‹ Examen philosophique des considerations sur le sentiment du sublime et du beaux d'Emmanuel KantChapitre 21 sur 34 · DAJVS TA F KM ME. I I · texte numérisé non relu

DAJVS TA F KM ME. I I

ancien ami de son père, je fus révolté de cette folie, je quittai mon jardin et j'arrivai à Saint- Germain en Laye, pour lui adresser, au nom de ses enfants , des reproches qu'elle supporta sans murmure. Je vis bientôt des larmes rouler dans ses yeux et je fus d'autant plus disposé à lui pardonner qu'elle sembla se condamner elle-même.

Un mois s'était écoulé depuis notre entrevue.

Un beau jour, étant encore ^ la campagne près

Saint-Germain, j'entends pousser vivement ma

porte et je vois entrer la jeune veuve qui se

jette dans mes bras. «Embrassez-moi, me dit-

« elle, mon bon ami, je suis dans la joie; mes

« enfants auront un protecteur, car dans huit

«jours, j'épouse le bon subrécargue. Il faut

«que je vous conte tout. "Vous m'avez crue

«.une folle, une étourdie; c'était mon secret et

« je n'ai pas dû vous le dire ! Que vouliez-vous

« que je devinsse avec ma jolie petite Henriette,

« et deux garçons à peine sevrés ? Où m'eus-

«sent menée mes cinq cents livres de rente?

« ça, répondez donc!... Rentrée dans la société

tf.cle mes jeunes amies , j'y ai revu le capitaine.

« Sa supériorité de vingt et quelques années

«sur moi, me l'avait fait dédaigner... Son ex-

« cellent caractère m'a conduite à croire qu'il

a deviendrait le père adoptif de mes enfants , « si je réussissais à réveiller ses anciens feux; « j ugez de mon désappointement, mon bon ami, « lorsque descendant un escalier derrière lui , « je l'ai entendu vous dire à vous-même : comme «. elle est changée!. Ces mots ont été pour moi «un coup de lumière. Le chagrin avait bien «pu altérer mes traits; mais je savais qu'ils « souffraient encore plus de ma todette négli- « gée par des motifs d'économie ; j'ai senti « qu'avec des soins je ressaisirais tous mes avan- « tages. Sous le prétexte de suivre une affaire « à Paris , j'ai vendu ma ferme six cents louis. « J'ai pleuré en dépensant le premier écu en « parure ; mais quelque chose m'annonçait qu'art vaut de toucher au dernier , je serais encore « une heureuse mère... Les emprunts m'étaient « interdits, l'emploi de l'argent qui en serait pro- « venu, ne pouvant que tourner contre moi, dans « une petite ville; j'ai préféré vendre; j'ai vendu!» disait la jeune veuve en me regardant d'un œil qui rayonnait de joie; puis, elle ajouta avec un charmant sourire : « Le capitaine , à « notre première rencontre, a commencé par « froncer le sourcil ; je m'y attendais bien. Bien- « tôt il m'a retrouvée telle qu'il m'avait vue « avant de me demander en mariage ; je m'y

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«attendais encore... Bref, mon bon ami, il « vient de m'offrir sa main ; il a joué avec mes « enfants ; il les a embrassés. Vous me servirez, « une seconde fois de père, n'est-ce pas?.. Savez- « vous bien que j'entre en ménage avec une «jolie garde-robe; plus, quatre cents cinquante « louis qui me restent et qui otent à mon mari « toute idée de prodigalité de ma part?., A pré- « sent, vous avez mon secret : au moins n'en « abusez pas ! » '

Le lecteur placera , sans peine, mes réponses à la suite des questions et des exclamations; il dira, avec moi, à la jolie veuve, qu'elle avait joué gros jeu ; il lui promettra de lui garder son secret, secret qui n'était pas le sien, mais celui de son sexe ; il l'embrassera encore , si bon lui semble, et il aura ensuite un dialogue plein de vérité.

Passons à la seconde anecdote, qui rentre dans la première, par un de ses côtés ; elle sera bien plus courte:

Un brave lieutenant d'infanterie, blessé dans une affaire qui lui vaut une décoration et qui lui coûte un bras, rentre dans ses foyers, où, après la mort de sa femme, il se trouve vis-àvis d'une pension de six cents francs et de cinq garçons, dont le plus jeune compte bien neuf

ans, et le plus âgé, seize. Toute sa fortune patrimoniale consistait clans la maison qu'il habitait. Le contrat d'aliénation du modeste hôtel est signé pour trente mille francs , que le bon père divise en cinq parts égales , et dont quatre restent entre les mains d'un notaire honnête . Ainsi fut fait son calcul : « Je vivrai , n'importe « où et comment , avec ma solde de retraite et « ma croix d'honneur. Six mille francs réunis « chaque année à l'intérêt de ce qui me restera , (c paieront bien la pension de mes enfants dans « des collèges, et même leurs trousseaux. Dieu « leur a donné un bon naturel; je leur donne « une bonne éducation ; c'est tout ce que je « puis. Ils se pousseront, du moins j'en ai l'est( poir, chacun dans sa carrière; et il faudrait « jouer cruellement de malheur , pour que , « dans cinq ans, le plus avancé ne se fit pas « le protecteur de celui qui le sera le moins. »

