ÉGYPTIENS
Dio6£KE-LAEacE rapporte (i) que les Egyptiens disoient avoir reçu les premières leçons de la sagesse y de Vulcain ^ fils de Ililus ; qu'entre lui et Alexandre 9 roi de Macédoine^ il s'étoit écoulé 48863 années^ et que dans cet espace de temps il étoit arrivé 378 éclipses de soleil ^ et 83 a de lune (a). Et Justin^ exposant dans son histoire les raisons comme alléguées de part et d'autre par les Egyptiens et les S<7thes pour appuyer leur prétention à la priorité d'antiquité > prononce en faveur des Scythes» En effet^ Strabon assure que les Egyptiens
(1) Vies des philosophes^ inirodactioiiy ircpc écttv taiv cv
(a) Scythamm gens antiquissima semper habita , quanqaam inter Scythas el JEgyptios diù contentio de generis
vetuslate fuerit His igitar argamentis superatis ^gypliis,
aniiquiores semper Scythae viû. Iust. Hist. L. ii. C. 11.
etoient une colonie de Phrygiens, Scythes d'ori-^ fi;ine ; et ce témoignage de Strabon détruit celui de Laërce. Cette colonie n'avoit donc pas l'antiquité que Laërce lui donuc, ni même celle des Phrygiens, Til ramas d'esclaves échappés aux fers et aux supplices^ peu de temps avant la guerre de Troie (i).
D'abord, c'est sans preuve que Laërce rapporte un aussi grand nombre d'éclipsés ^ car nous nç trouvons consignée nulle part aucune de ces observations; aucun historien n'en a parlé, et il n'existe aucun monument qui en atteste la réalité. Quoiqu'il y en eût peutêtre quelques-unes qui auroient pu arriver, sile monde eût existé alors, tout nous dit cependant qu'elles n'ont pas eu lieu, puisque la création est de,^ loi» fraîche date que les temps assignés par Laërce ; il ^n est de ces nombreux phénomènes ,, comme dea milliers d'observations célestes prétendues des Chair déens^ qui, dans le livre de Ptolamée, se réduisent à sept dans l'espace de sept cents ans , au lieu de sept cents siècles que les Chaldécns sedonnoiefif gratoir tem^nt.
Ensuite ^ dans la question agitée par Jw tin , il ne s'agissoit que de savoir de quel côlé s'étoit forme le premier gQuverpen>ent d^un peuple constitué en corps de nation. On ne s'avisoit pas encore d'alljBr chercher la solution do ce problème dans des calendriers d'opérations rurales, de cérémonies religieuses, et d'usages civils.
C'est de nos jours y que devolt éclore cette nou-
(i) Slrabr Geograph.- L. i et x.
¥elle manière d'étudier la chronologie. Oa la Ut aujourd'hui sans difficulté dans des caractères d'écritures dont on ne connoit plus la signification^ dans des figures d'animaux qui représentent des constellations célestes , et dans des monumens jusqu'à présent inexpUcables d'anciens usages éteints avec les nations qui les pratiquoient
n s'est pourtant trouvé des modernes qui ont voulu les expliquer, « Nous arrivâmes, dit M. Denon (i), à Tentyra. Je trouvai enfi>uie dans les plus trbtes décombres une porte construite de masses énormes couvertes d'hiéroglyphes; au travers de cette porte , j'aperçus le temple.. *• Dans les ruines de Tentyra, les Egyptiens me parurent des géants... J'avois aperçu sur des plafonds des systèmes planétaires , des zodiaques y des planisphères célestes , présentés dans^ une ordonnance pleine de goût.
(( Le planisphère est au plafond d'un petit appartement bâti sur le comble du grand temple de Tentyra, et le U)diaque en deux grandes parties est sculpté au plafond du portique de ce temple. Dans ce zodiaque^ le disque placé aux cuisses de la figure qui repr^nte l'année , est le soleil qui placé au signe du cancer, peut servir d'époque à l'érection du temple. )»
Cet auteur tient un autre langage , quand il dit dans le même voyage : « Tout cela peut n'être qu'âne eapèce d'almanach , qui désigne les temps de
(i) Voyage daoa la basse et la haute Egypte, t^ a p. ii.
la célébration àes fêtes religieuses dans ces temples, au retour du soleil en certains points du ciel ».
M. Denon admet donc dans ces zodiaques, ou plutôt il balance sur ce qu'ail y admettra, ou Tintention de faire connoître Tâge de ces monumens, ou celle de montrer les saisons de;3 travaux et des fêtes qui reviennent périodiquement dans le cours de chaque année.
Quoique je sois persuadé que cette dernière destination fut la seule qu'on se proposa dans ces séries de constellations zodiacales accompagnées de tant de personnages occupés de diverses fonctions , suivons ce spirituel voyageur à Tentyra, pour voir avec lui laquelle de ses deux assertions nous devons adopter. Mais arrêtons-nous d'abord à considérer l'état ancien et présent de cette ville, celui de ce temple si fameux surtout par les zodiaques qu^il renferme, et qui excitent aujourd'hui tant de curiosité.
Tentyra, nommée aussi Denderah , est l'ancienne Tentyris. Ptolemée, dans sa géographie ancienne, fait de cette ville, la métropole du Nome, c'est-à-dire, de la province qui 'porte le même nom. Elle est située près du Nil, entre Diospolis au no^d^ et Latopolis, aujourd'hui Esné, au midi. Strabon dit que ses habitans détruisoient les crocodiles que d'autres Egyptiens adoroient. On voit encore les ruines de Tentyris à Amata , à un mille de la rivière d'Hernionthis , aujourd'hui Herment. Elle étoit au mi- .. lieu d'une vaste plaine et paroit avoir eu entré trois
et quatre milles de circuit. On y voit encore les restes de deux édifices antiques (i). ^
« L'emplacement de l'ancienne Tentjris , disent les auteurs de la collection des monumens d'Egypte^ offre des ruines importantes qui feront l'objet d'une description très-étendue. £n ce moment^ il suffira de dire que le portique du grand temple de Denderail renferme vingt-quatre colonnes^ et que tous les soffites sont couverts de tableaux hiéroglyphiques qui ont plus ou moins de rapport avec Tastronomie. »
C'est aujourd'hui une ville déserte^ et où il ne reste plus sur pied que des parties assez; entières du portique et de Ja voûte du temple^ d'où Ton vient de nous apporter un zodiaque circulaire qu'on en a détaché ; mais on y a laissé au portique un autre zodiaque qui est quadrangulaire^ et qui a déjà servi à Dupuis^ de matière à soutenir que ce temple a plus de quatorze mille ans d'antiquité. Il avoit déjà appuyé ce système sur les zodiaques des Indiens* Mais LegentU^ de l'Académie des sciences de Paris ^ a puissamment refuté ses raisonnemens dans un mémoire^ où il dit:
« Les Brames indiens ont un zodiaque pareil à celui des Egyptiens ; car leur poisson est le capricorne à queue de poisson ; leur cruche est le verseau; leur flèche est le sagittaire; et leur peson est la balance y le reste est pareil dans l'un et l'au-
(i) Hist. univ.T. 33.
ire. Ils partagent ausisi le s^odiaque un ^J pour lés jours de la lune. Le bélier des Indiens est un chien sauvage; leur zodiaque commence à la tête du bélier. L'astronomie indienne ne peut venir que des Glialdéens. Les brames disent eut - mêmes qu'elle leur vient du Nord, et les Chinois ainsi que les Egyptiens tiennent la leur de cette source cômtnunc.
» Nous ne pouvons rien remarquer dans ce zodiaque^ qui puisse nous donner à soupçonner qu'il prouve d?une manière même indirecte^ comme l'assure M. Dupuis y que le capricorne ait occupé > dans le principe^ le solstice d'été y puisqu'à la rigueur^ c'est le lion qui occupe ce solstice dans ce planisphère relativement au système d'antiquité que M. Dupuis attribue au zodiaque indien de représenter l'ordre des choses, lorsque la vierge étoit au solstice, quatre mille ans environ avant J.-C. j et, lorsque par conséquent , ce zodiaque prouvoit d'une manière indirecte, que le capricorne a occupé dans le principe, c'est-à-dire, i4ooo ans environ avant J.-C. le solstice d'été. J'ai dit, je le dis et je le dirai encore s'il le faut, que ce zodiaque ne me paroit nullement être l'ouvrage des astronomes indiens, par les raisons détaillées dans mon mémoire, et que nous ne pouvons rien remarquer dans ce zodiaque qui puisse nous donner à soupçonner qu'il prouve l'opinion de M. Dupuis. Il ne représente, par conséquent, point l'état du ciel dans l'âge où la vierge occupoit le solstice, comme le pense M. Dupuis ; en analysant ce zodiaque, on voit évidemment que
ce ne sont pas les angles des quadrilatères qui désignent les solstices et les ëquinoxes^ ce que je prouve dans mon mémoire (i); ce zodiaque^ au lieu d'indiquer l'époque où la vierge occupoit le solstice 4ooo ans avant J.-G.^ comme paroit le penser M. Dupuis^ indiquer oit ^ au contraire^ celle où le lion occupoit ce même solstice uSoo ans environ avant Jésus-Christ..
Du puis a étendu sur les monumens d'Egypte les efforts qu'il fait pour prouver que les zodiaques , ou 1^ signes astronomiques qu'on y voit^ remontent à une antiquité supérieure à tout ce que nous connoissons. C'est particulièrement sur ceux qui sont tracés dans le temple deDenderah^ qu'il déploie toutes ses ressources pour venir à bout de faire triompher son système. Mais avant de montrer la futilité de ses raisons y je crois devoir placer ici la déclaration décisive d'un des plus savans hommes de l'Europe sur le sujet qui nous occupe. C'est de M. Deguignes, auteur de l'histoire des Huns. Il dit dans un mémoire (a) sur l'origine du zodiaque et du calendrier chez les orientaux : « Je crois être auto risé à soutenir que les Grecs, faute d'avoir bien compris ce que les Egyptiens enseignoient sur le cours de la nature, ont formé un zodiaque, suivant Vidée que nous attachons à ce terme, de ce qui chez les Egyptiens avoit un objet tout différent. Les Qoms de bélier, taureau, etc., ne seraient pas des
(i) Mëm. de TAc. des Se. 1785.
(i)Mém. deTAcad. desinscrip,
noms de constellations^ mais une division de Fannéeén douze parties^ relativement aux productions de la terre , et aux influences du soleil sur les pro-' ductions. Voilà ce que je crois que ces noms expri-^ moient chez les Egyptiens , et non des amas d'étoiles. »
Dupuis est tombé dans l'erreur commune que Deguignes reproche aux Grecs y et en général aux modernes qui l'ont héritée des Grecs. Il prend les zodiaques de Denderah pour des chronologies astronomiques^ tandis qu'ils ne sont que les indica-* teurs des travaux usités en chaque mois désigné par le symbole de sa constellation propre-
» Mes recherches, dit Dupuis, ont un autre but que celui que se sont proposé les savans ( MM. Visconti , Burkhard, etc. ) Us n'ont tous cherché qu'à déterminer l'antiquité de ce monument. C'est l'unique objet de leurs dissertations. Pour moi, c'est la nature même de ce monument, qui m'a occupé, et dont j'ai cherché à deviner le sens »•
£t tout aussitôt , dressant un globe pour la lati-* tade de 26 degrés, il met le capricorne au méridien supérieur, le bélier à l'horizon oriental, la balance à l'horizon occidental, et le cancer au méridien inférieur. Après cet arrangement qu'il déclare être conforme au planisphère quadrangulaire de Denderah, Dupuis ajoute : « Les points équiûoxiaux et solsticiaux , à l'époque à laquelle fût composé ce zodiaque, répondoient aux constellations du bélier, de la balance, du cancer et du capricorne-
mais ils y ont répondu pendant ai6o ans^ depuis 254 jusqu'à Tan 388 avant notre ère vulgaire; c'est dans ces limites qu'est renfermëe Fépoque de ce monument >».
Mais^ M. Bioty de Tuistitat de France | n'admet cette antiquité y pour le zodiaque quadrangulaire de Denderab, qu'en supposant le solstice d'été dans le lion 9 au lieu de le placer^ comme fait Dapuis^ dans le cancer. Voici œ qu'il dit(i):
« Sous le plafond du portique de ce temple est une longue file de figures d'honunes et d'animaux^ marchant dans le même sens ^ à la suite les uns des autres. Parmi ces figures se trouvent les douze signes du zodiaque , placés dans l'ordre selon lequel le so« leil les parcourt
« Le signe qui est a la tête de tous les autres | et qui semble sortir le premier du temple, est le lion,
(( Si , comme quelques personnes l'on pensé, il est raisonnable de croire que le signe qui ouvre la marche , est aussi celui dans lequel le soleil en* troit au commencement de l'année, il sera facile de trouver la date de l'état du ciel , représenté par ce moaument.
. K Car on sait que l'année rurale des Egyptiens cpmmençoit au solstice d'été, époque des iàonda« lions, du Nil. D'après l'hypothèse précédente, ce sol-stice seroit arrivé dans la constellation du lion à l'époque représentée sur le zodiaque de Tentyris.
(0 Astronomie physique , vol. 2.
