Sed neque ipse imperium amb.itione accepi
u Mais je ne dois pas Vempire à des considérations personnelles. » Bf.
Il nous est impossible de comprendre au juste la pensée du traducteur; il est probable que les mots n'expriment pas ce qu'il veut dire. La phrase latine est fort claire : ce n est point par ambition que foi accepté Vempire. « Je ne dois pas l'empire à des considérations personnelles » ne donne pas assurément la même idée. Il est permis de croire que M. Burnouf ne s'est pas entendu lui-même en écrivant ainsi.
ce Les misères se supportent » ne nous paraît point à la hauteur du style de Tacite. Miseriœ ne devait pas être traduit par « les misères, » mais par la mauvaise fortune.
Nous trouvons à la phrase suivante :
« La bonne foi , la franchise, l'amitié, ces premiers biens de l'homme, tu les cultiveras sans doute avec une constance inaltérable ; mais d'autres les étoufferont sous de vains res-
pecls. A leur place pénétreront de toutes paris l'adulation, les feintes caresses , et ce mortel ennemi de tout sentiment vraiy l'intérêt personnel. )>
Nous trouvons ici beaucoup de fautes en peu de mots. C'est d'abord une tournure gauche et peu élégante que celle-ci : « la bonne foi , etc. ; ces premiers biens, etc. ; tu les cultiveras, etc. » Cultiver des biens est-il français dans ce cas, et traduit-il retinebis que porte le texte?
« Mais d'autres les étoufferont sous de vains respects. » — Peut-on dire encore étouffer des biens? est-ce d'ailleurs le sens de l'expression latine imminuent? Non, assurément, pas plus que obsequio ne signifie de vains respects.
« A leur place pénétreront de toutes parts , etc. , » nous semble aussi mal écrit que peu compris. Pénétrer de toutes parts n'est guère français. Ensuite il y a contre-sens formel : Irrumpet adulatio, etc. ; la flatterie viendra t'assaillir, etc. A leur place donne à entendre que les vices qui doivent attaquer les vertus de Pison passeront même dans son cœur, ce que Tacite n'a pu vouloir dire.
(f Les feintes caresses. » — L'impropriété de ce terme nous paraît tout oculaire j le texte porte blanditlœ , que M. Panckoucke a très-bien rendu par les soins insidieux. Les feintes caresses ne peuvent se dire assurément du flatteur au prince.
« L'intérêt personnel, ennemi mortel de tout sentiment vrai, » est une locution vicieuse : d'ailleurs c'est mal rendre le texte pessimum veri affectus venenum , que M. Panckoucke traduit fort heureusement par ces mots : « l'intérêt personnel, le poison le plus destructeur des véritables affections. »
Céleri libentius cum fortuna nostra quam nobiscum (/oquuntur). — « Tout le reste s'adresse plus volontiers à notre fortune qu'à nous, » dit M. Burnouf. — Jamais « tout le reste » ne fut plus mal-à-propos employé pour signifier tous les autres : on ne sait si c'est d'hommes ou de choses qu'ils'agit. « S'adresse » ne rend pas non plus loquuntur.
Citons encore la dernière phrase de ce chapitre, mais sans commentaire, parce qu'elle n'en a pas besoin.
« Etre le servile approbateur de tous les princes, on le peuj sans que le cœur s'en mêle. » Bf.
Tacite n'écrit point ainsi.