L'avenir , en devenant le moment présent , a tenu parole, et le bon père vit heureux des devoirs de reconnaissance que ses fils commencent déjà à acquitter, envers son amitié aussi éclairée que généreuse.

Dans la première de ces anecdotes, la femme se montre avec toute la franchise , toutes les qualités négatives et positives de son naturel;

dans l'autre, I'hommk paraît avec toute la prééminence et toute la supériorité de sa raison.

Vous aurez dit d'une femme, qui l'aura su, qu'elle est méchante, mais jolie : je crains que vous ne soyez bientôt pardonné. Retournez le sens de la phrase, et, tout en reconnaissant chez la même personne beaucoup de bonté, accusez-la de laideur: je craindrai encore plus que ce propos ne soit jamais oublié. Ces apparentes anomalies du caractère féminin s'expliquent sans peine. Refuser ou disputer à une femme les charmes de son sexe , c'est à la fois l'attaquer sur son propre terrain , c'est lui contester son état de femme; c'est enfin lui ravir ses armes, et celles-ci tiennent à sa substance, ainsi qu'il se voit de certains êtres faibles , auxquels la bienveillante nature a fait don de dards ou de cuirasses, et qui survivent peu à de pareilles pertes. Ne nous étonnons donc plus que la femme cherche à défendre sa beauté contre l'envie et les ravages du temps; de sa part, c'est combattre pour ses foyers et ses dieux. Demandons seulement qu'elle songe à faire marcher de front, avec les grâces de la jeunesse , le cortège non moins aimable des vertus domestiques. Quand les attraits, semblables à des flatteurs, se seront éclipsés devant les ans

rigoureux , celles - ci , comme de bons amis , resteront encore auprès de l'épouse et de la mère de famille, pour former, à ses côtés, une garde d'honneur. Quant à l'homme, le professeur de Rœnigsberg lui a fait une assez belle belle part. Penser avec maturité, agir par de nobles motifs, prendre souvent des déterminations généreuses et quelquefois atteindre au SUBLIME, tels sont les destins d'un être qui, ne poursuivant pas le même genre de beauté, n'a pas eu, dans sa jeunesse, les brillants succès de sa compagne,mais qui a sur elle l'avantage d'être, par cela même, presque sans vieillesse, ou au moins de porter avec plus de dignité sescheveux blancs. Nous excepterons de ces prérogatives le peuple, où les hommes se rapprocheraient avec excès des femmes, par leurs mœurs et leurs habitudes. Nécessairement dans une telle nation , le goût naturel serait bientôt corrompu; toutes les pensées y tourneraient vers le frivole , toutes les entreprises vers un faux éclat, et l'influence trop prononcée de l'un des époux, dans le ménage, finirait par en être la honte, si elle n'en devenait la ruine. Aussi trouvons-nous que la critique des Anglais était très-fondée, lorsque, il y a trente ans, ils faisaient figurer sur l^îur théâtre de Drury-Lane

«les Français dans un état extérieur de magnificence, mais manquant, chez eux et sur eux, des objets sans lesquels il n'y a ni aisance ni contentement domestique. Sous ce rapport , les choses ont bien changé de face parmi nous. Mieux logé, mieux vêtu et nourri , le Français a renoncé à ces airs de parure mesquine qui , dans Tancienne monarchie, ne semblaient afficher le désir du luxe que pour en trahir l'impuissance. Des bandes de fourrures étalées , sous un souffle glacial, en dehors de l'habit, quand il les faudrait reporter au dedans; des devants de chemises, plissés à neuf, pour recouvrir du Unge que la lessive appelle; des gilets, des livres, des plats simulés; un repas splendide, amassé aux dépens des quinze dîners qui l'ont précédé et qui vont le suivre; un lit élégant, riche de franges et de festons, mais pauvre de linge ; des laquais insolents , parce qu'ils attendent leurs gages ; des prodigahtés fastueuses et des dettes, étaient des torts très-communs contre le bonheur privé. Après avoir trop long-temps montré à l'observateur une nation vaine et occupée de petites choses, ils ont disparu, sans que le ridicule en ait fait justice. Cette amélioration sociale est une des conquêtes de la révolution qui, en rendant

1^6 un SUBLIME FT DTï BEAU,

chaque sexe à ses devoirs, a diminué l'influence des femmes, mais ne lésa ainsi dépouillées en apparence , que pour les restituer dans leurs véritables droits.