Or il se trouve maÎDlenant au sii* degré septen* trional de la consteUation des gémeaux. Le temps nécessaire pour cette rétrogradation donnera la date du monument.
«c Pour la fixer avec quelque certitude ^ il faudroit connoître le point précis de la constellation du lion, auquel le solstice répondoit alors. Mais c^est ce que le monument ne semble pas indiquer. Si on évalue ^intervalle total à deux signes complets (60 degrés) , on aura un peu plus de 4ooo ans (d'où ôtant nos i8aa ans^ restent 2178 avant J,-G. ) pour l'ancienneté dé cet édifice au plafond duquel étoit ce zodiaque, à raison de 5o secondes de degré de précession par année (i) »«
M. Biot est donc loin d'accorder ce que Dupuis conclut aussi légèrement qu'il l'a fait, contre les preuves évidentes que donne le calcul astronomique en faveur de M« Biot, de Legentil et des astronomes chronologues*
Il est vrai que Dupuis place le solstice d'été sur ce planisphère dans le cancer où il est effectif vement représenté par un globe rayonnant. Mais, dans le système de Dupuis , cette circonstance essentielle rendroif la date de ce tableau et du temple ^'bien plus récente encore que celle qui leur est ^issignée par Legentil. Je vais le prouver par l'explication de ce tableau; mais pour le bien expliquer , commen* çons par le bien décrire. Et comme je ne puis en donner une meilleure description que celle qu'en
(1) Biol , Asir. phys. a. vol. p. 3r2^ 3i3.
ont consignée clans leur grande collection des nit>numens d'Egypte y les habiles ingénieurs qui l'ont vu , qui Font ^gssinë, et qui Font décrit^ je vais les laisser parle"
cc(i) Les deux parties du zodiaque sont composées d'une manière semblable dans Fune etl'au« tre y une grande figure de femme paroit envelopper tout le tableau. Son corps est de la même longueur que le plafond. Ses liras qui sont passes par der-» riére sa téte^ où ils ne paroissent avoir qu'une seule et même attache^ et ses jambes^ terminent le ta-* bleau à ses deux extrémités. Cette grande figure a le dos tourné vers le mur latéral le plus voisin ^ ensorte que les deux ensemble paroissent embrasser tout le plafond du portique. En haut près délamammelle on voit un scarabée^ les ailes étendues. Au-dessus^ on apperçoit plusieurs omemens plutôt peints que sculptés^ et au-dessous une ceinture de fleurs de lotus. Une espèce de guirlande de fleurs de la même plante occupe le milieu de la robe dans toute sa longueur^ et la borde par le bas : de chaque côté sont quatre lignes de ûgzags qui représentent sans doute de l'eau. C'est ainsi du moins que les Egyp* tiens ont figuré l'eau qui sort des vases du verseau , et celle qui remplit l'espèce de bassin qu^on voit entre les deux poissons^ et les eaux des fleuves sur les monumens deThèbes.Vis-à^vis delà bouche de chacune de ces deux grandes figures symboliques^ est un
(i) Yoy. la planche e de la collection des monumena as* tronomiques d'Egypie, e^ ci*aprèt la pi. i.
globe avec une seule aile e'tendue le Icfng des bras. Le reste de chaque table est partagé dans le sens de sa longueur^ en deux parties égales comprises entre trois lignes d'hiéroglyphes. DanMa bande supérieure, on remarque, parmi un . grand nombre d'autres figures, six des signes du zodiaque. Dans la bande inférieure, sont des barques montées par d'autres figures symboliques : ces barques sont armées de deux rames qui paroissent figurer des branches de palmier ou des plumes , et dont les poignées sont ornées de têtes d'épervier. Les deux extrémités de chaque barque sont façonnées en fi^rme de fleurs de lotus.
» Dans le dessin qui est au bas delà planche, on remarquera un scarabée placé à la naissance des cuisses de la grande figure. Il n'a qu'une seule aile, qui est étendue diagonalement dans le tableau.
» Le bas-relief gravé en haut de la planche offre , dans la première bande, le verseau, les poissons, le bélier, le taureau, les gémeaux représentés par deux personnages qui se donnent la main > et le cancer qui est en partie engagé dans les jambes de la grande figure.
» Les signes du zodiaque représentés dans la seconde bande sont le lion, la vierge, la balance , le scorpion, le sagittaire, le capricorne. Et dans cette bande inférieure, on voit dix-neuf figures montées sur des barques. Indépendamment des dix-neuf barques, il y a^ du côté des jambes de la grande figure, une vingtième barque beaucoup plus pe-r
titeque les autres, dans laquelle est placée une fleur de lotus d'où semble sortir un serpent.
)) A Fangle formé par le corps et les jambes de la grande figure, on voit un soleil lançant des rayons sur une tête d'Isis. La lumière est figurée par des lignes divergentes de cônes tronqués dont * les diamètres augmentent à mesure que ces cônes sont plus loin du disque du soleil. On trouve la lunuére représentée de la même manière sur les pa« rois des soupiraux qui donnent du jour dans les dif • ferentes salles du temple de Denderah ».
Telle est la description du zodiaque quadrangulaire de Denderah dans les monumens d'Egypte. Ses auteurs n'en^ ont pas expliqué le sens. Il faut donc que j'y supplée. L'obligation en est d'autant plus grande et plus urgente, que Dupuis, dans son origine des cultes, soutient et prétend prouver que ce monument a plus de aSoo ans d'antiquité avant Jésus-Ghrist.
Il dit que « les positions les plus rapprochées qu'on puisse supposer aux colures dans le zodia* que de Denderah, vont à 388 ans avant l'ère vulgaire, époque à laquelle la première étoile du bélier étoit dans le colure des équinoxes » , cela supposeroit le solstice d'été dans, le cancer, au lieu que M. Biot le place dans le lion -de ce zodiaque, comme on l'a vu ci-dessus par l'introduction. Voilà donc une contradiction dans ce zodiaque même , qui montre bien évidemment qu'il n'est pas destiné à donner l'âge de l'édifice. Car le sobtice ne peut
pas avoir ëië tout à la fois dans le cancer et dans le lion. S'il étoit dans le cancer^ le temple ne remon^ teroit pas au-dessus de l'an 388 avant Jcsus-Christ^ selon Dupuis ; et s'il étoit dans le lion y cette construction ne surpasseroit pas de beaucoup l'an 2000^ suivant M. Biot. Quoiqu'il en soit^ les partisans de l'antiquité illimitée du monde ne peuvent tirer aucun avantage de ce qu'ajoute Dupuis , savoir : Que le solstice ayant été dans le cancer après avoir été dans le lion , a été auparavant dans le capricorne. Car aucun monument ne nous le montre dans cette dernière constellation.
Il ne faut pas^ de ce que le solstice d'été esjt ici marqué dans le cancer^ conclure^ comme l'a fait Dupuis^ qu'il avoit été auparavant dans le capricorne. U a dû y étre^ si le monde existoit quand il a pu y être effectivement. Mais ce seroit supposer ce qui est en question y que de dire : Le solstice d'été étoit dans le capricorne douze mille ans avant que d'être dans le cancer^ car 12000 après avoir été dans le capricorne^ il a été dans le cancer^ jen vertu de la précession des équinoxes.
L'auteur d'une notice sur le zodiaque de Denderah semble vouloir disculper Dupuis ; il soutient que cet académicien^ membre de la même compagnie littéraire que lui, ne fait remonter ce zodiaque qui à vingt^cinq siècles au-dessus de notre ère. Mais il ne se souvient donc pas; ou il dissimule, que Dupuis conclut de ce que le solstice d'été est marqué sur ce planisphère^ au signe du cancer^ qu'il avoit
été dans le capricorne douze mille ans auparavant^ Denderah est aujourd'hui un misérable hameau ^ reste de l'ancienne ville de Tenty ris , située prés du Wil dans la Haute-Egypte j il s'y trouve un temple à moitié ruiné ^ au portique duquel se voit le zodiaque quadrangulaire dont je viens de déterminer l'âge et la signification^ et un autre zodiaque^ mais circulaire , sculpté dans la voûte de ce temple^ comme dans une coupole pratiquée pour Horus^ fils d'Isis et d'Osiris. Dupuis tira parti "du zodiaque quadrangulaire déjà connu depuis long-temps, pour faire accroire que la construction du temple remontoit à i4 ou i5 mille ans^ et par conséquent à u|ie époque antérieure de plus de dix mille ans à celle de la création du monde. On a voulu, à son exemple, s'autoriser du zodiaque circulaire du même temple , pour soutenir le même paradoxe. Nous les comparerons l'un à Tautre, et nous commencerons par l'examen du premier. Mais entrons d'abord à Denderah avec M. Denon et ses compagnons de voyage. « Iln'y avoit que vingt minutes de chemin de Denderah aux ruines de Tentyra , qui s'appellent maintenant Berbé , dit H. Denon ; le peu de distance entre Denderah et Tentyra, et la ressemblance de ces deux noms, dont le changement est aisé et ordinaire àxi denty sont bien la preuve que les ruines tyra et le bourg de Denderah ne faisoient autrefois qu'un seul et même lieu.
Le temple d'Edfou offrit à leur première vue^ des deux , côtés du grand pylône, un bourreau qui , d'un seul coup de cimeterre , abbat les
têtes de plusieurs victimes humaines agenouillées.
Les temples d'Esnë leur montrèrent de pareilles scènes d'horreur; et celui deKarnac des objets qui durent révolter leur pudeur.
A Ombos^ des parens dénaturés se plaisoient à faire dévorer leurs enfans par des crocodiles; et, ailleurs ces animaux, occasions de guerres continuelles entre les habitans des lieux où on les adoroit, et ceux où on les détruisoit, comme à Denderah , dont les monumens ont excité l'attention des sa*vans, par les indices qu'ils y crurent appercevoir d'une astronomie bien formée, et par les conséquences qu'ils ont tenté d'en tirer pour l'antiquité de la nation égyptienne, et ses ouvrages.
Mais tout ce qu'il est possible dans la dernière rigueur, de conclure du zodiaque quadrangulaire, c'est uniquement le passage du solstice d'été, du lion au cancer; et celui de l'équinoxe du printems^ du taureau au bélier, comme les époques célestes les plus anciennes que ces monumens puissent donner à ces phénomènes, si l'âge de ces monumens est l'objet des signes du zodiaque qu'on y voit figurés. Et cela ne leur donneroit que âooo ans d'antiquité avant Jésus-Christ.
Le solstice d'été est reconnoissable ici à la pré*sence du soleil dans le cancer , et à une tête d'enfant qui n'est pas celle d'Isis , comme on l'assure , mais celle d'un enfant nouvellement né, qui exprime ainsi le premier jour du nouvel an, au lever de la canicule.
Les deux grandes femmes courbées qui contien-
nent entre leurs bras et leurs jambes les deux bandes étendues lé long de leurs corps depuis leurs bouches , jusqu'à leurs pieds , représentent Isis , c'est-à-dire TEgypte elle-même, parcourue dans toute sa longueur par le Nil , que figurent les ondulations de leur longue robe, et les guirlandes de fleurs de lotus qui entourent leurs seins, descencendent jusqu'aux pieds, et bordent le bas des robes. Jablonsky (i) prouve en effet qu'Isis signifioit non-seulement la lune, mais aussi l'Egypte fertilisée par le Nil. La théologie payenne avoit bien des doubles (emplois. Témoin Hercule qui aussi fabuleux que Sésostris, signifioit tout ce qu'on vouloit en héros imaginaires. Le globe ailé verslafacede chaque grande femme, représente le soleil qui, au solstice d'été, est, selon Eratosthène , vertical sur Syéne , au vingt-troisième degré cinquante minutes de latitude boréale , où les anciens plaçoient la plus haute déclinaison boréale du so* leil. Syéne, dans la géographie de Ptolemée, étoit la ville la plus méridionale de l'Egypte. C'étoit donc là que le Nilvcommençoit à entrer dans cette longue vallée qu'il fertilise depuis Philé et l'ile d'Éléphantine , jusqu'à la mer où il se jette par ses sept bouches. La tête de l'Egypte, sa partie la plus méridionale, celle où elle commence à recevoir les eaux du Nil, est donc représentée dans ce monument par les têtes des deux grandes femmes que le soleil regarde en face, en même temps que la déesse Neitha (i; Jablonsky , panthéon ^gypiiorum.
qui^ dit-on , Ta civilisée, y est figurée par un scarabée placé sur leur poitrine, pour marquer qu'elle inspira leur cœur, c'est-à-dire qu'elle anime l'intérieur de l'Egypte. Il est répété en bas et en dedans de la courbure des cuisses de «l'une de* ces deux 'grandes femmes, parallèlement à l'image du soleil placée dans la courbure des cuisses de l'autre femme , à côté du cancer, pour montrer que le petit scarabée d'en haut avec celui d'en bts^ désigne également le commencement de l'inondation au solstice d'été. Le solstice d'hiver est figuré par le capricorne à queue de poisson placé vi&-à-vis du sein d'une des grandes figures de femmes. L'hottune qui verse de l'eau de deux vases pleins vis-à-vis de la poitrine de l'autre femme , marque l'évacua-^ tion des eaux du Nil rentrées dans le lit du fleuve , avant le solstice d'hiver.
