CONCLUSIONS
1° D'après 3 es symptômes, tels qu'ils nous ont été rapportés par le Coroner Poisson,
2° D'après les lésions de tissus telles que nous les avons vues et décrites,
3D D'après l'analyse chimique,
Nous concluons :
Que la dame Julie Désilie est morte empoisonnée par l'acide arsénieux en poudre ; cet acide étant désigné généralement sous le nom d'arsenic.
Nous conservons par devers nous, comme pièces à conviction :
1° Deux anneaux d'arsenic obtenus par la méthode de réduction.
23 Trois grains pesant d'acide arsénieux, retiré de l'estomac, et purifié.
3° Trois grains pesant de la même poudre, imcomplètement purifié.
4° Environ un demi grain de petits cristaux. Le reste de la poudre et des cristaux ont été employés pour nos analyses. Il y a eu aussi nécessairement un peu de perte dans la purification.
5D Deux fragments de capsule de porcelaine contenant vingt-cinq des taches d'arsenic retirées du foie.
6J Trois fragments de capsule de porcelaine contenant seize taches d'arsenic obtenues de la poudre retirée de l'estomac.
7J Les neuf calculs biliaires.
Tous ces objets sont soigneusement étiquetés.
(Signé),
F. A. H. LaP.ue, M. D. L.
Pierre Elie Lafarge, écuier, médecin, étant dûment assermenté, dépose et dit: Je demeure à Upton et je suis médecin. Je connais le prisonnier à la barre. Le premier janvier dernier j'ai été requis par le Coroner du district d'Arthabaska de me rendre à St.-Germain de Grantham chez le prisonnier pour m'enquérir de la mort de cette femme, qui était arrivée subitement. J'y suis allé. Le
cadavre était l'épouse du prisonnier.
Je n'ai pas fait l'autopsie ce jour-là, et je n'ai examiné le corps qu'extérieurement. Le treize du même mois je suis retourné chez le prisonnier avec le Coroner pour faire l'autopsie, et je l'ai faite en présence du Coroner et de plusieurs autres personnes. J'ai ouvert le corps de la défunte, et m'apercevant qu'elle était morte d'une maladie violente, j'ai ôté tous les viscères et les intestins, je les ai liés aux extrémités avec du fil, je les ai placés dans un vase de grès que j'ai couvert avec un morceau de peau de mouton ; j'ai mis un couvert de grès par-dessus la peau et je l'ai bien attaché avec des ficelles, je l'ai cacheté comme il faut avec de la cire verte afin que personne ne put ouvrir le vase sans briser les cachets, et je l'ai remis entre les mains de Médéric Poisson, le Coroner. Il y avait cinq ou six sceaux sur le couvercle et autour du vase. D'après la manière dont j'ai arrangé ce vase, je dis qu'il était impossible de toucher aux viscères sans briser ces cachets.
Lorsque j'ai fait l'autopsie, le Coroner était présent ainsi que plusieurs autres personnes. Je l'ai fait publiquement.