Lorsque notre traduction, dans son exactitude, fait dire au texte original , que l'esprit de l'homme est profond et que la femme a les qualités à\x bel esprit ^ je soupçonne qu'avec peu de connaissance de l'acception précise de ce mot, par suite de son système, Rant l'aura appliqué à l'être dans les attributs duquel il place la beauté ; car, s'il y a eu en France des dames Dacier et plus tard des marquises du Châtelet, ce n'est pas une raison pour généraliser le reproche de pédanterie et l'étendre à tout le sexe. Quoi qu'il en soit , le bel-esprit , tel que l'auteur allemand semble l'avoir eu en vue, aurait aujourd'hui de faibles succès parmi nous. Les femmes elles-mêmes y attacheraient généralement peu de prix. Il en est beaucoup qui, ayant su s'instruire sans appareil, savent répandre, sans éclat , cette instruction dans leurs entretiens. Leur éducation , au contraire de celle des hommes, paraîtra toujours plus soignée qu'elle ne l'a été en effet; en quoi, leurs efforts sont merveilleusement aidés par la nature qui , après leur avoir permis d'entendre à demi^-mot ,

les autorise à deviner notre pensée, et, ce qui est peut - être })lus surprenant , à l'achever quelquefois (i). Un de nos premiers philosophes interrogé, un jour, par moi, sur un objet dont il ne s'était pas occupé , me répondait avec une simplicité qui ne manquait pas de finesse: « J'ai le malheur de ne pas savoir ce » que je n'ai pas appris. » Avec non moins de vérité, telle femme, plusieurs même, pourraient se permettre une réponse toute différente ; car elles ont , à leurs ordres, le démon familier de Socrate , le sentiment , par lequel ce sage fut si rarement trompé. Il est vrai que, si , pour mieux prêter l'oreille à sa voix , le fils deSophronisque consultait l'oracle dans le silence des passions, elles le font, au contraire, interroger par la passion elle-même et par la plus intéressée à recevoir ses avis. L'instinct est la première logique et le premier sillogisme de l'être animé; ici, il raisonne mieux que Locke , Malebranche et Condillac tout ensemble.

A-t-elle l'espoir de vous plaire , ou doit-elle y renoncer? Quittera-t-elle la route dans la-

(i) Le môme dont j'ai déjà parlé dans le chapitre pré cèdent.

laS DU SUBLIME ET DU BEAU,

quelle elle s'est engagée, ou y persistera- t-el le? Peut-elle compter sur vous et votre caractère? Quels sont ceux de ses appas qui vous attirent? Que lui faut-il soigner en elle, par conséquent? Est - elle aimée? ne l'est -elle plus? Dans deux jours, dans un quart-d'heure, une femme pourrait vous le dire mieux que vousmême. En tout ce qui la concerne d'une manière directe ou indirecte, sa pénétration sera peu en défaut: dans le reste, elle pourra conjecturer, avec succès, par suite de cette même pénétration ; mais elle se trompera aussi plus d'une fois, dès qu'elle aura à sortir du cercle dont , pareille à une autre Armide, elle a tracé les signes magiques autour de vous. Ainsi lui échappera souvent le secret de ces déterminations vigoureuses qui portent certains hommes à rompre leurs fers; ainsi sera-t-elle étonnée par ces beaux et touchants sacrifices qui ennoblissent la vie. Tranquille sur l'effet de ses charmes , Armide laisse un moment Renaud seul dans l'île enchantée; mais elle n'a pas prévu que le bouclier d'Ubalde, symbole d'une réflexion forte, brillerait aux yeux du guerrier et le rappelerait à la vertu. Madame de Staël, avec un des talents les plus remarquables qui aient honoré les lettres françaises, s'est trom-

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pée , dans la marche de notre révolution , sur beaucoup plus de points et sur beaucoup plus de choses qu'il ne fût arrivé à un homme d'un esprit ordinaire; encore la nature lui avaitelle accordé le bénéfice d'une loi exceptionnelle. Dès que madame de Genlis, dans ses nombreux écrits , se livre à des excursions, en dehors de la science usuelle du cœur humain, envisagée sous les rapports qu'il importe le plus à son sexe de connaître, sa touche cesse d'être fine et gracieuse, et sa justesse d'esprit ordinaire l'abandonne dans ses raisonnements et dans ses aperçus. Elle est encore à comprendre l'état présent de la société.

