‹ Examen historique et raisonné des expériences prétendues magnétiquesChapitre 12 sur 16 · TL · texte numérisé non relu

TL

> médecins philosophes, ils n’auraient pas été trompés tant de fois au grand scandale du corps médical.

*Nous voici bien loin de la clairvoyance \ mais tout ceci devait être dit pour faire sentir la différence des phéno-

- mènes offerts par les diverses espèces de somnambules. —«.Tous les somnambules ont un point de contact unique, c’est de ne rien devoir à l’influence du magnétisme ani¬

mal ; mais il en est , ai-je dit , qui doivent être préparés^ instruits, dirigés , c’est-à-dire , destinés à la fabrique du merveilleux , et ces sujets doivent être bien choisis; ce » •• sont des hommes en général , parce que ce long manège exige une tête plus forte et plus de constance dans le rôle.

-En résumé , l’extraordinaire chez les hommes est inculqué, étudié et acquis , tandis que les femmes sont préférables pour les séances imprévues; car presque toujours il y a du dramatique , de l’étrange même dans leur jeu le plus naturel.

Après avoir recherché en quelque sorte les sources de l'extraordinaire spontané et réel, après l’avoir bien distingué du merveilleux de fabrique , recherches et distinctions tout-à-fait étrangères aux réflexions de nos commissaires, nous allons examiner le premier phénomène du merveilleux de fabrique, c’est-à-dire la clairvoyance. Aux yeux des commissaires toute la réalité du somnambulisme magnétique , c’est-à-dire du magnétisme

animal lui-même, est fondé, sur ces phénomènes ; on peut conclure avec certitude , disent-ils ( pag. 22. n. conclusion. ), que le somnambulisme existe quand il donne lieu au développement de facultés , telles que la clairvoyance , etc. Nous devons donc nous arrêter sur cette première faculté , et examiner la nature des faits qui ont amené nos commissaires à cette conviction que par l’intervention du magnétisme on peut voir, regarder, lire, etc., avec les yeux fermés.

« Des essais se faisaient sur M. Petit d’Athis pour ob- » server la clairvoyance , dit le rapporteur , c’est-à-dire ,

» la vision à travers les paupières fermées , dont on di- » sait qu’il était doué pendant le somnambulisme } le » magnétiseur avait annoncé à la commission que son » somnambule reconnaîtrSt entre douze pièces de mon- » naie celle que lui, M. Dupotet, aurait tenue dans sa » main. M. Husson y plaça un écu de cinq francs au mil- » lésime de l’an i3, et le mêla ensuite à douze autres » qu’il rangea en cercle sur une table. M. Petit désigna » une de ces pièces, mais elle était au millésime de 1812. » Ensuite 011 lui présenta une montre dont on avait dé- » rangé les aiguilles afin qu’elles n’indiquassent point » l’heure actuelle, et, deux fois de suite , M. Petit fut » dans l’erreur sur l’indication. »

Voici une expérience que j’aurais pu placer à bon droit dans le chapitre précédent , elle aurait parfaitement figuré parmi les sottises et les bévues somnambuliques , aussi a-t-elle quelque peu irrité les commissaires, du moins dans le premier moment : ils ont reproché ces mécomptes à M. Dupotet} mais M. Dupotet leur a fait entendre raison , en leur disant que M. Petit perdait de sa lucidité , depuis qu’il était magnétisé moins souvent ( p. 3g ) } il n y avait rien à répondre à cela.

« Dans la même séance M. Husson a fait avec M. Petit » une partie de piquet, il a souvent cherché à le tromper » en annonçant une carte ou une couleur pour une autre, » et la mauvaise foi du rapporteur n’a pas empêché M. Pe- » tit de jouer juste et de savoir la couleur du point de » son adversaire. Nous devons ajouter que chaque fois » que l’on a interposé un corps, une feuille de papier, » un carton entre les yeux et l’objet à désigner , M. Petit » n’a pu rien distinguer ( pag. 39 ). »

Nous assistons en quelque sorte au point de départ de M. Petit, il était encore peu expert , comme on le voit, mais bientôt nous lui verrons acquérir une grande force. Jusqu’ici fon pense bien que je n’ai aucune explication à donner, il n’est pas nécessaire d’en appeler aux lois physiologiques , ou aux effets morbides pour rendre raison de ce qui avait dû se passer } ainsi passons plus loin.

La clairvoyance , pour nous servir des expressions assez singulières du rapporteur, va paraître dans tout son jour dans l’expérience suivante ( p. 09), d’autres auraient pu dire dans toute son obscurité 5 mais voyons :

« Ce même M. Petit fut magnétisé le i5 mars 1826, » par M. Dupotet, à huit heures et demie du soir, et en- » dormi en une minute. On s’occupa aussitôt de recoui) naître la clairvoy ance du somnambule. Celui-ci ayant v déclaré qu’r/ ne pouvait voir avec le bandeau , on le lui

» retira. Mais alors toute l’attention se porte à constater

» que les paupières sont exactement fermées. À cet effet » on tint presque constamment, pendant les expériences, » une lumière devant les yeux de M. Petit, à la distance )> d’un ou deux pouces, et plusieurs personnes eurent » les yeux presque constamment fixés sur les siens. Au-

«... - — — - . ■ » »' •rnrmit , » «.lu*. ‘ V*

» cime ne put apercevoir le moindre écartement entre » les paupières. M. Ribesfit même remarquer que leurs » bords étaient superposés de manière que les cils se croi- » saient.