Transquestionné. — Je jure que le cadavre dont j'ai fait l'autopsie le treize est le même que j'ai vu chez le prisonnier le premier de janvier. L'autopsie s'est faite chez le prisonnier là où j'ai vu le cadavre la première fois. Onaenvoyé chercher un vase de grès chez M. Paradis, le marchand, lequel s'est trouvé dans la maison du prisonnier au moment où j'en ai eu besoin. J'ai emporté le vase et son contenu chez M. Paquin, où je pensionnais, et là je l'ai attaché et scellé de la manière dont j'ai parlé plus haut, peu de minutes après mon arrivée. J'ai retardé aussi quelque temps en attendant une corde pour attacher le vase et le mettre en sûreté pour l'emporter. Je suis toujours resté auprès du vase jusqu'à ce qu'il fût scellé. La corde avec laquelle j'ai attaché le dit vase était une forte ficelle ronde de la grosseur du doigt : c'était une ficelle ordinaire et neuve. Il n'y avait chez Paquin qu'un peu de cire rouge dont on a fait usage, et rendu chez moi, à Upton, j'ai mis de la cire verte là où il n'y en aviit pns du tout auparavant,
et par-dessus la cire ronge là où j'ai cru nécessaire. Je suis venu de St. -Germain à Upton dans la même voiture que le Coroner, et nous avions avec nous le pot de grès. Nous sommes arrivés à ma maison ayant avec nous le pot de grès, et là en présence du Coroner j'ai mis de la cire verte à cinq ou six endroits sur le vase. En arrivant chez moi j'ai scellé le vase de grès dans mon bureau et après cela le Coroner et moi nous avons laissé l'appartement où était le dit vase pendant quelques minutes. Peu de temps après les chars sont arrivés allant à Québec. Nous avons mis la jarre dans le char qu'on appelle l'Express. J'ai vu partir les chars et je ne puis dire si le Coroner est embarqué dans le même appartement. Avant de mettre les intestins et les viscères de la défunte dans le vase en question, je n'eu ai fait aucune analyse chimique, mais le vase était très-propre et net ; mais je ne l'ai pas vu laver. J'ai été bien particulier par rapport au vase. Il y avait un trou rond dans le vase d'un demi-pouce de diamètre à deux doigts environ du fond, que j'ai fermé avec un bouchon de liège sur lequel j'ai mis un peu de cire rouge que plus tard, rendu chez moi, j'ai recouverte avec de la cire verte. Je ne me rappelle pas si j'ai mis aucun sceau particulier sur chaque plaque de cire. Aucune écriture, ni aucune signature n'a été mise sur le vase en question à l'entour des dites plaques de cire. Plusieurs personnes, entre autres M.
Hemming, avocat, ici présent, étaient dans la chambre chez Paquin dans laquelle j'ai déposé le vase de grès. Le premier janvier, lors de la première enquête et après l'examen du cadavre, j'étais d'opinion que la défunte était morte de mort naturelle et j'ai consigné ce fait dans ma déposition. A l'ouverture du cadavre, d'après l'apparence des viscères, il n'était pas possible de juger de la cause de la mort de la défunte. Le poumon droit était très-congestionné, presque noir, et la mort paraissait avoir été causée par une inflammation violente.
Urgel Médéric Poisson étant dûment assermenté dépose et dit : Je réside au village d'Artabaskaville, Je
suis médecin et Coroner. J'étais présent à l'autopsie de Julie Désilie, épouse du prisonnier, qui a été faite par le docteur Pierre E. Lafarge, le treize janvier dernier. C'est moi-même qui l'avais requis, en ma qualité de coroner, de faire cette autopsie : il l'a faite en ma présence. Le premier janvier dernier, étant requis de faire une enquête sur le cadavre de la femme du prisonnier, je me suis transporté à St.-Germain de Grantham à la maison du prisonnier, accompagné du Docteur Lafarge. J'ai vu le cadavre de la défunte le jour de l'autopsie et il était le même que celui exhibé le premier de janvier dernier.
Le treize janvier dernier, sur l'ordre du juré et mon ordre, le cadavre de la défunte Julie Désilie étant exhumé, le Docteur Lafarge procéda à l'ouverture du cadavre comme suit. Il ouvrit d'abord le thorax ou poitrine de la défunte, examina le cœur et les poumons. Il ouvrit ensuite l'abdomen et fit l'examen du foie, de l'estomac et des intestins, et ensuite procéda à l'extraction des viscères du corps de la défunte, de manière à prendre ce qui est contenu depuis la portion cervicale jusqu'au rectum, après quoi il fit une ligature à l'œsophage et la trachée artère, ce qui fermait tout conduit de la partie supérieure des viscères et une autre au rectum ; ces ligatures étaient de fil. Le docteur Lafarge a pris tous ces viscères et les a mis dans un vase de grès préalablement lavé et nettoyé par moi-même. J'ai passé ce vase même dans plusieurs eaux afin d'être certain qu'il fût net. Du moment que les viscères furent déposés dans ce vase nous Pavons couvert de son couvercle de grès comme le vase. Nous avons donné ce vase à porter à une personne qui nous suivait, le Docteur Lafarge et moi, et qui nous a suivis jusqu'à l'hôtel de Pierre Paquin où nous pensionnions. Rendus à l'hôtel, la personne qui portait le vase, nous l'a remis et je l'ai déposé dans une chambre, et j'ai envoyé chercher des ficelles et une peau de cuir tanée pour couvrir et attacher le vase. La peau de cuir et la ficelle arrivées, le docteur Lafarge et moi, nous avons placé sur le vase un morceau de la peau de cuir et mis le couvercle de grès par-dessus.
