EXPLICATION DE CE TABLEAU
Ce tableau est un énigme du genre de ceux dont les anciens aimoient à cacher le sens sous des emblèmes difficiles à deviner. Nous en trouvons de pareils dans la bible y comme celui de Samspn sur le miel déposé par des abeilles dans la gueule du lion qu'il avoit tué; et dans. Hérodote^ comme celui de la tortue^ et de cette princesse qui fît^ dit-il^ bâtir une pyramide^ du prix de ses prostitutio](is. Tel est encore celui du sphynx deviné par OËdipe, tek sont en général tous les oracles de ces temps. Ici c'est la célébration de la fête des mariages^, d^ûs les mois représentés par les signes du zodiaque depuis le taureau. Le cancer est représenté par le crocodile , qui ne paroît plus au bord du JSU dès refTusion du fleuve hors de ses rives, et s'y remontre lors de la rentrée des eaux dans leur lit , suivant le témoignage de M. Jomard. Eusébe ( dans sa Préparation Evangélique ) dît expressément que les Egyptiens rapportoient tout au Nil et aux astres (i). La fête représentée dans ce tableau ^ n'est qu'une peinture commémorative du mariage d'^sis et d'Osiris , ou de l'Egypte avec le soleil , dont l'action produit les inondations , fécondes quand Typhon ou le crocodile est abattu , ou destructives quand Typhon
(0 ^ nç Tou; OLçipaç , ri rav 7c froTfffAOv. Etttèb. Prsep. Ev, m.
opprime Horus. C'est l'allégorie que présente ce tableau, en même temps qu'il montre toutes les circonstances qui précédent , accompagnent et suivent le mariage , ses effets y et en général une allusion évidente à la génération humaine. Car l'Egypte étoit le monde pour ses habitans orgueilleux , dans leur ignorance , de voir les étrangers accourir à l'interprétation des fables dont ils avoient enVer loppé le peu qu'ils connaissoient de la nature et de ses lois.
Les Egyptiens étoient dans les temps anciens, oe que sont aujourd'hui les Cliinois pour nous. Ils ne sortoient jamais de leur pays^ se croyant la première nation du monde , en voyant des gens plus instruits qu'eux, venir les consulter. Il faut être aussi réservé à prononcer en leur faveur , d'après Hérodote, qu'à adopter sans examen les témoignages des jésuites si favorables aux Chinois. Que seroient ceuxci, que sont*ils aujourd'hui sans nos missionnaires? comme les Egyptiens , des hommes lâches, méfians et cérémonieux, dit l'amiral Anson(i) , qui sous une apparence de politesse extérieure , cachent un cœur faux , perfide et trompeur, et sous les dehors d'une science mystérieuse , tout le vide d'une ignorance qui se découvre- pour peu qu'on la sonde. Mais pour se concilier l'attachement du vulgaire, leurs
(i) Admirai Anson's Voyage round thc World. ^
â ttai^ot les passions , en divinisant des objets
^rf f^ pas possible de nommer. J'en prends à
f ip ** auteurs chrétiens et payens qui les ont
'f^nnus, et dont les témoignages ne peuvent
^douteux.
jHodore de Sicile répète plusieurs fois que les Grecs y qui ont reçu des Egyptiens leurs orgies et leurs fêtes de Bacchus y adorent le phallus qu'ils expo* sent publiquement dans leurs mystères^ leurs initiations et leurs sacrifices (i).
