‹ Examen historique et raisonné des expériences prétendues magnétiquesChapitre 13 sur 16 · Chapitre XII · texte numérisé non relu

Chapitre XII

Ce que cest que / intuition et la prévision. — Comment il advint quun paralytique jeta là ses béquilles et se

prit à courir j comment il resta endormi pendant huit

jours , et comment il se fit quil n en eut que meilleur appétit pendant tout le temps de son sommeil.

M. le rapporteur semble ici emboucher la trompette épique en l’honneur du magnétisme, et vouloir en quelque sorte nous émerveiller par l’annonce des hauts faits somnambuliques qu’il va nous raconter : Quoi I dit-il, vous en êtes encore à demander si le magnétisme animal existe! Il s’agit bien de cela vraiment! ce sont des questions oiseuses et de pure curiosité \ il s’agit des effets merveilleux compris sous le nom d 'intuition et de prévision . Voici ses paroles ( pag. 44 ) : <( Ici la sphère paraît » s’agrandir*, il ne s’agit plus de satisfaire une vaine cm-

» riosité , de chercher à s’assurer s’il existe un signe qui » puisse faire prononcer si le somnambulisme a ou n’a » pas lieu. » La belle question en effet ! n’est-ce pas chose convenue , décidée , arrêtée que le somnambulisme a lieu ; il est bien qu’on avoue n’avoir pas trouvé de caractère propre à faire connaître si cet état est simulé ou réel $ mais peu importe. Demander, maintenant que nous sommes si avancés dans nos travaux, demander, dis-je, le véritable signe du somnambulisme, c’est, comme le dit fort bien M. le rapporteur, une sotte question : reprenons donc son préambule (pag. 44) : (< Ü ne s’agit )) plus de satisfaire une vaine curiosité, c’est-à-dire , de » chercher à s’assurer si un somnambule peut lire les

» yeux fermés. » En effet ceci est une bagatelle en comparaison des belles choses que 1VÏ. Husson va nous rapporter -, aussi trouvons-nous que c’est avec raison qu’il poursuit en ces termes : « Question curieuse comme spec - » tarie, mais qui, en véritable intérêt et surtout en espé- » rances sur le parti qu’en peut tirer la médecine, est » infiniment au-dessous de celles dont la commission » va vous donner connaissance. »

Ainsi, laissons la clairvoyance, méprisée à juste titre par MM. les commissaires, et revenons à leurs promesses, c’est-à-dire aux questions infiniment au-dessus de tout. ^ ce que nous avons vu jusqu’ici.

<c II n’est personne de vous , dit le rapporteur ( p. 4 5) ,

» qui, dans tout ce qu’on a pu lui citer du magnétisme,,

» n’ait entendu parler de cette facilité qu’ont certains » somnambules , non-seulement de préciser le genre de » maladie dont ils sont affectés, la durée et l’issue de la i> maladie, mais encore le genre, la durée et l’issue des )> maladies des personnes avec lesquelles on les met en

» rapport. Les trois observations suivantes nous présen- » tent des exemples fort remarquables de cette intuition » et de cette prévision. » Ainsi voilà qui est déjà tout avoué, tout établi*, les commissaires croient à Y intuition , à la prévision , les commissaires croient que certains somnambules , sans aucune étude préalable, peuvent diagnostiquer, non-seulement leurs propres maladies , mais encore celles d’autres personnes, et qu’ils peuvent, à l’aide de l’intervention magnétique, pronostiquer la durée et l’issue de ces maladies ! Et où ont-ils trouvé les fondemens de cette étrange croyance ? Dans les incidens de trois observations, pas davantage ; et de quelle nature! bon Dieu! La rougeur me monte au visage quand je songe aux jongleries que je vais dévoiler.

Dans les trois histoires qui nous restent à faire connaître et qui sont , de l’aveu du rapporteur, les plus longues, les plus belles et les plus curieuses de tout le rapport , l’intuition et la prévision ont tellement confondu et inextricablement mêlé leurs effets , qu’il est impossible de les distinguer -, nous les examinerons donc à la fois, et nous commencerons par l’histoire inouïe du paralytique, en nous gardant bien de rien omettre qui soit relatif à l’intuition ou à la prévision.

