II
La preuve de la moisson au prinlems , se trouve dans la description de l’Egypte par Demaillet qui dit : « Il y a quelque différence pour les pays situés près de la zone torride, comme est la haute Egypte où étoient Tlièbes et Tentyris. Au lieu que dans nos contrées, on sème en septembre et octobre, après avoir profondément ouvert la terre par le tranchant delà charrue, en Egypte on jette le blé en novembre sur la terre dont la surface est seulement eflleurée par une charrue légère , après la retraite des eaux. La moisson s’y fait au bout de quatre mois en février. » Voilà pourquoi dans le tableau du portique d’Esné, on voit un animal tenant une faulx , dans le mois de février, avant les poissons qui désignent ce mois. « Car janvier, ou le verscau, est un mois sec et beau en Egypte T où il ne pleut presque jamais; la moisson des blés commence alors, et après elle la coupe des foins en mars dans le signe des poissons. » Ce tableau du portique d’Esné représente donc les cérémonies d’une fête célébrée à l’occasion de la moisson dans la haute Egypte.
M. Remi-Raige (i) a dit aussi : « L’année égyptienne commençait au solstice d’été , vers le 10 juin, à l’époque de la crue du K il et de l’inondation qui dure pendant juillet, août, septembre. C’est en octobre, novembre, décembre, que l’on peut mener paître les troupeaux, labourer la terre,
(•) V. son Mëm. sur le zod. des anc. Egyptiens, tome i.« de la Descript. de l’Egypte.
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et que germent les grains. En janvier , février , mars, le soleil semble rétrograder (1) , les moissons mûrissent et sont récoltées. Environ vers le 20 mars arrive l’équinoxe du printemps , et le jour est égal à la nuit. Durant avril, mai et juin, la chaleur croissante donne l’essor aux bêtes venimeuses, développe les maladies pestilentielles, etc. » Il faut donc pour l’Egypte, retarder de deux ou trois mois les opérations rurales qui se pratiquent en certaines saisons dans l’Europe , parce que les Egyptiens, qui ne sont qu’une oolonie, qui a introduit dans la partie de l’Afrique où elle s’est fixée, le zodiaque d’Ethiopie, qu’elle mêla avec celui des Phéniciens, et qu’elle partagea ensuite en douze portions pour répondre à peu près aux douze lunaisons pendant une seule révolution solaire , ont gardé ce zodiaque , de sorte que la signification originale de chaque signe ne s’est plus trouvée répondre en Egypte au mois auquel il avoit été primitivement attribué en Ethiopie.
La conséquence qu’il faut en déduire , est que quand le soleil est , par exemple , dans le lion , il y est pour l’Egypte comme pour l’Europe ; mais l’effet qu’il y produit , est d’environ trois mois plus tardif. Ainsi , par exemple , le solstice d’été étant actuellement dans les gémeaux , y est pour l’Egypte comme pour l’Europe ; mais l’Egypte éprouvant chaque année une inondation qui commence en
(1) Depuis le solstice d’hiver.
juillet , mois du lion , et finit en septembre , mois de la balance , dans lequel , disent les monumens d’Egypte, les crocodiles commencent à se remontrer aux bords du Nil rentré dans son lit , la semaille en Egypte ne commence qu’en novembre, et se fait après un léger labour, et après le dessèchement des terres, ce qui retarde de quatre mois la moisson qui se faisant dans l’Europe en août et septembre , de l’année suivante , ne se fait qu’en janvier et février seulement dans l’Egypte. C’est pourquoi, ces zodiaques égyptiens peuvent bien montrer la relation des travaux et des fêtes à leurs mois propres, mais pour l’Egypte seulement. Et les faiseurs de zodiaques n’y connoissant ni précession de solstices et d’équinoxes, ni retard de leurs effets pour l’Egypte relativement aux pays d’où ces zodiaques étoient venus , y marquoient le soleil dans la constellation où ils le voy oient, mais en marquant les opérations rurales et les cérémonies religieuses aux mois où elles se faisoient réellement en Egypte. Et pour cette raison , tous ces zodiaques commencent aux poissons , comme aujourd’hui pour l’équi- * noxe du printemps, mais fixent la fenaison au mois de janvier pour l’Egypte , comme nous le voyons sur le zodiaque du portique d’Esné. Et c’est ce qui détermine l’époque delà construction dé cet édifice aux environs du quatorzième siècle avant notre ère , si l’on veut qu’il ait une signification chronologique.
Ainsi .la seule induction que l’on puisse tirer de ces tableaux à figures zodiacales , est que les fêtes
religieuses , el les Egyptiens n’en avoient pas d’autres , puisque tout étoit Dieu pour eux , depuis le soleil et la lune jusqu’aux oignons et aux escarbots , depuis le sage Neitha jusqu’au phallus, et depuis le bœuf jusqu’au chat , ces fêtes suivoient l’année vague , tandis que les travaux de la campagne dépendoient de l’année fixée par l’addition d’un jour en 4 ans , et ne répondoit à l’année vague que tous les 1461 ans. Ce ne seroit donc qu’en l’an 139 de Jésus-Christ ou à la i 4 So* année précédente, c’est-à-dire 1 3 a i , ans avant notre ère , que l’on pourroit confondre les opérations rurales avec les fêtes aux mêmes jours des mois auxquels les unes et les autres sont rapportées dans ces tableaux. Mais il faut les distinguer les unes -des autres, les séparer pour toutes les années intermédiaires et les placer à des intervalles d’autant plus grands, que les fêtes arrivoient à des temps plus proches du milieu de l’espace des 1 460 ans de la période sothiaque.
