Chapitre XI
Ce que c’est que la clairvoyance. Comment il se fi1 que les commissaires crurent à la réalité de cette faculté merveilleuse.
Après avoir constaté l’existence des premiers élémens de l’action magnétique , après avoir vérifié cet état intermédiaire qui forme le passage entre la veille et le sommeil magnétique, après avoir enfin déterminé en quoi consiste la première ébauche du somnambulisme, les commissaires arrivés face à face du grand phénomène lui-mème , c’est-à-dire du somnambulisme , puisqulil faut l’appeler par son nom , sont comme effrayés une seconde fois des progrès de leur croyance et de la grandeur de leur entreprise : ils tournent la tète en arrière, et, en proie à une velléité de découragement , on croirait qu’ils vont ouvrir les yeux , qu’ils vont rappeler leur bon sens, qu’ils vont enfin déclarer que tout n’est que déception et mystification dans la pratique du ma-
gnétisme animal. Ils se demandent en effet , et cela après toutes leurs découvertes : mais où est donc le caractère unique et positif propre à faire reconnaître le véritable 'somnambulisme magnétique ? En quoi consiste-t-il ? car, après tout, il n’est pas un phénomène somnambulique qui ne puisse être simulé.
Comment dès lors conclure que cet état existe? Faut-il la réunion de plusieurs caractères qui , isolés , seraient insignifians ? Mais si ces prétendus caractères peuvent être plus ou moins adroitement simulés ! La position, on le voit, était difficile, et cependant les ^commissaires n’ont pas cherché à la tourner-, ils l’ont attaquée de front, mais toujours sous la conduite des magnétiseurs. Que vous faut-il , leur ont dit ceux-ci , pour vous faire croire
au somnambulisme magnétique? De l’extraordinaire,
du merveilleux , du miraculeux, ont répondu les commissaires. Eh bien ! ont répliqué les magnétiseurs, vous en aurez , nous vous en donnerons, » t ils auraient pu ajouter : nous vous en fabriquerons. En effet , les magnétiseurs ont tenu parole; ils ont tantôt montré de l’extraordinaire et tantôt fabriqué du merveilleux , comme ^nous le prouverons plus tard. Il y a en effet , et il importe de faire dès à présent cette distinction , il y a une sorte de merveilleux spontané, réel et naturel, et puis un merveilleux apparent, prestigieux, en un mot, fabriqué. Tout médecins que les commissaires étaient, «ils n’ont pas su faire cette distinction ; elle n’est cependant que trop réelle, positive, profonde et de la plus haute importance ; et c’est parce que de tout temps on a mêlé avec adresse ces deux sortes d’effets en apparence inexplicables et merveilleux , que tant de gens de bonne foi ont été trompés , et spécialement nos commissaires.
Il y a donc deux espèces bien distinctes de faits pré-*-» tendus 'tnagnétiques ; j’aurai bientôt à indiquer et à expliquer comment le merveilleux fabriqué a été admis par les commissaires ; je dirai toutefois dès à présent que les faits les plus remarquables sous ce rapport ont é[.é
réunis sous les noms de clairvoyance « d'intuition et de v révision. Ces faits , on le verra , sortent de la fabrique des magnétiseurs ; ils sont dus à leur adresse ; ils ne dé- *4* pen dent pas plus que les autres d’un agent mystérieux nommé magnétisme ; ils dépendent de la dextérité des opérateurs : nous y reviendrons.
Pour arriver aux applications, je dirai que presque «• tojus l.es. .hommes somnambulisés sont des compères, et, ç.H. effet , lorsqu’ils. sont de bonne foi , lorsqu’ils n’agis- ^sent pas de connivence avec les magnétiseurs , ou ils restent .éveillés, et alors : ennuyés, fatigués, ils éprouvent, comme ..nous, l’avons vu , des phénomènes insignifiant; ou ils s’endorment tout bonnement par l’effet du repos ' * et du silence; il peut même arriver qu’ils soient endor- — • mis par l’effet des passes , mais tout naturellement et comme bercés par elles.
Les femmes sont en quelque sorte dans une classe particulière ; leur caractère seul, la trempe de leur esprit, la teinte de leurs idées suffisent dans beaucoup de cas pour rendre raison d’une foule d’actes en apparence bizarres et extraordinaires. Notez ensuite que les magnétiseurs recherchent tout particulièrement parmi les femmes malades , non celles qui sont atteintes de pneumonies, ou d’entérite, ou d’hydropisies , etc., maladies trop ignobles pour eux , mais des femmes hystériques, des femmes mélancoliques, des femmes dont la menstruation ait été troublée , des femmes enfin qui
—soient malades par l’utérus, et ce choix est parfaitement motivé. Si donc les commissaires avaient cherché à démêler, parmi l’inextricable chaos des effets dits magnétiques, et ce qui peut résulter de la bizarrerie de certaines idées, et ce qui peut résulter des symptômes de l’hystérie, et ce qui peut être produit à Taide de super-
• cheries *, en un mot s’ils s’étaient montrés véritablement