Jamblique témoigne que les Égyptiens pratiquoient les mêmes infamies y et Plotin dit expressé-* ment que Mercure étoit représenté tenant à sa main l'organe de la génération^ dans l'initiation aux mystères. Clément d'Alexandrie ( Protrept. ) , et Tertullien (Adv. vaL), font également mention du /y/^aZ/zcs qu'on découvroit aux yeux des initiés; et non seulement l'organe viril y mais encore celui du sexe féminin étoit offert au culte dans les mystères. S. Augustin nous l'apprend en ces termes que je ne peux pas me permetti*e de rendre en Français : « Ziberum a liberamento appellatum volunt y quod ma^ res in coeundo y per ejus beneficium , emissis semi^ nibus, liberentur; hoc idem inferrUnis agere Libérant y quant etiam venerem putant y quod et ipsas perhi^ béant semina emittere ; et ob hoc Libero eamdem
(i) Ste. Croix, Recherches sur les mystères du paganisme; et Villoîson de myster, vet.
virilem corporis partem in templo poni yfemineam Liberœ...Liberum et F'çnei'emprœponuntseminibus^ vel illum mascuUrUs , illam femininis , vel iUum iiquori, illam vero ariditati seminum (i).
A cela Théodoret ajoute que la phallagogie ëtoît une orgie instituée par Isis en l'honneur du phallus d'Osiris , son époux , et que cet objet étoit exposé à l'adoration du peuple qui alloit le baiser^ sans en. connoître la raison que l'hiérophante seul savoit j et qu'Orphée avoit transporté cette fête abominable d'Egypte en Grèce (2).
Le tableau que je vais expliquer pouvoit donc bien faire allusion à un usage qui ne répond que trop à la dépravation des mœurs si justement reprochée aux £gy ptiens. Strabon le raconjte en ces termes (3) :
« On consacre^ dansThèbes^ une jeune fille de nai^ sance distinguée et d'une beauté rare ^ à Jupiter que cette ville honore d'un culte particulier. Cette fille est de l'espèce de celles que les Grecs appellent iraXXaxa;^ courtisanes. Elle se prostitue à tous ceux à qui il lui
(i) S. Aûgastin , de Givitate Dei , 9. vu , 16.
(a) Théodoret. Therap. Serai, i.
(3) Tu ^c ^cc bv paXcç-a TCfAu^iv cuei^cc^Tt} xal 7tvovç ^a]ui7r|9»- TffTori itfltpOfVoç éfpxTfl» «c xoAovffiv ol cXXdvcc im^^dexaç. àvm ^i xat iraXXaxciist xac ffwcccv oiç ^evXi T«t j ftc^pcç ou cêv «9 ^«cxq y cv92Tott Tov ruftaroc xaOapfftp. Mcra ^c rnv xodap^cv Mfnax 7tp9ç avipoL y Trpcv h ^odiQvac , irevdoç «vtiqç oeycrat /ai ra rov mç 9ra]lXa-
xfftac xatpov, Strab* Geogr. L. xvii.
plaii de se livrer, jusqu'au temps où cessent âes purgations mensuelles. Alors on la marie y mais auparavant on la pleure comme morte. » '
Ce qui est certain ^ et ce qu'on ne peut pas s'empé-* cher de reconnoitre dans ce tableau y c'est qu'il a rapport à l'acte de la génération^ soit qu'il montre l'usage dont je viens de parler j soit qu'il représente la fête des mariages et la saison où elle se célébroit ; et tout dans ce tableau concourt à le prouver.
Dans les corps de chacune des deux femmes dessinées de proQl^ se voient cinq globes qui divisent en autant de portions y chacune des deux bandes composée de i35 espaces carrés dont 37 répondent à chaque globe. Vis-à-vis de la mammelle de chaque femme est un autre globe ; et vis-à-vis de leurs parties sexuelles on voit à l'une un globe ailé^ et à l'autre un scarabée étendant ses ailes et tenant dans ses pattes antérieures un autre globe qu'il y présente. On devine ce que ces globes signifient. Entre les deux files ou marches de figures qui avancent l'une vers l'autre, sous la bande intérieure, se voit une truie couverte par un griffon ou aigle à tête de crocodile. L'animal femelle appuie une de ses jambes sur un petit vase, au-dessus duquel, vis-à-vis de la gueule^ est un petit oiseau blanc. Au-devant un guerrier à tête d'épervier et à ceinture ou armure large et à collier, perce avec une longue perche, les carrés de la bande jusqu'au deuxième globe qui est devant
( 17 ) lui. Un autre guerrier aussi à face humaine ot à cein* ture ou armure large , s'oppose à lui, et soutient le bœuf Apis ne de la vache lo ; il marche sur un niveau pareil à celui qui est figuré au frontispice, vers une fepime dont les pieds sont tournés vers lui. Elle est au-dessus du dos d'un lion couché devant lo premier guerrier qui avance précédé aussi d'iMt crocodile et d'un petit scorpion.
