Chapitre II
La commission est réduite à ses propres ressources. — Courage quelle déploie. — Elle se roidit contre les obstacles . — Elle fait un appel à tous les médecins.
Vous croyez peut-être cependant que les commissaires sommèrent M. Foissac de tenir sa parole , de leur faire voir d’autres somnambules 9 puisque celle-ci était fatiguée , usée? Point. Ils poussèrent la complaisance et la docilité jusqu’à se charger eux-mêmes de lui fournir des sujets , et , pour cela , ils songèrent tout naturellement aux hôpitaux : « Nous dûmes chercher )) dans les hôpitaux , dit le rapporteur ( page 3 ) , les )) moyens de poursuivre nos expériences. »
M. Pariset, ajoute M. Husson , s’y prêtait déjà avec empressement pour la Salpêtrière ; M. Guersent promettait son zèle dans l’hospice des Enfans,M. Fouquier dans la Charité et M. Guéneau de Mussy (i) dans FIIôtel-Dieu.
(i) M. Guéneau de Mussy aurait pu se rappeler, dans cette circonstance, une certaine dame Gossel , somnambule de profession, qui
• donnait des consultations publiques, mais non gratuites, dans la rue Saint Germain-l’Auxerrois , et qui avait fait bon nombre de dupes dans toutes les classes de la société, lorsqu’enfin elle fut prise en flagrant délit, convaincue d’imposture et couverte de confusion par J’un des rédacteurs-propriétaires actuels de la Revue médicale , en-
Mais, ô contre-temps fâcheux! ô cruel désappointement ! De puissans obstacles , s’écrie douloureusement -frie rapporteur , ne tardèrent pas à arrêter nos travaux 1 Entendez-vous ce mot travaux?
Le conseil général des hospices, peu soucieux sans doute de l’enthousiasme magnétique des commissaires , jugea à propos de ne pas leur soumettre ses malades : les fortes têtes de ce conseil eurent la singulière et inexplicable fantaisie de ne pas laisser manipuler femmes et filles, suivant le bon plaisir de tant de curieux observateurs qui pouvaient prendre goût au magnétisme. Aussi l’honorable rapporteur dit-il à cette occasion , et fort judicieusement : « Les causes qui ont pu faire » naître ces obstacles nous sont inconnues. » (Page 3. )
C’est alors que la commission, réduite à ses propres ressources y fit un appel à tous les médecins connus pour faire ou pour avoir fait du magnétisme animal l’objet de leurs recherches : les rôles furent donc singulièrement changés, comme on le voit. D’abord, c’est un magnétiseur qui vient interpeller l’Académie , ' qui lui jette sa somnambule comme une sorte de défi : l’Académie accepte; mais la sibylle , fatiguée , haletante, ne répond plus. Maintenant, c’est la commission qui prie MM. les magnétiseurs de vouloir bien la rendre témoin de leurs expériences, de vouloir bien lui
présence de plusieurs autres médecins et de M. Guéneau de Mussy lui-même qui avait suivi avec eux toutes les expériences dans cinq ou six séances. Cetle scène fit d’autant plus d’impression sur lui qu'il avait cru à la réalité du somnambulisme et de la clairvoyance de la dame Gosscl. S’il ne l’a pas oubliée , il a dû en parer à ses collègues de la commission : il ne pouvait leur citer un fait plus remarquable ni plus authentique.
permettre (l’en suivre avec eux la marche, et d’en cou-
stater les résultats ( page 4 )•
-4- C’est ainsi que le corps académique , entraîné par sa commission, s’est donné , pour ainsi dire , en spectacle avec la tourbe des magnétiseurs et des somnambules, non en combattant, en luttant avec eux pour le triomphe de 4* la vérité , mais en se mettant à leur suite. J’ai dit à quelle époque et de quelle manière la commission aurait du 4 rompre avec ces sortes de gens ; elle ne l’a pas fait. Pendant près de six ans, elle s’est laissé jouer, elle s’est laissé tromper de la manière la plus grossière, le tout pour faire un rapport tel quel. Hé bien î puisque, de gaîte de cœur, elle a voulu en courir les chances , je vais examiner cette longue série d'expériences , ou plutôt de mystifications.
Chapitxe III.
Les commissaires reconnaissent, la nécessité de certai- nés conditions pour produire des effets magnétiques. — Ce que c’est que des passes. — Leur analogie avec les rayons du soleil et avec le calorique. ~ Maniéré de les pratiquer.
M. le rapporteur, avant d’entamer le récit des expériences faites par la commission , commence par nous assurer (page 7), avec le plus grand sérieux, qu’il en est du magnétisme animal comme de beaucoup d’autres opérations de la nature, c’est-à-dire qu’il « demande la réunion de certaines conditions pour » manifester ses effets : c’est une vérité incontestable ,
» dit-il , et qui , s’il était besoin de preuves pour la con-
» stater , se trouverait confirmée par ce qui arrive dans » divers phénomènes physiques. Ainsi , sans la chaleur ,
» vous n’obtiendrez jamais la combinaison du plomb et )> de l’étain , qui est la soudure commune des plombiers.
