CHAPITRE SECOND
Des propriétés du beau et du sublime, principalement dans l'homme.
J j'iNTELHGENCE cst sublimc : l'esprit est beau. La hardiesse est grande et sublime : l'adresse est petite, mais belle. La circonspection, disait Cromwell, est la vertu d'un bourguemestre ; la sincérité et la droiture sont simples et nobles : la plaisanterie et la flatterie spirituelle sont délicates et belles. La bonne grâce est la beauté de la vertu. L'empressement désintéressé à rendre service est noble : la politesse et l'honnêteté sont belles. L'estime éveille notre sentiment du sublime : et l'amoiu?, celui du beau. Les personnes qui sont faites pour connaître principalement du beau, ne recherchent leurs amis sincères , constants , et d'un caractère sérieux, que dans les embarras de la vie; mais ils s'entourent par préférence d'êtres joyeux , aimables , et d'une humeur accorte et facile. Il est tel homme qu'on estime vraiment trop
pour pouvoir l'aimer : il inspire l'admiration ; mais il est placé beaucoup trop au dessus de nous , pour que nous osions nous approcher de lui avec la confiance de l'amour.
Ceux qui réunissent en eux les deux espèces de sentiments, trouveront que l'émotion produite par le sublime est beaucoup plus forte que celle du beau, qu'elle finit par fatiguer, et qu'on n'en saurait jouir long-temps, si elle n'alterne pas avec la dernière, ou si elle n'humanise, en quelque sorte, sa grandeur par celte alliance (i). Les sentiments nobles, à la hauteur desquels la conversation s'élève quelquefois, dans une société choisie, doivent bientôt se fondre dans un badinage aimable; et des
(i) Le sentiment du Sublime tend avec plus de t'orcc le ressort de l'ame, et par conséquent la fatigue plus tût. La lecture d'un poëme pastoral se continuera plus longtemps, sans lassitude, que celle du Paradis perdu de Milton; et la main se dessaisira moins vite d'un La Bruyère que d'un Young. II me semble même que celui-ci a commis une faute, comme poète moraliste, en se tenant, d'une manière trop uniforme dans les tons élevés ; car la force de l'impression ne peut être prolongée, qu'autant que l'esprit s'est reposé sur des passages d'un caractère plus doux. Rien ne lasse plus, dans le beau, que l'art pénible qui n'a pas eu l'adresse de se dissimuler; et il n'est pas alors jusqu'à la peine, qu'on s'est donnée pour charnier, qui ne soit ressentie d'une manière déplaisante.
amis , s*égayaiit ensemble , peuvent faire , avec la physionomie de gens plus fortement émus, le beau contraste qui résulte de la succession heureuse et facile de ces deux sentiments. L'amitié revét essentiellement les traits du sublime : et Tamour, des deux sexes, ceux du beau. Cependant la tendresse accompagnée d'estime communique au dernier une dignité et une certaine élévation qui ne lui messiéent pas. La plaisanterie légère, l'enjouement et la familiarité ne portent, au contraire, sur ce sentiment, que le coloris du beau.
La tragédie , suivant mon opinion , diffère essentiellement de la comédie , en ce que dans l'une le sentiment du sublime est mis enjeu, et dans l'autre celui du beau. La première fait, presque toujours, éclater le sacrifice généreux de soi-même à un bonheur qui nous est souvent étranger, des résolutions hardies dans le péril et la fidélité mise à l'épreuve. L'amour y est mélancolique, tendre et plein d'estime; le malheur des autres éveille , dans l'ame du spectateur, des sentiments sympathiques, et fait battre tout cœur, rendu accessible à la pitié, pour une peine qui ne l'atteint pas. Alors notre émotion relève, à nos propres yeux, la dignité de notre nature, tandis que la comédie
a^O DE NOS QUALITES
se borne à nous présenter des artifices subtils, (les complications mystérieuses, des gens d'esprit qui se tirent d'un mauvais pas, des dupes dont on se joue, des plaisanteries pleines de sel , et des caractères qui prêtent au ridicule. L'amour s'y montre rarement en deuil ; il cherche plus à intéresser par sa gaieté, par sa familiarité même, que par sa douleur. Toutefois, dans ce genre encore, le noble et le beau peuvent trouver leur place.