Ces dispositions d'emplois dans l'ordre providentiel sont d'une grande sagesse. Chaque sexe est destiné à plaire par la possession de ce qui manque à l'autre. Dès qu'une femme me condamne à l'admirer, en sens inverse de cette règle, comme femme elle est perdue dans ma pensée. Fille de la hache. Minerve fut armée de la lance ; elle eut l'égide sur la poitrine, et le casque en tête: mais elle ne s'attacha personne, pas même les écrivains qui voient moins, en elle, une belle déesse, qu'un génie inspirateur. Or, suivant un mot placé, en singulière circonstance, par l'auteur de Corine,

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« Le génie n'a pas de sexe. » Il paraîtrait niértie que fût-il accordé aux femmes, il leur servirait peu à réveiller, en nous, le sentiment de nos qualités viriles : aussi va - t - il rarement se nicher là; il est mâle de sa nature, et c'est par une grande et belle erreur, qui ne se répète pas deux fois par siècle, que l'illustre fille de M. Necker nous l'a présenté sous d'autres traits.

Cette idée de l'auteur des Considérations est charmante , que « La pudeur , la bonté et les qualités de l'ame, naturelles et acquises, plaisent moins aux femmes, comme devoirs ou principes, que comme beautés. » Après avoir dérobé ce secret au cœur féminin, Rant en conclut , par une conséquence très -judicieuse, que la meilleure manière d'élever les jeunes personnes serait de leur montrer constamment le vice sous des formes hideuses, et la vertu en possession des charmes qui l'embellissent, et par lesquels elle embellit, à son tour, tout ce qui se met en contact avec elle. Richardson a fait tout le contraire dans sa création deLovelace: la sagesse de sa Clarisse en est sortie plus pure de la lutte qu'elle a eue à soutenir contre Iq séducteur, dans le pouvoir duquel elle était tombée; mais il reste à savoir si les femmes ,

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pour la plupart, dépourvues des principes soli(ies avec lesquels ou combat un doux entraînement , ne trouveront pas le courage de Clarisse un peu exagéré , et si la lecture du livre lui-même n'aura pas ainsi ses périls.

« Ne demandez pas aux femmes , dit le sage de la Germanie, de grands sacrifices, ou un grand empire sur elles-mêmes. » Parfaitement vrai ! oui,» très- vrai, comme maxime générale , malgré les belles et touchantes exceptions , dont nous avons été les témoins, depuis et au-delà de trente années révolues, au milieu de nos cruelles vicissitudes civiles et domestiques! L'auteur n'eùt-il pas dû ajouter, avec une égale vérité d'observation, que, peu capable, de ses propres forces, de s'élever au sublime, la femme en sera toutefois le juge le plus comJDétent ? Nul, en effet , ne distinguera mieux, dans le ton , ce qu'il a de forcé ou de ridicule ; dans le style, la marche noble , de l'enflure ; dans un acte , la prétention qui l'abaisse , de la sinjplicité qui en relève le prix ; dans un sacrifice, la part que réclame la vertu, de celle faite à l'opinion ; dans un trait de dévouement généreux , le côté même par lequel il éclate. C'est ce que nous avons soutenu en commençant ce chapitre , et nous en avons trouvé le motif

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dans le besoin que le sexe faible a de s'assurer une protection : or , il s'attachera toujours , avec ivresse et une sorte d'enthousiasme , à tout ce qui peut la lui garantir par la noblesse des sentiments, la grandeur des projets, la soudaineté et la force de l'exécution. Son émotion deviendra de l'amour; son attendrissement, dans certains cas, ira jusqu'aux larmes, et ces larmes elles-mêmes seront encore plus belles que celles de sa douleur. Mais , comme si cette sorte de démonstration leur appartenait exclusivement, les femmes se la permettent volontiers et la pardonnent peu. Tout homme qui s'y livre devant elles, pour avoir paru en usurpateur dans leurs états , risque , dans les siens propres , d'encourir bientôt ime déchéance. Que sont des larmes en effet? Un relâchement de la fibre , un amollissement, un soulagement même d'une peine cuisante, qui perd de sa force , dès qu'elle devient expansive. Nous y trouverons encore l'aveu assez humiliant pour le sexe , dans le domaine duquel l'énergie a été placée , d'une souffrance qui échappe de l'ame ou qui la déborde , parce que, semblable à un vase fracturé ou d'un tliamètre trop éttoit, cette dernière ne peut plus la contenir. Quelle influence aura sur une