» On examine aussi l’état des yeux, on les ouvre de » force sans que le somnambule s’éveille , et l’on remar- » que que la prunelle est portée en bas et dirigée vers le » grand angle de l’œil.

» Après ces observations préliminaires , on procède à » vérifier les phénomènes de la vision avec les yeux fer- » més. M. Ribes, de l’Académie, présente un catalogue » qu’il tire de sa poche, Le. somnambule, après quel - » ques efforts qui paraissent le fatiguer, lit très dislinc- » tement ces mots : Lavater , il est bien difficile de con~ m naître les hommes.

» On lui met sous les yeux un passe-port , il le re- » connaît et le désigne sous le nom de passe-homme . On » substitue au passe-port un port d’armes, et on le lui » présente du côté blanc ; il peut seulement reconnaître » que c’est une pièce encadrée et assez semblable à la pre- » mière ; on la retourne , et alors , après quelques ins- » tans d’attention , il dit ce que c’est, et lit distinctement « ces mots : De par le roi , et à gauche port d'armes , etc.

)> M. Bourdois tire de sa poche une tabatière sur la- » quelle était un camée encadré en or. Le somnambule » ne peut d'abord le voir distinctement; le cadre d’or » l’éblouissait, disait-il; quand on eut couvert le cadre )> avec les doigts, il dit voir l’emblème de la fidélité; » pressé de dire quel était cet emblème, il ajoute : Je » vois un chien, il est comme dressé devant un autel. » C’est là en effet ce qui était représenté, etc. Toutes » ces expériences fatiguaient extrêmement M. Petit. » (Pag. 4o , 41- )

Avant d’analyser ces expériences dans lesquelles ou trouve des aveux extrêmement remarquables , je dirai d’abord que j’ai assisté moi-même à plusieurs expériences semblables et dans lesquelles les incidens et les résultats ont été entièrement analogues.

Les magnétiseurs, comme de raison, somnambulisaient avant tout leurs sujets, du moins en apparence, puis on nous annonçait que le grand phénomène de la clairvoyance, que le miracle magnétique allait avoir lieu : et alors chacun* de vérifier si les sujets étaient bien endormis , si les paupières étaient bien c loses. On présentait ensuite ou des cartes à jouer, ou divers écrits. Or il est à remarquer que jamais* les somnambules ne distinguaient sur-le-champ les objets qu’on leur offrait. Ils les prenaient dans leurs mains, les palpaient, les retournaient en divers sens, les approchaient de leurs yeux, et enfin, après plusieurs tentatives souvent infructueuse , ils saisissaient en quelque sorte à la volée deux

mots, quelquefois trois, rarement quatre ou cinq ; puis il fallait du repos , cet exercice, nous disaient sollennellement les magnétiseurs, fatigue extrêmement les somnambules $ enfin, après un repos plus ou moins long, nouvelles expériences, et alors nouvelles tentatives comme la première fois, essais infructueux, erreurs, puis deux ou trois prétendus oracles, et voilà ce qu’on décorait du nom de clairvoyance î On tombait dans l’admiration parce qu’un homme dont les cils paraissaient croisés parvenait à saisir- ou la forme ou la couleur d’un objet, ou deux ou trois mots dans une page ! Et vous allez voir que, dans l’expérience rapportée par les commissaires, les choses se sont passées absolument de la même manière.

M. Petit déclare tout d’abord qu’il ne peut voir à

travers un bandeau*, il est évident, dès-lors, que, dan ce miracle, c’est avec le secours des yeux qu’il verra, ainsi nous n’aurons pas affaire à ces prétendues transpositions des sens dont on a tant parlé.

On approche une lumière au devant des yeux du somnambule , on ne trouve aucun écartement appréciable entre les paupières \ on ouvre ses yeux , on remarque que la prunelle est tournée vers le grand angle *, tout cela ne signifie rien, parce que tout cela a été fait ayant Texpérience , avant la manifestation de clairvoyance. Ce qui le prouve c’est que le rapporteur dit naïvement : slprès ces observations préliminaires on procède , etc. (p. 4°)- Ces observations ne devaient pas être préliminaires , elles devaient être concomittant.es. On présente ensuite un catalogue, et le somnambule distingue quelques mots, est-il dit, après plusieurs efforts ; le passe -port et le port d’armes sont également reconnus , mais toujours après quelques momens d attention, après plusieurs essais. M. Bourdois tire de sa poche une tabatière et le somnambule, est-il encore dit, ne peut d'abord la voir distinctement, il fait des observations, il parlemente , il pose des conditions , on cache le cadre avec les doigts , et pendant ce temps il distingue le sujet encadré : qui ne voit que dans toutes ces circonstances on n’a pu se mettre à l’abri de quelque subtilité? Il faudrait avoir vu, comme moi, les somnambules tourner et retourner les objets, objecter des si et des mais , feindre une fatigue excessive, approcher l’objet de leurs yeux, puis l’éloigner, etc., etc., pour bien concevoir toutes les particularités , tous les accidens de ces expériences 5 et alors on serait bien couvaincu que toujours, comme dans le cas de Petit , il y a eu subtilité, jongleries possibles. Sans

