OE TENTURE
Par M. Ziibrr , fils.
« Messieurs , vous m'avez chargé de vous présenter un rapport sur les papiers de tentures qui figurent à l'Exposition de Londres, en comparant Jes produits des différentes nations qui s'y trouvent et en indiquant les chances d'importation pour les produits français auprès de chacune de ces nations. Permettez que dans mon travail j'étende un peu le cadre de votre programme et que je cherche à établir, autant que le peu de temps que j'ai pu consacrer à cette étude me la permis :
« 1° L'historique de l'industrie du papier peint;
« 2° La statistique de cette industrie chez les différentes nations qui l'exploitent ;
« 3° Le régime commercial sous lequel cette exploitation a lieu chez chacune d'elles, et le degré de développement ou de perfection auquel chacune est parvenue sous son régime particulier.
« J'ose espérer que de cet examen pourront résulter quelques déductions utiles à la grande question qui s'agite en ce moment dans le monde commercial , à savoir : quel est le système le plus propre à relever l'industrie d'un pays?
Régimes douaniers.
« Angleterre. — Jusqu'en 1825 l'industrie du papier peint fût protégée en Angleterre par la prohibition absolue; elle fut soumise, en outre, jusqu'en 1836, à un impôt du timbre, fort onéreux dans son application : car, avant l'adoption du papier sans fin , chaque rouleau , composé de 24
3*ë t^iÈ^fes ramficàtivi8;
feuilles, recevait à l'envers 24 timbres, et de plus 2 timbres pour marquer les deux bouts ; ce [droit s'élevait à environ 1 fr. 55 c. par rouleau.
« En 1825, le ministre Huskinson leva la prohibition et la remplaça par un droit de un schelling par yard carré ; ce qui, pour un rouleau de dimensions françaises, équivalait à près de 7 fr. : ce droit était exorbitant. J'eus néanmoins la curiosité de faire le voyage pour examiner si des importations serakût possibles à ce taux , et , à mon grand étonnement, je pus traiter des affaires assez importantes, 'fc You beat Us completely » , fut l'exclamation que j 'entendis habituellement en montrant nos produits; Cet état de choses continua jusqu'en 1834. Toutefois nos importations poussèrent les fabricants anglais vers le propres, au point qu'à éette époque le gouvernement anglais réduisit les droita d'entrée à moitié et annula en même temps l'impôt du timbre sur les papiers peints. Nod affaires n'en augmentèrent pas, mails l'industrie anglaise continua à faire des .progrès tels, qu'en 1846 sir Robert Peel réduisit les droits d'entré* derechef des deux tiers , c'est-à-dire à 2 pencè pat* yard , soit environ 1 fr. le rouleau. Le choc qui en résulta fut asseg violent , mais il devint prpmptement salutaire ; nos importations doublèrent pendant la première année de.rétablis9ement des nouveaux droits, mais elles redescendirent rapidement, et aujourd'hui, avec un droit six fois moindre quen\&%0) Mus âVùrts (te la peine à introduire pour une même somme de marchandises ! C est que dejmiâ 1846 l'industrie des papiers peints anglais s'est développée d'une .manière fort .remarquable. : l'Exposition en fait foi. La fabrication.de Londres, qui.s'applique d^ préférence aux articles fins, frise jstujpurd'h.ui de très-près celle de France , et la fabrication de Manchester menace déjà de la dépasser pour lès articles ordinaires !
« Il résulte de ce qui précède :
« 1° Que sous le régime prohibitif, aggravé à la vérité par un impôt fiscal , l'industrie des papiers peints est restée stationnaire en Angleterre pendant trois quarts de siècle ;
i •„■ « 2° Que sous le régime de droits protecteurs graduel-
RAPPORT Stift tfefc Wtëtlhs M ÏENTURE. §§9
lement diminués, elle a fait des progrès iftiffieflSéS et i&n eeUtestables.