Les vices eux-mêmes et les imperfections morales empruntent souvent les traits du sublime et du beau, du moins, tels qu'ils frappent nos sens , sans être soumis à l'examen de la raison. La colère d'un brave, comme celle d'Achille dans l'Iliade, en inspirant un sentiment de crainte, réveille celui du sublime. Le héros d'Homère me remue et m'effraie : celui de Virgile , tout au plus , s'offre à mes yeux avec un aspect de noblesse. Il y a quelque chose de grand dans une vengeance ouverte et. courageuse, après un violent outrage; et quelque illicite qu'elle puisse être, elle cause, dans le récit qui la retrace , un sentiment mêlé de terreur et de plaisir. Quand Schah-Nadir fut assailli la nuit, dans sa tente, par des conjurés, Hamvay rapporte qu'il s'écria, après avoir
déjà reçu quelques blessures et s'être défendu avec la rage du désespoir: « Miséricorde! Je veux pardonner à tous, w L'un d'eux lui répondit , en lui levant le sabre sur la tête : « Tu n'as jamais montré de miséricorde à per- « sonne, et tu n'en mérites aucune. »
Une témérité armée de résolution est extrêmement dangereuse dans un scélérat; mais on ne saurait entendre , sans une émotion d'intérêt, parler de ce qu'elle lui fait entreprendre, et lors même qu'il subit une mort honteuse , il semble, en quelque sorte, l'ennoblir, en la recevant avec un dédaigneux courage. D'un autre côté, un projet ingénieusement conçu et exécuté avec adresse , lors même qu'il a pour but une friponnerie , renferme en soi quelque chose de fin qui provoque à la gaieté. La coquetterie , dans son véritable sens , c'est-à-dire, l'application à plaire et à subjuguer, chez une femme d'ailleurs remplie de grâces , est peutêtre blâmable , mais elle ne laisse pas d'avoir un beau côté ; et en dépit de la raison qui la condamne , on la préfère communément à une sage réserve et au respect des convenances.
L'apparence des personnes, qui charment par leur extérieur , se trouve en rapport avec^ l'un des deux sentiments, dont nous nous oc-.
cupons. Si une stature élevée commande la considération, l'autre inspire plus de confiance. Même, entre la couleur brune, les yeux noirs et le sublime, la couleur blonde , les yeux bleus et le beau, il existe de l'affinité. Un grand âge s'allie avec les propriétés du sublime ; la jeunesse avec celles du BEAU. Il n'est pas de situation de la vie qui ne rentre dans l'une de ces données, où la différence des vêtements doit encore trouver sa place. Les personnes constituées en dignité, et imposantes par leur caractère, sont obligées à une noble simplicité ; ce serait beaucoup qu'elles se permissent la richesse dans leurs habits : une certaine recherche , au contraire, est tolérable chez les individus d'une classe moins exposée aux regards. Les couleurs sombres et l'uniformité siéent à la gravité d'un âge avancé , tandis que la jeunesse, fière de ses couleurs éclatantes , peut briller encore par le vif contraste des diverses parties de sa parure. A égalité de fortune et de rang, il convient que l'ecclésiastique se produise dans une grande simplicité, et l'homme d'état dans tout le luxe et tout l'appareil de la magnificence. Le coureur d'intrigues amoureuses peut s'habiller comme il lui plaît. Nous n'avons pas de conseils à lui donner.
NATII RELLES ET ACQUISES. ^']'^
Les circonstances extérieures et accidentelles de la fortune provoquent encore , par suite de Topinion , des sentiments analogues à ceux que nous venons d'étudier : une haute naissance et des titres trouvent communément les peuples disposés au respect. Les richesses, ne seraientelles pas accompagnées de mérite, obtiennent les hommages des êtres les plus désintéressés, sans doute parce que Tidée qu'on s'en fait s'allie d'elle-même à celle des grandes choses , dont elles peuvent devenir le principal instru ment. Cette considération, en vertu du même motif occasionel , rejaillit sur maint fripon opulent, duquel il n'y a rien de semblable à attendre, et qui ne recevra jamais de son cœur l'avis de sft livrer à un noble emploi de sa fortune. Ce qui aggrave le malheur de la pauvreté est le mépris qui s'y attache , mépris que ne contrebalancent pas les plus solides vertus aux yeux du vulgaire, qu'il faudrait presque abuser à son avantage, pour le détacher des rangs et des titres , par lesquels il lui est doux de se laisser éblouir.
