‹ Examen historique et raisonné des expériences prétendues magnétiquesChapitre 2 sur 16 · Chapitre Ier · texte numérisé non relu

Chapitre Ier

Historique de la nomination des commissaires — - Première expérience , ses résultats.

Avant d’entrer dans l’examen des expériences faites par la commission, je vais donner une idée de ce que M. Husson , rapporteur, nomme Y exposé historique des motifs qui ont déterminé la section de médecine à charger une commission d'étudier (ce sont ses termes ) le magnétisme animal.

Un jeune médecin, M. Foissac, dont la commission, dit le rapporteur, a eu occasion de juger le zèle et l’esprit observateur , crut devoir fixer l’attention de la section de médecine sur les phénomènes du magnétisme

animal; il lui dit, poursuit M. Husson (pag. , jque lors du travail fait, en 1784? par la Société royale, de médecine, il s’était trouvé parmi les commissaires un liomme consciencieux qui avait publié un rapport contradictoire à celui de ses collègues ( premier motif, suivant M. Husson , pour charger une commission d'étudier le magnétisme animal). M. Foissac ajouta que depuis cette époque le magnétisme n’avait pas cessé d’être exploité (deuxième motif sans doute) -, et enfin M. Foissac pro^ posa de soumettre à la section une somnambule propre à éclaircir la question du somnambulisme magnétique, question non encore résolue , au dire de quelques bons esprits de France et d’Allemagne (troisième motif).

Voilà ce que M. Husson appelle l’exposé historique des motifs qui ont déterminé la section. Apprécions ces motifs. i° Un magnétiseur plus habile ou plus déterminé que les autres , fatigué de son obscurité, va droit à l’Académie royale de médecine } il rappelle à cette compagnie savante ce qu’elle sait fort bien, c’est-à-dire que le magnétisme a été jugé, en 1784? immoral dans sa pratique, infidèle dans ses promesses, fallacieux dans son but, etc., par deux corps respectables , et que ce jugement a été porté par tous les commissaires , sauf un homme qu’il appelle consciencieux comme de raison. 20 Appuyé sur ces an-^ técédens , M. Foissac propose à la section une somnambule qui doit éclaircir la grande question. Y avait-il là de quoi déterminer la section à choisir dans son sein une douzaine d’hommes graves , âgés , instruits , etc. , pour les envoyer à l’école des magnétiseurs ? Ne devaitelle pas répondre tout simplement à M. Foissac qu’elle connaissait le rapport de 1784, voire même le rapport — contraditoire de l’homme consciencieux , puis nommer

une commission , non pour étudier, mais pour examiner les phénomènes réels ou simulés de sa somnambule?

Je ne sais si l’Académie a entendu suivre cette marche digne et simple *, ce que je sais , c’est que la commission 4par son impéritie n’a que trop compromis et le corps académique et le corps médical tout entier.

Toutes ces circonstances remontent à plus de six ans. Dans sa séance du 28 février 1826, l’Académie nomma une commission composée de MM. Bourdois deLaMothe, Double , Itard , Guéneau de Mussy, Guersent , Fouquier, Laennec, Leroux, Magendie, Marc et Thillaye. Quelque temps après, M. Laennec ayant été forcé de quitter Paris , pour raison de santé, M. Husson fut nommé pour le remplacer, et devint rapporteur de la commission.

Le premier soin de la commission , dit ce rapporteur, fut d’examiner la somnambule présentée par M.Foissac. Suivant moi , ce devait être son premier et son unique — *-

soin. Quoi qu’il en soit , voici la commission à l’œuvre : elle va soumettre à sa vérification les phénomènes si importans attribués à la somnambule ; en d’autres termes elle va vérifier la réalité du seul motif spécieux qui ait déterminé sa formation.