« Les Egyptiens remarquèrent d'année en année que le débordement du Nil étoit toujours précédé par un vent étésien qui soufflant du nord au sud vers le temps du passage du soleil sous les étoiles de l'écrevisse , poussoit les vapeurs vers le midi et les amassoit au cœur du pays d'où provenoit le Nil , ce qui y causoit des pluies abondantes , grossissoit l'eau du fleuve, et portoit ensuite l'inondation dans toute l'Egypte sans qu'on y eût éprouvé la moindre pluie. Peut être ne conccvoient-ils pas cette suite d'effets de* la manière que nous venons de la représenter. Mais sans raisonner inutilement sur les causes et sur la production de l'effet, ils remarquèrent
que le souffle du vent de nord ëtoit toujours suivi de riaondation^ et que l'inondation ëtoit forte ou foible selon la force et la durëe du vent^ qui étoient inégales d'une année à l'autre. Ce vent qui étoit de* .venu le signe infaillible de la crue des caux> servit bientôt de règle aux h^itans.
Mais il leur manquoit un moyen sur pour oon* noitre au juste le moment où il falloit tenir leurs pro vidons prêtes , et leurs terrasses bien relevées pour s'y sauver avec leurs troupeaux. La lune ne leur donnoit aucun secours pour se régler à cet égard* Il eurent donc recours aux étoiles dont le mouvement d'année en année est uniforme.
La sortie du fleuve hors de ses bords arrivoit quelques jours plus tôt ou plus tard^ lorsque le soleil se trouvoit sous les étoiles du lion. Le matin ^ les premières étoiles du cancer étant éloignées de trente degrés et plus y du soleil placé sous le lion , commencent à se dégager de ses rayons. Mais comme elles sont fort petites^ on ne les démêle qu'avec peine. Ainsi elles étoient peu propres à servir de règle au peuple. A côté d'elles, quoiqu'assez loin de la bande du zodiaque, et quelques semaines après leur lever, on voit au matin monter sur l'horizon une des plus brillantes étoiles qu'il y ait dans le ciel , si même elle n'est la plus grosse et la plus éclatante. Elle paroît peu de temps avant le lever du soleil^ qui depuis un mois ou deux l'avoit presque rendue invisible. Les Egyptiens choisirent donc le lever dé celte magnifique étoile aux approches du 'jour.
comme là marque certaine du jîassage du soleil sous les étoiles du lion, et des commencemens de l'inondation. Cette étoile devint la marque publique , sur laquelle chacun devoit avoir les yeux ouverts pour préparer ses provisions de vivres, et pour ne pas man-« quer le moment de se retirer sur des terrains élevés. Comme elle n'étoit vue que peu de temps sur l'horizon vers le lever de l'aurore , qui en s'éclaircissani elle-même de plus en plus, la faisoit bientôt disparoître, cette étoile sembloitne se montrer aux Egyptiens que pour les avertir du débordement qui suivoit de près son lever. Elle faisoit pour chaque famille ce que fait le chien fidèle qui avertit toute la maison des approches du voleur. Ils donnèrent donc a cette étoile deux noms qui avoient un rapport trèsnaturel aux secours qu'ils en tiroient. Elle les avertissoitdu danger, de-là vient qu'ils la nommèrent /e chien ou Vaboyeur^ en Egyptien anubis (i). Encore aujourd'hui nbus nommons cette étoile la canicule, ce qui est toujours le même nom. Le danger dont elle avertissoit les Egyptiens étoît le subit débordement du Nil. De-là vient que le peuple étoit toujours attentif sur le temps où cette étoile se dégageoit des rayons du soleil , et montoit le matin sur l'horizon. La liaison infaillible qu'il y avoit entre le lever de l'étoile et la sortie du fleuve hors de son
(i) La fête d'Isisqui puvroit l'année civile , à la canicule ^ e&l represculee sur la table isiaque, déposée à la bibliothèque du Roi.
lit, déterminoit le peuple k rappcUer plus ordinairement rétoile du Nil, ou simplement le Nil. (i).
Les habitans retirés dans leurs bourgs, sur les avis du vent septentrional et de la canicule, demeuroient oisifs pendant deux mois et plus, jusqu'à l'entier écoulement des eaux. L'heureuse épreuve qu'ils avoient faite de semer en automne, c'est-àdire, durant leur hiver, et de moissonner en mars, les faisoit soupirer après l'abaissement du Nil. Le laboureur n'avoit presque rien à faire qu'après la retraite des eaux. Ainsi avant le débordement, la prudence des Egyptiens consistoit principalement à observer la fin des vents printaniers, le retour des vents septentrionaux qui commençoient avec l'été, et enfin le lever de la canicule, dont la circonstance étoit pour eux le point du ciel le plus remarquable. Durant leur inaction, après la sortie du fleuve hors de ses rives, leur prudence se réduisoit à observer le retour des vents du midi, plus modérés que les printaniers, et qui facilitoient l'é-
(i) En Egyptien et en Hébreu sikar^ en Grec ffttptoç, en Latin sinus. Les Hébreux qui avoient appris en Egypte TaBcien nom de ce fleuve ne l'appellent pas autrement que sikoPy et c'est aussi le nom populaire de la canicule. Les Egyptiens lai donnèrent encore, mais dans des temps postérieurs , le nom de Sothis ou Thoth qu'ils croy oient avoir été premier auteur de ces observations^ et quelquefois celui d-Isis^ parce que la grande fête qui ourroit l'année, et qu'ils nommoient la fête d'Isis, étoit dans les commencemens toujours jointe au lever de la canicule. Pluche ^ Hist. du ciel.
coulemcnt du fleuve vers la Mëditerranëe par la conformité de leur souffle avec son cours qui est du midi au nord (i)j'en second lieu k mesurer, la perche en main , la profondeur de la rivière ; à en conclure s'il falloit semer dru ou clair, selon la plus ou moins grande quantité de limon qui étoit toujours proportionné à la force de la crue des eaux; à prendre le parti de ne point semer du tout si l'inondation étant trop petite, devoit laisser le sable de l'Egypte entièrement aride et sans sucs j ou si étant trop forte elle devoit séjourner jusqu'aux approches de décembre et de janvier; à varier à propos leur conduite en difierens cantons sur l'inégalité des terrains ; en un mot, à régler avec discernement sur l'élévation de l'eau les préparatifs du travail de Vannée le plus important (2). »
Tous les signes du zodiaque ne servent donc ici qu'à montrer ce qu'on devoit faire, et ce qu'on faisoit avant, pendant et après cette inondation annuelle , en chaque mois de l'année, marqué par le
(i)OTav attat ( TTvoal vortoe ) tûv èriQfftfidv èivit.par'ritTufft ^ rà
au^ovraç o/xSpouç y.otroLppayhvoLi , etc. yjlatus austrini vincanC Etesias à quitus versus Mthiopiam nubes peliuntur y profù' beatque imhres decidere quibus Niius augetur, etc. Plutarch. de Isid. et Osir. Voyez aussi la description de l'Egypte de M. de Maillet , lettre neuvième.
(!2) jiuctus.,.. mensurœ notis deprohenduntur, Justum inr crementum est cubitorum xri. Minores aquœ non omnia rigant ; ampliores detînent, tardius recedendo, Quœ serendi tempore absunvunt solo madente , illa non dctnt , sitientCs
. ( 63 ) jsigne qui lui répond dans le zodiaque. Tout ce-q^'on y suppose de plus^ n'est que d'imagination; sinon ^ pourquoi ces espaces inégaux entre les signes qui y sont exprimés î Pourquoi par exemple la vierge y tient-elle la queue du lion^ au lieu d'en être séparée comme les autres signes le sont les uns des autres ? Pourquoi tant de choses différentes qu'on voit faire aux personnages qui remplissent ces espaces^ conune au zodiaque de Paris ; on voit à côté des signes^ des hommes occupés de divers travaux propres aux diverses saisons , si ce n'est parce que tous ces zodiaques ne sont point chronologiques 7 si c'étoit un calendrier destiné à la supputation du temps , n'y verroit-on pas les phases de la lune combinées avec la marche , annuelle du soleil? on apperçoit hien cinq disques en tout placés çà et là sans rapports ceirtains aux signes du zodiaque, et contenant des personnages ou des animaux. Mais ce ne sont pas des représentations de phases lunaires. Il fau^droit au moins douze de ces disques pour répondre aux douze mois solaires de l'année. Or c'est ce que nous ne voyons point dans ce monument. H n'est donc destiné qu'à montrer le tems , de l'année dans lequel se fait le débordement du Nil au signe du lion ou du cancer ; et celui où étant rentré dans son lit , il laisse les terres entièrement à découvert.
Utrumque reputat provincial In xii cuhitis Janiem sentit.
In XIII edam num esurit, xir cubitus hilaritem\afferunt'j xr ^
securitatem ; xri delicias, Plin. 1. 5. c. 9.
Tk
En efiet^ le zodiaque quadrangulairé de Denderak nons montre à côté du cancer dans la bande supérieure une figure d'homme qui verse de Feau de deux yases^ dans une des trois barques qui sont de plus à cette bande qu'à l'autre. C'est donc le débordement du Nil, qui est représenté |)ar ce tableau, mais non la date de cette peinture, ni de la construction du temple; et cette figure est répétée dans l'autre bande pour montrer le reversement des eau;i dans leur lit.
Ce zodiaque quadrangulairé montre six signes en commençant piar le lion, dans la bande inférieure, parce que l'inondation conmmence au lion et finit dans la balance. Après quoi^ quand les eaux com^mencent à se retirer pendant les quatre mois suivans, dans le premier qui est celui du scorpion, la terre envoie dans l'air les exhalaisons pestilentielles qui s'élèvent des terres détrempées et humides. Et quand les blés sont mûrs, et l'herbe haute après le quatrième mois de la retraite des eaux, on- fait la moisson et la fenaison désignée dans la bande inférieure, avant le sagittaire, par l'animal qui tient une faulx. C^la est sensible dans ce zodiaque, et il ne faut pas plus^de précession (i) pour le voir, qu'il n'en a fallu pour le faire.
(i) Dupais et Legentil n'ayant pas parlé des inégalités delà précession , ni des ascensions , je ne les ai pas introduites non plus dans les calculs précédens. « Nous n'avons pas égard ici^ dit M. Biot^ aux inégalités de la précession. Il est évident que cela seroit inutile. Les données don); nous parlons ne^ comportent pas une si grande exactitude. ( Astron. phys. }
Personne n^ignore l'issue qu'a eue la fameuse expédition d'Egypte. Les braves y périrent, mais le chef en revint, et après lui arrivèrent à Paris d'immenses et nombreuses images des ruines de celte contrée. Au nombre de ces singulières dépouilles de l'Orient (i), se trouvent les zodiaques dont Dupuis s'étoit déjà autorisé pour prêter au monde une existence éternelle. Pour donner plus de force à cette tentative^ qu'une simple image du zodiaque quadrangulaire ne rendoit pas assez probante, on alla acheter du pacha d'Egypte le zodiaque circu-^ laire, pierre noircie par la fumée et le temps : on la détacha, on l'embarqua^ on l'amena à Paris, et oa fonda sur elle Kespoir de changer tout ce que nous savions auparavant.
J'ai représenté cette pierre sur la planche III, non avec les accessoires dont la commission d'Egypte l'a revêtue dans sa collection , mais assez fidèlement d'après la gravure qu'on en voit dans la collection des monomens, pour l'y rendre conforme. Je n'ai pu iaire davantage, n'ayant ni les mêmes ressources ni les mêmes vues , mais ce que je présente au public est l'essentiel, c'est le zodiaque même. ''
« On sait combien les dessins réduits dans une assez forte proportion, sont peu propres à faire connoltre le véritable style des monumens de l'art. Uur résultat inévitable est d'embellir outre me-
(i) Pendant que le hëros fugitif se faisoit ériger ce trophée à Paris, french invîncible Standard brought to
tendon. n Blair's chronologj and history.
suTCp et souvent contre la volonté du dessinateur. On ne sera donc point étonné de ne pas retrouver sur le planisphère original ces formes gracieuses, ce fini parfait, ces contours sentis, ces articulations habilement exprimées qu'on remarque sur le dessin publié par la commission d'Egypte, et qui avoient fait croire à plusieurs personnes que ce planisphère pouvoit être une production de l'art grec, ou au moins qu'il avoit été fait par un artiste égyptien, disciple des Grecs, Il est impossible de conserver une pareille opinion en présence de l'original; il est aussi égyptien qu'on peut le désirer j les figures ont toute la sécheresse, la roideuf , l'incorrection de dessin, qui distinguent les ouvrages de ce peuple. Ces défauts sont même plus sensibles dans ce monument que dans aucun autre (i). »
Non seulement cette pierre n'est pas aussi également gravée qu'on la voit ici représentée d'après le dessin que les éditeurs en ont publié dans leur collection des monumens d'Egypte , mais encore les graveurs égyptiens de cette pierre y ont commis des fautes pareilles à celles qu'on remarque dans tous ces zodiai:][uesde temples anciens et modernes, de la part des artistes ignorans qui les ont sculptés. Ici , il n'y a de bien circulaire que la bande de personnages la plus éloignée du centre. Celle qui la suit vers le centre commence à se confondre avec les signes du zodiaque. Ceux-ci ne sont qu'en spirale, de sorte que le cancer s'y voit sur la tête du lion ; ce qui^ bien
(x) M. Saint-Martin y notice^ etc.