Il n'existe aucune qualité louable , dans la nature humaine , sans qu'on n'ait à craindre de la voir descendre, par des nuances très-dégradées, à l'extrême imperfection. La propriété
du sublime effrayant , dès qu'il cesse d'être naturel, est de tomber dans t extravagance . S'il excède les bornes connues , ou si le beau lui-même dépasse celles que lui assigne 1a raison , on les range tous les deux sous la dénomination de romanesque. Les choses qui n'ont pas un ton de vérité , quand on y admet le sublime , fut-ce avec épargne , sont des paui^retés. Celui qui aime et croit le bizarre, est un visionnaire. La disposition à accueillir des choses dépourvues de probabilité, fait le niais. Quelquefois \e sentiment du beau , s'il n'a aucun but noble ou utile, dégénère en puérilité. I/homme, chez lequel cette tendance est remarquée, s'appelle /nVo/e ; et, quand il est dans un âge moyen , pour peu qiTil y mette de prétention, il prend le titre de fat. Comme le grand , le sublime est ce qu'il y a de plus nécessaire à une carrière qui touche à son déclin : un vieux fat est la plus méprisable des créatures qui puisse se rencontrer en ce monde, de même qu'un jeune visionnaire ^n est la plus rebutante et la plus insupportable.
L'enjouement et la gaieté sont en rapport avec le sentiment du beau. Cependant un grand fond d'intelligence s'y décèle quelquefois, et alors ils peuvent, plus ou moins, se
Naturelles et acquises. 2^5
rapprocher du sublime. Celui dans la gaielé duquel ne perce aucune teinte de ce mélange, n'est qu'un étourdi; celui qui a toujours le rire sur les lèvres, n'est qu'un sot. On remarque facilement que les gens dont le jugement est le plus rassis se permettent quelquefois de plaisanter; et ce n'est pas à une petite force d'esprit qu'il appartient de faire descendre ainsi l'intelligence, de son poste élevé, sans qu'elle s'égare. Celui dont les discours et les actions décolorés n'amusent ni ne touchent, est un ennuyeux. L'ennuyeux , quand , en dépit de la nature , il s'efforce de produire ces deux effets , est un être insipide. Si à cela il ajoute de la présomption , il nous donne précisément un yb« (i).
(i) On remarque, au premier coup d*œil, que cette honorable société se partage en deux loges, celle des visionnaires et celle des sots. On donne , par discrétion , le nom de pc'dant à un visionnaire savant. Quand il prend la face orgueilleuse de la sagesse, comme le Dunce des temps anciens et modenies, le chaperon à sonnettes lui sied à merveille. La classe des sots est beaucoup plus nombreuse que l'autre dans le grand monde ; et peut-être aussi a-t-elle plus de droits à l'indulgence , ne fût-ce que parce qu'il y a,^au moins, queUjue chose à gagner, en gaieté, avec elle. Cependant, dans cette variété de masques et de caricatures, qui se croisent, en différents sens, dans le
Je veux essayer de rendre cette singulière esquisse des faiblesses humaines plus facile à saisir par des exemples ; car celui qui ne possède pas le pinceau de Hogarth , doit suppléer par^ des applications, au trait imparfait de son dessin. Affronter avec courage des périls pour défendre ses droits naturels et acquis , ceux de la patrie et de ses amis, est sublime : Les croisades et l'ancienne chevalerie sont bizarres ( I ) ; les duels , restes malheureux de cette dernière, enfants d'une fausse idée de l'honneur , sont des sottises cruelles. Le triste éloignement du fracas du monde, quand il a pour cause une juste satiété , est noble : la piété solitaire des anciens ermites n'était que bizarre. Les cloîtres et tous ces tombeaux à fleur de terre, destinés à renfermer l'existence toute vivante, sont desyc>//e.y.Ilest sublime de dompter ses passions , sans autre secours que celui des principes : les mortifications, les macéra-
chemin de la vie, l'un fait souvent la moue à l'autre, qui le lui rend, et heurte, avec sa tête vide, celle de son frère , qui n'est guère mieux meublée.
