XVIII. 29. Quartum idus januarias, fœdum ira
bribus diem, tonitrua, et fulgura, et cœlesles minae ultra solitum turbaverant.
« La journée du dix janvier fut des plus orageuses : la pluie, le tonnerre, les éclairs, toutes les menaces du ciel la troublèrent à Venvû » Bf.
La phrase de Tacite, orageuse et sombre, comme ce terrible jour qu'il avait vu sans doute, ne raconte pas , elle peint ; et pour peu que le lecteur soit organisé , l'impression est si forte, qu'il sent se passer en lui tout ce que les témoins de cette scène lugubre ont dû sentir de sinistres pressentimens et d'émotions profondes.
Dire que ce que Tacite nomme le 4 des ides de janvier, c'était tout simplement le 10 janvier, selon notre ahnanach , que cette journée fut des plus orageuses, comme on dirait d'une séance de la chambre des députés, et que la pluie , et les tonnerres La troublèrent à Venvi, ce n'est point traduire Tacite; ce n'est poiut rendre son esprit, ni la forme poétique et solennelle de sa pensée. Ce qu'il y a de plus fâcheux , c'est que le traducteur n'y a pas même songé.
M. Panckoucke s'est laissé entraîner à reproduire ce qu'il sentait, en s' éloignant de la simplicité de l'autre traducteur :
« Le 4 des ides de janvier, des tonnerres, des éclairs, et toutes les menaces célestes avaient troublé extraordinairement l'air chargé d'affreux nuages. » Pk.
Un peu plus bas , M. Burnouf trouve encore le moyen de défigurer la pensée de Tacite à force d'élégance. Une révolte des légions de Germanie avait éclaté, Galba croit devoir en dire quelque chose aux prétoriens pour empêcher que son silence ne la fasse regarder comme plus dangereuse quelle n'est véritablement. M. Burnouf traduit : « de peur qu'elle ne fût grossie par la crédulité, » ce qui n'offre point de sens ; et quand l'auteur dit que les légions germaniques ne se sont permis contre l'obéissance que des paroles et des menaces, le même traducteur assure « qu'elles ne se sont permis tout au plus que des murmures indiscrets. » Il semble parfois que M. Burnouf le fasse exprès; car assurément, s'il voulait, il ferait mieux : nous n'en doutons point.