(6?) loin d'être une qualité si merveilleuse , est un défaut contraire à la sphère céleste y puijsque le cancer de celle-ci est dans Técliptique méme^ au-dessous de la tête du lion plus boréale que l'écliptique.
Mais pour mettre le lecteur en état de juger par luimême^ je comparerai ce planisphère au globe céleste antique^ conservé à Rome^ dans le palais Farnèse : son âge est bien connu^ par la place des solstices et des équinos:es> et la différence à cet égard entre le globe et le planisphère^ donnera l'&ge de celui-^. J'ai déjà parlé de ce globe dans mon discours préliminaire en tête de ma traduction de l'Almageste de Ptolemée. Bentley en a parlé aussi dans son édition de Manilius , de même que Biancliini dans son istoria unwerscdey Lalande dans son voyage d'Italie^ etCassini dans un de ses mémoires. C'est le seul monument véridique de cette espèce que nous ayons de l'ancienne astronomie, et nous y découvrons le temps où il a été sculpté y par la position des co« lures. Le globe Farnèse montre le plus grand cercle des étoiles toujours visibles, pour la latitude ou la hauteur du pôle de fy> degrés, et l'équinoxe vernal qui précédoit la première de la corne du bélier^ de 7 degrés^ au temps de Ptolemée,la précède pareillement ici* K Quoique le savant Bianchini (i) ait fait souvent
( I ) La statua d'Ercole si vede nel palazzo Fameie in Aoma ^ da pochi ben osservata, abbendiè sia uno de' piu cospicui monumenti di antichita; percioche ne conserva il disegno
mention de ce mouvement, dans son histoire univers selle, dit Bentley, et en ait donné une esquisse rac<courcie, cette représentation est si petite qu'elle ne peut pas donner une idée juste de ce globe. Le même savant, dans sa dissertation sur. le calendrier et le cycle de César, a promis de publier ce globe, précieux monument des antiquités romaines et grecques, ainsi que de TAssyrie et de l'Egypte. Il est à croire que détourné de cet objet par d'autres travaux, il n'a pas pu s'en occuper. Mais M. Foulkes aussi versé dans les sciences malliématiques, que dans les autres connoissances , a rapporté de Rome une image de ce globe exécutée avec beaucoup de soin , et me l'a obligeamment communiquée. Il y a même comparé l'empreinte que j'en ai fait tirer et que j'ai jointe ici pour que le graveur ne fît aucune faute en le
délie costellazioni , e con esso il sito délie fisse a' tempi di Commodo, intorno a' quali fù lavorata : Si come ci fece avvertire il célèbre astronomo regio sîgnor Cassini neli'osseryarla, che ci fece l'anno lôgS ^ quando ci portammo unitazaente a vedere quel nobile monumenlo di anlichita , misaro il luogo délia prima di ariete , il qiiale cadeva nel decimo grado del segno, che porta lo stesso nome. L'occhio del toro %\ vede collocato 4o gradi lontano dal princîpio di cancro , con situatione assai prossîma alla osservata da Tolomeo ia quel secolo de gli Antonini , in cui crediamo lavorata la statua. £ il capo dcU'uno de' due gemelli , che précède y delto poUuce , ed Ercole , non tocca il punto del tropico estivo^ mo vicinissimo è a toccarlo, e dimostra di rimanere circa al ag grado di gemelli , là dove & di nostri è passato al xix del sc;gao segaente.... Bianghiri , la Istoria universale.
copiant, (i ) Il manque quelque chose au pôle antarctique où le globe est appuyë sur les épaules de FHercule qui le porte, et au pôle arctique qui est creusé^ je ne sais pourquoi (2) »•
La première étoile du bélier s'y trouve toucher le dixième degré du signe qui porte ce nom. L'oeil du taureau s'y voit placé à 4o degrés loin du commencement du cancer, avec des situations assez approchées de celles qui ont été observées par Ptolemée au siècle des Antonins, daiis lequel nous croyons que ce monument a été sculpté. La tête de celui des gémeaux qui précède , nommé PoUux, ne touche pas le point du tro][>ique d'été ; elle est très près de Je toucher, et elle paroît être au ag* degré des gémeaux, d'où, de nos jours, elle est passée au 19® deqré du signe suivant. (Bianchini en 1747 (3).
Quelques savans ont pensé que ce monument n'étoit pas antérieur aux Antonins , à cause des constellations qu'on y voit représentées en figures, contre ce qui se pratiquoit alors. Cependant Philostratc décrit Atlas portant le ciel constellé en figures ; et des monumens de Sévère, ainsi que la colonne Antonine, montrent des figures zodiacales ; enfin Vitruve et Hygin contemporains d'Auguste et de Virgile, décrivent les figures de la sphère ;
(1) V. Cette empreinte ci-après sur la Planche II.
(2) Manilii astronomicôn ex recensione et cam notis R. Bentleii 1739.
(3) y. Passeri dans la dissertation italienne qui termine le recueil des antiquités de Gori^
mais si Philostrate et Sévère sont postérieurs àPtoleliiée qui a écrit soùs le premier Antonin , Y itruvc , Hygin , et Aratus même ont pu décrire les figures déjà données aux constellations , sans que ces figures eussent été gravées ou sculptées avant Fépoque du régne de cet empereur. Enfin la dernière raison de Passeri y qui est que la constellation d'Antinous for<mée sous Adrien avant Antonin, ne se trouvant pas sur ce globe y prouve qu'il est plus ancien qu'Adrien même, cette raison, dis-je, est inadmissible, car j'ai déjà rapporté les preuves que Cassini, Lalande^ Bentley et Biancbini ont prises de la position des colures des solstices et des équinoxes , pour démontrer que ce globe a été sculpté sous les Antonins, afin d'y représenter la place des signes de Ptolemée. Et si l'Antinous ne s'y voit pas, c'est que Ptolemée n'en fait pas une constellation particulière; il dit seulement qu'il est formé des étoiles informes de l'aigle.
Le globe de ce monument est tellement posé sur les épaules d'Hercule, que son pôle arctique est presque vertical, et que le pôle antarctique repose sur le dos même d'Atlas, ce qui donne presque la sphère parallèle , telle que l'ont les peuples circompolaires qui ont leur hori2^on parallèle à l'équateur. Mais en examinant le cercle des étoiles toujours apparentes au-dessus de l'horizon, j'ai reconnu que ce globe est dressé pour une élévation du pôle que l'auteur a eue en vue dans la construction de ce globe.
Cette élévation ne pouvoit pas convenir à la
Grèce ni à l'Italie^ ou à l'Egypte, puisqu'elle j est trop grande pour ces contrées : d'où j'ai conclu qu'on n'avoit eu aucun égard à l'horizon dans cette élévation du pôle ^ mais seulement à l'état de l'astronomie qui ne connoissoit pas alors les étoiles opposées à nous. En efiet^ on s'étonnoit de voir se lever sur l'horizon^ quand on étoit à Fextrémitif méridionale de l'Egypte^ l'étoile de Canope qu'on De Yoyoit pas au-dessus de l'horizon d'Alexandrie. Le sculpteur donc y pour sauver ce défaut de l'astronomie à la vue 9 a posé sur le cou d'Atlas le cercle des étoiles non apparentes pour la Grèce ^ comme si elles étoient cachées par le dos de celui qui porté le globe. Delà vient que les anciens faisoient leur cercle polaire arctique plus grand que le nôtre I puisqu'ils lui donnoient depuis le pôle 3o degrés d'ouverture de compas, tandis que le nôtre n'a que les û3^ a8' de l'angle des pôles de Técliptique et de l'équateur. Cela vient de ce que les anciens ne connoissoient rien au-delà de 60 degrés de latitude : mais cela n'intéresse que la géographie. *
Ce qui est plus du ressort de l'astronomie^ c'est que les anciens donnoient aux deux tropiques 3o degrés de déclinaison^ au lieu de 23*^ 128' que nous leur donnons 9 comme on le voit par Hygin et Manilius.
Sur le globe que nous examinons^ les tropiques sont à ^4 degrés de l'équateur^ ils ont donc une déclinaison plus grande de 3a minutes que celle
( 70 qu'ils ont aujourd'hui^ et plus petite de 6 degrés que chez les anciens.
La largeur du zodiaque étoit pour les anciens comme elle est dans ce globe ^ de douze degrés ^ mais les observations modernes la font de 1 8^ 4'^ ^^ q[ui se connoit surtout par la plus grande digression de Vénus inconnue aux anciens.
Le colure des équinoxes doit couper l'écliptique au premier degré du bélier pour l'équinoxe du printems; et le colure des solstices doit couper l'écliptique au cancer pour le solstice d'été. Ici le colure des équinoxes passe par le premier degré de la balance pour Téquinoxe d'automne^ et celui des solstices avant le capricorne pour le solstice d'hiver , et par conséquent l'équinoxe du printems précède le bélier j et le solstice d'hiver, le cancer.
Le cercle d'ascension droite qui tient lieu d'horizon dans la sphère droite, et qui par là détermine l'ascension droite des étoiles, est censé devoir couper l'équateur dans le premier degré du bélier. Mais depuis Eudoxe jusqu'à Ptolemée, ce cercle a changé deposiffon parla précession des équinoxes, qui vont insensiblement contre la série des signes, c'est-à-dire, d'orient en occident, les points équinoxiaux avançant ainsi continuellement vers l'occident, En effet au temps d'Eudoxe, 4 ^^ ^ siècles avant J.-C, l'intersection de l'écliptique et de l'équateur étoit dans la première étoile du bélier ; mais du temps de Ptolemée, i5o ans après ^.-C, cette étoile étoit éloignée à l'orient, de cette intersection.
de 6^ 4i^ Gomme Cassini l'a démontre dans les mémoires de l'académie des sciences^ de Paris ; de sorte qu'en 1708^ l'étoile étoit plus orientale do 29 degrés , à raison de t degré en 7a ans^ et qu'aujourd'hui réquinoxe du printems tombe dans les poissons. Il en est de même pour le colure des solstices. H s'est avance de la même quantité à l'occident. Celui d'été sur le globe touche une des têtes des gémeaux.
Dans le temple du soleil à Palmyre y se voit un zodiaque orienté conune celui de Denderah. La ligne nord et sud qui y forme le colure des solstices^ passe par la croupe du sagittaire et par les gémeaux à peu près comme sur le globe Farnèse j « les deux séries de six signes chacune y d'Esné et de Denderail j commençant également par les poissons et une vierge tenant un épi (*), si les poissons et l'épi sont aux équinoxes y poUux ( des gémeaux ) et la croupe du sagittaire seront aux solstices. Ces solstices sont ainsi indiqués dans le planisphère de Denderah , où l'on voit que la tête de Pollux est le signe le plus voisin du pôle boréal de l'équateur, et le sagittaire le signe le plus éloigné de ce même pôle. »
Le colure des équinoxes passe donc parla vierge^ par le poisson austral dans les zodiaques de Palmyre et sur le globe Farnèse ^ et le colure des solstices par le sagittaire et les gémeaux^ comme dans notre zodiaque, actuel y leur origine n'est donc pas plus ancienne ni antérieure à la connoissance de la précession, en Syrie et en Egypte, c'est-à-dire, au quatrième siède avant Jésus-Christ.
Le globe Farnèse et l'atlas qui le porte, gra— « vés à la fin du présent volume , se voient aussi sur une médaille d'Antonin qui est au premier volume de mon Almageste de Ptolemée y et au frontispice de celui-ci : il sera aise de fixer par le moyen de cette médaille^ l'année du globe.
L'inscription qui entoure la tête d'Antonin couronnée de laurier est : Antordnus. aug. plus. p. p. imp. II. tr. pro. xx. cos. if. Tous les titres d'Auguste, de père du peuple, de la patrie, etc., appartiennent â celui d'empereur; les qualifications particulières ^imperator pour la seconde fois, de puissance tribunitienne pour la vingtième, et de consulat pour la quatrième, ne peuvent convenir qu'à Antonin, désigné sous le surnom de PiuSy et marquent l'époque de cette médaille.
En effet, la prunier e de ces qualités qui n'étoit d'abord qu'honorifique de la part des soldats d'une armée à leur commandant général après une victoire, devint commune à tous les successeurs de Jules-César , depuis que le sénat la lui eut attribuée après la défaite des fils de Pompée en Espagne ; et les chiffres romains, comme ici II, qui se trouvent joints au mot imp. , doivent se rapporter à quelqu'heureux succès militaire. Cela se prouve par Octave-Auguste que l'on voit sur une médaille, nommé imperator pour la vingtième fois : imp. xx.