femme un tel aveu , si ce n'est en amour, par exemple, de lui apprendre qu'elle est menacée d'appartenir à un être faible et sans courage ? J'ai eu à ce sujet une confidence, dont il m'est permis de faire part au lecteur, car la personne, à laquelle j'en suis redevable , n'existe plus. L'épouse, déjà âgée de l'un de mes amis, me racontait que, dans les jours de sa jeunesse , à cette époque où la fraîclieurestdela beauté, et où la beauté devient l'objet d'un culte spécial, des hommages dangereux l'accueillirent comme tant d'autres. Une fois (elle en convint) , sa position fut très-critique ; heureusement on pleura , et le péril disparut. Je le crois ; quoi de plus fade que les bergers des bords du Lignon ? ils pleuraient. Ce n'est qu'en sortant de l'enfance qu'il est possible de se hasarder à lire les six énormes volumes de l'Astrée; j'en eus alors l'ennui , plutôt que le plaisir : et je ne' comprends pas comment Rousseau, d'ailleurs admirable de vérité , a pu parler, sans fin , des larmes de Saint-Preux , quelquefois même des siennes. Il a mis certainement bien du feu dans ses pages , puisque, de la sorte, il n'est pas parvenu à l'éteindre. L'auteur de la Nouvelle Héloïse avait peu connu de femmes dans vd vie : à ceux qui en douteraient, cette seule

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remarque en fournirait la preuve. Blessé, outragé par son égal ou par son maître , il faui que l'homme , qui en mérite le nom , s'il ne se tait, fasse trembler, dans sa douleur, celui qui la provoque; menacé de l'inconstance d'un être cher, il faut qu'il le ramène par des soins généreux , ou qu'il se résigne ; arraché à l'objet d'un amour réciproque , qu'il le console par sa fermeté et non qu'il l'attendrisse; trahi , qu'il le méprise ; séparé par la mort , qu'il en parle plus à lui-même qu'aux autres, et qu'il attende !

Trempées de tant de larmes, les élégies amoureuses sont des mensonges plus ou moins ingénieux , qui me laissent de glace , parce que la vraisemblance y manque. Vous avez du chagrin ; vous vous dites tout près d'y succomber, et vous vous amusez à rimer : je ne vous crois plus. Mettez , au moins , en récit versifié , à la troisième personne , ce qui , en monologue , est à la première ; alors encore vous pourrez avoir quelque vérité, et , peut-être , vous reviendrai-je. Qui est-ce qui lit les lamentations cadencées d'Ovide? Je soupçonne fort cet homme de n'avoir pas senti sa propre douleur. Les pleurs du sexe fort , quand ils ne parlent pas au sentiment du suBLiMK, imj>atienlent le spectateur,

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et lui occasionent une sorte de gêne, qui l'oblige à en dissimuler l'impression; les pleurs du sexe faible, signe touchant d'une douleur privée, siéent bien encore à tous les chagrins publics. On prête à lord Wellington un mot qui fait beaucoup d'honneur à son pays. Telles furent, assureton, ses paroles, à la vue delà parure de quelques Françaises , dans les fêtes qui suivirent la première invasion de Paris : « Si Londres était « tombée au pouvoir de l'étranger , nos épouses « et nos filles seraient retirées dans l'intérieur « de leurs appartements , pour y pleurer sur <i la patrie , que nous n'aurions pu défendre. » Ainsi Homère nous représente les Troyennes; je suis persuadé que le général ne se trompait pas dans son opinion britannique, dont le reproche n'atteint , heureusement , nos femmes que par exception. A cette époque, j'ai vu la paupière de nos vieux guerriers s'humecter, et leurs traits s'animer d'un ressentiment qui restera au fond de leurs cœurs, jusqu'à extinction devie.Youlez-vous parler d'un grand désastre ? ne prononcez que deux mots , et ces deux mots seront tout puissants pour le caractériser. Dites: « alors les hommes pleurèrent! » Dites-le de Turenne mort; des restes del'armée française rentrant sur^notre territoire, après les

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revers de Moscou , ou de Waterloo ; dites - le des grenadiers, français ou anglais (il n'y fait rien) , portant sur leurs épaules la dépouille de Napoléon , vers l'excavation du rocher de Sainte- Hélène (i), où elle gît; et vous aurez du sublime, parce que vous aurez de grands souvenirs pressés et accumulés dans l'espace de quelques pas, comme ils le sont déjà dans votre pensée , par la supposition de ce simple convoi , plus éloquent qu'une pompe funèbre ! C'est un beau sujet de tableau : mais il ne souffrira pas le médiocre.

Un si grand nombre d'hommes et de femmes n'excitent, tous les jours, la risée que par une confusion manifeste de leurs droits et de leurs devoirs. Les rôles une fois rétablis, comme il conviendrait qu'ils le fussent, l'un aurait de la dignité, l'autre serait aimable; et le but de tous les deux serait atteint. Voilà la route dans laquelle nous voudrions diriger leurs pas ; où Rant n'a fait que planter des jalons indicateurs, nous tâcherons jusqu'à la fin de l'aplanir.