Nous avons attaché le couvercle misi sur la peau avec la jarre, par des ficelles placées de différentes manière sur le couvercle et autour de la jarre afin de ne pas permettre au contenu du vase de se perdre et même pour prévenir toute odeur. J'ai aidé ensuite au docteiu Lafarge à mettre de la cire en différentes places sur le couvercle du vase et autour à cinq ou six endroits différents. La cire a été principalement mise sur les parties de la corde là où il y avait un nœud et cela afin qu'on ne pût pas détacher cette corde sans qu'on pût s'en apercevoir. Je ne puis dire aujourd'hui la couleur de cette cire. De l'hôtel où le vase a été ciré et scellé comme je viens de le dire nous nous sommes transportés, le docteur et moi, chez lui, à Upton.
Pendant ce trajet le vase était dans la même voiture que nous et sous nos yeux. Arrivés à la demeure du docteur nous avons rentré le vase dans son bureau. Il s'est procuré de la cire verte et en a mis sur toutes les parties où il en avait appliqué à l'hôtel de M. Paquin à St. Germain. Cette cire était mise pour rendre plus forts les sceaux de cire qui avaient été placés au dit hôtel. Il n'y avait point de sceau sur la cire mise sur la corde. De chez le docteur Lafarge je me suis rendu à la station d'Upton, accompagné par lui et une personne qui portait le vase en nous suivant. En attendant les chars le vase est resté à la station sous mes yeux. Les chars arrivés, j'ai aidé à transporter le vase dans le char à bagages. Le Docteur Lafarge est un de ceux qui m'ont aidé à transporter le vase dans le char à bagages. Le conducteur n'a pas voulu me laisser dans le char à bagages, disant que personne n'avait droit d'y aller. En conséquence j'ai laissé le vase dans le char et je suis allé prendre une place dans le char des passagers de première classe. D'Upton, je me suis rendu à Richmond où j'ai été obligé de coucher. J'ai pris le vase et je l'ai fait transporter à l'hôtel où j'ai couché. Quand j'ai débarqué à Richmond, la cire qui avait été mise sur la corde était intacte. A l'hôtel j'ai fait placer le vase dans une chambre que j'ai barrée à la clef. J'ai gardé cette clef avec moi. Le lendetnaiu je suis parti de Richmond et je
me suis rendu à la Pointe-Lévi. Le vase pendant ce trajet a été placé dans le char de bagages par moi-même. Les paquets de cire qu'il y avait sur la corde lorsque j'ai mis le vase dans le char de bagages à Richmond, et lorsque je l'en ai retiré à la Pointe-Lévi, étaient encore parfaitement intacts. De la Pointe-Lévi j'ai remis le vase au docteur François Alexandre Hubert Larue, écuier, médecin, professeur à l'Université-Laval.
Quand je lui ai délivré le vase il était dans le même état que je l'ai pris chez le docteur Lafargn. Aucun des paquets de cire n'avait été brisé pendant ce trajet d'Upton à Québec. Le vase et le contenu ont été remis' au docteur Larue afin de soumettre les viscères contenus dans ce vase à l'analyse. Ces viscères étaient ceux de la femme du prisonnier. Quand je me suis trouvé avec le docteur Lafarge, le premier janvier dernier, chez le prisonnier pour examiner le cadavre de la défunte, le prisonnier était présent. Il a déclaré alors lui avoir fait prendre la veille de sa mort des pilules et une prise. Il avait dans le moment dans la main une prise jaune et il nous a dit que c'était une semblable à cellelà qu'il lui avait fait prendre. Je n'ai pas examiné moi-même attentivement la prise, mais le docteur Lafarge l'a examinée.
