NOËL LUSSIER
Je, Joseph Emery-Coderre, docteur en médecine, Professeur de Matière Médicale et de Thérapeutique à l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, sur l'ordre de l'Hun. L. V.
Sicotte, procureur-général pour le Bas- Canada, ai reçu le 6 mai dernier, de H. U. Blanchard, écr., Coronaire de la cité et du district de St Hyacinthe, des matières extraites du corps de Noël Lussier, décédé à St. Hyacinthe, le 19 février dernier, présumé mort empoison-
né ; ces matières étaient renfermées dans une grande bouteille d'environ trois demiards, et deux petites fioles, chacune d'un once à peu près, toutes trois d'un vert clair ; la bouteille étiquetée No. 1 contenait l'estomac avec un peu de liquide ; les deux petites fioles, étiquetées Nos. 1 et 2, renfermaient, la première, le contenu de la vésicule biliaire, la seconde, dtt liquide pris dans l'estomac. J'ai reçu également le procès-verbal de l'exhumation et de l'examen post-mortem du corps de Noël Lussier, fait à St. Charles le 28 avril dernier.
Après avoir accepté la mission qui m'a été confiée, et avoir prêté serment dans l'un des appartements de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, de la remplir avec honneur et conscience, je priai le Dr. d'Orsonnens, Professeur de Chimie à la susdite Ecole de Médecine et de Chirurgie, de vouloir bien m'assister dans l'expertise qui m'était confiée.
Le 7 mai dernier, nous nous sommes réunis dans le laboratoire de chimie de l'Ecole de Médecine, etc., et avons examiné le rapport fait sur l'exhumation et l'examen post-mortem du corps de Noël Lussier. Mais avant de procéder aux analyses chimiques des matières qu'on m'avait remises, j'écrivis au coronaire de St. Hyacinthe de se rendre à Montréal pour m'adjoindre le Dr. d'Orsonnens.
Le 11 mai dernier, d'après l'ordre qui m'en avait été donné, je commençai l'examen médico-légal du rapport de l'enquête tenue sur le corps de Noël Lussier , et le 16 mai suivant j'en fis un rapport (*) que j'envoyai au coronaire par la poste du 18 du même mois.
Le 28 mai dernier, M. le coronaire m'écrivit de faire les analyses chimiques des matières qu'il m'avait remises, et que j'avais la liberté de m'adjoindre un autre médecin. Le 30 mai dernier, je me suis adjoint Ths. E. d'Odet d'Orsonnens, docteur en médecine, et professeur de chimie, etc., et dans l'une des salles de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie, nous avons commencé notre expertise vers les trois heures de
(*) Voit U 1er rapport,
l'après-midi, et avons continué ainsi à nous réunir ensemble, dans le même local, jusqu'au 15 juillet courant, époque
à laquelle nous avons terminé nos examens chimiques des matières extraites du corps de Noël Lussier. Ces matières, comme nous l'avons déjà dit, étaient renfermées dans une grande bouteille et deux petites fioles, enveloppées chacune d'un papier jaunâtre ordinaire, cachetées et paraphées, et ont été mises dans une pièce attenant au laboratoire de chimie de la susdite Ecole de Médecine et de Chirurgie, où elles sont demeurées sous clef, tout le temps qu'a duré notre expertise, et aucune personne étrangère n'est entrée dans cette pièce durant notre absence ; et dans l'intervale de nos vacations la porte est toujours restée fermée à clef, et la clef demeurée en la possession de Joseph Emery- Coderre, M. D.