(i) Ne pourrait-on pas y faire graver ces paroles de l'Écriture : Expectans expeetavi^ donec vcniat immutatio me a.

DANS LA FKMME. F Sy

Belle et chaste, est un grand éloge pour une femme : la première de ces qualités relève le mérite de la seconde ; c'est pourquoi nous serions tentés d'en vouloir au professeur de Kœnigsberg d'avoir négligé cette alliance. La division, si elle était admise, donnerait lieu à un choix trop embarrassant.... L'auteur des Considérations prétend, par opposition, que l'injure la plus amère pour le cœur d'une femme, se trouverait dans l'épithète de repoussante ; ce qui , comme nous l'avons déjà remarqué , rentre dans son système, où le laid étant le contraire du BEAU , la même analogie fera de la répugnance le contraste de l'amour. Très-bien î Mais le ridicule, par suite de raisonnement, étant l'antagoniste du sublime , comment l'épithète àe fou ou d'insensé deviendrait-elle, ainsi que le veut Kant, l'injure la plus sanglante que l'on pût adresser à un ennemi? Serait-ce parce qu'elle signale une absence de la raison , ce noble privilège de notre nature ? Cela devrait peut-être se passer ainsi ; malheureusement l'opinion publique , dans les évaluations de nos vices et de nos vertus, ne se règle pas toujours sur l'échelle de la dignité humaine. A.u reste , pris même en ce sens, le choix de notre auteur nous semblerait encore manquer d'exactitude.

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Car, ce n'est pas danà l'opposé du sublime qu'il faut chercher l'insulte la plus poignante, dont on puisse frapper le cœur d'un homme, mais dans une opposition directe au genre de mérite que réclame le plus impérieusement la conduite de sa vie , dans un contraste avec la qualité par laquelle il se recommande le mieux auprès de l'être destiné à trouver, en lui , un support, enfin dans un refus positif de la force morale (i) ou du courage. Ainsi le reproche de lâcheté sera le plus grave que l'on puisse faire retentir à l'oreille d'un citoyen. Les Français l'entendent généralement ainsi. Cette opinion , chez nous , avait encore plus de poids qu'aujourd'hui , dans le temps de la grande influence des femmes. Depuis lors , on a senti que la probité sévère et délicate, par conséquent son opposé , devaient avoir leur place dans le vocabulaire désignatif; et très-heureusement (i) le même peuple a adopté le mot

(i) Nous disons yô/ce morale, d'abord, parce qu'elle résulte, à certains égards, du sentiment d'une force physique ; ensuite parce que plus les institutions sociales se perfectionnent, moins cette dernière conserve de sa valeur.

(2) Effectivement Thomme toujours prêt à ferrailler n'est pas, pour cela, un homme iVhoniieur.

HONNEUR , comme synonyme de probité et de courage, qu'il suppose, à la fois, par affirmation, et qu'il exclut par négation.

Nous nous croyons donc fondés à rectifier Kant de cette manière, plus en harmonie avec son système que sa propre version; car l'aptitude au SUBLIME étant dévolue à l'homme , pour le conduire aux grandes choses, comme l'aptitude à la beauté l'est à la femme , pour hii assurer une protection , nous croyons ne pouvoir servir mieux le premier qu'en lui accordant la force d'ame, sans laquelle les intentions les plus nobles et les concepts les plus heureux ne seraient que des germes avortés.

Poursuivons le raisonnement dans sa seconde branche : nous dirons que , la femme ayant été douée de mille charmes dès sa naissance, les qualités qui les lui conserveront purs et sans tache , pour le bonheur du compagnon de sa course terrestre , s'érigeront d'elles-mêmes en vertu. La première de toutes sera, sans contredit , une qualité morale, c'està-dire, la pudeur, la virginité ou la chasteté, suivant les titres de fille ou d'épouse. C'est ce qu'exprime, au mieux, une épitaphe anglaise, que nous ne nous refuserons pas de citer luie seconde fois, tant elle fortifie notre idée de

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son sens plein et nerveux (i) ! « Cy gît (un tel), « issu d'une maison où tous les hommes fu- « rent braves et toutes les femmes , chastes. » Ce document , gravé sur une pierre tombale de l'abbaye de Westminster , renferme , dans le moins de paroles possible, l'éloge le plus complet qu'on ait jamais fait d'une famille , chaque sexe s'y trouvant doté de son mérite distinctif Si le Spectateur , auquel nous empruntons cette citation , l'avait eue présente à la mémoire , il n'eût pas regardé l'accusation de mensonge comme la plus sensible que l'on pût intenter contre un homme d'honneur. C'est donc sur sa propre autorité, que nous le réformons.