Cette observation, je puis le dire ici , est remplie de naïvetés ; ce n’est pas seulement un récit , c’est l’aveu perpétuel d’une longue et profonde mystification, d’une mystification portée au plus haut degré. Si donc nous voulions en exposer d’abord complèteinent et sans interruption tous |^s détails, il en résulterait d’une part que, arrivés à la fin de l’histoire, les lecteurs auraient perdu de vue la moitié des incidens, et d’autre part, que les réflexions que nous avons à faire perdraient

tout l’intérêt (le l’à-propos. Cette observation sera donc coupée et interrompue de temps à autre pour nous donner le loisir d’en bien apprécier la philosophique conception , pour nous permettre d’en bien saisir les résultats successifs , et enfin pour réfléchir sur la haute sagacité des commissaires.

« Paul Villagrand , étudiant en droit, né en i8o3 , à » Magnac-Laval (Haute-Vienne) , fut frappé, le 25 dé- » cembre 1 8^5 , d’une attaque d’apoplexie qui fut suivie » de la paralysie de tout le côté gauche du corps. Après » dix-sept mois de divers traitemens par l’acupuncture, » un séton à la nuque , douze moxas le long de la colonne » vertébrale, traitement qu’il suivit, soit chez lui, soit » à la maison de santé, soit à l’hospice de perfectionne- » ment, et dans le cours desquels il eut deux nouvelles » attaques, il fut admis le 8 avril dans l’hôpital de la » Charité. Bien qu’il eût éprouvé un amendement no - » table des moyens mis en usage avant son entrée dans » cet hôpital , il marchait avec des béquilles sans pou- » voir s’appuyer sur le côté gauche : le bras du même » côté exécutait bien divers mouvemens, mais Paul ne )> pouvait le lever vers la tête. Il y 'voyait à peine de » l’œil droit et avait l’ouïe très-dure des deux oreilles. » C est dans cet état qu’il fut confié aux soins de M.Fou- » quier, qui lui administra pendant cinq mois l’extrait )) alcoolique de noix vomique, le fit saigner, le pur- » gea et lui fit appliquer des vésicatoires. Le bras gauche >? reprit un peu de force ; les maux de tête auxquels il )> était sujet s’ éloignèrent , et son état resta stationnaire » jusqu’au 29 août 1827 , époque à laquelle il fut ma- » gnétisé pour la première fois par M. Foissac. » (Pag. 45 et 46. )

N’oublions pas surtout dans la suite de cette observation,* et lorsque nous en viendrons aux conclusions, n’oublions pas , dis-je, ce qui vient d’être formellement avoué, c’est-à-dire que Paul , même avant son entrée à la Charité, avait éprouvé un soulagement notable, qu’il était en voie de guérison, qu’il marchait avec des béquilles, que le bras du côté paralysé exécutait des mouvemens ; n’oublions pas non plus que, traité par M. Fouquier, il continua d’aller mieux , que son bras gauche reprit de la —force, que ses maux de tête s’éloignèrent. Son état, dit le rapporteur, resta stationnaire : voulez-vous savoir ce que cela veut dire ? cela signifie que son état était celui des malades qui ne sont pas bien pressés de quitter l’hôpital, de ces malades qui ont bon appétit , qui font une petite promenade le matin une petite promenade le soir , et qui passent de fort bonnes nuits*, aussi l’épithète de stationnaire est-elle l’épithète reçue pour désigner ces sortes de malades équivoques : c’est une affaire de confiance; poursuivons.

« Dans la première séance magnétique, Paul éprouva » une sensation de chaleur générale, puis des soubre- » sauts dans les tendons, puis il s’endormit, etc., etc. )> Ce n’est qu’à la dixième séance qu’il répondit par des » sons inarticulés aux questions qu’on lui adressa. Plus » tard , il annonça qu’il ne pourrait guérir qu’à l’aide » du magnétisme , et il se prescrivit la continuation des » pilules d’extrait alcoolique de noix vomique, des sina- » pismes et des bains de Barrèges. » (Pag. 46.)

L’éducation magnétique de Paul demanda , comme on le voit , un assez bon nombre de séances : à la dixième il ne proférait encore que des sons inarticulés !

— Je l’ai dit ailleurs, pour le merveilleux de fabrique il

faul de bonnes préparations : il ne s’agissait pas ici Je

produire des convulsions hystériques, defaireavaler de la salive ou cligner les yeux, il s’agissait de former un sujet distingué, et Paul répondit aux soins qu’on prit de lui , comme on va nous îe prouver.

U annonça qu’il ne po urrai t guérir qu'àVaide dumtgnétisrne; néanmoins il se prescrivit la continuation des moyens qui l’avaient déjà si notablement soulagé ! Paul élaitun garçon prudent: je suis en voie de guérison, se disait-il, continuons; il reste peu de chose à faire , et nous donnerons l’honneur du tout au magnétisme.