Derrière la truie est une jeune nymphe ou vierge nubile reconnoissable à sa longue robe blanche. l£31é est suivie d'abord de quatre guerriers à têtes dé cliien, de chacal et d'ibis, puii5 d'un esclave à ceinture étroite et suppliant, puis d'un sarcophage ou caisse de momie que suit une ame sans bras, avec deux plumes sur la tête pour marquer qu'elle s'écbappe du corps ; c'est l'image de la prostituée dont parité Strabon, regardée et pleurée comme morte, quand elle se marie. Enfin un esclave élevant le braâ droit et tenant à la main gauche le flambeau de l'hy-^ men allumé. Vis-à-vis et derrière le lion, la seconde file en procession est précédée d'un guerrier qui parle de loin à la jeune nymphe. H est suivi d'abord de trois guerriers à têtes humaines, ensuite de trois aur* très guerriers à têtes de chien , d'ibis et d'épervier , et enfin de trois autres guerriers à têtes humaines. Remarquez qu'aucun de ces personnages n'a sur la tête le globe qu'on voit sur la tête de chacun des personnages qui composent les deux autres files en mar*
(»8) elle viê^^yis, et à Tencontre L'une de Y^nXve soucia bande opposée à celles-ci. L'organe générateur est figuré par le scarabée ailé apportant un globe vers les parties sexuelles de la femme reployée ^ après que le soleil , représenté par le globe ailé vis-à-vis le nombril, a échauffé l'utétus. Le globe près de diaque mammelle désigne leur plénitude par l'efièt de la conception que favorise la chaleur renaissante dans la saison où cette fête se célébroit annuellement entre Féquinoxe du printems au bélier^ et celui d'automne. La truie couverte par l'aigle à tête de crocodile est la générjEition qui s'opère dans tous les êtres vivans ; le vase sur lequel se pose une de ses pattes et l'oiseau au-dessus , marquent le principe fécondant qui se volatilise dans l'espace où il s'insinue. Le futur époux est derrière le lion, dont il a toute la force dans cette saison ardente : le scorpion est le symbole de la peste , maladie endémique à l'Egypte signalée ici par le crocodile qui s'avance sous le lion et le scorpion. Un guerrier en avant de la vierge s'oppose à l'ap* proche de l'époux. Un combat s'est livré, la foiblesse a cédé à la force, et l'esclave qui tient de la main gauche le flambeau de l'hymen, allumé > soutient de la droite un coin de la bande des i35 petits carrés qui recouvrent cette scène, et montrent l'effet de la f^ondation , comme on le verra biientôt.
La seconde scène recouverte égalen^ent par une bande de i35 petits espaces carrés, est Cjelle du triom-
(19) phe après la victoire. On n'y aperçoit pas une seule femme, mais seulement la vache lo qui a conçu, c'est ce qu'on voit par l'extrémité ovoïde de la portion postérieure de son corps, Toeuf ou la figure ovoïde étant l'image de la créatioi;i : cette portion est percée par un honune à tête d'épervier , qui aide ainsi la sortie du fœtus ^^ pendant qu'un autre homme repousse à coups de pique le crocodile qui^ après avoir dévoré le hras d'un des défenseurs. Vient pour dévorer eyicore cetjte proie naissante.