(i) Remarquez que Kant s'attache à cette expression, parce qu'il a déjà rangé dans la catégorie des visionnaires ceux qui se plaisent au bizarre.
{Note de l'Éditeur.)
tioiis de la chair , les vœux et tant d'autres vertus monacales de cette importance, sont des folies \ les ossements ramassés au hasard , certaines guenilles, certaines amulettes, et toute friperie de cette nature (i), sans excepter les selles du grand Lama, souverain du Thibet , sont àts folies. Dans les ouvrages d'esprit et de goût, les poésies de Virgile et de Klopstock appartiennent au noble : celles d'Homère et de Milton au genre gigantesque. Les Métamorphoses d'Ovide sont des sottises {p) ^ et les
(i) Ici nous croyons devoir dissimuler quelques expressions du professeur de Rœnigsberg.
{Note de l'Éditeur.)
(2) L'excès de sévérité de ce jugement touche à l'injustice. Le poëme des Métamorphoses est le chef-d'œuvre d'Ovide. Il était aussi permis à cet écrivain de choisir son sujet dans la croyance religieuse de sa nation , qu'.\ Milton et à Gessner de traiter des sujets bibliques , qu'au Tasse de demander le sien au christianisme. D'ailleurs le poète de Sulmone a donné presque toujours à sa composition le charme des images, quelquefois celui du sentiment. Entre autres, sa fable de Philémon et Baucis est touchante de vérité. La Fontaine , non sans succès, a remanié, après lui, cette page de la chroniïjue païenne : mais nous croyons qu'Ovide est resté toujours V ancien. Nous avons eu nousmème l'occasion de traiter sévèrement le favori disgracié d'Auguste , le Bussy-Rabutin de son temps; et notre critique nous semble mieux motivée que celle de Kant.
{Note de V Éditeur.)
contes de Fées, issus du radotage français , sont les plus misérables de toutes les sottises qui aient été jamais imaginées. Les poésies anacréontiques (1) sont ordinairement trèsvoisines de ce que l'on nomme des fadaises.
Les productions de l'intelligence appliquée aux objets les plus relevés, suivant qu'elles s'adressent, avec plus ou moins de succès, au sentiment du beau et du sublime, peuvent recevoir également ces diverses dénominations. L'idée mathématique de la grandeur incommeiîsurable de l'univers, les méditations de la métaphysique sur l'éternité , la Providence, l'immortalité de l'ame , se présentent avec dignité , et brillent d'un vrai sublime : en revanche la philosophie est déshonorée par une foule de subtilités vides de sens, et la prétention à la profondeur n'empêche pas que les quatre figures syllogistiques ne méritent d'être rangées parmi les sottises de l'école.
Dans les qualités morales , 4a vertu seule
(1) Il y a trente ans et plus, que cette appréciation d'un genre de littérature cultivé avec tant de succès en' France eût fait jeter les hauts cris : maintenant on sera tout étonné d'être de l'avis du savant professeur.
[Note de l'Éditeur.)
NAÏURELLKS ET ACQUISES. 279
est SUBLIME. Il en existe pourtant qnelquesnnes qui sont aimables et belles , et qui, lorsqu'elles s'accordent avec la vertu, peuvent être considérées comme nobles, sans avoir précisément le droit d'être mises au nombre des sentiments vertueux. La matière à juger ici est délicate et compliquée : on ne saurait certainement nommer vertueuse une disposition de l'ame, source d'actions, telles que la vertu puisse bien s'y unir, mais qui, n'entrant , avec elle , en alliance que par occasion, pourraient blesser les règles immuables du droit et de la justice. Une certaine bonté, dont l'origine se trouve ordinairement dans un vif sentiment de pitié, est belle et aimable de sa nature ; car elle montre , pour le sort des autres hommes, cet intérêt de bienveillance , auquel les principes d'une saine morale conduisent également ; mais cette heureuse disposition, quelquefois aveugle, touche souvent à la faiblesse. Supposons en effet que ce sentiment vous maîtrise au point de vous porter à assister de vos deniers un nécessiteux , mais que vous soyez en même - temps endetté, et que vous vous mettiez, p^le secours que vous lui donnez, dans 1 impuissance de satisfaire personnellement aux devoirs
rigoureux de la droiture : il est évident que votre résolution n'a pu provenir d'une résolution vraiment vertueuse, puisque celle-ci ne vous engagerait pas à sacrifier une obligation sacrée à cet éblouissement d'un moment. Au contraire , quand une bienveillance universelle pour le genre humain est devenue, chez vous, un principe auquel vous subordonnez continuellement vos actions, la pitié pour les malheureux reste encore ; mais , placée dans un point de vue plus élevé , elle se balance dans une juste proportion avec la masse de vos devoirs; si l'affection générale, que vous portez à votre espèce, est un motif de prendre part aux souffrances d'autrui, elle l'est aussi d'obéir à cette justice , aux lois de laquelle les actions de tout honnête homme doivent être soumises. Dès l'instant que ce sentiment a pris le caractère de généralité qui lui convient, il est SUBLIME , et par la même raison , plus froid, puis qu'il serait difficile que notre sein se gonflât, chaque jour, de tendresse pour des intérêts privés, et qu'à l'occasion de tout mal étranger, nos yeux se noyassent dans la douleur, ^trement la destinée de l'homme vertueux serait de fondre continuellement en larmes, comme Heraclite, et toute cette bonté
d'un cœur banal n'aboutirait qu'à en faire un tendre fainéant (i).