Transquestionné.. — De la maison du prisonnier où l'autopsie s'est faite à aller à la maison de Paquin il y a environ huit arpents. Je ne me rappelle pas du nom de la personne qui nous suivait, portant le vase par mon ordre. Je ne me rappelle pas si nous avons parcouru ces huit arpents en voiture ou à pied, ni si l'homme qui portait ce vase était luimême en voiture ou à pied. Trente ou quarante personnes environ ont fait le même trajet que nous et dans le même temps. Je ne me rappelle pas avoir une seule fois, durant le trajet en question, jeté la vue sur la personne qui portait ce vase. Le vase a été ainsi transporté ayant simplement le couvercle mis sans être solide par aucune chose. Le couvercle était lâche sur le vase. Il eut été facile de lever ce couvercle et de jeter dans le vase une poudre d'arsenic, patexemple, tout aussi bien qu'une pincée de sel ou tout autre même objet. Je ne
puis dire si durant le trajet en question, le porteur du vase était seul ou accompagné de quelqu'un. Je ne puis dire si au moment d'entrer dans la maison il était seul. Il est entré par la porte de la barre où il y avait alors plusieurs personnes. Arrivés à la maison du docteur Lafarge, à Upton, lui et moi nous avons le vase de vue pendant quelques minutes. Il faisait noir et c'était entre cinq et six heures que j"ai embarqué à Upton. A la station de Bécancour j'ai laissé le convoi pendant environ un quart d'heure pour aller dîner à un hôtel prés de la station. En traversant de la Pointe- Lévi à Québec en canot, le vase fut mis en arrière de moi et je vis un canotier ■jeté dessus une peau de buffle. Arrivé à Québec, en débarquant du canot j'ai fait mettre le vase dans une cariole et je me suis rendu avec au bureau du gouvernement où j'ai entré et j'y demeurai environ dix minutes laissant le charretier seul avec le vase dans la cariole. Je ne me rappelle pas si quand j'ai trouvé le docteur Larue à son domicile, le vase en question est resté dans la cariole ou non. J'ai pu. être environ dix minutes chez le docteur Larue et je suis de là retourné au bureau du gouvernement avec le vase ou si non je l'avais laissé chez le docteur Larue. * Le vase en question pouvait contenir environ deux gallons et demi. Je ne puis jurer si ce vase était de grès, mais c'est le nom qu'on donne ordinairement à ces articles-là ; il était enduit d'une couche de préparation brune. Il était absolument impossible d'ouvrir la jarre, sans que je m'en fusse aperçu. Cependant je ne me rappelle pas s'il a été mis de la cire audessus du vase. Je ne me rappelle pas si la corde ainsi cirée passait sur le trou rond qui était tout près de la partie inférieure du vase. En ma qualité de coroner j'ai tenu deux enquêtes sur le cadavre de la femme du prisonnier, l'une le premier de janvier, l'autre le treize de janvier dernier. Le prisonnier assista à la première enquête, il était libre alors. Cette enquête fut faite avec le soin ordinaire en pareil cas. La distance de la résidence du prisonnier à la station d'Upton est d'environ quinze milles, et je pense qu'il eut été facile au
* Le vase a été laissé en quelque part, sans doute ; mais le coronaire ne sait pas où.
prisonnier de s'esquiver, s'il l'eut voulu, entre le jour de la mort de sa femme et le sept de janvier. C'est le matin du treize janvier, jour de la seconde enquête que j'ai fait faire l'exhumation du cadavre de la défuntp. Lors de l'autopsie l'apparence externe des viscères, de l'estomac principalement et des petits intestins, indiquait une imflam-.
mation telle qu'on peut rencontrer dans plusieurs maladies mais pas avec autant d'intensité, et plusieurs raisons peuvent causer une imfîammation semblable. Je pense que l'arsenic administré à petites doses pourrait peut-être s'accumuler dans le système. On se sert de préparations arsenicales comme remède.
Pierre Paquin étant dûmgnt assermenté dépose et dit: Je demeure à St.- Germain de Grantham et je suis forgeron. Je connais très-bien le prisonnier et j'ai aussi connu très-bien son épouse. J'étais présent quand le docteur Lafarge a fait l'autopsie du corps de la défunte. J'ai vu ladéfnnte ce jour-là pendant l'opération et je jure que c'était le cadavre de l'épouse du prisonnier.