L’équinoxe de printems est ici marqué près des poissons , et l’équinoxe d’automne près de la vierge. Car nous voyons pour premier signe du y.odiaque dans la bande supérieure , les poissons, et pour dernier la vierge qui tient la queue du bon , parce qu’elle s’est éloignée de la balance , qui commence de la bande inférieure des signes austraux au nombre de cinq , depuis l’addition de la vierge aux signes boréaux. L’annéevague commençoit donc alors au solstice d’été. On ne peut donc pas placer ces zodiaques à plus de i 3 siècles environ avant notre ère.
L’erreur dans laquelle Dupuis et ses partisans sont tombés, consiste donc dans l’aveuglement ou l’opiniâtreté qui leur a fait confondre le lieu du solstice par l’effet de la précession , avec le lieu du soleil par suite de sa révolution annuelle. Nous savons par Ptolemée , qu’Hipparque est le premier qui ait eu connoissance de la précession et de ses effets. Or Hipparque n’a vécu que dans le second siècle avant J ésus-Christ. Les Egyptiens n’ont donc connu la précession, que depuis cette époque. Ce n’est donc pas, si ces zodiaques sont du quatorzième siècle avant J.-C.,sous le rapport de la précession , que les sculpteurs les ont formés, mais seulement pour leur année fixe et rurale , sous le rapport de la saison dans laquelle commence le débordement du Nil. Le solstice d’été anticipoit chaque année, sans doute, en conformité et en conséquence de l’anticipation annuelle de l’équinoxe, et c’est pour cette raison que leurs zodiaques commencent par le signe des poissons pour désigner l’équinoxe du printemps , ce qui mettait le solstice d’été au cancer , et l’inondation de l’Egypte dans le bon, comme l’a dit M.Delambre dont j’ai rapporté les paroles. C’est bien à la vérité , parce qu’en vertu de la précession , le solstice d’été qui ne se faisoit plus dans le lion , était passé dans le cancer , niais ce n’est pas ce passage du solstice , d’orient en occident* qui est marqué par ces zodiaques, c’est le lieu du soleil, du cancer au bon, en vertu de la marche annuelle du soleil d’occident en orient, car ce sont des saisons et non des époques.
qui sont marquées ici. Si l’on fait tourner sur les pôles de l’e'quateur vers l’occident un globe terrestre à pôles mobiles de l’écliptique et de l’équateur, tel que celui qui est décrit par Ptolcmée dans son livre vm, chap. 3 pag. 93 de ma traduction , et par Cassini dans un des mémoires de l’académie des sciences , ce mouvement représente la rotation diurne, et si l’on fait en même temps tourner le même globe sur les pôles de l’écliptique en sens contraire vers l’orient , d’un mouvement 365 fois moindre , ce mouvement représentera la révolution annuelle apparente du soleil autour de la terre le long de la circonférence de l’écliptique. Enfin si l’on conçoit que pendant cette marche annuelle du soleil vers l’orient, il se fait une rétrogradation de 5o secondes de cercle par an , des pôles de l’équateur, autour des pôles de l’écliptique , pour que les intersections de l’écliptique et de l’équateur anticipent tous les ans de cette quantité , sur les deux points^c l’équateur auxquels elles coïncidoient chaque anné^mmédiatement précédente , ce troisième mouvement représentera la précession des équinoxes et des solstices , produite par l’action combinée du soleil et de la lune sur la terre. Et en transportant ces trois inouvemens apparens du soleil à la terre, on rendra également raison de la place donnée dans les zodiaques aux solstices d’été, pour signifier le passage du soleil du cancer au lion dans la course annuelle d’occident en orient, et non pour le passage de cet astre du lion au
cancer par la rétrocession des points équinoxiaux. Car les Egyptiens ne connoissant pas la précession des équinoxes avant Hipparquc , ne l’ont ni découverte ni calculée ; et ce Grec n’ayant précédé que de deux siècles la naissance de J. C., comment voudroit-on que les Egyptiens eussent marqué par les zodiaques de leurs temples, l’époque de la construction de ces édifices, par la place qu’on prétend qu’ils ont donnée aux solstices en vertu de la précession des équinoxes? Donc, ou ils indiquent des dates par l’effet de la précession , et dès lors ils sont postérieurs au deuxième siècle avant J. C., ou ils lui sont antérieurs, mais seulement de 1122 ans.
« Ils ont divisé la route annuelle du soleil en douze parties. Leurs observations, leurs constructions, sont d’une haute antiquité. Voilà tout ce que je vois de certain. N’a-t-on pas même nié que leurs douze figures fussent des constellations , et prétendu qu’elles n’étoient que jks symboles allégoriques des opérations de l’ag%curore pendant les douze mois de l’année? Dans ce cas, elles seroient tout à fait étrangères à l’astronomie, à laquelle, dans la première hypothèse, elles ne sont que parfaitement inutiles; car à quoi servent les constellations, depuis que la science existe? à rien absolument. Les étoiles en particulier , leurs positions bien observées , sont les fondemens de toute l’astronomie. On n’en voit aucune sur ces zodiaques , la division mathématique de l’écliptique en degrés est celle des astronomes.
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