SENS DE L'EXPOSITION UNIVERSELLE
droit commun qui se formule ainsi : égalité de droits et unité de loi pour tous. Sous le régime féodal, les nations étaient partagées en petits groupes qui se fortifiaient les uns contre les autres. Les seigneurs se gardaient dans leurs nids de vautours avec leurs hommes d'armes. Les communes, berceau du tiers État, s'entouraient de murailles et de tours. Les corporations d'arts et métiers avaient autour d'elles, comme une barrière protectrice, leur monopole que la loi reconnaissait, et elles en soutenaient la prérogative à grands frais par-devant les Parlements. Temps tristement bizarres, tissus de contradictions, qui seraient inexplicables . si Ton n'y voyait une transition nécessaire entre le régime fondé sur l'asservissement absolu du grand nombre et l'ère de la liberté qui a lui enfin depuis soixante ans. Trouvant autour de lui le monde partagé en petites souverainetés brutales, en mille privilèges exclusifs, en juridictions jalouses, le génie de la liberté fut forcé alors de se placer lui-même sous les auspices du privilège et du monopole. De là une multitude d'abus et d'inégalités qui de nos jours ne pourraient se justifier, dont le courant de la civilisation a emporté déjà la majeure partie et a ébranlé tout le reste. Tout cela fut condamné et virtuellement aboli le jour où fut inauguré le principe éminemment salutaire du droit commun, principe de la plus haute moralité, car c'est l'équité chrétienne elle-même.
Le droit commun ne peut s'accommoder, en effet, des privilèges qui se déploient sous le drapeau de la protection. Une fois le principe du droit commun passé dans les mœurs, il était inévitable qu'on se demandât s'il était légitime que l'Etat intervînt entre certaines catégories de producteurs et le public consommateur, afin d'obliger celui-ci à payer aux premiers leurs marchandises plus qu'elles ne valent sur le marché général. La question, en effet, fut soulevée dès l'époque où le principe du droit commun ou de l'égalité devant la loi, c'est la même chose, fut proclamé. Leshom-
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mes de 4788, qui proclamaient le droit commua, étaient fortement proiloneés contre le régime protecteur et en faveur de la liberté du commerce. Que de belles lignes Turgot, qui avait été leur ami et leur maître, n'a-t-il pas écrites peur revendiquer la liberté commerciale contre les intérêts privés, qui prétendaient personnifier en eux le travail national ! Les démarches dés intéressés, les préjugés nationaux exaltés par les guerres acharnées de la Révolution française, avaient pour un temps fait pencher la balance du côté des protectionistes; mais, en 4858, la discussiop ftit reprise avec vigueur en Angleterre, elle le fut sous une forme qui justifie bien l'adage ; « Question bien posée est plus qu'à demi-résolue. » Est-il juste, s'écrièrent des honi* mes généreux, que le public paye des redevances à d'autres qu'à l'Etat, à d'autres qui, aux y eut de la loi, ne sont et ne font rien de plus que le reste de leurs concitoyens? Une assistance momentanée à des hommes nécessiteux, un subside temporaire à des hommes qui essayent leurs forces, c'est de convenance sociale ; mais un impôt permanent, mais un tribut indéfini à des hommes qui, dérision amère, prétendent qu'ils nous dispensent de payer un tribut à Tétratir ger, c'est incompatible avec la civilisation moderne ; il faut que cela disparaisse et aille se ranger dans la poussière déë tombeaux avec les autres institutions du passé qui purent être jadis indispensables, mais qui, de nos jours, heurtent l'équité et le bon sens.
Il n*y a pas de sophisme ni de paradoxe qui puisse renverser cet argument, C'est une gloire pour l'Angleterre, c'est une preuve de la raison de cette nation, de la force acquise chez elle au sentiment de l'équité, qu ? elle ait été la première au sein de laquelle, devant cette réclamation, qui ftit soutenue avec beaucoup de fermeté et aved beaucoup de talent, il faut le dire, toutes les résistances, toutes les coalitions d'intérêts privés, toutes les intrigues des partÎB soient venues se briser. L'intérêt aristocratique
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lui-même, tout puissant qu'il était, a dû s'incliner et se soumettre.
L'Angleterre a récolté ce qu'elle avait semé. Elle a traversé la dernière période des révolutions sans en recevoir aucune atteinte. Le continent a été ébranlé jusque dans ses fondements; l'Angleterre n'a pas eu la moindre secousse. Bile offre aux nations un modèle à suivre, et, confiante dans leur bon gens, qui ne peut manquer de s'éclairer au spectacle de sa propre prospérité, elle ne daigne pas s'apercevoir que des rhéteurs, semblables au serpent de la fable qui s'épuise à mordre la lime, usent leur éloquence en vains efforts pour travestir cette majestueuse réforme aux y eu* de leurs concitoyens.
Par le caractère et les allures qu'elle a donnés à sa politique intérieure et extérieure depuis un certain nombre d'années, l'Angleterre s'est placée haut dans l'esprit des amis de l'humanité, des partisans des grands principes. Elle ne rédige pas des préambules de Constitution où elle se vante de servir d'exemple aux autres nations ; elle fait mieux : elle prend ce rôle de coryphée qu'elle trouve vacant, et elle nous laisse en arrière avec nos vanteries. Je génois amèrement de ce que ma patrie est ainsi rejetée au second rang; mais j 'espère bien que, rendue à son bon sens, elle ne tardera pas a éconduire les flatteurs qui l'abusent, et se mettra rapidement au niveau de son antique émule. Par les idées et les sentiments généreux, la France est fort avancée; il ne lui sera pas difficile, pourvu qu'elle le veuille, de rattraper qui que Ge soit, car c'est l'avanceraient des sentiments et des idées, c'est-à-dire le progrès moral, qui détermine le progrès en tout genre ; et dans la pratique des arts industriels, elle a prouvé, à l'Exposition universelle, qu'elle ne craignait la comparaison avec pem sonne.