‹ Examen raisonné des ouvrages de M. de VoltaireChapitre 5 sur 34 · XIV SUR LES EDITIONS COMPLETES · texte numérisé non relu

XIV SUR LES EDITIONS COMPLETES

justice? Mais , sans attendre cet arrêt tardif , quoique infait* lible , que doivent penser les nations contemporaines ^ en nous voyant ériger à la mémoire du même écrivain , un mo» Hmiient qui l’outrage autant qu’il l’honoré; qui le présente sous des aspects si étrangement divers, et dans lequel enfin l’or pur se trouve confondu avec tant d’alliage !

Au surplus, ce sont moins les éditeurs actuels qu’il est juste d’en accuser, que ceux qui leur ont donné les premiers ce dangereux exemple, et qui ont fait d’un accident passager un mal peut-être Incurahle. 11 est bien certain que depuis que nionneur des Lettres n’est pas précisément ce qui entre le plus dans les entreprises littéraires; depuis qu’il s’agit moins de faire bien , que de faire et de vendre vite, on a diV réimprimer Voltaire complet, et menacer même de quelques adilitiomi : fout cela est dans l’ordre ; et ce sont de ces choses qui ne m’étonnent plus, quoiqu’elles me surprennent toujours.

Ce qui , indépendamment des circonstances où elle parut, nuisit singulièrement à l’édition que donna M. Palissot, en 1792 (et années suivantes), 55 vol. ce fut moins les

retranebemens qu’il se permit, que la nature et l’objet même de ces suppressions. On fut, et l’on devoit être généralement surpris, (pi’après s’étre élevé avec force, dans son Prospecitis, contre l’excessive complaisance avec laquelle Beaumarchais avoit accepté de toute main pour grossir son édition ; apres en avoir appelé de Voltaire à Voltaire lui -même, contre cet étrange et bizarre assemblage , M. Palissot se soit borné à une meilleure classification dès mêmes élémens, quelque discordatis qu’ils lui parussent; et que la proscription n’ait frappé que la correspondance seulement, qui, à l’exception d’une soixantaine de lettres peut-être, m’a toujours paru ( celle avec d’Alembert exceptée ) la partie la plus originale, la plus piquante de cette vaste collection, et la

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plus capable de bien faire connoitre à la fois l’bomme el l’écrivain. 11 y a sans cloute un clioix. à faire , je le répète ; mais n’est-ce pas aussi le restreindre un peu trop , que de réduire quinze volumes à trois seulement?

Il me reste à parler maintenant d’un procédé typoftrapliique qui rend , selon moi , la plus dangereuse de toutes ces réimpressions, celle qui, en resserrant le plus de matière dans le moindre espace , ne laisseroit plus la liberté du choix entre le bon et le médiocre, entre la décence et l’immoralité.

La multiplicité des tomes permet du moins à la vigilance inquiète des pères et des maîtres de dérober à l’imprudentp avidité de la jeunesse des ouvrages qu’elle auroit lus sans profit pour le goût , mais uoii pas sans danger pour les mœurs. Ici, l’on n’a plus cet avantage, et l’édition que je suppose, place nécessairement le père de famille dans la nécessité d’interdire à son fils la lecture vraiment profitable de ce que Voltaire a fait de bon , ou le condamne à lui laisser lire tout ce qu’il a écrit de dangereux. Point de milieu : barbare ou corrupteur, il faut qu’il tolère tout , ou ne permette absolument rien; qu’il refuse la Henriade , ou donne en même temps la Puvelle, si la combinaison typographique les réunit dans le même volume. £b ! que l’on ne dise point ici que ce n’est pas la jeunesse que l’on a en vue dans ces sortes de spéculations ; car ce ne sont certes pas les gens dont l’àge a formé le goût et mûri le jugement : il y a long-temps que Voltaire est jugé pour eux, el que sa lecture ne leur est plus dangereuse. Jja révolutiou est un terrible commentaire des doctrines anlirphilosophiquee, qui ont rendu notre guérison morale plus difficile encore que notre restauration politique; or, sans la certitude de l’une , où se trouve la garantie de l’autre?