« FRAAcBt — Rien n'est changé dans le régime déliante* français , depuis un demi-siècle , à l'égard des pkpietl peints ; cette industrie est protégée par un droit prohibitif qui n'a jamais pehnis la môihdfre introduction de produite étrangers. Les uns diront que c'est grâce à ce régime (fufc cette industrie a pris les développements et le rang qu'ellt occupe s au point de pouvoir exporter presque la moitié dé son produit. D'autres, au contraire ^ et je suis dé ce îibfli* bre , diront que si ce régime a pu lui être titile dans lé pHïi*cipè* il a, dans les derniers temps , amené des crises désastreuses $ en polissant la concurrence intérieure dans Séfe dernière* limites 4 et que le moment est venu de le ttiddi*fier 4
« Tant que * par l'émulation intérieure et jtor les éW* fflents de sucfcès inhérents au pays, cette industrie a pu progresse^ la protection exagérée dont elle jouit pouvait être maintenue sans trop d'iticonVénients ; aujourd'hui 5 il èft est autrement 1 d'autres pays nous ont dépassés pour la fabrication mécanique; cette fabridation deviendra ImpOt 1 *tante* poui* les affaires d'exportation principalement t si Ce ne sont les Anglais qui* pour le moment, nous feront une guerre sensible* à cause des prix plus élevés qu'ils payèttt le papier blanc, ce seront lés Belges* ce seront d'autres payty qui s'empareront de ces moyens pour nous enlever des dés bouchés. D'un autre côté, la fabrication anglaise de papiért uns fera de nouveaux progrès dont nous pourrons peut-être tirer parti; une possibilité d'introduction en France de pa* piers peints étrangers, sur une faible échelle, à titre d'échan* tillons et de stimulant, donnerait, j'en suis coftvaihcu, une impulsion salutaire à notre industrie, sans la compromettre en rien : car jamais la France ne perdra son rang pour les articles de goût : l'exposition de Londres l'a prouvé une foii de plus.
« Je ne m'opposerai donc pas, pour ma part, à une forte réduction, à la levée entière même de la protection dont jouit notre article, si, en échange de cet abandon, on peut
nous procurer de nouvelles facilités pour nos exportations, et j'en reviens, à cette occasion, à mon ancien dicton : « Une industrie qui exporte beaucoup est devenue mûre pour le régime de la liberté. »
« Allemagne. — L'Allemagne n'a protégé l'industrie du papier peint qu'à dater de 1842, époque de la formation du Zollverein. Jusque-là, et sous le régime de la liberté, il s'y était formé et développé une dizaine d'établissements d'importance moyenne ; la France fournissait une bonne partie de la consommation. En 1842, un droit d'entrée, équivalant à environ 45 centimes par rouleau, fut établi par le Zollverein : ce qui donna une certaine impulsion à l'industrie indigène; toutefois, les importations françaises purent continuer pour les articles de haute nouveauté. En 1846, ces droits d'entrée furent doublés, par suite d'une mesure de représaille contre la France, et, dès ce moment, nos importations cessèrent presque entièrement. La fabrication do pays en reçut une nouvelle impulsion; la proximité de notre établissement permit d'en débaucher des ouvriers et contremaîtres, et quelques nouveaux établissements furent ainsi créés dans le Zollverein. Ces établissements se soutinrent depuis cette époque, sans augmenter toutefois ; il arriva là ce qui est arrivé en France : la concurrence intérieure s'établit de façon à faire baisser les prix à leur minimum. Les papiers peints se fabriquent aujourd'hui en Allemagne à aussi bas prix qu'en France ; mais la consommation des articles fins y a beaucoup diminué, puisque la France seule aurait pu, par le bon goût et la nouveauté, en maintenir la vente dans ce pays. Il y aurait tout à gagner pour les deux pays si les barrières étaient entièrement levées de part et d f autre. La France trouverait dans le Zolleverein un débouché que celui-ci laisse échapper, et les fabricants du pays profiteraient de cette mesure pour tirer avec avantage de France certains articles de fabrication compliquée, qu'ils établissent par eux-mêmes aujourd'hui, moins bien et avec plus de frais.
« Belgique, Hollande, Suisse, Piémont. — r Ces quatre pays se trouvent dans des conditions presque identiques : la fabri-