Diverses expériences furent faites sur cette somnambule ( poursuit le rapporteur, pag. 2 ) dans le local de l’Académie. Bien : c’était ainsi qu’il fallait procéder. L’Académie a un local; elle devait y appeler le tbaumaturge et son adepte ; jusque là tout se passe avec dignité. Voyons le résultat de ces expériences : « Mais, nous de- » vons l’ avouer , dit ingénument le rapporteur, notre » inexpérience , notre impatience , notre défiance , trop

» vivement manifestées peut-être , ne nous permirent » d’observer aucun phénomène de somnambulisme ! ! »

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Nous connaissons les membres de la commission : personne ne voudrait a priori révoquer en doute leur capacité ; et cependant ne semble-t-il pas résulter de ce peu de f mots, que cette commission est tombée, dès le premier pas, dans le piège tendu par les magnétiseurs ; en un mot, qu’amenée tout d’abord à jouer le rôle de dupe, elle n’a pas même conservé les honneurs de la défense ?

Hé quoi ! un médecin, qui se qualifie du titre de magnétiseur, annonce imperturbablement à l’Académie qu’il a en sa possession une somnambule propre , dit-il , à éclaircir une question que plusieurs bons esprits de France et d’Allemagne regardent comme loin d’être résolue ( page 1 ). L’Académie prend en considération ses paroles ; elle nomme une commission pour examiner cette somnambule; on expérimente; les phénomènes sont tellement insignifians, qu’on ne les rapporte pas : la commission est en quelque sorte le jouet d’une intrigue ; et , loin d’ouvrir les yeux , le rapporteur vient nous dire que cette somnambule , fatiguée sans doute de l' exigence de la commission , cessa d'être mise à sa disposition ! (page 2. ) Ainsi , au lieu de rompre avec M. Foissac et avec sa somnambule , la commission se laisse prendre tout d’abord aux jongleries les plus communes. M. Foissac dit aux commissaires que le magnétisme animal exige une étude préalable , longue et soutenue , et ils répondent que l’Académie les a chargés de Y étudier l M. Foissac leur dit que sa somnambule ne répond plus aux manœuvres , parce qu’ils ont de Y inexpérience ; les commissaires le confessent , et M. Husson avoue , dans son rapport, que si cette femme n’est plus tombée dans le somnambulisme , c’est sans doute à cause de leur inexpérience ! M. Foissac ajoute qu’ils sont

impatiens j les commissaires le confessent encore, et le rapporteur avoue qu’en effet ils se sont montrés peut-être trop vivement impatiens! peut-être, car il paraît qu’il suffit d’être impatient pour faire tout manquer. Enfin M. Foissac leur reproche d’avoir été dèfians ; on le confesse encore dans le rapport î Or, je le demande, quand on est parvenu à vous faire accroire que pour être , non acteur, mais tout simplement témoin des phénomèmes du somnambulisme magnétique, il faut préalablement être expert, être patient, et surtout être crédule , être convaincu de leur réalité, et cela avant de les avoir vus , quand , dis-je , on est parvenu à vous faire accroire tout cela, n’a t-on pas déjà fait de vous de véritables dupes?

Oh! si l’on me disait que, pour ressentir soi-même certains effets extraordinaires , il faut se mettre, par ses dispositions mentales, dans tellesituation plutôt que dans telle autre, je pourrais, sinon y croire sur-le-champ , au moins trouver que la chose mérite examen. Mais venir nous dire, en pleine académie , que la somnambule très-curieuse, présentée par M. Foissac, s’est trouvée fatiguée de l’exigence de la commission , qu elle a perdu toutes ses facultés somnambuliques , parce qu’on a trop vivement manifesté de l’inexpérience, de l’impatienceet de la défiance! en vérité, n’est-ce pas trop compter sur l’indulgence de ses auditeurs?

Je ne sais si c’est à l’aide de procédés magnétiques que M. Foissac est parvenu à ses fins*, mais toujours est-il qu’il a dû s’insinuer bien avant dans l’esprit de ces bons commissaires , puisque , trompés ainsi dans -V* leur attente , désappointés sur les merveilleux effets de la somnambule qui devait éclairer les savans français et allemands, ils n’en prirent que plus fortement

goût à la chose , et , en disciples fervens et soumis, ils résolurent de se montrer à l’avenir moins exigeans , moins impatiens , moins neufs, et surtout moins dedans.

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