‹ Examen littéraire et grammatical des deux dernières traductions de TaciteChapitre 8 sur 101 · Tanquam apud senem festinantes · texte numérisé non relu

Tanquam apud senem festinantes

« Ils se hâtaient sous un vieillard. » Bf.

Us se bâtaient comme auprès d'un vieillard qui va périr. Pk.

Rien ne reste de ce mot célèbre dans la première traduction. (( Se hâter sous un vieillard » est peu français : tanquam ne pouvait être omis impunément ; il fallait même y ajouter, pour rendre le sens plus clair. M. Burnouf pèche ici par excès de concision.

M. Panckoucke traduit plus longuement, et nous ne pouvons l'en blâmer, car sa phrase exprime toute la pensée de Tacite, qui n'est plus qu'une énigme dans l'autre version.

i5. Ipsa oclas Galbœ irristii ac fastidio erat.

« La vieillesse même de Galba était l'objet d'un moqueur et superbe dégoût. » Bf.

L'âge même de Galba le rendait ridicule et méprisable. Pk.

Cette citation donne une juste idée de la manière des deux traducteurs : le premier songe plus à faire la phrase, le second s'attache plus à rendre son auteur. Emphase et prétention d'un côté, élégance et simplicité de l'autre. Nous n'avons pas besoin de d^re que « un dégoût moqueur et superbe » nous semble très-

hasardé, et qu'un homme grave devrait se montrer moins amoureux des mots.

VIII. 16. Quaeclam etiam finibus ademplis, pari dolore commoda aliéna ac suas injurias metiebantur.

« Privées d'une partie de leur territoire , elles mesuraient avec Vœll d'un égaldépiù les avantages d'autrui et leurs propres injures. » Cf.

Privées de portions de territoire, comparaient avec une égale douleur l'injustice qu'elles éprouvaient et l'avantage fait à leurs voisins. Pk.

« Mesuraient avec l'œil d'un égal dépit » est une locution si extraordinaire, que nous ne ferons pas à M. Burnouf l'injure de croire qu'il ait voulu sérieusement l'écrire; elle lui est échappée par inadvertance , incuriajudit.

X. 17. Nimiae voluptates, quura vacaret; quoties expedierat, magnse virlutes : palam laudares, secrela maie audiebant. Sed apud subjectos, apud proximos, apud collegas variis illecebris potens ; et cui expedilius fuerit tradere imperium quam obtinere.

« Des voluptés sans retenue au temps du loisir, au besoin de grandes vertus; des dehors qu'on aurait loués , et sous ces dehors , une vie quon déchirait; du reste auprès de ses inférieurs, de ses amis, de ses collègues, puissant en séductions de tout genre; homme enfin qui trouva plus commode de donner V empire que de le garder. » Bf.

Des vices prodigieux au temps de ses loisirs; sitôt qu'il le fallait, de grandes vertus : sa vie publique était louable; secrète, mal famée : près de ses inférieurs, de ses amis, de ses collègues, un crédit puissant par une infinité de séductions : il lui aurait été plus facile de donner l'empire que de s'en emparer pour lui-même. Pk.

« Des voluptés » ne nous semble point ici le mot propre; il fallait des plaisirs. « Au temps du loisir » ne rend pas exactement quum vacaret, quand il en avait le temps.

a Des dehors qu'on aurait loués, et sous ces dehors, etc. » — Peu compris, ou tout au moins très-mal rendu. M. Panckoucke l'ai t mieux comprendre cette phrase : sa vie publique était louable ; secrète (nous croyons qu'il fallait répéter sa vie), malfamée. L'autre manière de traduire prêterait à Mucien un caractère d'hypocrisie, et ce n'est pas l'intention de Tacite. Tout homme

a deux vies, l'une plus extérieure et publique, l'autre plus secrète et moins connue. « Une vie qu'on déchirait » nous semble très-mal écrit en français, et d'ailleurs mal rendre l'expression latine.

« Homme enfin qui trouva plus commode , etc. » — Plus commode est sans doute la traduction verbum verbo de commodius : mais M. Burnouf sait bien qu'il vaut mieux rendre l'esprit que la lettre. L'expression latine est noble et de haut style ; commode est trivial et bourgeois dans notre langue.

« De donner l'empire que de le garder. » — Le garder ferait supposer que Mucien avait l'empire, car on ne garde que ce qu'on a. Ce n'est pas tout-à-fait ici le sens de ohtinere. M. Panckoucke traduit : « Il lui aurait été plus facile de donner l'empire, que de s'en emparer pour lui-même. » Cette traduction serait parfaite , si fuerit n'était point rendu par aurait été. Ce n'est point une supposition , c'est un fait accompli dont parle ici l'historien.

Nous ferons observer encore à M. Burnouf que « trouva plus commode » n'est point la traduction exacte de commodiusfuerit. C'est tomber dans le faux sens pour vouloir enchérir sur le sens. Il ne s'agit pas d'un acte libre de la volonté de Mucien, mais d'une nécessité de sa position. Avec ses vertus et ses vices y il lui fut plus facile , etc. : ce dernier trait si admirable est perdu dans la traduction.

XIT. 18. Licemia ac libidine talia loquendi.

« Grâce à la licence de l'opinion, avide de ces sortes d'entretiens. » Bf.

Le texte n'est point rendu. Il ne s'agit pas de l'opinion, ni de la licence, ni de son avidité. On avait la fureur et la liberté d'en parler , et par conséquent on en parlait beaucoup : telle est la pensée de Tacite. Uopinion avide est une de ces locutions étranges dont M. Burnouf devrait se garder avec plus de soin.

XIII. 19. ViniusproM. Olhone, Lacoatque Icelus consensu non tam unum aliquem fovebant , quant alium.

« Vinius agissait pour Othon; Laco et Icelus d'intelligence le repoussaient plutôt qu'ils n'en soutenaient un autre. » Bf.

Cette épigramme du traducteur ne fait point comprendre Tacite. Icelus et Laco s'entendaient pour en soutenir un autre , quel qu'il fût, sans choix déterminé. Il leur importait que 1 ami de Vinius n'arrivât pas à l'empire, tout autre leur sem-

blait bon à sa place. Aussi leur candidat n'est-il pas nommé. Cette phrase est difficile à rendre , sans doute , mais il ne fallait pas l'esquiver, comme fait M. Burnouf.

« Vinius voulait Olhon; Lacon et Icelus le rejetaient d'un commun accord , sans avoir de choix déterminé , » traduit M. Panckoucke. Ce n'est pas rendre toute la finesse de la tournure latine, sans doute, mais il était difficile de mieux faire avec notre langue.

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