Les i35 petits espaces carrés de chaque bande font ensemble la somme de 270. Ce nombre est celui des )ouFs de la gestation dans la femme y pendant neuf mois solaires de 3o jours chacun* Ce même nombre est divisible par 27 et par lo. Si on le divise par 27 qui est le nombre des jours du mois kmaire, le quotient est 10 qui est le nombre des mois lunaires, représentés par les la disques des corps des deux • femmes ployées, et ces 10 mois kmaires équivalent aux 9 mois solaires. Ces. 10 disques, avec les aoppo-^ ses aux mammelles de ces femmes , font le nombre des 1 2 mois de l'année solaire y et ces 2 derniers disques, hors de ces corps et séparés des 10 autres , font voir par cette séparation, que 1- enfantement se f^it dans le dixième mois immédiatement et aus-*silôt après le neuvième. L'enfantement peut se faire aussi , (quoique difficilement , au septième mois y et c'est ce qu'indique la direction oblique d'une tige
4m piqué vers tes deux preimers disques de la bande inférieure, sépares ainsi des trois derniers^ et qui font avec les cinq de la bande supérieure, le nombre de sept mois, à la fin desquels l'enfant peut naître tviiœ capax^ susceptible de vie; mais il est difficile qu'il puisse vivre, et c'est ce que signifie la difficulté qu'éprouve à se tenir ferme sur les côtés du triangle de Ja truie, lliomme qui perce l'extrémité ovoïde de la vacbe, et qui en effi^t appuie un de ses pieds sur le sommet d'un des angles, pendant que l'autre glisse en dessous de l'un des côtés inclinés de cet angle.
Ces deux derniers disques par leur position vis-à* vis des mammelles, en montrent aussi la turgescence parFailIuence et la formation du lait pour la première nourriture du foetus dès le moment de sa naissance*
Gbacune des bandes de 1 35 espaces carrés est placée le long de la poitrine et de V^^bdomen de cbacune des deux femmes courbées, pour imiter l'ovaire des pois* sons , placé dans leur ventre; et l'on ne sera pa^ plus étonné de cette imitation, que de la singulière idée que nous aurions été poissons avant que de naître hommes ; système qui rappelle celui des ^animalcules nageants dans un fluide, avant leur formation spé^ ciale par l'effet de la copulation et de la conception subséquente.
Les deux femmes courbées, dont on lie voit qu'un côté, n'en font par conséquent qu'une seule, de ma-^
(ai)
hiive qu'on ne voit que la moitié de leurs têtes et é» leurs membres, tant pectoraux qu'abdominaux ; ot cette femme, c'est Isis, c'est l'Egypte, c'est la terre^ c'est la nature entière animée par le soleil que représente le /^À^/t^ sous la forme d'un globe ailé. Je parle ici le langage hiéroglyphique et figuré des Ëgypliens« L'imagination ardente et bilieuse de ce peuple qu'une longue civilisation avoit amené au dernier terme de la corruption , à force de raffinement dans ses jouis* sauces, se repaissoit de pensées noires , comme d'inur^^ ges obscènes.