C’est donc la génération naissante qui doit fixer toute la sollicitude de l’écrivain philosophe , du véritable ami de la

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pairie ; c’est cette portion intéressante de la grande société, qu’il importe d’écarter des sources de l’erreur, et do ramener à celle du vrai. Tâche honorable , mais plus difficile à remplir qu’on ne le croit communément. Le temps reviendra sans doute, où la voix d’un père et d’un maître était une autorité qui eonimandoit et trouvoit naturellement ce respect de confiance qui ne permet ni le doute ni même l’examen. Nos jeunes gens, les enfans même , ont le malheur d’en savoir beaucoup trop aujourd’hui, pour en croire d’airtre expérience que la leur, et pour voir autre chose que du radotage ou du pédantisme dans les conseils d’une tendresse éclairée :

lU piieri nasum rfiinocerontis hahent.

Que sera-ce donc, si cette tendance malheureuse à secouer toute espece de joug, se trouve encère secondée , excitée par des lectures, dont le danger n’est bien reconnu, que quand déjà le remède n’est plus applicable?

- S’ensuit-il qu’il faut, à cause de cela , proscrire tout Voltaire, et exiler J -J. Rousseau de nosbihliqtbcques, c’est-àdire ôter à notre littérature l’on de .ses plus grands poètes, et le plus éloquent , sans contredit, de nos écrivains en prose? Non , sans don te j et pour nous renfermer ici danÿ ce qui regarde exclusivement Voltaire, seroit-il donc si diffieile de trouver un milieu juste entre le vandalisme qui proseriroit tous ses ouvrages, et l’excessive indidgence qui les livre indiscrètement à toutes les chisses de lecteurs ? Considéré comme poète, l’auteur de la llenriade et de plusieurs tragédies qui sc distinguent par des beautés d’un ordre différent, tient et conservera .sur notre Parnasse un rang dont il scroit également injuste et diHiclle de le vouloir déposséder. Comme écrivain en prose, sa supériorité est plus grande encore et mieux établie : aucun autre en efi'ei n’a su traiter avec plus

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(l’agmnent et de vérité de style , les genres les plus opposés : c’est là vraiment son triomphe. Ce n’est pas qn’on ne paisse remarquer ici, comme dans ses ouvrages en vers, la meme dépravation de goût, les mêmes différences de ton et de manière , lorsqu’il n’écoute et ne suit plus que la passion , qui , mauvaise conseillère , en général , l’a toujours fort mal inspiré, soit eu vers , soit en prose. 11 en résulte cela de bon , du moins, que l’antidote se trouve dans le poison même; et que.l’écrivain devient moins dangereux, à proportion qu’il s’écarte davantage des règles du goût et du sentiment des convenances.

Je ne prétends pas néanmoins que le V ollaire classique, dont je trace, sans m’eo apercevoir, \&, Prospectus, fût, dans toutes ses parties, un modèle également irréprocliable, sous le rapport de l’art ; mais il le seroit sous celui des moeurs , et c’est le point principal. Quant à la critique purement littéraire , que de ressources un éditeur judicieux ne trouveroitil pas dans son propre fonds , et dans cette volumineuse bibliothèque d’écrits pour et contre un homme qui a fait tant de bruit et tant excité de scandale, pendant sa vie et depuissa mort? L’impartialité n’a pas toujours présidé, j’en conviens, à l’examen critique des oeuvres de Voltaire; et la passion , qui l’égaroit lui-même , entraîna souvent ses censeurs au-delà des bornes de la justice.

Le Commentaire sur la Henriade, par La BeaumeUe,es,X trop long ds.moitié; le critique n’entend absolument rien à la langue des poètes, quoiqu’il s’avise de refitire la Henriade à sa manière; mais son travail n’en offre pas moins, sur le plan, la conduite et la marche du poëme, une foule de reinari|ues précieuses, et ddut uu critique plus habile pourroit tirer un fort bon parti. ,

Les Lettres de Clément à foltaire sont fatigantes par leur verbeuse prolixité : ce n’est pas que l’auteur n’ait .^e plus

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courent raison ; mais il se donne le tort de l’avoir trop longtemps , de s’appesantir sur des taches légères qu’il sufBsoit tout au plus d’indiquer; et de noyer dans des pages d’un style pesant et diffus iin certain nombre d’obserrations dont la justesse échappe quelquefois, par le soin même que prend Clément de la faire trop sentir. Réduites à ce qu’elles renferment de bien observé, oes lettres ne seroient pas sans utilité pour l’édition critico-classique que j’indique , et qu’il serait peut-être à désirer que l’on opposât à tant d’édilious complètes.