« Le 25 septembre, on magnétisa Paul, qui ne larda » pas à entrer en somnambulisme : il rccapitulac equi » était relatif à son traitement, et prescrivit que dansle » jour même, ou lui appliquât un sinapisme à chaque » jambe pendant une heure et demie; que le lende- » main on lui fît prendre tin bain de Barrèges, et qu’en ” du tain on lui mît des sinapismes pendant

» douze heures sans interruption ; tantôt à une place » et tantôt à une autre; que le surlendemain , après « avoir pris un second bain de Barrèges , on lui tirât » une palette et demie de sang par le bras droit: enfin >j il ajouta qu’en suivant ce traitement, le 28, cest-à- » dire trois jours après, il mardherait sans béquilles » en sortant de la séance , où il dit qu’il faudrait en- » core le magnétiser. » ( Pag. 47.)

Les commissaires n’ont pas manqué, avec la confiance et la robuste foi que nous leur connaissons, de prendre acte de cette piomesse, et de dire : nous verrons bien, si Paul marche le 28 sans béquilles. Oh ! pour le coup, ont-ils ajouté, force sera bien de croire à la prévision :

c’est un miracle, en vérité, qu’il nous promet, ce ••—pauvre somnambule ! Il en promet trop. Mais pourtant, s’il allait marcher? Voilà ce que se disaient ces bons commissaires; et comme ils s'étaient bien promis d'agir avec défiance, de se garder de toutes supercheries , l’idée ne leur vint pas de suspecter la sincérité de Paul; ils vn 'allèrent pas jusqu’à supposer que Paul était peut-être déjà en état de marcher sans béquilles; que cet ancien pensionnaire de la Charité ne gardait depuis long-temps ses béquilles que pour opérer un brillant miracle à la première occasion favorable. Les commissaires, loin d’avoir toutes ces mauvaises pensées, se rendirent à la Charité le 28, pour voir comment Paul se tirerait de sa fameuse promesse.

« Au jour dit, le 28 septembre, la commission vint » àl’hôpitalde la Charité; Paul se rendit, appuyé sur » ses béquilles (il jouait, comme on le voit, parfai- » tement son rôle), à la salle des conférences, où il » fut magnétisé comme de coutume et mis en som- » nambuli&ne. Dans cetélat, il assure qu’il retournera w à son lit sans béquilles , sans soutien. A son réveil , « il demanda ses béquilles ; on lui répondit qu’il n'en jj avait plus besoin. Eu effet il se leva, se soutint sur jj la jambe paralysée , traversa la foule qui le suivait, jj descendit la marche de la chambre d’expériences , jj traversa la deuxième cour de la Charité, monta j> deux marches, et arrivé au bas de l’escalier il s’assit. jj Après s'être reposé deux minutes, il monta, à l'aide » d’un bras et de la rampe , les vingt-quatre marches jj de l’escalier. Il alla à son lit sans appui , s’assit

jj encore un moment, et fit ensuite une nouvelle

» promenade-a/tgTYZftf/ étonnement de tous les malades »> qui jusqu’alors l’avaient toujours vu cloué dans » £on lit. A dater de ce jour Paul ne reprit plus ses «»- « béquilles!» (Pag. 47.)

N’y a-t-il pas là de quoi convaincre les plus incrédu-^— les? le voyez-vous fendre les flots de spectateurs? le voyez-vous s’avancer ensuite suivi de la foule? Tout le monde est dans l’admiration ; la commission l’escorte et ne le perd pas de vue; enfin les pauvres malades euxmêmes voisins du paralytique étaient dans la stupeur; car le rapporteur quinousadit que Paul, même avant son entrée à la Charité, marchait avec des béquilles, et que depuis il alla de mieux en mieux, nous assure ici que ses voisins l’avaient toujours ou cloué dans son lit; ce qui prouve que tout lemondeen avait perdu la tête,

et que si les dragons de Voltaire eussent été là , ils auraient pu avoir de la besogne.

« La commission se réunit encore le 1 1 octobre sui- » vant, à l’hôpital de la Charité : on magnétisa Paul, et » il annonça qu’il serait complètement guéri à la fin de » l’année, si on lui établissait un séton deux pouces au » desous de la région du cœur, etc. Le 16 octobre,

» M. Fouquier reçut du conseil général des hospices une » lettre qui l’invitait à suspendre les expériences ma- » gnétiques qu’il avait commencées à la Charité. On fut » donc obligé d’interrompre ce traitement, dontlepara- » lysé, disait-il , ne pouvait assez louer l’efficacité.