Une conséquence immédiate de ce que nous avons dit , à l'égard de la femme , sera de ranger au nombre de ses vertus particulières , le soin de sa personne et de tout ce qui peut la faire valoir physiquement et moralement, comme une recherche exquise dans la propreté, une égalité soutenue dans l'humeur, une parure simple , mais en harmonie avec la taille et le visage, une instruction qui nour-

(i) Nous cil avons déjà fait mention dans un de nos précédents ouvrages.

DANS LA FEMME. l4l

risse rentretieii et qui réduise l'amour sensuel à n'être qu'un doux intermède de la vie, enfin iuie bonté de caractère qui atteste que l'agrément extérieur de la figure n'est pas la brillante et trompeuse enseigne d'un méchant magasin.

Loin d'attaquer le désir de plaire, si naturel au sexe, le grave philosophe de la Germanie l'autorise formellement, et entre à ce sujet dans des conseils de détails , où nous ne le suivrons pas. Après avoir rendu hommage à la délicatesse du pinceau, dont il s'est servi pour décrire la pudeur et la modestie, nous demanderons à les confondre, comme deux ruisseaux sortis de la même source, et qui souvent rapprochent leur onde dans leur cours doux et paisible. Quelle femme , en effet , manquant de respect pour elle-même , en conservera pour autrui ? et si elle est enorgueillie de ses avantages physiques, si elle appelle, sans cesse, des louanges sur les dons accidentels qu'elle tient de la nature ou de la fortune , que deviendra la pudeur elle-même , transportée dans cette atmosphère d'adulation? Ainsi que la vanité et le désordre des mœurs sont en alliance, la pudeur et la modestie se tiennent par la main.

En rapportant ce qu'il y a de plus fiil et de

ll\1 DfJ STJBLIMK ET DU BEATJ,

plus idéal clans le sentiment de Tamour, à la différence des sexes et au désir de leur rapprochement , lors même qu'il est arrêté par des obstacles insurmontables; en remarquant que le plus grand nombre des unions se détermine par de simples rapports de position ou d'intérêts et par une sorte de soumission implicite au vœu de la nature, Kant s'est montré vraiment philosophe. Il ne laisse pas de regretter que, dans l'ensemble de la société, telle qu'elle marche assez généralement, toute personne puisse éteindre les feux qu'une autre allume , et que les relations sexuelles n'aient pas quelque chose de moins vague, fait pour en prévenir les abus. Il est vrai que, si certains goûts déterminés dans l'homme répondaient à certains traits expressifs dans la femme, et réciproquement, sans que le bonheur, pour chacun , pût jaillir d'une autre source que de leur accord , les jouissances banales disparaîtraient ; le commerce des sexes s'épurerait par ce qu'il aurait même d'exclusif, et l'abstinence serait préférée à des rapports, dont personne ne trouverait, en soi, le sentiment. Mais que d'inconvénients verrait naître cette loi, qui, réalisant la fable des androgynes, assimilerait l'homme et la femme aux deux divisions d'im

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tout , .ivides de se réunir et de se compléter par leur alliance ! Que de moitiés qui se chercheraient et ne se rencontreraient pas, si leurs caractères étaient tellement distincts, qu'elles fussent seules habiles à répondre à leur attente mutuelle ! Dans les cœurs , que de cordes resteraient alors sans vibrations ! Et si ces caractères se trouvaient en concordance avec un nombre indéterminé d'analogues, sans doute empressés à la même recherche , quelles luttes ne diviseraient pas l'espèce humaine, pour un droit de priorité, devenu de la dernière importance, à moins que, par un prodige, le champ de bataille ne présentât ces êtres merveilleux, toujours en nombre égal des deux côtés, et qu'à la place de quelques branches d'un laurier teint du sang des vaincus et des vainqueurs , il y tombât , tout juste , autant de couronnes parfumées, sur autant de couples bien assortis ! L'union des colombes et de quelques quadrupèdes prouve qu'il n'était pas trèsdifficile d'obtenir ce résultat assez convenable pour les classes inférieures, mais peu propre à satisfaire l'être, dont l'indépendance , jusque dans ses plaisirs, est le premier attribut. N'oublions pas que l'auteur, soumis à notre examen , en affirmant qu'il n'y a, au monde , que

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trois choses positives , dieu, la liberté et l'immortalité (i), a prononcé les plus belles paroles qui pussent sortir de la bouche d'un philosophe! Ainsi l'homme, figuré par le libre arbitre, est placé, comme la mineure, au centre de ce grand syllogisme qui commence et conclut par deux infinités, l'une vers laquelle nous remontons pour nous unir à notre principe , l'autre vers laquelle nous aspirons pour y trouver notre fin ! Tous nos droits sont dans notre balancement moral et organique, hors lequel la haute conséquence de l'argument manquerait de motifs : n'essayons donc d'y rien changer, puisque la liberté est tout l'homme.