Le titre de Père de la patrie n'avoit été donné qu'à Jurdus Brutus ^ pour avoir délivré Rome de la tyrannie des Tarquins j et à Cicéron^ pour l'avoir
sauvée de la conjuration de Gatilina; cdui d'Auguste f conféré par le sénat et par le peuple roumain pour la première fois à Octave César , fut toujours donné depuis aux empereurs romains^ et n'est pas plus particulier à l'un d'entr'eux , que le consulat même qu'ik ont tous partagé avec quel-, ques personnages illustres de l'état ^ se contentant souvent du titre^ en se subrogeant des consuls pour l'exercice du consulat qu'ils gardoient quelquefois plusieurs années de suite ^ et qu'ils ne gardoient d'autres fois que peu de mois. Ils y joignirent le tribunal pour se rendre plus agréables au peuple^ dont cette magistrature étoit la sauve-garde. Us se la renouvellérent d'année en année sans prendre le titre de tribun qu'ils estimoient trop au-dessous du patriciat, mais ils s'en attribuèrent toute l'autorité. Or cette magistrature plébéienne fut conférée pour la première fois à Antonin par Adrien , lorsque cet empereur l'adopta pour fils le 5 avant les calendes de mars^ suivant Gapitolinus dans la vie d'Antonin^ ou le 6 avant les ides de juillet^ suivant Spartianus dans celle d'Adrien. H étoit alors consul pour la seconde fois. Mais ces deux titres n'alloient pas ensemble ^ car il ne prit ensuite qu'un troisième et un quatrième consulat^ le troisième dans la troisième de son règne ^ quand il perdit sa femme Faustine^ suivant le rapport de Gapitolinus , et le quatrième dans la huitième année de son règne ^ comme on le voit sur ses médailles marquées de la huitième année de sa puissance tribunitienne ^
lorsque suivant l'observation de Tristan autorisiîc par Capitolinus, il donna sa fïUc pour femme â Marc-Aurèle. Il retint ce quatrième consulat jusqu'à sa mort, suivant la coutume de quelques-uns de ses prédécesseurs qui continuoient ordinairement pendant i marquer les mé< du pombre indi( qu'à ce qu'ils eo que nous lisons la XXIX puissanc sulat. Et c'est ui faire cet cmpert dans la vingt-ut parvint à la ^os voit pas encore mièrc puissance cbèrcnt dVn pai quelques mois d anciens ne s'aco de son avénemci de la réduire à dans son explica pas démontré ch vêtu pour la pn tienne^ et de la < qui est la 891* suit que la vingt quéo sur notre i viu,^ti«me année
Rome ^ OU à Tan l58 de l'ère chrétienne^ en commençant celui-ci au mois de janvier^ et celui-là à la fête des palilîa. Ainsi donc son règne a commencé l'an i38 de J. C.
Le titre d^imperator //, suivant ce que nous avons dit d'abord, doit nous faire découvrir pour-quoi cette médaille a été frappée. Lqs symboles repre'sentés sur le revers désigneroicnt peut-être quelque victoire remportée sur les ennemis de l'empire dans cette année; mais nous avons de ses médailles datées de son second et de son troisième consulat, qui portent la même marque imp. II y attendu que par ses généraux il désarma en peu de mois les Bretons^ les Maures, les Germains, les Daces, les Juifs, et réduisit à l'obéissance les Alains y les Acliéens et l'Egypte. Ce vertueux prince justement célébré par les historiens à cause de son amour pour la paix, n'est donc ici désigné imperator pour la seconde fois, que pour les avantages remportés par Içs armées romaines qu'il avoit commandées avant qu'il fût sur le trône, et qu'il dirigeoit de loin encore depuis qu'il y étoit monté (i).
Gela paroit prouvé par les figures qui sont au revers,- et qui toutes ont rapport, à la paix. Jupiter debout, tenant de la main droite une pique élevée sur la terre , et de la gauche la foudre qu'il ne lance pas; les épaules sont couvertes d'un manteau re-« troussé sur le bras gauche et agrafTé par Une tête
(l) O AvTttVtVOC TTO^fffAOV fÙv cdlXoVTVljS CtriJ^âySTO oO(^fV2.
Pausabt. Arcad. xuii.
de gorgone y semblable aux dieux et aux héros .qui gouvernent l'empire par la paix plus que par les armes.
Cette médaille a donc été frappée dans Tannée i58 de notre ère. Le globe céleste qu'elle représente porté par Atlas ^ a donc été travaillé et fini avant cette année. Or Ptolcmée dit qu'il a dressé son cata-logue des étoiles pour l'année i4o, première du règne d'Antonin, et dans ce catalogue il met l'étoile du cœur du lion sur 2^ de cette constellation. Mais dans son livre vu, il dit que cette étoile étoit à Sa*^ 3o' à l'orient du solstice d'été dans la première année du règne d'Antonin(i). Ainsi le solstice d'été étoit près de sortir du cancer , comme l'équinoxe du printems étoit à la fin du bélier , c'est ce que montre le globe Farnèse, et cela se trouve confirmé par le témoignage dePorphyre qui dit que «les Egyptiens commencent leur année, non comme les Romains, au verseau^ mais au cancer, parce que près du cancer est l'étoile Sothis que les Grecs nomment le chien, et que le lever de Sothis est pour eux une nouvelle année , parce que Sothis est dans le monde le principe de la génération. C'est pourquoi ils n'ont pas donné des portes à l'orient et à l'occident, c'est-à-dire, au bélier et à. la balance, mais au nord et au sud, savoir, à l'astre le plus boréal et au plus austral^ qui sont le cancer et le capricorne. Ils ont mis le taureau près du cercle équinoxial, parce qu'il favorise la génération
(1) P. la, i3 , 1. VII. vol. 3. de ma traduction. (1) De antro nympharam.
(79) comme Mithra ou le soleil^ qu'ils placent prés des équinoxes»*
« L'air de fraîcheur des monumens de Denderah , disent les ingénieurs^ l'exécution précieuse des sculptures qui les décorent^ le dessin en quelque sorte plus correct et plus gracieux des figures y nous ont fait présumer , sur les lieux tnêtne, que ces ouvrages dévoient être d'une époque plus récente^ où l'art ^ tel que les Égyptiens l'ont conçu ^ étoit arrivé au plus haut degré de perfection (i). Nous avions remarqué que, dans la Thébaïde supérieure, le sol de' quelques monumens, qui, à l'époque de leur construction primitive , étoit certainement élevé au-dessus de la plaine environnante , se trouve maintenant à son niveau, tandis que le socle ou soubassement du grand temple de Denderah, est au-dessus de la surface du terrain qui l'entoure. Nous nous bornerons à rassembler les preuves que l'on peut en déduire, pour arriver à cette conséquence , que les temples de Denderali n'ont point été construits sous la domination romaine, et qu'ils ne peuvent être non plus le produit de l'art égyptien, modifié par l'influence des Grecs». Selon Visconti {^),le zodiaque du §rand temple
(i) M. de Saint • Martin témoigne pourtant qn'il est impossible de trouver quelque perfection dans les figures grotesques qui soutiennent le zodiaque circulaire de Denderah.
Sé-MARTiN , Notice sur ce zodiaque.
/ (3) Le volume de la nouvelle édition de la traduction î d*Hérodote par Larcher ^ contient à la fin une notice et un * »applément sur les zodiaques de Tentyris y dans le même sens Iqae moi.
de Denderah a été exécuté pendant que le mois de thotli^ premier de Tannée égyptienne vague ^ etoit dans le signe du lion, entre l'an m et l'an i3ii de notre ère chrétienne, et toutes les sculptures du plafond de ce temple étant du même style et du même caractère que ses autres bas-reliefs, sa con-* struction ne remonte pas au-delà du commencement de la domination romaine en Egypte > sous les pre-> micrs successeurs d'Auguste. Visconti cite en preuve une inscription grecque gravée sur la corniche extérieure du portique du grand temple* Je la rapporte ici avec toutes ses lacunes, le temps en ayant fait disparoitre plusieurs lettres :
ACT0YTI0YEniAY.,,0Y*AAIKOr YnEPAYTOKPATOPOCTIBEPIOYKAICAPOCNEOYCEBACTOr
0EOYCEB C..O...CAPAnmNOCTPYXAMBOY
CTPATHrOYNTOCOIAnOTHCMHTPOnOAEnCKAITOYNO MOYTONnPONAONA*POAITHIÔEAIMEriCTHIKAITOICC YNNA0IC8E0IC.
. . y Ouphalicus^
et Régnant Tibère César, nouvel Auguste, fils
)i du divin auguste Sarapion Truchambos
» commandant^ ceux de la métropole et du no-
» me ce portique à la grande déesse Vénus
)) et aux Dieux du même temple » •
Cette inscription est du temps de Tibère, puisqu'elle en présente le nom. Les auteurs de la collection des monumens d'É^pte soutiennent que le
temple fut bâti du temps d'Âniasis et de ses succès-seurs jusqu'à Alexandre. « Mais^ » ajoutent-ils, « ce« conclusions sont toutefois subordonnées à celles que Ton peut déduire, d'une manière plus certaine, de l'examen et de l'étude des zodiaques^ » D'une jnanière plus certaine I c'est beaucoup dire , car , bien loin que l'on puisse déduire rien de certain de ces zodiaques , nous voyons que tous ceux qui se sont mêlés d'expliquer par leur moyen , l'âge des temples , ne s'accordent nullement entr'eux. Une autre inscription nous donnera plus de certitude. « La porte de l'est ( du temple de Tentyris ou Den* derali ) , disent encore les édi teurs des monumens , est remarquable par une inscription en beaux caractères grecs, répétée sur chacun des listels de la corniche. » Cette inscription porte :
« Sous l'empereur César, Dieu, fils de Jupiter libérateur , Auguste, Publius Octavius étant gouverneur, Marcus Claudius Posthumus commandant général, Tryphon commandant des troupes, ceux de la métropole et |du nome. . . . le propylée à Isis, très-grande déesse, et aux Dieux qui y partagent avec elle les honneurs du culte, l'an xxxii de César, au mois sacré de thoth:
ÏÏÏEPAYTOKPAFOPOSKAISAPOSeEOYYIOYAIOSEAEreEPIOr 2£BA2TOrEmnonAJOYOKTAOriOTHrEMON02KAIMAPKOr KAATAIOYnOSTOrMOYEniîTPATHrOTTPY*nN022TPATHro YNfO20IAn0TH2MHrï»0nOAEnX0IAnoT0YNOM0YTOnP0nY AONUIAieEAIMEnSTHIKAITOUZYNAIOIZftEOISETOYïAA KAUAPO20OYÔ2EBASTHI
On ne voit pas ici le nom de Pempereur désigné par les titres de Dieu, fils de Jupiter, et Auguste. Mais c'est Octave, à qui le sénat avoit décerné le titre d'Auguste un ans avant J . G. La nG* année est donc la première ae Père auguste. Ainsi , Auguste ayant régné 43 ans depuis la conquête de l'Egypte , et étant mort dans la 1 4* année de l'ère chrétienne , il s'ensuit que la 3 1' année de son règne est la première année de notre ère. Cette inscription du propylée, la première porte du temple la plus extérieure de l'enceinte, est donc de l'an ï de J. C. j eUe est, par conséquent, antérieure à celle de Tibère , qui n'a été gravée sur le portique, qu'après l'an i4 de J. G., première année du règne de Tibère.
« Rien ne seroit plus déraisonnable , dit M. Jomard, que d'employer les inscriptions grecques et romaines tracées sur les temples d'Egypte, pour déterminer l'âge de ces édifices... L'antiquité des monumens de l'Egypte est une chose tellement mani^ feste et palpable pour ceux qui les ont vus, qu'il n'est venu à l'esprit d'aucun de l'expédition, d'en douter un seul instant. Le tnéme état de vétusté, la même couleur, etc., voilà ce qu'on trouve dans tous les monumens qui restent de l'ancienne Egypte...
Si les Grecs et les Romaine ont gravé des inscriptions sur différentes parties des anciens édifices, c'est à des époques plus ou moins récentes , et extrêmement éloignées dé celle de l'érection.
Ges inscriptions sont loin de fournir l'époque chronologique des monumens. »
Les savans ingénieurs^ auteurs de ce recueil, avoient déjà dit : « Les temples de Denderah n'ont point été construits sous la domination romaine , et ils ne peuvent être non plus le produit de l'art égyptien modifié par l%£luence des Grecs. » Mais le savant Yisconti soutient que Tair de nouveauté de ces édifices avoué par ces ingénieurs eux-mêmes , joint aax inscriptions grecques ( langue courante alors dans l'Orient depuis Alexandre ) prouve que ces zodiaques datent de notre ère. Ces savans ingénieurs s'en rapportent aux inductions qu'on peut tirer sur GQ points des zodiaques sculptés dans ces temples. Cependant^ voila M. Jomard qui nous assure que le même état de vétusté règne dans tous les monumens d'Egypte, quoique les savans ingénieurs aient reconnu , dans les temples de Denderah, une construction plus nouvelle que celle des autres édifices de ce genre.
D'autre part, les savans ingénieurs veulent que Ton consulte les zodiaques de ces monumeps , pour en conclure le degré de leur antiquité ; et toutefois ^ dès qu'on les a consultés , on ne s'entend plus les uns les autres sur cet article. L'un en met la date au temps où le solstice d'été était dans la vierge j un autre dans le. lion, un troisième dans le cancer j celui-ci va jusqu'au capricorne; celui-là parcourt des cercles sans fin^ avec son monde éternel.
