ŒUVRES COMPLÈTES
Je rclii feutReciDC , et choùii «ht» Voltaire. (OxaiLU, JfonnM des Champs.)
Je me repose sar ceux i qui l’Eglise a conGé ses foudres, du soin de les diriger -, j’abandonne i ceux qui feignent de croire la philosophie compromise, lorsque l’on n’attaque et ne poursuit que l’abus et les écarts de ce qu’ils appellent improprement pJülosopMe, la tAche laborieuse d’opposer des sophismes à des raisons, et de répondre à des faits par des théories. Paisiblement renfermé dans le cercle de mes attributions, je n’enThagerai ces éditions nouTelles des Œuvre» complète» d’un homme dont le génie est une propriété nationale , que sous le rapport seulement du tort qu’elles peuvent continuer de faire ii sa gloire littéraire, dans FEurope et parmi nous. C’est en bon François, en ami sincère des Lettres, que je signalerai donc cette espèce de profanation, dont Beaumarchais avoit fait une spéculation commerciale , devenue ensuite une affaire de parti; et que je ne sais plus de quel nom qualiGer aujourd’hui.
* Exteait 3m la QvndAixB LirrABAiaa, tom. II, page i 33 , Lettss VII. (i& avril 1817.)
xir SUR LES EDITIONS COMPLETES
à qui persuadera-t-on que Voltaire éprouTât le moindre re-’ gret d’avoir fait Zaïre, la Henriade et Mahomet? a Plus on avance en âge et en connaissances, plus on doit se repentir d’avoir écrit. » Pourquoi donc écrire encore pendant plus de vingt ans, postérieurement à la date de celte lettre? «Il n’j a aucun de mes ouvrages dont je sois content; et il y en a quelques-uns que je voudrais n’avoir jamais faits. » Je crois Voltaire de meilleure foi dans cette phrase , que dans ce qui précède : de nombreuses variantes prouvent avec quel soin , souvent même trop scrupuleux , il revenoit sur ses meilleures productions; et les chagrins que lui avoit plus d’une fois attirés la licence de sa plume , ne justifient que trop ce qu’il dit ici. Tout le reste de la lettre n’est plus qu’une longue apologie de ses sentimens religieux et patriotiques; qu’une protestation formelle de son profond respect pour les choses sacrées, et de son dévouement sincère au culte comme aux lois de son pays. « L’humanité, la candeur, la vérité m’ont toujours conduit dans la morale et dans V histoire. ut Que l’on a donc étrangement défiguré scs ouvrages d’histoire et de morale !
Deux vérités me paroissent évidemment résulter de cette lettre, que nous devons savoir gré aux éditeurs de Relh de nous avoir conservée : la première, c’est que Voltaire redoutoit elTectivement une collection trop voluminetise ; il savoit par expérience qu’on relit Racine et Boileau, non seulement parce que tout est à peu près excellent dans ces deux poètes, mais parce que le court espace qu’ils ont parcouru , ne laisse point à l’admiration le temps de se fatiguer, et que l’on relit toujours avec fruit ce que l’on alu d’abord avec plaisir. 11 prévoyoit , en second lieu , ce qui n’a pas manqué d’arriver, qu’à l’ombre de cet arbre immense , dont les rameaux tendoient à embrasser l’une et l’autre extrémité du monde littéraire, viendroient se ranger et croître impu-
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>iéiAent uae foule de productions , proscrites et rejetées par le sol paternel , dès l’instant piéme de leur naissance. Qui nous répondra, d’ailleurs, que tous ces misérables pam-r phlets, que toutes ces plates diatribes que personne n’eût <osé rappeler à leur auteur, sans le faire rougir, soient l’ou-^ "vrage de Voltaire ; et que d’adroits imitateurs du plus facile de tous les genres, celui de l’insulte et de l’ironie perpétuelle, n’ont pas profité de ce grand nom pour sauver le leur du mépris qui l’attendoit, et pour donner à leurs écrits une autorité qu’ils ne pouvoient emprunter d’ailleurs? Celte petite ruse a^-elle été sans exemple dans le siècle dernier; et plusieurs de ces pièces n’ont-clles pas été reconnues déjà pour appartenir à d’autres mains? Mais leur authenticité fût-elle même bien prouvée, n’cloit-il pas du devoir et de l’honneur des littérateurs français , d’en absoudre la mémoire de Voltaire, en les écartant sévèrement du recueil de ses œuvres? S’il a compromis ou négligé le soin de sa propre réputation , étoit-ce une raison pour le compromettre et le négliger encore davantage?
plus grande injure que l’on ait pu faire aux mânes de Voltaire , est donc d’avoir recueilli contre son gni , et contre les intérêts de sa gloire, cette foule d’opuscules échappés à la mobilité de la passion , dictés pur l’humeur ou par le caprice , et pour céder le plus souvent à des impulsions étrangères, ou servir des intérêts qui n’étoient pas les siens. C’est un tort réel aux yeux d’une nation, si Itère, avec raison , de la gloire de ses grands hommes, et qui doit se montrer jalouse de la faire passer intacte aux siècles futurs- A quoi bon se faire illusion sur le présent, et calomnier d’avance la postérité, en la préjugeant complice des erreurs qui nous abusent encore? Pourquoi së (igurer que la passion siégera toujours à la place de la vérité; et que ce tribunal redoutable ne sera pas enfin présidé quelque jour par la