Les personnages qui portent chacun un globe sur lt.'téte en signe de la victoire, sous la seconde, bande^ sont d'une part, l'époux et ses amis^ et de l'autre ceux qui lui présentent la palme par les mains du premier d'entr'eux. Au milieu de ces derniers, on voit la momie suivie de l'image de la mort, sousî l'emblème de l'ame séparée du corps. On sait que: les Égyptiens, nation atrabilaire dans son humeur >. et déréglée dans ses mœurs,, méloient cette image, à leurs plaisirs toujours forcés par l'excessive cha*f) leur du climat, et toujours empoisonpés par la prér^ sence continuelle de la peste qui les menaçoit sanft cesse d'une mort prochaine. C'est ce que oonfirp^e* remplacement du tableau dans un temple de hi mort. Le but de cette peinture semble avoir, été 4e eOtomander la nécessité de réparer par la reproduction , le^ pertes que la mort faisoit chaque, jour ///.♦
éêguyerk la vie, dans un pays toujours eàkpesié^ et sons un gouvernement dont la dureté n'est que trop attestée par les souffrances dés Hébreux , rap^* portées dans les livres de la Genèse et de l'£x6de. Et c'est ce qui a fiût dire du peuple égyptieii^ pàf un de se3 admirateurs (i): « Les traces qu'il a lais* $ées me glacent et m'épouvantent encore. La loi porte partout la chaîne et la mesuré; je vois les arts se trai« ser sous le poids de cette chaîne , et leur génie m'en paroit accablé. Le signe de la génération tracé sans pudeur jusqu'au sanctuaire des temples^ m'annonce que pour détruire la volupté^ ib en a voient encore fait un devoir. Des temples, des mystères, des initia^ tîpns, des prêtres, des victimes! pour plaisirs^ dés cérémonies I pour luxe, des tombeaux! »
Quoi ! faire de la volupté un devoir, c^étoit la détruire l c'étoit au contraire l'entretenir , l'aug-* nienter et la propager, puisqu'on là voit dans la collection des monumens d'Egypte , respirer partout sur ces monumens. Mais aussi, dans ce passage on ne voit pas la moindre trace d'une intention chronologique , qui certes paroitroit sur ces monu** mens, s'ils n'étoient pas uniquement destinés' k transmettre le souvenir des usages propres à la nation égyptienne, et des saisons où elle les ob«^
scrvoit.
L'académicien , auteur de l'explication qu'on Ut
' (t) V. Denon , Voyagé d'£gypte«
dans la xoUection de ces monumétis, la termine par une conclusion très remarquable. Il dit que tout ce que ce tableau apprend , a c'est qu'alors le lion étôit solstitial et signe de l'été, et le taureau équinoxial et signe du prititems. Or, continue-t-il , le premier de ces phénomènes a eu lieu depuis l'an 3863 jusqu'à l'an 12^7 avant Jésus^Christ; et le second, depuis l'an4o78 jusqu'àl'an 1707. La condition qu'ils soient arrivés en même temps, rapproche un peu les limites, et reporte à igsS ans avant Jésus-Christ, l'époque la moins éloignée. Par un milieu, on fixerôit cette date à trois mille ans avant l'ère chrétienne. Au reste ce monument est bien antérieur à ceux de Dendérah(i).))
Voilà donc les monumens de Dendérah reconnus modernes ! voilà donc la nouveauté des monumens de Dendérah , bien démontrée , m je démontre celle de t:e tableau ; c'est ce que je vais faire*
J'ai dit d'après Lucien,- dans la seconde partie dé cet ^ouvrage , que les Egyptiens étoiènt originaires d'Ethiopie (2). La preuve de cette assertion se trouve dans le premier volume du voyage de Bruce aux sources du Nil (3). Ce voyageur trouva dans la ville d'Axum en Abyssinie, une pierre représentant d'un côtéHorus debout sur un crocodile, et tenant dans
(1) Antiquités d'Egypte, 3© livraison.
(a) Voyez ci-après son témoignage en note.
(3) Bruce's trayels.
chaque main un serpent, accoste à droite d^un cancer^ et à gauche d'un scorpion , au-dessus d'un capricorne a droite , et d'un lion à gauche. Cette pierre , de l'autre côté, est couverte de caractères hiéroglyphiques semblables à ceux des Egyptiens. Bruce regarde avec raison cette pierre comme un almanach , qui rappel] oit la cëlébration d'une fête dans les mois du cancer et du lion, et dans ceux du scorpion et du capricorne.
