de politique commerciale qui nous régit. L'Europe est une par l'industrie, comme elle l'est par les opinions et par les sentiments.

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