La sage providence a mieux vu : en tissant les deux sexes sur un fonds commun, elle a fondé la convenance générale, qui les attire l'un vers l'autre , d'une manière assez uniforme. Au milieu de cet entraînement universel , dû à des qualités génériques, il arrive que, d'un coup, une moitié de l'espèce est protégée par l'autre, qui, elle-même, devient un objet d'affection. C'est un point immense de gagné. Cependant au sein de cette anarchie apparente ,

(i) Kant, Critique du jugement.

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Tordre subsiste; fondé par l'attrait physique, qui menace de tout envahir, il se maintient par l'habitude. Dans la foule aimante, quelques caractères se dessinent avec fierté ; ils dédaignent les sentiers battus; ils marchent à l'écart et portent leurs pensées mélancoliques dans la solitude, car la pâture ordinaire ne saurait leur suffire. Non qu'ils aient abjuré leur sexe; bien loin de là : il leur sert à rechercher de tendres objets de sympathie; et c'est encore par lui qu'ils apprennent à reconnaître ce type de beauté morale , auquel ils brûlent de s'imir , et dont leur imagination a plus d'une fois caressé le fantôme , dans le délire ou dans les inspirations de sa douleur!

Nous remarquerons, à l'avantage de la nature et de ses dispositions générales , que les rapprochements entre les êtres privilégiés dont il s'agit , loin d'assurer la force du grand système, l'ont troublée souvent par leurs aberrations. Ces inquiétudes d'un amour qui cherche son objet , ont quelque chose de doux pour ceux qui s'y abandonnent; elles annoncent, de leur part, un goût plus difficile, des sens plus délicats et peut-être un surcroît d'irritabilité nerveuse , par conséquent plus d'éléments de volupté; mais, par une loi constante,

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la réaction étant égale à l'action, n'est-il pas à craindre que, fatigués de leurs vains efforts, ou même de l'ivresse du succès, ils ne retombent sur eux - mêmes et presque accablés de leur propre bonheur ? Et ce succès , qui le garantira ? A travers combien de convenances sociales , brisées ou foulées aux pieds, ne faudra-t-il pas le poursuivre? Tirée du cercle de ses illusions, l'ame, ainsi préoccupée, ne sera-t-elle pas trop mal habile au maniement des intérêts de la vie commune? Concentrée dans un seul objet , réel ou imaginaire , qu'elle entoure de mille prestiges, elle pourra bien aussi lui sacrifier sa propre existence ( c'est toujours vivre pour elle ) ; mais aura -t -elle le courage de ces immolations, plus nobles et plus généreuses, que le pays réclame quelquefois, et que l'humanité attend des coeurs où elle n'est pas en oubli? Le dévouement à un être unique, dans lequel on s'est substitué, par lequel on pense, au nom duquel on se meut , et auquel on est d'autant plus enchaîné que, nous apparaissant sous la forme du beau moral , il semble nous enlever , avec lui, dans les cieux ; en deux mots, le culte de la Galatée, qui est notre ouvrage, que nous avons animée et embellie, qui nous occupe

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tout entiers , pour qu'elle s'occupe tout entière de nous, bien examiné et bien jugé, ne seraitil pas, par hasard, une simple extension de la personnalité individuelle? Ne pourrait-on pas dire que, réduite à elle-même, après un dédain superbe , celle-ci a eu froid; qu'elle a cherché à attirer un autre être dans sa sphère; qu'elle s'en est saisie avec passion ; qu'elle a aspiré son souffle; qu'elle l'a enveloppé du sien, et qu'en dernière analyse, ce n'est que de l'égoïsme réchauffé ( i ) ?

Tels sont les périls de l'idéalisme , dût-il se teindre des couleurs de la vertu. L'homme a été fait pour les devoirs de I'humanité : reste à savoir si une concentration trop serrée de ses penchants entre dans les vues de la Providence? Comme créature physique et organique, il se présente avec l'unité : l'unité doit donc lui suffire pour les liens des sens; mais son ame n'est pas également circonscrite. Sans

(i) Nous avons connu des hommes à sensibilité exquise , ainsi qu'ils le disaient eux-mêmes , et quelques-uns se sont rendus célèbres. A une petite exception près, ils étaient orgueilleux ou égoïstes : il était trop facile de voir que cette sensibilité était uniquement destinée à masquer leur exigence; manière assez adroite de lever, sur autrui, le tribut qu'on n'ose demander en face.

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