» Sans la lumière du soleil , vous ne verrez jamais s’en- )> flammer spontanément un mélange de parties égales » en volume de chlore et d’hydrogène, etc. ( page y. ) » Ainsi , il est incontestable que le magnétisme animal ( magnétisme dont le rapport nous prouvera sans doute l’existence, c’est pour cela qu’il est fait), il est incontestable , dis-je , en supposant qu’il existe, qu’il exige la réunion de certaines conditions : c’est incontestable 5 cela ne demande pas confirmation. Et puis après tout, s’il était besoin d’une preuve sans réplique, la voici : la combinaison du plomb et de l’étain, qui est la soudure commune des plombiers , ne peut avoir lieu sans la chaleur \ le mélange de parties égales en volume de chlore et d’hydrogène ne peut s’enflammer sans la lumière du soleil : donc le magnétisme animal demande la réunion de certaines conditions , de certains mélanges organiques , ce qui résulte de l’action des passes : c’est une vérité incontestable. N’y a-t-il point là de quoi satisfaire les esprits les plus sévères? C’est le premier raisonnement de la commission. Le rapporteur nous prévient ensuite que la commission s’est fait un devoir de se soumettre à toutes les conditions exigées. Toutefois, dit-il , nous avons fini par nous affranchir àe l’obligation imposée par les magnétiseurs , c’est-à-dire , d’avoir une foi robuste et de n’être mus que par l’amour du bien.
Si je ne savais déjà ce qu’il faut penser de ce prétendis affranchissement , je m’en étonnerais , et je trouverais ce projet en grande contradiction avec ce que le même rap-
porteur nous a dit à la page *2 , savoir : que la somnam^ bule de M. Foissac avait cessé d’être somnambule uniquement parce que les commissaires s’étaient montrés défians, impatiens, etc. Je trouverais le rapporteur, disje , fort peu conséquent avec lui-même, lorsqu’il vient nous dire ici qu ils ont cherché à être curieux et méfians ( pag. 8 ). Mais les lecteurs sauront bientôt aussi à quoi s’en tenir à cet égard \ ils verront que les commissaires , loin de s’affranchir du joug imposé par les magnétiseurs , se sont laissé d’autant plus dominer par eux qu’ils semblaient redoubler de défiance.
Ce n’est pas tout : les commissaires , dit M. Husson , ont toujours été silencieux , et ils ont eu soin de se faire une physionomie qui n’inspirât ni gêne aux magnétiseurs, ni doute aux magnétisés. Ce préambule achevé , le rapporteur entre en matière et prononce les mots sacramentels : Voici ce que nous avons vu. Or la première chose vue n’est pas un effet magnétique , c’est une condition magnétique , c’est cette action analogue aux rayons du soleil et au calorique *, en un mot , ce sont les passes . Voici en quoi elles consistent et la manière de les pratiquer :
« Le magnétiseur, assis sur un siège un peu plus élevé, » en face et à un pied de distance de la personne qu’il » veut magnétiser, paraît se recueillir quelques instans , » pendant lesquels il prend ses pouces entre les deux » doigts, de manière à ce que l’intérieur de ses pouces » touche l’intérieur des siens. Il fixe les yeux sur elle, et » reste dans cette position jusqu’à ce qu’il sesoit établi une » chaleur égale entre ses pouces et les siens 5 alors il re- » tire ses mains, en les tournant en dehors , les pose sur » les épaules, où il les laisse environ une minute, et les
» ramène lentement par une sorte de friction très-légère » le long des bras jusqu’à l’extrémité des doigts 5 il re- » commence cinq ou six fois ce mouvement, que les ma- >> jgiétiseurs appellent passes j.puis il , place ses mains a\i » dessous de la tête , les y tient un moment . les descend » en passant devant le visage à la distance d’un ou deux -* • » pouces, jusqu’à l’épigastre, où il s’arrête encore en api) puyant ses doigts sur cette partie 5 et il descend lente- » ment lelong dujporps jusqu’aux pieds. ,Çes passes se ré- » pètent la plus grande partie de ta séance j et, lorsqu’il » veut la terminer , il les prolonge au delà de l’extré- » mité des mains et des pieds , en secouant ses doigts à » chaque fois. Enfin il fait devant le visage et la poi- » tri ne des ^passes transversales à la distance de trois à » quatre pouces en présentant les deux mains rappro- » chées et en les écartant brusquement. D’autres fois, il » rapproche les doigts de chaque main, et les présente » à trois ou quatre pouces de distance de la tète ou de » l'estomac , en les laissant dans cette position pendant » une ou deux minutes *, puis, les éloignant et les rap- » prochant alternativement de ces parties, avec plus ou » moins de promptitude , il simule le mouvement tout » naturel qu’ on exécute lorsqu’on" veut se- débarrasser » d’un liquide qui aurait humecté l’extrémité des doigts.»
Voilà ce que les commissaires ont d’abord vu : hé bien, pour prouver , avant d’aller plus loin , que dans leurs déductions ils ont été constamment au delà de ce qui avait été vu, je dirai que même , pour ce qui est des - — passes, ils les ont immédiatement acceptées comme des causes réelles d’une action extraordinaire dont ils n’a-, vaient encore aucune idée. Ainsi , au lieu de se borner à dire, dans leur conclusion, que les mouvemens que
nous venons de décrire sont appelés passes par les magnétiseurs, ils ont sur-le-champ et sans autre examen, conclu que ces manœuvres sont les moyens nécessaires
pour se mettre en rapport, ou en d'autres termes, ajoute
M. Husson , pour transmettre l’action du magnétiseur au magnétisé (première conclusion). Or c’est précisément là ce qui est à prouver : y a-t-il rapport établi au moyen de ces passes ? y a-t-il action transmise ? Moi , je prouverai par vos propres expériences qu’il n’y a ni rapport établi, ni action transmise; et ici je parle du rapport et^ie' l’action , comme l’entendent les magnétiseurs; vous, vous aurez à nous prouver dans la suite de votre rapport que l’assertion des magnétiseurs est fondée 5 mais, «■■4 . avant de nous avoir donné vos raisons, vous n’auriez pas dû vous bâter de poser en fait qu’il y a rapport établi et action transmise.