François Alexandre Hubert Larue étant dûment assermenté dépose et dit:
Je suis docteur en médecine et professeur à l'Université-Laval. Je connais le docteur Urgel M. Poisson, coroner pour le district d'Arthabaska. Je l'ai vu chez moi le quinze janvier dernier.
Dans le cours du matin et dans l'aprèsmidi du même jour il m'a délivré un grand vase de grès qu'il m'a dit contenir les organes de la défunte Julie Désilie. Quelques minutes après, et sans le perdre de vue, j'ai transporté moimême dans une voiture avec le docteur Poisson ce vase à mon Laboratoire à PUniversité-Laval. J'ai commencé d'abord par examiner le vase, la manière dont la cire était appliquée et les divers tours que la corde faisait autour du vase. Le vase qui est actuellement produit est celui-mêmequi contenait les organes de la défunte ou un autre semblable. J'ai fait particulièrement attention à la manière dont le vase était attaché vu qu'il n'y avait pas de sceau sur la cire appliquée sur la corde et je suis venu à la conclusion qu'il n'aurait pas été possible d'enlever cette corde et ouvrir le vase sans rompre la cire qui était parfaitement intacte. J'ai ensuite pro-
cédé à l'extraction des viscères, après avoir préparé d'avance les vases et capsules dont je pourrais avoir besoin. Les ayant lavés moi-même avec de l'eau pure et mis de côté une portion de l'eau de lavage pour m'assurer plus tard par l'analyse de cette eau. J'ai trouvé alors que les viscères avaient été enlevés de manière qu'ils se tenaient tout d'une pièce. Ils avaient été ligaturés aux deux extrémités, à l'œsophage et au rectum. La preuve qu'ils avaient été bien ligaturés est que le vase ne contenait que quelques onces d'un liquide sanguinolent. L'estomac et les intestins n'avaient pas été ouverts et l'estomac contenait encore une quantité considérable d'un fluide brunâtre. Les autres membres (je crois que c'est organes qu'il faut dire) étaient aussi intacts : ils n'avaient pas été coupés pour l'examen à l'exception de la vessie qui avait été en partie coupée. Après avoir ouvert l'estomac, j'ai mis de côté oe fluide brunâtre dans un des vases dont j'ai déjà parlé. J'ai vu alors que l'estomac avait été affecté d'une inflammation intense. En promenant ma main sur la membrane interne de l'estomac, j'ai senti de petits points rudes au toucher, invisibles vu qu'ils étaient enterrés dans une couche épaisse de mucosités. Je parvins a isoler un certain nombre de ces petits points à l'aide des doigts et je les mis à sécher sur du papier. Quelques minutes après je distinguai facilement à l'œil nu que ces points n'étaient autre chose que des cristaux blanc-jaunâtres. En examinant de plus près la membrane près du pylore j'aperçus une poudre de couleur jaunâtre que j'isolai de la membrane à l'aide d'un couteau de platine. Je fis sécher cette poudre sur du papier et aussitôt séchée je vis qu'elle avait un aspect cristallin. J'ai retiré uue autre portion de cette môme poudre du liquide que j'avais retiré de l'estomac. Alors je commençai mon analyse. J'ai eu recours d'abord à la méthode de réduction au moyen du flux noir et j'ai traité par cette méthode: une portion de la poudre et quelques uns des cristaux et j'ai obtenu un anneau brun miroitant d'arsenic. J'ai pris une autre portion de la poudre et je l'ai dissoute dans de l'eau pure, l'ai traitée par un courant préala-
blement lavé d'acide sulfhydriqtie. J'ai obtenu un précipité jaune qui s'est redissout dans l'ammoniaque, preuve que le précipité était de sulfur d'arsenic:
môme traitement pour quelques uns des petits cristaux avec même résultat. J'ai dissout une autre portion de la poudre également dans l'eau pure, l'ai traitée par quelques gouttes de nitrate d'argent ammoniacal. J'ai obtenu un précipité jaune qui s'est redissout dans l'acide nitrique, preuve que ce précipité était de l'arsénite d'argent. Ces deux dernières réactions indiquaient avec certitude non-seulement la présence d'arsenic, mais encore que cette poudre et ces cristaux étaient de l'acide arsénieux vulgairement appelé arsenic. J'ai pris une autre portion de cette poudre, l'ai traitée par l'acide nitrique, {je crois que c'est acide nitro-muriatique) ou l'eau régale, le résultat est le même en tout cas. J'ai évaporé à siccité, repris par un peu d'eau traitée par la nitraite d'argent et j'ai obtenu un précipité rouge brique caractéristique d'arséniate d'argent. J'ai pris une autre portion de cette poudre, l'ai dissoute dans un peu d'eau, l'ai introduite dans un appareil de Marsh, dit de l'Institut, préalablement essayé à blanc. et aussitôt j'ai obtenu de nombreuses taches brunes miroitantes sur des fragments de soucoupe de porcelaine.
