LIVRE ï
I. ï. Simuî veritas pluribus modis infracta : primum inscitia reipublicae, ut alienae ; mox libidine assentandi, aut rursus odio adversus dominantes : ita neutris cura posteritatis, inter infensos vel obnoxios.
« Plusieurs causes d'ailleurs altérèrent la vérité : d'abord Vignorance d'intérêts politiques ou Von riavait plus de part ; ensuite l'esprit d'adulation ; quelquefois aussi la haine du pouvoir. Ou esclaves ou ennemis , tous oubliaient également la postérité'. » (Trad. de M. Burnouf.)
Dès-lors la vérité fut outragée de diverses manières, d'abord par Tinliabitude d'un gouvernement qui semblait étranger, ensuite par l'esprit de flatterie, enfin par la haine contre les maîtres de Rome : aussi nulle pensée pour la postérité chez ces esprits offensifs ou serviles. (Trad. de M. Panckoucke. )
« Plusieurs causes , » dans la première traduction , ne rend pas exactement pluribus modis. La faute est légère quant au sens, mais grave quant à l'expression. Cette manière de traduire ne donne point une juste idée du stvle de Tacite, qui est toujours plus vif et plus serré.
« L'ignorance d'intérêts politiques où l'on n'avait plus de part. » — Il nous semble que cette traduction aurait elle-même grand besoin d'être expliquée. JJ 'ignorance df intérêt s politiques, n'est ni clair ni bien français. Il s'agit de l'ignorance des formes nouvelles que la révolution romaine avait introduites , et auxquelles on n'était pas fait. Le traducteur est loin de prouver qu'il ait compris le sens de ce passage, qui nous semble très-bien rendu dans l'autre version.
« Quelquefois aussi la haine , etc. » — Quelque/bis n'est pas dans le texte. L'auteur ne dit pas que cette cause ait été moins active que les autres , et il ne fallait point ajouter à sa pensée. Nous relevons cette faute , parce qu'elle revient souvent dans le travail du savant professeur, que celte prétention
d'expliquer ou de compléter la pensée de Tacite fait tomber dans beaucoup d'inexactitudes et de faux sens.
« Tous oubliaient également la postérité. » — Nous ne pouvons approuver cette manière d'écrire, qui ressemble trop à ce jeu de mots : la prophétie du passé. Tant de recherche et d'affectation ne va point au style sévère de Tacite. Peut-être le traducteur, à qui nous reprochons de toujours viser à une élégance déplacée , n'est-il coupable ici que d'inadvertance ; mais la faute n'en subsiste pas moins.
L'autre version nous semble incontestablement supérieure , sous le double rapport du sens et de l'expression.
i. Dignitatem uostram a Vespasiano inchoatam.
« Vespasien commença mes honneurs. » Bf. Vespasien commença ma fortune. Pk.
M. Burnouf oublie souvent la langue dans laquelle il écrit : u commencer des honneurs » ne fut jamais français.