n n'est donc point vrai que ce monument, comme on le dit , représente le solstice d'été dans le lion , et léquinoxe du printems au taureau. Car on ne voit point de taureau dans ce monument, et c'est une imagination gratuite , que de l'y supposer ; il faut s'en tenir à ce qu'on voit, et non à ce qu'on voudroit voir. Mais il résulte toujours de l'antériorité des monumens d^Axum, relativement à ceux de Dendérah, que ceux-ci sont très modernes. Car Bruce ajoute; «La chronique d'Axum(i), livre d'annales de ce pays, où il est estimé le plus ancien après ceux de Moïse, compte seulement 5ooo ans entre la création et la naissance du Sauveur. Elle dit que l'Abyssinie n'est habitée que depuis l'an 1808 avant Jésus- Christ; que 200 après , c'est-à-dire , 1600 ans avant l'ère chrétienne , elle fut ravagée par une inondation , et que dans l'année 1 4oo avant J ésus-Christ elle fut envahie par des peuples étrangers qui la repeuplèrent. »
(i) Voyez ci-après , p. îi8.
( ^5) Cette iaondation força les Nubiens ^ Ethiopiens ou Abyssins à desœndre en EgypteVoù ils portèrent leurs coutumes et leur écriture. Et l'on voit que cette émigration ne remonte pas à deux mille ans avant Jésus-Chrit. La Thébaïde, où cette colonie se fixa^ comnie étant la province la plus proche de l'Ethiopie ou Nubie y ne peut donc pas nous offrir de monumens antérieurs à cotte époque. Il faut en conclure que la peinture du tombeau des rois^ n'est pas plus un monument chronologique^ servant à dasser d^s faits historiques dans la série des temps , que ne l'est la pierre d'Axum j or celle-ci ne peut l'être, car le lion ne peut pas y être le signe du solstice d'été, si le taureau n'y est pas en même temps le signe de l'équinoxe du printems; ni le solstice d'été être dans le cancer, si le bélier n'y est pas l'équinoxe du printems. Or, le bélier n'y paroît pas . plus que le taureau. Si le scorpion représentoit l'équinoxe d'automne, dans la supposition du solstice d'été dans le lion , le capricorne ne pourroit pas désigner cet équinoxe , et quelqu'autre combinaison que l'on veuille supposer, on y rencontrera toujours la même imposibilité d'accorder les quatre saisons avec les signes' marqués. Gela prouve que ; ce monument n'est nullement chronologique, mais qu'il indique seulement les mois par les animaux qui les représentent ^ d'après un usage antiquemeut Tenu de l'Ethiopie.
La ctironiqué d'Axam Vaccorde avec ce- que j'ai dit un peu plus haut de la chronologie des rois dé Thébes ou Haute-Egypte, contemporains de ceux de Memphis, etc., selon Eratosthène, dans la thro-ilographie de George le Syncelle. Ces règnes parallèles ne corammencent à devenir certains que lors de la sortie de Moïse hors de l'Egypte, peu^ dant qu'Amosis rëgnoit en Egypte , lorsqu'Inachus régnoit à Argos, suivant S« Clément d'Alexandrie qui dit : « Plolemée Mendésien, qui a écrit en trois livres l'histoire des rois d'Egypte> rapporté que du temps d'Amosis, les Juifs, sous la conduite de M oise^ sortirent de l'Egypte, ce qui montre que Môise vivoit du temps d'Inachus, Or Inachus, selon la . chronique d'Eratosthène dans le premier ïiyve des , S tr ornâtes de S. Clément d'Alexandrie, vivoitqnalre générations (120 ans ) avant Cécrops, ibndateui* d'Athènes; et selon Démophon, p^ compte itiSoans . entre Cécrops et la mort d'Alexandre , que la table chronologique des Rois, dans l'Almageste de Pto-^ lemée, dit être arrivée l'an 3a4^^^t Vère chrétienne, La somme de tous ces nombres est j.6q^^ 14 sortie d^ Hébreux l>ors de l'Egypte ne peut donc pas remqnter plus haut que le di]i^-sepltéme ^ècle ayant J* C Et puisque le table£^u du toml^eiiu des rois à Thèbes n'a pu être peint ayant qil'il y eût d^s rojs d^ns cette ville, ce tableau ne remonte donc pas au^lessusdu dix-septième siècle ayant Jésus-Clhiri^tt Mais'suryaii^
( ^7) l'aveu dç l'académicien, il est de beaucoup àntërieut aux zodiaques dé Denderah^ donc ces zodiaques soht bien loin d'avoir une antiquité qui aille jusqu'au diïseptième siède avant l'ère chrétienne ( i ).