Une de ces taches a été exposée à la vapeur d'Iode et s'est colorée en jaune. Une autre a été soumise à l'action de la flamme d'hydrogène et a immédiatement disparu. Quelques autres ont été touchées par quelques gouttes d'acide nitrique. J'ai évaporé à siccité et la capsule étant refroidie j'ai touché le résidu par quelques gouttes de nitrate d'argent. J'ai obtenu un précipité rougeâtre mélangé de jaune. Toutes ces réactions sont caractéristiques d'arsenic. J'ai procédé ensuite à l'examen du foie. J'ai incinéré par le nitrate de potasse en suivant de point en point la méthode telle que décrite par Orfila, dernière édition.
L'incinération faite, j'ai introduit le ré- I sidu dissout dans un appareil de Marsh, dit de l'Institut, préalablement essayé à I blanc et j'ai obtenu aussitôt un grand nombre de taches brunes miroitantes d'arsenic, encore sur des fragments de soucoupe de porcelaine. Ces taches ont été soumises aux mêmes traitements
que les précédentes avec les mêmes précautions et les mêmes résultats. La poudre sur laquelle je venais d'opérer était jaunâtre, et j'ai cherché si je ne pouvais pas lui faire perdre cette couleur qui, a mon opinion, lui était communiquée par les matières organiques de l'estomac, et j'ai réussi en la faisant chauffer quelque temps avec de l'acide nitrique. J'ai obtenu alors la poudre parfaitement blanche. Cette pondre, ainsi purifiée, je l'ai conservée comme pièce de conviction et pèse, si ma mémoire m'est fidèle, trois grains. J'ai à part cela une autre portion de la poudre non purifiée du poids d'environ un grain, plus quelques petits cristaux, en outre un certain nombre de taches provenant de cette poudre, un certain nombre d'autres provenant du foie, deux an- .neaux arsenicaux, neuf calculs biliaires. (Toutes ces pièces a conviction ont été produites par le témoin et exhibées aux jurés.) La quantité de la pondre entière extraite de l'estomac a été pesée exactement après avoir éjté séchée et son poids était égal à huit grains. Le poids des cristaux était de trois quarts de grain. Une partie de cette poudre et de ces cristaux a été dépensée pour mes recherches et une portion aussi perdue durant la purification. Les petits intestins étaient aussi considérablement enflammés. J'ai retrouvé dan^ ces petits intestins quelques cristaux analogues aux premiers. Les gros intestins m'ont paru à peu près dans l'état normal. Néanmoins je n'ai pas pu en juger seulement. Vu le transport de ces organes et vu que je n'ai pas pu les examiner in situ. Le foie extrêmement ramolli m'a paru affecté de dégénérescence granulaire. Je me suis assuré au microscope qu'il était atteint de dégénérescence graisseuse. La vésicule biliaire remplie de bile contenait neuf calculs.
Les poumons, surtout le droit, étaient extrêmement congestionnés ; le côté droit du cœur surtout rempli de sang. Je n'ai pu faire un examen aussi minutieux de ces organes vu que je n'ai pas eu occasion de les examiner in situ et vu le transport. D'après l'analyse que j'ai faite, d'après les lésions de tissus que j'ai vues, je suis d'opinion que h mort de la défunte est due à Pémpoisoane-
ment par l'acide arsénieux, ordinairement appelé arsenic. La quantité d'arsenic que j'ai trouvé dans les viscères de la défunte était suffisante et même au-delà pour produire sa mort. Si l'arsenic eut été introduit dans le système après la mort de la défunte, il n'aurait pas produit d'inflammation d'estomac ni d'intestins. D'après les symptômes tels que décrits par les témoins qui ont vu la défunte pendant sa maladie réunis aux lésions de tissus et à l'analyse chimique, je suis entièrement convaincu que la défunte est morte empoissonnée par l'acide arsénieux. J'ai fait un rapport minutieux de mon analyse que j'ai donné au coronaire de ce district et ce rapport est en tous points correct. La cire qui était sur la corde qui attachait le vase de grès était verte.
