‹ Examen raisonné des ouvrages de M. de VoltaireChapitre 30 sur 34 · D^ALZIRE · texte numérisé non relu

D^ALZIRE

rêté si long-temps , au lieu de voler auprès d^Alzire. Monlèze le quitte pour le trahir; et ce Zamorc , si bouillant, si impétueux, reste encore sur la scène, et ne cherche point Alzlre. 11 faut que Zamore ne songe à voir sa maîtresse, que lorsqu’elle sera ma-^ riëe à Gusman. Enfin, pendant l’entre-acte , cet incompréhensible Zamore , ayant les plus vlolens soupçons que Montèze le trahit et veut lui ravir son. amante , ne s’informe pas de ce qu’Alzire est devenue; il revient au troisième acte , et ne sait pas qu’elle est unie à Gusman. Le gouverneur d’une petite ville se marle-t-il sans qu’on en sache rien? Zamore n’a-t-il rien rencontré qui l’en ait instruit? A-t-il pu chercher Alzire , a-t-il pu en parler, sans apprendre soft, mariage ?

Voilà donc Alzire mariée par un concours de circonstances impossibles. Quel sera le dénoûment d’nne intrigue aussi absurde? Zamore est enfin instruit de tout ; il brave Gusman ; il est remis en prison. Alzire demande à son époux la grâce de son amant, ayu'ès avoir mis en œuvre des moyens pour le faire évader ; et Gusman, époux fort complaisant, quoique Espagnol , laisse courir sa femme pendant la première nuit de ses noces ; car c’est durant la nuit qn’elle trame la délivrance de Zamore. Considérons la suite de sa dé^ marche, qui donne à son amant la facilité de tuer sou époux. Peut- elle ne pas prévoir, aux discours, auX menaces, aux fureurs de Zamore, qu’il ne va faire usage de la liberté qu’elle lui procure, que pour se venger de son rival heureux ? Alzire, qui ne veutrien

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comprendre au langagé le plus iniclligiJde , joue ua rôle bien équivoejue. La premièi c chose qu’elle dcvroit faire promettre à Zamore, pour le prix de son évasion, c’est de ne point attenter anx jours de son épotix ; et c’est la première chose qu’elle oublie.

Emire^ qui suit Zamore par l’ordre d’Alzire, est allée sur ses pas jusqu’au palais de Guzman ; elle a entendu des eris , et elle n’a pas entendu que Gusman ■yenolt d’être assassiné; elle n’a pas eu la curiosité de savoir ce qu’avoit fait Zamore, que sa maîtresse lui avoit ordonné de suivre. Est-il possible qu’Alzirc ne se doute pas que son amant a tué son éjtoux? Dans quelle autre intention se seroit-il couvert des armes du soldat qui le guidoit, et auroit-il couru au palais de Gusman? Pourquoi le solda!, donné pour guide à Zamore, et désarmé par lui, prend-il la fuite, quand il voit Zamore courir, l’épée à la main, au palais de / Gusman? Pourquoi ne cric-i-il pas qu’on arrête Zamore? Car enfin ce soldat n’avoii pas été séduit par Alzirc, pour favoriser l’assassina i que Zamore exécute.

Par quel motifDon Alonze, qui vient arrêter Alzire, ne Ini dit- il pas que Zamore vient de poignarder Gusman? Le seul motif est de ménager une surprise au spectateur. Pour moi, je nesuis surpris que de voir outrager à ce j)oint la nature et le bon sens. Quand Alzire s’écrie: Quoi! Zamoren*t>sl plus! Don Alonze ne doit-il pas répondre : c’est bien Zamore que vous devez plaindre, quand votre époux vient d’être assasr siné par lui! Que cette erreur soit encore prolongée jusque dans l’acte suivant , et qu’Alzire n’ait point

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