SENS DE L'EXPOSITION UNIVERSELLE
l'art. Jadis les esprits très-bien doués pouvaient viser à l'universalité des connaissances; aujourd'hui c'est un champ qui se sous-divise sans cesse, et où chacun concentre son activité sur un espace limité, en consacrant sa vie à l'étude ou à la pratique d'une spécialité de plus en plus définie. Mais ce domaine de plus en plus vaste, tout en se sous-divisant sans cesse pour la commodité et le succès de la culture, devient de plus en plus, dans les fruits qu'il donne, le patrimoine commun de tous les hommes. Autrefois les découvertes de la science et des arts s'enveloppaient d'un profond mystère ; aujourd'hui, à peine une idée ou une invention est-elle au pouvoir d'un homme , que déjà elle est perfectionnée ou surpassée à côté de lui ou au loin, et les produits de tous les quartiers du globe terrestre viennent se placer sous la main de l'homme civilisé.
« L'homme ainsi remplit de plus en plus la mission sacrée pour laquelle Dieu le plaça sur la terre, et que je rappelais tout à l'heure. Son âme étant à l'image de Dieu, il lui est donné, par les facultés de son esprit, de découvrir les lois auxquelles Dieu a soumis la création, et, en s'appropriant ces lois, de ployer la nature à son usage à lui, instrument de la sagesse divine. Après que, par la science, il est parvenu à connaître les lois qui président à l'équilibre, au mouvement et à la transformation de tout ce qui est, par l'industrie, il applique ces lois aux substances que la terre nous rend, et qui ne deviennent utiles qu'en raison de ce que notre intelligence s'y infuse, et puis, par l'art, il a les règles du beau et de l'harmonie, et il en imprime le cachet à ses productions.
« L'Exposition de 1851 nous offrira la mesure exacte et l'indication vivante du point où l'humanité est arrivée dans l'accomplissement de cette grande tâche que lui a assignée ici-bas le Créateur, et elle marquera le point de départ des efforts qui resteront à faire au genre humain pour achever touvre. J'ai la confiance que le premier sentiment que cette
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vaste collection inspirera au Spectateur sera celui d'une profonde reconnaissance envers le Tout-Puissant pour les biens qu'il a déjà répandus sur nous, et que le second sera |a conviction que nous jouirons du patrimoine qu'il nous p. donné en proportion de l'assistance que nous nous prêterons les uns aux autres sous les auspices de la pain et d'une charité active et efficace, non-seulement d'individu à indiyidu, mais de nation à nation. »
Le sentiment qui est noblement exprimé dans ce discours du prince Albert s'est reproduit dans vingt autres discours auxquels l'Exposition universelle a donné lieu. Il s'est retrouvé notamment, avec beaucoup de distinction, dans le discours que prononça lord Ahsburton, le 20 mai 1851} lors du banquet solennel offert par la Commission royale de l'Exposition aux commissaires étrangers à Richmond, fête à laquelle il présidait. Ce sentiment est ainsi toujours revenu sur les lèvres des orateurs anglais j parce qu'il est dans le cœur de la nation anglaise , parce que nous le portons nous-mêmes, et que toute l'Europe en est aniipée comme nous. Ce n'est point un fruit éphémère de la mode, non plus qu'une phraséologie inventée pour le besoin de la circonstance. C'est une pensée dont le germe est vieux comme la religion chrétienne, car celle-ci a toujours enseigné que tous les hommes sont frères, étant enfants d'un même Dieu; mais le germe est ctaveuu un arbre magnifique dont les fruits sont, de nos jours, arrivés à maturité; L'unité de la race humaine, sur laquelle ont insisté le prince Albert et lord Ashburton, n'est rien autre que ce qu'on a tant de fois exalté sous Je nom $e la fraternité des nations. C'est ce que Bérangër a chanté gou6 le nom de la Sainte- Alliance des peuples. Comme nous sommes assez loin des événements de 1815 pour qu'il soit possible à un Français d'être juste envers tous ceux qui y prirent part, sans exciter autour de soi ujie douloureuse sufprise, j'ajoute que c'est pe gue po^uivfûtj