Transquestionné. — Le trou qui se trouve à la partie inférieure du vase était bouché avec un bouchon d'épi de blé d'Inde semblable à celui qui y est actuellement pour la qualité; pour la forme, je n'en sais rien. Autant que je me le rappelle il n'y avait pas de cire sur la corde sous le vase, et la corde à l'entour du vase ne passait pas sur le trou qui est à la partie inférieure. La cire-; sur le bouchon en question était de la cire verte ordinaire. J'ai examiné attentivement le^vase, notamment la cire, et cette cire était verte. Je me rappelle parfaitement le trajet qu'a fait le vase avec les incidents jusqu'à Québec, tels que décrits par le coroner et le docteur Lafarge. Il aurait été possible, même facile d'enlever le bouchon du vase et d'y introduire beaucoup de matières, attendu que le vase était rempli à peu près à la moitié, et de reposer un bouchon semblable couvert d'une cire également semblable. On aurait pu ôter les cordes, mais en rompant la cire ou en la faisant disparaître par quelques autres moyens, soit par la chaleur, soit par des frictions, ouvrir le vase et y introduire par le couvercle quelques matières, même y substituer une toute autre matière. Les viscères d'un homme et d'une femme sont identiques moins les organes abdominaux où l'on trouve la matrice chez la femme et non chez l'homme. Les viscères que j'ai examinés étaient ceux d'une
femme. Je me rappelle bien les quelques symptômes qui ont été décrits par plusieurs témoins. Ces symptômes, peuvent être causés par un certain nombre de maladies tout aussi bien que par l'empoisonnement, avec néanmoins quelques différences que les médecins savent bien reconnaître. En réponse à la question qui m'est posée s'il était possible entre la mort et le jour de l'autopsie de la défunte d'introduire dans son estomac les matières que j'ai trouvées, je réponds : Oui, mais ces matières n'auraient point produit d'inflammation. Les lésions de tissus que j'ai signalées dans les organes peuvent être produites par d'autres maladies que l'empoisonnement, à savoir : la gastrite et la gastro-entérite, mais la gastrite essentielle est si rare que son existence est niée, et je crois avec raison. Quant à la gastro-entérite, c'est une maladie que l'on rencontre de temps à autre.
Les symptômes du choléra du pays sont à peu près anologues à ceux de l'empoisonnement par l'arsenic. Je dis que les lésions de tissus seules ne sont pas une preuve d'empoisonnement. L'effet cumulatif de l'arsenic a été avancé par * quelques uns, mais est loin d'être prouvé. Le plus grand nombre le rejette.