Ainsi ^ nonobstant la recommandation des savans éditeurs en faveur des zodiaques, au détriment des inscriptions , on ne peut rien en conclure de certain /♦ 6*
pour Tâge des monomeas auxquels ils sont attaclies. Voyous donc si ces inscriptions méritent ce que M. Jomard en a dit. « Bien^ selon lui, n'est plus iacile que de faire voir combien ces inscriptions grecques ou latines sont loin de fournir l'époque cbronologiipie des monumeus. Pas une d'elles, ajoutetr-il, n'indique une fondation, une construction, ou quelque chose d'approchant. Le mot qui l'indique— roitj manque partout... n
Puisque ce mot manque partout, on a tort devancer qu'il n*y a jamais été j car il manque beaucoup de mots dans ces inscriptions ; et peut-être eeus qui manquent indiqnoient-iU une fondation ou une construction, quoiqu'en dise M. Jomard. Il ignore , comme moi et comme tout le monde aujGurd'bni, ce qu'elle indiquoit autrefois. 11 n'est ^onc rien moins que facile de faire voir combien ces inscriptioi biologique de présumer de i la traduction tiens les mots lise dans ce q
Pour nous, trouvons, sai opinion , nou fraîcbeur du plus anciens, roît jamais v ce temple n'ai
sont des preuves suffisairtes du peu de vétusté de cet édifice qui a été, sans doute, commencé longtemps avant ces princes, mais qu'on n'a totalement achevé que d-e leur temps. Et cette raison a paru si concluante à M. de Saint-Martin, qu'il n'a pas maû- (jué d'insister sur cette double considération , dans la notice qu'il vient de publier sur le zodiaque de Dfenderah. Si nous devons conclure de l'apposition de ces inscriptions aux portes de ce temple, qu'il' fut terminé dans le second siècle de l'ère chrétienne , nous avons une raison plus décisive encore , pour croire que sa construction n'a commence que dans le huitième ou le neuvième siècle au plus , avant cette même ère.
Que l'on fasse tourner un globe céleste dressé pour la latitude de 26 degrés nord , qui est l'élévation du pôle au-dessus de l'horizon de Tentyris , on verra que Siriûs monte sur l'horizon avec les premières étoiles du cancer, et à bien plus forte raison avant toutes celles du lion. Nous ne pouvons donc admettre le solstice d'été que dans le cancer seulement, et encore dans les dernières étoiles de ce signe relativement à celles du lion ; mais supposons, pour ne pas paroître à mes adversaires être trop exigeant ou trop difficile par cette combinaison de l'ascension avec la précession , le colure du solstice d'été au cinquième du cancer, du côté des gémeaux. Ajoutant les 24 degrés des gémeaux,, ou passe actuellement le colure , à 6 du cancer , le produit de 3o par 'J2 est 2160 , d'où retranchant les
i823 ans de notre ère, le reste 338 donneroit le quatrième siècle pour l'ëpoque de la première construction de ce temple avant J. CL Mais il est certain qu'elle est encore plus moderne ^ puisque Tascension droite de la canicule dégagée des rayons du soleil^ ne se faisoit qu'avec les plus occidentales et les premières visibles des étoiles du cancer. Ce résultat y si conforme à celui que nous a donné la comparaison que nous avons faite du zodiaque de Denderah^ avec celui du globe Fai^ nèse^ nous servira de règle pour le signe où nous devons placer le solstice d'été dans le z^odiaque circulaire de la voûte de ce temple. Il est représente sur la planche III , à la fin de ce volume. La figure de femme étendue le long d'un des cotés de ce tableau^ montre en quelle position on doit le placer devant soi pour le regarder, et prouve que c'est par le cancer , qu'il faut commencer à y parcourir les signes avec le soleil^ depuis le solstice d'été. Cette position est indiquée par celle que lui donnent les savans ingénieurs, (i) « Si l'on suppose, disentils, que l'on regarde le fond de la salle, en ayant devant soi le dessin placé verticalement , et si l'on ramène ensuite ce dessin horizontalement au-dessus de sa tête , on le mettra dans une position semblable à celle qu'occupent les objets dont il offre la représentation.
(i) PI. f. de la collection astronomique^ p. i4 de l'appendice, n. II, t. I de la !2* livraison de la description de r£gypte et des aiUiquités.
a La grande figure qui est à droite de ce dessin^ a la tête tournée vers l'extérieur de la salie , et s'étend dans toute la longueur du plafond^ qu'elle partage en deux parties égales. Cette figui*e est dans une espèce de niche- cylindrique^ dont la section per» pendiculaire à l'axe seroit une demiF^llipse. Elle est exécutée presque de ronde-bosse^ et placée de manière que ses parties les plus saillantes ne dépassent pas le plan du plafond. Elle n'est pas aussi bien conservée que le plafond la représente (i). Cette figure eçt vêtue d'une ?obe longue et étroite qui descend jusqu'au-dessus des cbevUles^ (ou malléoles, si Vou veut que je me serve de termes d'ostéologie ) , et qui laisse appercevoir toutes les formes. lies ornemens de sa coiffure et son collier sont^ dans quelques endroits, très bien conservés. Elle est accompa** gnée de deux lignes d'hiéroglyphes sculptées en relief (a).
(c Nous n'avons pu deviner les sculptures qui se trouvent adroite du plafond. Elles représentent quatorze disques portés sur un même nombre de bar- Ci ) Aveu sincère^ bien justifid par la vue que nous avons dctaellement de cette pierre , et *qui prouve que tous ce$ monumens si magnifiques dans les gravures qui en accompagnent la description , ont ëtë bien embellis par le burin des artistes qui ont habilemeat fait valoir ainsi cette entreprise û dispendieuse.
(a) Pl. 8 f. 2. pi. Il, f. î. A. V. IV.
Pi. f. coUect.
PI. 8. f . f. I. 2. 4* A. V. i4»
ques disposées deux par deux, suivant des lignes parallèles à la largeur du plafond. Ces quatorze barbues sont euveloppées par une grande figure de . femme dont les bras j le corps et les jambes occa* pont trois côtés du tableau. .
« La planche offre la décoration de toute la partie du plafond qui se trouve à gauche de la grande figure, par rapport au spectateur entrant dans la salle. On volt que ce qui en fait l'objet principal, est un disque circulaire porté par quatre groupes de deux hommes à tête d'épervier agenouillés, et par quatre figures de femmes debout qui se succèdent alternativement. Totites ces figures sont bien ajustées , si Ton en excepte cependant leur position forcée qui, ainsi que nous l'avons déjà remarqué plusieurs fois, paroit être le résultat de conventions établies. Elles ne manquent pas d'une certaine grâce , et leur action est bien indiquée. A côté de chacune des figures de femmes, sont des hiéroglyphes. Une bande circulaire de grands hiéroglyphes enveloppe le médaillon qui renferme les signes du zodiaque. Toutes ces sculptures ont un relief plus ou moins fort. Celui des grandes figures est de 4 à 5 lignes.
« Le premier médaillon est disposé régulièrement dans une bande circi;laire concentrique. Toutes les figures ont la même hauteur , et toutes leurs lignes de milieu tendent au centre du tableau. Elles ont un relief de deux à trois lignes sur le plafond. Elles sont accompagnées d'étoiles et d'hiéroglyphes sculp-
(89) tes aussi en relief. Dans l'intérieur de l'espace renfermé par cette rangée circulaire de figures^ on en voit une multitude d'autres qui n'y paroissent disposés ni dans le même ordre , ni avec la même régularité. Parmi elles ^ on distingue les douze signes du zodiaque, distribués sur une espèce de spirale, dont le lion occupe l'extrémité la plus éloignée du centre, et le cancer l'extrémité la plus rap- • prochée. Cette spirale ne fait qu'une révolution autour du centre, le lion et le cancer sont à peu près sur le même rayon du cercle.
« Nous ferons remarquer que dans l'espace qui est entre le médaillon principal et la grande ligne circulaire d'hiéroglyphes, on voit deux phrases d'hiéroglyphes opposées l'une à l'autre, qui se trouvent sur un même diamètre avec le cancer et le capricorne. Deux hiéroglyphes placés dans le mêriae espace, et pareillement opposés l'un à l'autre , se » trouvent sur un autre diamètre avec le taureau / et le scorpion. De deux côtés seulement, le tableau est bordé par treize lignes de zigzags, qui , comme nous l'ayons dit, offrent la configuration de l'eau. Tout le plafond où se voit ce monument astrono- ^que (i), est noirci par les flambeaux des voyageurs, et probablement aussi par ceux que les anciens Egyptiens aliumoient dans la salle , lorsqu'ils se iivroient aux exercices de leur culte. Nous n'avons donc pu retrouver aucune trace des peintures
(i) Celte ëpithète convient très-p6u ici , car «ç-povofxoç' '^goifie règles -d'astronomie , et ceci n'en contient aucune.
qui doivent revêtir > comme partout ailleurs^ les sculptures de ce plafond (i). »
IMous apprenons ainsi par l'appendice ajouté à la suite des antiquités^ que MM« JoUois et Devilliers n'ont pas* dessiné le reste du plafond à côté de ce zodiaque. Cette partie dn monument méritoit bien autant que le reste^ de nous être apportée; elle eûit été « une preuve plus honorable pour les Égyptiens^ de leurs connoissances en matière de physique^ que ne l'est de leur science astronomique ce zodiaque circulaire. Car ces quatorze barques sont la moitié du ^ nombre des jours du mois lunaire y au bout desquels la pleine lune comme la néoménie agit de concert avec le soleil sur les eaux du Nû conune sur celles de la mer.
Quoiqu'il en soit^ ce zodiaque circulaire n'est qu'une répétition du zodiaque quadrangulaire ^ ^ mais sous une autre projection. Les deux zones concentriques les plus éloignées du centre présentent également des cérémonies en usage dans chacun des mois exprimés par leurs symboles. On remarque particulièrement , dans la zone la plus extérieure^ un disque rempli de deux rangs de quatre
(i) Toutes ces belles couleurs si brillantes , toutes ces enluminures si éda^tantes , confirment ce que )'ai déjà observé du mauvais état de ces monumens. D'ailleurs y qu'on en juge soi-même , par la comparaison de la pierre de Denderah ^ actuellement à Paris , comparée à la beile gravure que contient la collection de ces monUmens purblics par la commission d'Egypte.
personnes chacun^ agenouillées^ les mains liées derrière le dos, et attendant misérablement leur supplice^ au-dessous de l'intervalle du capricorne et du
Verseau. On voit également^ dans le zodiaque du temple au nord d'Esné^ trois cadavres sans têtes ^ agenouillés auprès des haches qui les ont tranchées^ sous rintervalle du capricorne et du verseau. On remarque aussi ^ dans le zodiaque circulaire de Denderah^ à la seconde bande ou couronne^ un homme à tête de veau avec des cornes /et tenant une faulx à blé, sous l'intervalle de la vierge et de la balance^ pour signifier la moisson après la retraite des eaux vers 1 équinoxe d'automne ; et l'on voit également^ dans le zodiaque quadrangulaire du même temple ^ un animal tenant une faulx simple qui marque la coupe des herbes entre le scorpion et le sagittaire^ aussi à l'équinoxe d'automne.
Q& indices suffisent pour démontrer évidemment ([ue ces tableaux ne sont destinés qu'à représenter les travaux et les rites propres à chaque mois dans le cours de l'année fixe des Égyptiens, et non à donner l'cpoque de la construction des temples auxquels ces tableaux servent d'ornemens. Car des édifices aussi étendus y aussi massifs et aussi solides , n'ont pu être achevés que plusieurs siècles après avoir été commencés; si donc le grand temple de-Denderah a été commencé aooo avant l'ère chrétienne, et qu'il ^'ait été terminé que dans le second siècle de cette cre, sur quel point de cette durée tomberoit l'époque qui seroit indiquée par ces zodiaques?
Bien plus, il serpit impossible de savoir si c'est aa lion ou au cancer qu'il faudroit mettre le solstice ^ puisque ces deux signes se rencontrent dans les deux zodiaques de ce temple. On voit^ dans le circulaire , le cancer sur le même rayon que le lion, mais audessus de sa tête, au lieu que, dans le quadrangulaire, nous voyons ces deux signes, chacun aune des extrémités inférieures des deux bandes.
Un académicien très-distingué par ses connoissances en ce genre , Fauteur du Jupiter Olympien , estime que tous ces temples d'Egypte sont chacun l'ouvrage de plusieurs rois , qui se succédant les uns aux autres , ajoutoient à la première bâtisse , Fun une aile, l'autre un dôme, un autre un portique , un autre un propylée, une enceinte , des ornemens multipliés sans goût, des Isis^ des Osîris , des anubis, des zodiaques , des signes zodiacaux, des ^fiQ^l^^^^ sans ordre, sans vérité , sans intelligence , efr ifrilement pour suivre l'usage, sans aucune connaissance de la précession des équinoxes qui apportoit nécessairement bien du mécompte dans les places qu'ils ' assignoient aux solstices et aux équinoxes, dans les temples bâtis plusieurs siècles après les premiers où ils les voyoient placés dans les mêmes signes. Les raisonnemens fondés sur la présomption de quelque connoissance de la précession chez les Egyptiens , portent donc à faux , et les inductions qu'on en tire sur la prétendue antiquité indéfinie du monde ^ ae^ sont que des mots sans réalité.