Une seconde sorte de sentiment, en rapport avec le précédent , et qui , comme lui , ne manque ni de beauté, ni d'amabilité, n^is dans laquelle on ne trouve la base d'aucune solide vertu, c'est la complaisance, ou l'inclination qui nous porte à nous rendre agréables aux autres par des manières amicales , une déférence à leurs désirs et une conformité de notre conduite à leurs opinions ou à leurs intérêts. Ce principe , d'une séduisante aménité ,
(i) Un examen plus rigoureux de la pitié nous apprendra que la qualité de la pitié, quelqu'aimable qu'elle puisse être, ne porte pas, cependant, avec elle, la dignité de la vertu. Un en faut qui souffre, une jolie femme malheureuse et éplorée , affecteront notre ame de cette sorte de tristesse, en même -temps que nous apprendrons, avec sang-froid, la nouvelle d'une grande bataille , dans laquelle on suppose facilement qu'un nombre immense d'hommes auront succombé sous le poids des maux les plus affreux et les plus immérités. Tel prince, dont le visage, avec des traces visibles d'émotion, s'est détourné à l'aspect d'une seule personne malheureuse, a cependant, et peut-être au même instant, donné l'ordre à ses ministres de déclarer une guerre pour des motifs frivoles. Dès qu'il n'y a aucune proportion dans les effets, comment pourrait-on dire que le sentiment de l'humanité générale ait eu aucune part à la première de ces deux impressions ?
est beau , et la flexibilité d'un pareil cœur procède d'un naturel bienveillant ; toutefois ce dernier aspirerait en vain à l'honneur de la vertu, dès qu'il peut ouvrir la barrière à tc^ les vices, quand une morale plus élevée, et par conséquent plus sévère , ne pose pas devant eux la borne qu'il leur est défendu de franchir. Car , sans considérer que cette complaisance pour la société , dans laquelle nous avons nos habitudes, devient souvent une injustice pour les êtres placés en dehors de ce cercle étroit, l'homme qui sacrifie, sans mesure, à cette humeur, est susceptible de se livrer aux excès les plus déplorables, non par inclination immédiate, mais par un effet de sa charmante et déplorable facilité à se conformer à tous les goûts. Le désir trop vif de plaire le conduira tour à tour à être un menteur, un désœuvré , un buveur , si se rendant le triste jouet d'une inclination , belle en elle-même, mais frivole, dès qu'elle ne se laisse pas guider par des principes , il ne s'impose pas les règles qui sont la sauve-garde de toute bonne conduite. En conséquence , la véritable vertu ne peut être fondée que sur des principes qui la rendent d'autant plus sublime et plus noble, qu'ils seront plus universels. Ceux-ci ne se rapportent pas à
des règles spéculatives , mais à la conscience intime d'un sentiment qui existe dans le sein de tous les hommes, et s'étend beaucoup plus loin que les sources particulières de la pitié et de la complaisance. Je crois que j'embrasse tout ce que j'entends dans ma dénomination, lorsque je dis que c'est le sentiment de la