doute il faut avoir de l’adresse pour s’en tirer honorablement devant tant de personnes, pour peu surtout que ces 1 personnes soient soupçonneuses. Aussi tous les somnambules ne sont-ils pas propres à ces grandes et décisives —expériences. Heureux le magnétiseur qui les possède ! sa fortune est en bon train , il les réserve pour les grandes occasions, il convoque alors toutes les sommités de l’ordre social, les députés, les aides-de-camp du roi des Fran- — çais, comme nous le verrons plus tard. Il faut , dis-je, des sujets bien exercés et bien subtils -, mais on conçoit qu’avec de l’exercice et de l’adresse on puisse arriver à ces résultats, c’est-à-dire, à distinguer partiellement les objets par une entre-ouverture des paupières, si je puis m’exprimer ainsi , tellement étroite et tellement instantanée qu’elle échappe à l’attention des assistans , surtout lorsqu’elle n’a pas lieu immédiatement, mais au milieu d’essais nombreux, d’objections, de refus simulés , de sollicitations, etc., etc., c’est-à-dire, lorsque déjà l’attention des spectateurs est en partie fatiguée et distraite.

Je revieus à notre expérience prétendue magnétique, et , pour me résumer , à ce sujet, je dirai qu’après avoir bien examiné et apprécié toutes les circonstances de cette observation, il ne m’est nullement démontré que le nommé Petit n’ait pas usé de quçlqqe subtilité, de quelque jonglerie . pour distinguer les objets qu’on lui a présentés , puisque les circonstances n’ont pas été de nature à^ rendre impossible ces suppositions ; donc le choix dont j’ai souvent parlé se trouve encore ici établi de lui -même et ne peut être douteux : ou le nommé Petit est parvenu - par son adresse et sa subtilité à tromper les observateurs dans les circonstances rapportées plus haut, c’est-à-dire dans des circonstances qui ne rendent nullement le fait

impossible , ou il a lu à travers toute l’épaisseur des paupières , fait reconnu physiquement et physiologiquement de toute impossibilité, et il n’aurait pu le faire qu’à l’aide d’un agent particulier, c’est-à-dire du magnétisme animal. Pour moi , je viens de le dire , le choix n’est pas douteux, je refuse ma croyance au dernier fait reconnu impossible, et à son explication qui n’en est pas une, et, si j’ai de l’étonnement à accorder, ce sera pour l'adresse et pour la finesse déployée par le somnambule dans cette occasion, et non pour une prétendue intervention extraordinaire, dont je ne vois pas même la nécessité.

Voilà donc cette merveilleuse clairvoyance réduite à sa valeur réelle! Cette clairvoyance dont on a fait tant de bruit, et que les commissaires regardent comme un des caractères propres à prouver la réalité du somnambulisme magnétique!

Quoi! les premiers magnétiseurs de la capitale n’ont pu, pendant un espace de six ans, montrer aux commissaires qu’un ou deux exemples semblables ? Que sont donc devenues ces lectures par l’occiput dont parle M. Rostan (i),ces lectures par l’épigastre, par les doigts, que sais-je ? que sont devenues enfin ces fameuses transpositions des sens? et que penser des médecins qui ont admis comme possibles ces transpositions ?

Ici , il faut le dire, le rapport de la commission est utile en ce que , n’ayant enregistré que des faits authentiques, nous n’y retrouvons aucune de ces prétendues

(i) On va publier, dit-on, une nouvelle édition du Dictionnaire de me- — decine en 2 T vol. Je conseille à M. Rostan, et dans l’intérct de sa réputation, de refaire son article magnétisme animal.

transpositions ; les magnétiseurs n’ont pas osé, pendant six ans , recourir à cette fameuse jonglerie ; c’est une expérience bonne pour les gens du monde , mais qui leur a paru impraticable devant des médecins: et cependant, avouons-le, avec un peu plus d’adresse, ce grand point du merveilleux de fabrique aurait bien pu passer encore: il n’y a que le premier pas qui coûte en fait de croyance , comme on l’a dit, et lorsqu’on est constitué de manière à adopter la vision avec les yeux fermés , on est bien près de l’adopter à travers un bandeau , et enfin d’admettre le déplacement de cette vision. Ah I messieurs les magnétiseurs ! le cœur vous a manque dans cette occasion ; jamais peut-être ne retrouverez-vous de semblables commissaires.

Page 1