» M. Foissac le fit sortir de l’hôpital et le plaça rue des » Petits-Augustins, no 8, dans une chambre particu- » lière, où il continua son traitement.» (Pag. 48.)

Quel vandalisme dans ce conseil général des hospices!

et que notre âge est tiède pour les miracles! Un paralytique donne une scène inouïe; il doit être guéri à jour flore y le itr janvier 1820,3e ne me rappelle pasà quelle heure, et ce malheureux conseil arrête un traitement, dont le paralysé, comme dit M. Husson, ne pouvait assez louer F efficacité ! Heureusement pour l'humanité et pour la science magnétique , M. Foissac se chargea généreusement d’entretenir à la brochette ce précieux paralytique; il le choya, l’hébergea , le mit en chambre à ses propres frais , et en prit soin comme de la prunelle de ses yeux : les paralytiques de cette trempe sont si rares !

Nous ne suivrons pas cependant MM. Foissac et Paul dans toutes leurs excursions hors de l’hôpital ; il 11e s'agit plus, dans les représentations qu’ils donnèrent, ni de prévis ion. ni. d 'intuition, merveilleuses facultés que nous devons examiner ici ; il nous suffira de dire que, dans la séance du 29 octobre, Paul fit plusieurs tours de force très surprenants sur le dynamomètre; que, dans le somnambulisme , il sauta à clochepied sur le pied gauche ( p. 4.9 ) j qu’il se mit à genou sur le genou droit ; qu’il prit et souleva M. Tillaye ; qu’il fit tourner ce commissaire sur lui-même; que, tou ours dans le somnambulisme, il descendit les marches de l'escalier deux à deux, trois à trois; et enfin, qu'éveillé il essaya inutilement { il fallait bien l’en croire) de soulever M. Foissac, qui ne pèse pas le quart de M. Tillaye, preuve évidente aux yeux des commissaires que le somnambulisme quadruple les forces de l’homme.

Cependant, le ier janvier 1828 approchait; c’était

îe terme magnétiquement annoncé pour la guérison complète de Paul; or, Paul tenait à guérir ce jour-là; son honneur y était intéressé; ce terme était bien rapproché, comment faire? Le voici : c’est par des séances magnétiques que Paul doit guérir. Hé bien , pour se faire administrer le magnétisme a haute dose , il prie ce bon M. Foissac de le tenir magnétisé, somnarabulisé pendant une séance de huit jours et huit nuits ; huit jours de sommeil î vont s’écrier quelques timorés ; oui , Messieurs , huit jours , et les commissaires vont vous dire eux-mêmes comment cela s’est fait.

« Paul fut magnétisé le 25 décembre 1827, et il » resta en somnambulisme , dit le rapporteur au « 1NT0M DE LA COMMISSION ( pag. 5o , lig. 5 ), jusqu’au » icr janvier 1828. »

Est-il possible ! vont ajouter nos timorés. Quoi ! sans interruption? Pardonnez-moi, Messieurs, il a été éveillé une douzaine d’heures, comme pour lui faire reprendre haleine, et alors on lui faisait croire, dit le rapporteur, qu’il n’était endormi que depuis un ins* tant.

Mais, mangeait-il pendant tout ce temps-là ? Assurément; et M. le rapporteur nous dit (pag, 5o’, lig. 9- 10 ) « que pendant tout le temps de son sommeil ses » fonctions digestives se firent avec un surcroît d’acti- » vité. » Vous voyez qu’il n’en avait que meilleur appétit. Mais laissons parler le rapporteur, M. Husson : « Paul était endormi depuis trois jours, lorsque , ac- » compagné de M. Foissac, il partit à pied, le 28 dé- » cembre, de la rue Mondovi , et alla trouver M. Fou- » quier à l’hôpital de la Charité, à neuf heures du.

matin. Il y reconnut ( toujours endormi) les malades » auprès des quels il était couché avant sa sortie; il lut » les yeux fermés, etc. Tout ce dont nous éiions les té- » moins, ajoute M. Husson, nous parut si étonnant , » que la commission, voulant suivre jusqu’à la fin )> Thistoire de ce somnambule, se réunit de nouveau

» le 1er janvier, chez M. Foissac, OU elle trouva. » Paul endorme depuis le 2 5 décembre. Il déclara m qu’il était guéri; qu’en ne commettant aucune im- » prudence il arriverait à un âge avancé , et qu’il suc- « comberait à une attaque d’apoplexie; puis (toujours 3j endormi) il sort de chez M. Foissac , et court dans 33 la rue d’un pas.ferme et assuré; à son retour, il porte 3) une personne présente, qu’il n’aurait pu qu’avec » peine soulever avant d’être endormi. 3> ( Pag. 5 o et 5 1 du rapport. )