Enfin conunent seroit-<-i] possible qUe le Uoh fui solsticiaï et signe de l'été^ depuis l'an 3863 jusiqu'à I ^77 avant J.-G. , et le taureau équinoxialet signe éà printems depuis 4078 jusqu'en 1707 avant cette ' même époque? Si le taureau a été le signe du prin-^ tems y lorsque le lion étoit le signe de l'été , cela dut arriver dans le même temps, et non à un intervalle de 2i5 ans l'un de l'autre^ car les signes du zodiaque jsont chacun de 3o degrés et la précession de i degré
M&xrsofiaç iq^ov/xsvou ^ ytyovsv ae louJixioïc t'Yiv c{ ÀiyvivTOU noptiav* c$ ûv ffwoirrac xaxAÏva^^if ^xfAoxcvac rovMoïKrsa.na^aioTspa 9b r»}f tX^nvtXMv rot ap^o^txa, xa. xar' Iva;^ov^S70t b Acovuaioc b AXoeapvatfffctic. Toureav ^t xsffaoïpatç (^) juis v ycvfatff vff4»T«f)a ra ArToea ^ t^
«TTO KcxpOfTOÇ.
/(*). Le texte corrompa dit Tf ffvapiexovTac ; mais c'est aoe faute , car plus bas S, Clément met ao gënëralions ou 4oo ans entre Inachns et la guerre de Troye. Or cette guerre est postërieure à la fondation d'Athènes , suivant ce que portent les inarbresd'Arondel^ qui mettent i3i8 ans entre Cecrops et Diognète ^ archonte ^63 ans avant Jésus-Christ , et seulement 994 ans entre cette guerre et cet archonte, Mais cette guerre seroit antérieure à Inachus , si on lisoit Te9<ra|9axovTa ^ ce qui seroit contraire à la vérité historique ; donc il faut lire tc«trapcuç ; donc Cécrops est de 120 ans postérieur à Inachus ; donc Moyse est de i58o ans plus ancien que Diognète , et par conséquent de 1800 ans au plus, antérieur à Jésus-pChrist«
«o 71^ 85 aiu saui inégalité ^ a eu lieu •imultanement poor l'ëquiuoxe comme pour le ioUtioe. Aussi cet «ntcor) frappé de la contradiction qui résulte de la comparaison de son raisonnement^ avec la déclaration de la pierre d'Axum^ ajouté que les monun^ens dans le style égyptien , que l'on retrouve en Ethiopie^ doivent appartenir à une époque qui est moderne , par rapport à l'astronomie des bords du Nil ; con-* jecture dénuée de fondement^ mais qui favorise un qrstème démenti , conmie je viens de lé faire voir^ par Lucien ( ^^ P^' ^^ auteurs que cite le savant prêtre Clément d'Alexandrie, par la tradition locale (7), par l'histoire sacrée et profane^ et par le calcul.
(i)TavTa fAtv 6UV ktBtoitiç cv t^ ovpavy eirs^i^ov |LCTa^c» yiif Offiv ovffcv AcyvTTTioiffitf oLTÙtci TOV Xo^ov icaLp$^Qffav f Atyvirxt^
fav, . . . Lucian. de Astrol.
(a) Thebes was built by a coloDy oC Etbiopians from Siri| the city of seir or the dog-star... the chronicle of Axam, tbe inoit andent repository of the antiqaities of tbat country, a book esteemed as the first in authority , after te hbly scrip* turet, says that between the création of thé world , and ths birth of oar laviour , tberewere 55oo years... etc.
Bruce'ttrav.