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86U6 une forme propre à son esprit et à sa position, l'eippërêUr Alexandre, alors qu'il organisait avec ardeur u&e saifUenallianee des gouvernements. Quelques années plus haut flans nôtre histoire; ee même sentiment donnait naissance à la scène où Ànaeharsis Cloota, l'orateur du getire humain ) vint pompeusement haranguer la Convention, à la tête d'Un groupé de personnages de tôttte provenance. Mais l'Exposition de Lotfdrës se distingue avantageusement de ftmtes les manifestations qu'avait eues jusqu'ici bette penséfe si féconde et si grande. La cérémonie où GlooU célébra d'utl ton déclamatoire la fraternité des nations ressemblait à une insulte au bon senfe* parce que l'on était en guerre avec toute l'Europe. Après 1815 $ la sainte-alliance des gouvernements devint presque aussitôt une ligue contre lefe idées libérales, et la sâinte-alliànee des peuples^ préconisée -pfer le Tyrtéë qui consolait la FraUte de ses revers* tendait A organiser une carbpagne des populations contre les souverains. L'Exposition est venue à son point et à son heure; Tout était inûr enfin pour que l'aecoftl dés hommes civilisés du monde entiei* se révélât avec éclat. Trentfe-cinq ans d'une paix féconde avaient effacé des souvenirs cruels, et on àtait trouvé enfin un terrain neutre où les anciennes Querelles cpii divisaient les peuples ne pouvaient trouver place : celui dit travail, où se déploie la dotaination de la nature par l'esprit humain, pour ld bien-être commun, l'indépendance et la dignité communes.
L'Exposition Universelle de Londres, ou, pour mieux dire, le système commercial auquel celle-ci se rattaché* attesté dans toute l'Europe qui y a prêté son concours, mais plus particulièrement ehez lés Anglais* l'existence deë mêmes tendances plus fortement dessinées. Contrairement à l'esprit de la civilisation chrétienne* l'ancien système commercial qui était en honneur parmi les Anglais, comme dans le reste de l'Europe, était fondé sur des sentiments d'hostilité de natieq à fta%*. JJ était 4dmw $aprin#ipd
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qu'en matière commerciale le profit de Vun pût le dommage de Vautre, comme le disait Montaigne : notion matériellement fausse, car lorsque deux parties, contractant librement, échangent leurs marchandises, il faut bien croire que chacune y trouve son avantage, et en effet chacune y trouve le moyen de mieux satisfaire ses besoins. Quand deux peuples font librement réchange de leurs productions, ils s'en* richissent tous les deux ; car celui-là s'enrichit qui acquiert le moyen de satisfaire mieux ou moins mal ses besoins. Et par quelle combinaison ce qui est réputé une transaction favorable aux deux parties, quand tout se passe à Tintérieur d'un État entre deux individus sujets d'une même patrie, cesserait-il d'avoir ce caractère quand ils n'ont pas la même nationalité ?
Le gouvernement anglais, par l'organe de sir Robert Peel, a répudié en 1846 cette politique de haine et d'isolement qui se prétendait astucieuse et n'était que niaise. U a reconnu que celui qui achète n'est pas la victime, ou, comme on dit dans la langue protectioniste , le tributaire de celui qui vend, pas plus quand l'opération se fait entre un Anglais et un Français, que quand les deux acteurs sont de la même nation. Il a compris et proclamé que l'intérêt de tous les peuples, comme de tous les individus, était de s'entendre et de se concerter pour la satisfaction de leurs besoins communs, chacun fournissant librement tout ce qu'il fait de mieux, et tous se stimulant par la mutuelle concurrence. Pensée éminemment morale, éminemment chrétienne I
Dans la politique intérieure des Etats, la pensée dont le développement a amené l'Exposition universelle a introduit un progrès non moins bienfaisant, et dont la moralité n'est pas moins éclatante. Car c'est la pensée chrétienne, que nous devons de la bienveillance à tous les individus, et que devant Dieu ils sont nos frères, nos égaux, qui a fini par faire prévaloir, dans l'intérieur des Etats, le principe de