J’ai annoncé que l’examen du travail de la commission nommée par l’Académie royale de médecine servirait à l’histoire de la philosophie médicale au dix-neuvième siècle, et je persiste dans cette idée consolante: si le tempus edax épargne ces documents précieux , on saura qu’après avoir médité pendant près de six années, MM.Bourdois de la Motte,Fouquier,Gueneau de Mussy, Guersent, Husson, Ilard, J. J. Leroux, Marc et Tillaye, ont attesté que le susdit miracle a eu lieu à partir du 25 décembre de l’an de grâce 1827, jusqu’au icr janvier 1828, et que, sans doute, ils ont attesté cela pour valoir ce que de raison.

Voyons maintenant les deux sortes d’interprétations qu’on peut donner à tous ces faits, et les conclusions qu’on en doit tirer. Rien ici assurément ne nous em-

pèche de donner une interprétation rationnelle et vraiment médicale à toutes îescirconstancesde l’histoire de Paul. Ce malade est en voie de guérison lorsqu’il entre à la Charité ; la preuve en est que depuis long-temps il se soutenait sur des béquilles, que le bras du côté affecté exécutait ses mouvements, etc., etc. Au lieu de quitter ses béquilles tout simplement , il prépare et donne un coup de théâtre après six mois de séjour à l’hôpital* Comme il s’était très bien trouvé d’un traitement mis eu usage par M. Fouquier, il a le bon esprit de le continuer. tout en disant et en faisant croire aux commissaires qu’il doit et devra tout à l’action du magnétisme. Puis, après avoir réfléchi sur l’état présent de ses forces, après avoir calculé en quelque sorte, et comme tous les malades , les progrès de leur retour, il prévoit tout naturellement qu’au bout de trois mois environ, il pourra se donner comme un homme guéri à terme fixe. En effet il paraîtaller de mieux èn mieux, lorsque, pour hâter, dit-il, sa guérison, il a besoin d’être endormi pendant huit jours : M. Foissac, son magnétiseur, n’a garde de s’y refuser. Pendant tout le temps de son prétendu sommeil, il boit, il mange, il se promène bras dessus bras dessous avecM. Foissac ; il court, il saute , il lutte, il devise, etc., etc.; il reconnaît tous ses anciens amis (1), c’est-à-dire, que son sommeil n’a de réalité que dans la tête des commissaires. Voilà une version* toute simple des phénomènes offerts par Paul et qui se'

(1) L<°s commissaires n’ont pas cherché à s’assurer si, pendant fes*^** nuits, il n’y avait pas chez Pa-ul un sommeil ordinaire utile sur le $unr-, meit magnétique. ' "

présense naturellement à l’esprit; voyons la version du commissaire : on pourra choisir.

« Les conclusions à tirer de celle longue et curieuse aj observation, dit le rapporteur ( o. 53), sont faciles:

elles découlent naturellement delà, simple exposition aj des faits que nous avons rapportés, et nous les éta- » blissons de la manière suivante : i« un malade » qu’une médication rationnelle , faite par un des » praticiens les plus distingués de la capitale, n’a pu » guérir de la paralysie.» (Cette assertion estiuexacte, la médication rationnelle avait remis Paul sur ses jambes : après trois attaques successives, il marchait à à l’aide des béquilles ( p. 45 ); il se servait de son bras gauche (p. 45), et il voyait des deux yeux(p. 46). M. Fouquier a donc fait preuve de beaucoup d’abnégation, en permettant qu’on lui enlevât le mérite de cette guérison pour l’attribuer au magnétisme). «Ce a) malade trouve sa guérison dans l’emploi du magnétisme et dans l'exactitude avec laquelle on suit le « traitement qu’il se prescrit lui-même quand il est 3> en somnambulisme. » (C’est-à-dire qu'il acheva de guérir en persévérant dans la médication rationnelle du praticien des plus distingués.)^0 «Dans cet état, ses » forces sont notablement augmentées.» (Il s’agit des tours de force faits dans la séance du 29 octobre.) 5° « Il nous donne la preuve la plus irrécusable qu’il lit » ayant les yeux fermés.» (Cette preuve est fondée sur une condition que j’ai examinée ailleurs , c’est-à-dire, sur l’occlusion prétendue complète des paupières.) » 4° Enfin il prévoit l’époque précise de sa guérison, et^ «|a»» cette guérison arrive. » (Et c’est un médecin qui a écrit cette dernière ligne! ! )

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