(93) Rendons pourtant justice aux estimables et savans ingénieurs y auteurs de cette immense collection. Ils sont loin d'adopter les conséquences que Dupuis a déduites du système qu'il s'étoit forgé^ car voici comment ils s'expriment :
(( (i) "NovLs admettons que l'astérisme qui est en tête du zodiaque^ est celui que le soleil parcourt après le lever héliaque de Sirius. L'apparition de cette étoile suivoit de peu de jours le solstice d'été. Elle annonçoit alors la crue des eaux^ et le commencement de l'année rurale des Égyptiens. En donnant cette poûtion à la sphère ^ on fait remonter le zo-* diaque de Denderah au temps où le lion étoit le premier des signes que le soleil parcouroit après le commencement de l'année agricole ^ et le zodiaque d'Esné à l'époque où cet astérisme n'étoit pas incore^ mai& étoit sur le point de devenir chef des constellations zodiacales. L'antiquité qu'il faut admettre avec cette dernière conséquence^ ne sort pas des Umites fixées par les chronologistes les plus recommandables. »
Ainsi^ puisque la précession a marché vers l'occi^ dent^ du lion au cancer ^ il s'ensuit que ces deux zodiaques montrent le solstice d'été à la fin du lion et au conunencement du cancer , ce qui n'a pu arriver que vers l'an 2000 avant Jésus-Christ. Mais, suivant Vettius Valens, l'année vague des Égyptiens étoit l'année religieuse , et l'année fixe étoit l'année civile pour la culture des terres et le paiement des impôts.
(94) Celle-ci commençoit au lever delà canicule en août. Le premier jour de Tannée parcouroit^ en reculant d'an jour en chaque année y tous les jours de l'année pendant 1 46o ans. Dans le cinquième siècle avant Jésus-Christ, au temps où vivoit Hérodote, leur année n'étoit que de 365 jours» Voilà pourquoi tout est confondu dans ces zodiaques, année vague et année fixe. Us ne présentent aucune idée juste sur ces deux sortes d'années.On y apperçoit seulement l'indication du débordement du Nil, après le retour du solstice d'été^ à peine entré dans le cancer, après avoir quitté le lion.
Supposons ce monument véritablement astronomique, comme on le dit ; et cherchons s'il peut servir à prouver que le temple d'où il a été détaché, a été ft)nstruit lorsque le solstice d'été se trouvoit dans le lion. En dressant ce zodiaque dans le sens du corps de la grande femme qui est debout sur ses pieds le long d'un des bords, le signe qui est directement en face , entre le taureau à droite et le lion à gauche, est celui des gémeaux, dans lequel se fait aujourd'hui ce solstice. Si donc on ne veut pas convenir que ce temple a été construit depuis le commencement de notre ère, il faut choisir un autre point de départ dan^ ce zodia*que circulaire. Mais un cercle n'a ni commencement ni fin. Son dernier point est le premier. Quel sera donc le signe auquel on s'arrêtera, pour en faire u équinoxe ou un solstice? Sera-ce l'un de ceux qui sont au-dessus des quatre femmes qui sou-
Uennent ce zodiaque^ ou au-dessus des quatre couples d'hommes accroupis à têtes d*épervier, qui le soutiennent aussi ? Commençons par ces couples d'hommes^ je vois le bélier et les poissons audessus des têtes des deux hommes qui sont à droite à côté de la grande femme. Si nous prenons les poissons pour l'époque de l'équinoxe du printemps , nous retombons dans Finconvénient très-peu agréable à nos adversaires ^ de dire que ce zodiaque est donc d'une date postérieure à notre ère chrétienne; Si nous choisissons le bélier ^ c'est Tépoque pour cet équinoxe qui ne remontant pas à 1800 ans avant notre ère^ ne donneroit pas à ce temple une antiquité suffisante pour la conséquence qu'ils veulent en tirer contre la nouveauté du monde. En admettant néanmoins l'un ou l'autre de ces deux signes pour époque de l'équinoxe du printems^ les signes diamétralement opposés seroient^ par les lignes droites^ menées de l'un à l'autre^ et passant par le centre^ l'époque de l'équinoxe d'automne dans la vierge diamétralement opposée aux poissons, ou dans la balance diamétralement opposée au bélier^ ce qui étant encore conforme à la position de notre zodiaque^ fortifie ce que je viens de dire du peu d'antiquité du zodiaque de Denderah, puisqu'il donne aux equinoxes pour époques les mêmes signes que nous leur donnons aujourd'hui. Us sont donc bien plus proches de notre ère , que de celle où on voudroit les placer; la seule différence est que de nos jours, les signes sont sortis des constellations où ib
etoient. Le signe ^ ou la conslellatian^ des poissons seroit-il l'ëpoque de Fëquinoxe du printems^ et la vierge celle de l'ëquinoxe d'automne dans le tems où ce zodiaque de Denderali a été sculpté ?
Voyons si les solstices nous donneront les mêmes corrélations. Nous ne pouvons les prendre qu'audessus des têtes dies deux hommes placés à 90 degrés de distance des deux couples que nous venons de considérer. La série des signes d'occident en orient, suivant la marche du soleil, nous prescrit, en partant des poissons ou du bélier , où nous avons supposé que le sculpteur du zodiaque avoit placé l'équinoxe du printems, de mettre le solstice d'été dans l'un des signes qui se trouvent au-dessus des têtes du couple d'hommes qui est en bas , répondant horizontalement aux pieds de la grande femme. Au-dessus de la tête occidentale se voient les gémeaux; et au-dessus delà tête occidentale, le cancer. Le solstice d'été dans les gémeaux, répondroit parfaitement à l'équinoxe vernal dans les poissons, comme ce solstice dans le cancer répondroit à cet équinoxe dans le bélier. Menons actuellement une ligne diamétrale, de chacune des têtes de ce couple aux têtes du couple opposé. Celle qui de la tête orientale passera par les gémeaux et par le centre du cercle , aboutira au sagittaire, et celle qui de la tête occidentale , passant par le cancer et par le centre, se terminera au capricorne» Cela convient et cadre parfaitement avec l'équinoxe d'automne dans la balance à 90 degrés de distance à l'occi-
dent da capricorne ^ où dans la vierge à 90 degrés de distance à l'occident du sagittaire.
Tentons une autre épreuve, pour voir si^ en prenant ces quatre points principaux du cercle ko* diacal^ au-dessus des têtes des quatre femmes qui^ entre les quatre couples d'hommes^ soutiennent ce cercle avec eux^ nous trouverons des rapports qui favoriseront ' davantage la supposition des partisans de la haute antiquité de ce zodiaque. Je commence par la femme qui est la plus voisine des pieds de la grande femme nue^ et je trace depuis sa tête jusqu'à la tête de la femme diamétralement opposée ^ une ligne droite qui passe par le centre. Cette ligne traverse les têtes du taureau et du bélier et aboutit à la balance. Voilà donc les équinoxes à l'une des époques que nous venons de leur trouver par l'épreuve précédent^, c'est-à-dire, à l'époque qu'Eudoxe donne à l'équinoxe du printems dans le bélier, et à l'équinoxe d'automne dans la balance. C'est donc cette époque qu'il faut admettre, et par conséquent fixer l'âge de ce zodiaque, à environ 4000 ans avant le temps où nous vivons actuellement, et cela se confirme par les solstices au-dessus des têtes des deux autres femmes. Car en suivant Tordre des signes d'occident en orient, la femme qui est en bas sur la même ligne que celle dont je viens de parler , est au-dessous du cancer , qui est le signe du solstice d'été; et la femme, diamétralement opposée, est au-dessous du capricorne, lieu du solstice d'hiver. Le solstice d'été, par l'une et
Faulre de ces deux épreuves, ne se trouvant pas dans le lion, mais dans le <^ncer, il s'ensuit que l'équinoxe du printems ëtoit dans le bélier, au tems où ce monument a été sculpté, et par conséquent^ qu'on ne peut pas donner à te temple plus de aooo ans environ, avant notre ère chétienne , si l'on veut compter les années écoulées depuis la première fondation jusqu'à la fin de la construction, et en même tems supposer qu'elle a commencé lorsque le solstice d'été quittant le lion, entroit dans le premier degré du cancer. Mais la canicule se levant aux environs du solstice, il faut admettre que le solstice arrivoit lors, de cette fondation, non aux extrémités du cancer; sinon il seroit arrivé après la canicule, s'il fût arrivé dans le lion, mais au milieu du cancer. Donc le Solstice étoit vers le milieu de ce dernier signe, et par conséquent l'époque de cette construction ne remonte 'réellement pas au-delà du quatrième siède avant l'ère chrétienne.
La situation verticale qu'il faut, en effet , donner à ce tableau, pour le placer dans son véritable sens^ est indiquée par la posture droite de l'Isis qu'on ne peut regarder en face, qu'en la mettant sur ses pieds. Dans cette position du plan du tableau, parallèle au spectateur directement tourné vers ce plan> le signe zodiacal auquel aboutiroit une ligne droite menée de l'entre-deux des yeux du spectateur perpendiculairement au plan dû tableau, est la constellation des gémeaux. C'est précisément celle dans laquelle se trouve aujourd'hui le solstice d'été : le
cincer^ le lion et la vierge sont à gauche^ et le taureau à droite sur des lignes visuelles ol)liques. Ce n'est donc aucun de ces signes qui doit être pris pour l'époque du solstice d'été , lors de la construc^ tion de ce temple. Ainsi^ ces deux ou trois constellations ne sont pas celles où il faut chercher ce solstice. Car le zodiaque circulaire qui n'est qu'une répétition du zodiaque quadrangulaire y quoique sous une autre projection^ ne peut pas être en contradiction avec lui^ se trouvant ensemhle l'un et l'autre dans le même temple. Or^ le zodiaque quadrangulaire montre le solstice d'été dans le cancer^ et puisque le zodiaque circulaire présente en face les gémeaux immédiatement à côté du cancer, c'est pai*ce que lors de la construction de la voûte à laquelle il étoit attaché^ le solstice d'été passoit du eancer aux gémeaux. Nous ne hazardons par conséquent rien ^ quand nous plaçons le solstice d'été, pour cette époque de temps , à la fin du cancer et au Gommencement des gémeaux. Dans cette situation au dernier degré du cancer ou au premier des gémeaux , il n'étoit^ lors de la construction du temple qu'à 24 degrés de distance à l'orient du point des gémeaux auxquels il répond actuellement. Admettons 3o degrés, multipliés par 72 ans, ils produisent 2160 ans^ desquels ôtant nos 1832 ans actuels, le reste 338 ans avant Jésus-Christ, démontre que ce zodia<|ue Il est que de très peu antérieur au siècle d'Alexandre. Si l'on plaçoit le sol^ice d'été au sagittaire^ il fau- ^oit compter i3oqo ans d'antiquité a ce temple,
OXFORO
( ÏOG )
chose à quoi s'oppose son air de nouveauté^ beau-' coup plus frais que ne l'est celui d'Esnë qu'on ne peut faire remonter au-delà de 25oo ans avant Je*sus-Christ.
Ces monumens au reste sont purement astrologiques. On y voit des étoiles qui accompagnent les figures du cercle des personnages le plus éloigné du centre. Mais y selon la juste remarque de M. Delambre , « ces zodiaques ne nous donnent aucune lumière sur les constellations vraiment astronomiques y c'est-à-dire , sur le nombre d'étoiles dont oe& constellations sont composées, ni sur la situation respective de ces étoiles. La manière la plus simple de reconnoître ces constellations, la seule qui nous soit indiquée par Aratus y c'est la circonstance qui les place en présence l'une de l'autre. Mais pour vérifier les apparanatellons , faut-il mettre à l'horizon le milieu, le commencement ou la fin de la constellation? Ou peut donc admettre que ces levers sont un ouvrage égyptien, mais un ouvrage qui ne suppose que des yeux, et qui n'exige ni instrument ni véritable science ».
Les personnages qui forment les cercles extérieurs et intérieurs au cercle zodiacal , dans le monument détaché de la voûte du temple dé Denderah , sont probablement des emblèmes de ces paranatellons ou levers et couchers simultanés d'étoiles qui sous divers symboles représentent les rites religieux ou les occupations propres à chaque mois de l'année fixe, civile ou agricole, figurés par les signes qui
( lOÎ )
les caractérisent. Tous ces cercles sont projettes autour du pôle borëal qui est le centre de cette projection^ comme il l'est d'un monument semblable qu'on voit au musée royal du Louvre»
Gélai-<)i est un fragment en marbre sur lequel sont tracés plusieurs cercles concentriques dont trois sont . des zodiaques. Il est gravé dans le volume de Fan 1708 des mémoires de l'académie des sciences de Paris. BaUly l'a décrit dans son bistoire de l'astronomie y en œs termes : « Au centre est un serpent, dans ses replis sont renfermés deux animaux qui paroissent être les deux ourses y ainsi ce sont les trois constellations da pôle boréal. On trouve ensuite trois zones circulaires où l'on voit 1 2 figures qui sont évidemment les 1 2 signes du zodiaque. Les deux extérieurs renferment en effet nos signes^ tels que nous les connoissons. On y voit entiers^ ou à peu près entiers^ le bélier, lé taureau > les gémeaux, l'écrevisse, la balance, le scorpion et le sagittaire. Dans la zone intérieure sont représentés des animaux au nombre de 12, il n'y en a que 5 qui soient conservés. Bailly a oublié la 4' zone qui contient des chiffres en lettres grecques. On en trouve une cinquième qui montre trois figures égyptiennes pour chaque signe. Ce sont celles qui désignoicnt les décans. Au-dessus de chacune il y en a une autre qui représente une planète, celle qui préside à chaque décan. On voit ici Mars^ le soleil, Vénus » (au-dessus du bélier ), etc.