L'arsenic existe parfois dans certaines substances alimentaires comme adultérations. On a trouvé l'arsenic dans certaines sources, notamment dans deux en Europe, l'année dernière. Les marinades peuvent être colorées en vert par de l'arsénite de cuivre, mais pas par de l'acide arsénieuxqui est blanc. Orfila, après une suite d'expériences sivrles.animaux, a prétendu qu'au bout de dix huit jours environ l'arsenic introduit dans les organes était complètement éliminé hors du système. Ces expériences ayant été faites sur des animaux, on ne peut pas en tirer des conclusions rigoureuses pour l'homme, et d'après même les faits que l'on a observés chez l'homme de temps à autre, on ne pouvait pas déterminer au juste le temps requis pour l'élimination, mais d'après ces derniers faits, on s'accorde généralement à dire que dix-huit jours environ sont la période requise pour la complète élimination de l'arsenic hors du systè- La défaille peut avoir subi dans
le cours de sa vie un traitement arsenical. L'arsénite de potasse est parfors employé comme médicament. Je ne sache pas que l'acide arsénieux le soit, au moins dans ce pays, à part les emplâtres appliqués par certains charlatans pour guérir ce qu'ils appellent les cancères, et il y a un grand nombre de ces gens là dans le pays. (A)L'arsénic exista parfois dans les substances que l'on emploie comme réactifs, mais n'existait pas dans les réactifs que j'ai employés. L'arsenic existe dans certains terrains, mais pas à l'état d'acide arsénieux, mais à l'état d'arsénite de chaux, d'arsénite de fer, insoluble, (b) On a vu des cas où il avait été avalé même une once, ou très près, d'acide arsénieux sans que la mort s'en soit suivie, de même qu'on a vu deux grains produire la mort. Il en est de cela comme de toutes les autres maladies. Dans le cas présent, l'état de l'estomac, le vomissement plus ou moins prompt et plus ou moins complet, et une foule d'autres raisons peuvent parfois donner lieu à cette différence. On prétend même et avec assez de raison qu'une trop forte dose d'arsenic peut être la cause qu'il n'y a pas empoisonnement, vu qu'alors l'estomac se révolte tout-à-coup, et rejette immédiatement et complètement le poison. Les calculs biliaires constituent par eux-mêmes un état morbide du système. Je suis convaincu que les cajculs biliaires n'ont pas été la cause de la mort de la défunte. J'ai déjà dit que les symptômes de l'empoisonnement peuvent être simulés par d'autres maladies et que les lésions de tissus produites par l'empoisonnement peuvent être anologues à celles d'une gastro- entérite ordinaire.
Généralement on dit que l'acide arsénieux ou l'arsenic n'a pas de goût, néanmoins il est quelques exemples de rapportés où les personnes qui l'ont avalé, ont dit qu'il avait un goût, mais ne se sont pas accordées sur la saveur. Pour concilier les différences d'opinion on a émis l'idée que l'arsenic à hautes doses a une saveur et n'en a pas à petites doses. Ce qui est bien certain, c'est que> si l'arsenic a une saveur, cette saveur
(a) Aroir la note a la fin du chap. II. (a) Voir la note b à la f n du 2e chap.
dort être peu prononcée, d'abord, puisqu'elle est mise en doute, et en second lieu, parceque s'il avait une saveur trèsforte, les empoisonnements par cette substance ne seraient pas aussi fréquents qu'ils le sont, parceque les gens les goutteraient es rejetteraient les substances dans lesquelles il se trouve. Le trou à la partie inférieure du vase exhibé en cour mesure au-delà d'un pouce de diamètre.
Ré-examiné :— Les symptômes du choléra du pays, sont : pesanteur, vomissesement, diarrhée, crampes, amaigrissement rapide, la peau prend une teinte un peu brune. La soif survient ordinairement peu de temps après le repas et est amenée par une indigestion rarement fatale : Se rencontre surtout en été dans ce pays. La diarrhée est un symptôme qui se rencontre toujours dans le choléra du pays.
Pierre Elie Lafarge, écuier, médecin, dépose et dit: J'ai déjà été entendu comme témoin dans la présente cause.
Le premier janvier dernier lors de l'enquête de la défunte, le prisonnier m'a montré une poudre qui m'a paru être de jalap composée et deux pilules qui lui étaient restées disant qu'il en avait perdu une. Il a dit qu'il en avait eu six du docteur Bérard de Drummondville, que sa femme en avait pris trois. Il m'a dit aussi qu'il avait eu la poudre du docteur Bérard et qu'il en avait fait prendre une semblable à sa femme. La prise était grisâtre.
Le prisonnier n'a pas déclaré alors s'il avait ou non donné d'autres remèdes à sa femme.
Preuve de la défense, le 18 mars
Urgel Mederic Poisson étant dûment assermenté, dépose et dit :J'ai produit les deux enquêtes que j'ai tenues sur le corps de Julie Désilie, épouse du prisonnier» La première est du premier janvier dernier, %t la seconde est du treize janvier dernier aussi. (*)
(*) Les procès verbaux de ces deux enquêtes me manquant (ces pièces doivent être remises à l'expert), j'ai cru qu'ils pouvaient être résumés dans les témoignages du Dr. Lafarge et du coronaire Poisson, et c'est pourquoi je n'en ai pas demandé copies