De ce que le soleil est ici au-dessus du bélier^ eûtreMars, et Vénus, inférera- 1 -on que ce zo-
( *^^ ) diaque est d'une canstruction coatemporaine au lieu de cet astre dans cette constellation. Il ne remonteroit dans* ce cas^ qu'au quatrième om dnquieine siècle avant notre ère. Mais il s'en faut bien qu'il soit aussi ancien. Crt ce planisphère est autant grec qu'Egyptien^ et il ne peut avoir ëtë construit que depuis l'établissement de l'école grecque d'astronomie fondée dans Alexandrie parles Lagides^ et par conséquent il ne date guères que du temps d'Aratus^ c'est-à-dire ^ du troisième siècle avant J.-C.
La zone circulaire composée de chiffres en lettres grecques , qui répondent chacun à une des figures égyptiennes dont la pénultième ixme extérieure est formée , contient des nombres astrologiques concernant les génitures. H n'a pas vu que la zone zodiacale est représentée double^ pour montrer que dans chacun des hémisphères de la sphère oUique^ le zodiaque représenté entier par la projection stâréographique^ est incliné sur l'équateur ^ de la largeur de l'ime des deux zones zodiacales ^ en même tans qu'une seule moitié de l'écliptique et de l'équateur paroît au-dessus de l'horizon. Ënfin^ il n'a^pas parlé d'une tête de femme qui est à l'un des coins du plateau de ce marbré. Son front est couromié d'un sablier entre deux ailes déployées^ et de sa bouche elle souffle du vent vers l'occident. Ce qui montre que ce monument n'est destiné qu'aux divinations des astrologues sur les nativités. C'est ce que prouvent les décans que Bailiy y reconnoit ^ c'est-à-dire^ les constellations du zodiaque partagées
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en trois divisions de lo degrés chacune. Tout cela n'est fait que pour en imposer au vulgaire, et n'est d'aucune utilité dans la saine et véritable astronomie. U en de même des deux zodiaques de Den-* derah^ et patticulièrement du circulaire: Ce ù'est qu'un thème d'astrologie, vaine et illusoire science de mots et de conventions entre les adeptes, aussi contraire à la raison qu'à la véritable religion. Car qu'est-ce que signifie cette cuisse coupée d'animal , étendue au-dessus des gémeaux dans ce planisphère? Qu'est-ce signifie ce cochon encapuchonné , debout sur ses jambes de derrière , et tenant à l'une de ses pattes de devant un coutelas la pointe en bas? Qu'est-ce que signifie cette gazelle marchant sur le dos d'un autre coutelas couché près du pôle? La véritable astronomie est une science de calcul, fondée sur l'observation des faits, et ne s'occupant que des niouvemens des astres. Elle prédit et assigne leurs places relatives dans le ciel, pour tous les instants quelconques. Mais elle rejette et repousse loin d'elle toute divination d'événemens humains ou eontingens qui dépendent de la volonté ou du choix des êtres pensans. Il ne suffit pas qu'un monument montre des signes célestes pour (aire juger qu'il désigne des époques de tems. Autant vaudroit dire que la table isiaque , maintenant ' déposée à la bibliothèque du Roi , parce qu'on y voit un taureau et un béEer^ date du tems où l'équinoxe du printems étoit dans l'un ou l'autre de ces signes !
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Jablonski dit que le sujet de cette table est une fête en l'honneur de Neïtha^ la Minerve des Egyptiens. Mais il y a plus d'apparence qu'elle représente une procession isiaque où l'image d'Isis ëtoit portée publiquement^ et accompagnée de tout le cortège que nous voyons sur cette table. Le taureau et le bélier s'y trouvent , parce que c'étoit , après l'équinoxe vernal , et avant le solstice d'été que cette fête se célébroit. Car le bélier ne s'y voit qu'une fois;^ et le taureau y est représenté deux ou trois fois. Isis y est assise dans une espèce d'arche^ comme on la voit dans le tableau du temple au nord d'Esné^ précédant le cercueil qui vogue dans cette marche lugubre (i).
Si c'étoit l'année et non le mois ^ qu'on eût voulu marquer sur cette table par les figures du bélier et du taureau^ quel est l'équinoxe ou le solstice qu'on auroit voulu exprimer^ et quel est celui de ces deux animaux qu'il faudroit prendre pour l'un ou pour l'autre de ces deux phénomènes ? U faudroit choisir entre mille combinaisons essayées tour à tour sur chacun de ces signes^ pour chacun de ces phénomènes , sans que l'on pût jamais savoir à la.quelle entre toutes on devroit s'arrêter. Car tout solstice y comme tout équinoxe a pu avoir été dans le bélier^ le taureau et les autres signes un nombre infini de fois ^ pendant l'éternité de leur possibilité essentielle ; avant l'existence matérielle de tout ce
(i) y. L. Fignorii mensa Isiaca. Amst. i'^6g^
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qui^ par sa durée, mesure la succession des Aé* mens du tems. Mais il ne sera jamais possible de préciser par la seule inspection du bélier ou du taureau 9 l'année dans telle ou telle période de tem]ps f où la cérémonie représentée par cette table a été exécutée, puisque d'ailleurs elle revenoit chaque année. Ce n'est donc que la saison du printems, qui est désignée sur cette table par ces deux signes de mois»
c< Egypte ! Egypte ! s'écrie un auteur du troisième siècle (i), il ne reste plus de toute ta ^science de divi* nation, que des fables inintelligibles à la postérité. U n'existe plus de ton antique histoire, que des traces obscures gravées sur la pierre, unique monument des événemens qui se sont passés dans ton sein ! ». C'est donc bien à tort qu'on se flatte de vouloir en développer le sens. Il sera toujours plus aisé de dire ce qu'ils ne signifient pas, que d'en exposer* la véri* table signification. H faudroit , pour la donner avec vérité, un autre Œdipe (2) que celui de Kircher. U faudroit connoître parfaitement Fancienne langue de ce pays^ aujourd'hui totalement perdue, par la fa^te de ses préjtres, qui pour leur intérêt se réservant à eux seuls les connaissances qu'ils aoquéroient, ne les transmettoient à leurs successeurs que dans des caractères mystérieux dont eux seuls avoient la cle£ Il faudroit connoîti*e cette langue
. (0 Apul.
(2) Kircheri ^gypt. OEdyp.
Érw..
hyéroglyphique plus ignorée encore que celle du vulgaire. Mais au teins même de Plutarque et de Strabon qui parlent des différentes interprétations que les prêtres égyptiens donnoient de ces hiéroglyphes^ cette langue sacrée n'étoit plus connue dans le pays même. Diodore de Sicile, Tacite et Ammien- Marcellin , témoignent l'impossibilité ou l'oBf étoit déjà , de leur temps , de comprendre le sens des inscriptions des obélisques et de tous les monnmens égyptiens qui , au moins en partie , encore aujourd'hui sur pied^ ne peuvent en aucuâe mamère réparer cette perte. Ceux surtout qui contiennent des signes du zodiaque en totalité ou en partie^ sont loin de nous éclairer sur la signification qu'on j cherche par esprit de système ou de prévention. Us ne sont la plupart que de vains ornemens^ placés là par suite d'une coutume antique dont on ne connoissoit plus la raison ni l'origine^ ou pour servir d'accompagnement aux travaux et aux avertissemens publics, dans une contrée que les inondations périodiques du fleuve qui la fertilise, obligeoit à tout régler sur les vicissitudes du soleil et de la lune^ suivant la succession des mois, et à tout annoncer chaque année ^ suivant les variations du débordement annuel de ce fleuve. L'astronomie surtout que les prêtres avoient déshonorée et abâtardie^ pour s'en faire un profit par la divination de l'avenir dans les événemens arbitraires et impossibles à prévoir, ne peut nous prêter aucune lumière sur le vrai sens de ces tableaux énigmati-
quesy où il demeurera éterndkiineiit enveloppe sous les allégories convenues entre ceux qui les ont in« ventées pour obliger les non-initiés^ les pro&nes et les indignes , de recourir à eux conune à des oracles divins.
Mais^ dira-t-on, ce n'est pas d'après deux ou trois âgnés du zodiaque que l'on fuge de l'anti- ^té du mcmument ou ib se trouvent , c'est sur l'ensemUle des douze »gnes^ sur la présence du so>* leîl dans l'un deux. D'accord , mais le zodiaque quadrangulaire de Denderah montre le soleil dans le cancer^ et le circulaire dans les gémeaux^ Cet astre étoit donc^lors de la construction du t^nple de cette ville, tout au moins dans le passage du cancer aux gémeaux ; or nous avons prouvé que cette position ne remonte pas à quatre siècles avant notre ère. Quant au:i^ autres zodiaques qui sont ceux d'Esné ^ nous les discuterons ailleurs. En attendant nous pou* vous avancer que commençant tous deux par les poissons ou se trouve aujourd'hui l'écpiinoxe du printems^ on ne voudra pas avouer qu'ils ne montrent qu'une date toute récente. Cependant^ que l'on fasse le calcul! Comptons à raison de 7a ans pour un degré de précession; depuis le 3o* des poissons^ nous aurons at6o ans; ôtant nos iSaa actuels^ (abstraction faite de la variation peu considérable eau* see par l'ascension droite) (^), reste la 338 année avant Jésus-Christ pour l'époque de la construction de ces zodiaques de Dendendi ^ si l'on veut absolument qu'ils servent à découvrir l'âge de leurstemples.
( lO» )
A ces calculs et à ces raisonnemens y j'ajouterai y pour dernière preuve , l'extrait suivant d'un abrégé fait par M. Delambre^ des recherches de M. Latreille sur les zodiaques égfptiens , dans l'analyse des travaux de l'académie royale des sciences (i)^ pendant l'année 1821 :
w Des cercles synodiques formèrent^ lorsque l'astronomie fut plus perfectionnée^ un dernier signe indiquant des observations célestes. Aussi n'afFecte-til que les zodiaques.de Denderab^ tous postérieurs à l'ère de JNabonassar. L'un de ces signalements indique la période sothiaquo (de i46o ans). Tous les autres sont relatifs aux points équinoxiaux. Les zo^ diaques d'Esné n'offrent aucune figure que Foii' puisse rapporter au grand cbien. L'auteur en conclut que la période sotbiaque ne remonte point à 2782^, ainsi que Fréret l'avoit avancé par erreur. La figure d'un cbien , ayant les membres d'un singe , placé dans un bateau^ dans le zodiaque de Denderab^ indique le coucher de Sirius. L'étoile avait alors 71 degrés 3i minutes d'ascension droite; elle cessait d'être visible le 10 mai, et annonçait un ac-^ croissement du Nil assez sensible. Le lieu des poissons dans le zodiaque dé Denderah est une situa* tion inverse de celle qu'il présente sur les zodiaques d'Esné à l'époque de la construction des zodiaques de Denderah j la première étoile de ce signe étoit fort rapprochée de l'équinoxe du printems. Son lever
(1) Partie mathématique j pag. 38.
armonçail que le Nil avait atteint sa plus grande buteur. Sur le zodiaque d'Esné^ les deux poissons sont aunlessous de l'ëquateur. L'emploi de ces données a fourni les moyens de déterminer l'âge de ces moniunens d'une manière approximative ^j car on sent bien que ces sortes d'inscriptions ne sont point susceptibles d'une précision mathématique , ainsi le zodiaque du portique du grand temple de Denderah, auroit été construit vers 670 y et le zodiaque circulaire vers l'an 55o avant notre ère. La troisième section indique l'ordre et les significations des différentes figures qu'on voit dans ces zodiaques (c'est-à-dire que^ suivant M. Latreille^ au commencement du rapport de M. Delambre sur ces recherches)^ ces zodiaques sont des tableaux hiéroglyphiques^ rehgieux^ historiques ^ civils, et disposés dans un ordre astronomique, ils offrent des faits relatifs aux saisons, etCé ».
Ainsi , se trouve confirmé ce que j*ai prouvé , savoir : i"", que les zodiaques de Denderah ne désignent que les travaux et les rites particuhers à chaque mois dans l'ancienne Egypte ; car le symbole de chaque mois y est accompagné de l'indice de l'espèce de travail ou rite , usité particuUèrement dans chacun des mois.
2"" Que même, quand ils seroient chronologiques , ils ne remonteroient pas au-delà de âSoo ans avant Jésus-Christ, mais qu'ils ne vont pas même au cinquième siècle avant l'ère chrétienne, suivant la règle infaillible et astronomique de la précession, appliquée à chacun de ces zodiaques.