Les ouvrages historiques de Voltaire n’ont pas été, plus que scs compositions poétiques, à l’abri de la censure, et peut-être y prêtoient-ils davantage encore. 6ans parler de l’esprit général qui dirigeoitla plume de l’écrivain, et du but spécial vers lequel il tendoit sans cesse à ramener l’histoire, combien d’erreurs de détail , de fausses dates , de faits plus on moins altérés, etc ! La Beaumelle prit le soin d’en relever un assez grand nombre dans l’édition qu’il donna à Francfort, du Siècle de Louis XIF". Voltaire répondit, comme il répondoit quand il avoit tort, en se fâchant beaucoup, et en prodiguant les injures et les personnalités. La Bcaume'le répliqua avec un ton de force, de supériorité et de raison qui ne laissa pas les rieurs du côté de l’auteur critiqué. L’équité nous fait un devoir de reconnoître que, personnellement aigri contre son adversaire, La Beaumelle ne pouvoit apporter, dans l’examen critique de l’ouvrage , cette sage et froide imjiartialité qui donne seule aux jugemens littéraires leur véritable poids. Ce qui prouve cependant qu’il ne fut pas toujours injuste', c’est que Voltaire profita de la plupart de ses remarques, dans les éditions subséquentes du Siècle de Louis XIP'.

U Essai sur \ Histoire générale offroit beaucoup plus de prise et d’alimens à la critique ; le zèle de l’abbé Konote ne laissa point échapper celle occasion de venger à la fois la

DE VOLTAIRE. xtx

dogme et l'hUtoi-e des atteintes multipliées d’un écrivain qui ne respcctoit pas plus l’un que l’autre. Indulgent pour les erreurs qu’il a dcmonlrécs , mais implacable pour la mauvaise foi qu’il met en évidence, l’inflexible censeur redresse tout ce qu’il trouve de faux , et réfute tout ce qui lui semble témérairement basardé. "Voltaire lui répondit à sa manière, en traitant son advei'saire ü'igno'ant, de téméraire , de libellisie, de fripott, de monstre, de plus vil des hommes, etc.' etc. ' Songran»! argument pour prouver que lui, Voltaire, a raison , c’est de dire et de répéter jusqu’à la satiété que Nonote est le fils d’un crocheteur.

1 -i’auteur de l’Histoire générale eût beaucoup mieux fait de rectifier les erreurs historiques et dogmatiques que son adversaire avoil relevées dans ses divers écrits, avec autant dé force et de raison , que de politesse et de ménagement , plutôt que de dégrader une plume telle que la sienne, en la trempant dans le fiel et dans la boue, pour en laisser coulér des torrens d’injures qui n’oüt fait , et ne pouvoient faire de tort qu’à Voltaire.

L’abbé Nonote n’est point , sans doute , un écrivain comparable à Voltaire : il y a entre eux l’immensité sous ce rapport; mais son lifre est peut-être le plus sûr préservatif que l’on puisse opposer à la séduction, et le meilleur guide que l’on doive choisir pour ne pas s’égarer à la suite de Voltaire, dans le dédale de ses urheurs historiques et dogmatiques.

Mais un ouvrage trop peu counu, et très-digne assurément de l’être davantage, c’est un brochure iw-S", publiée par Linguet, à Bruxelles, en 1788, sous le titre d’ExAMCK des Ouvrages de M. db Voltairr , considéré comme poète , comme prosateur et comme phiiosophe*. Jamais ce colosse

» Voyez In HoxnfiTETts littéraires , pas$\m.

• C’en k l’auteur de cet article que uout devons I’idv> première de

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litléralrc n’avoitcté plus équilablement rétiuit à ses vérîla- Lies proportions ; et ce qui donne un noureau prix à cet excellent écrit, c’est qu’également éloigné du fanatisme aveugle ' qui admire tout , et de la haine jalouse qui ne veut rien ap- . prouver, l’auteur se montre constainmeilt admirateur éclairé du génie de Voltaire, mais censeur sévère des nombreux écarts dans lesquels la fougue de ce même génie l’entraîna si souvent. La troisième et dernière, partie de l’ouvrage, qui traite de la philosophie de Voltaire, et de ses ouvrages sur la religion, se distingue surtout par la profondeur et la justesse des idées, et par la franchise énergique d*un langage qui ne pouvoit être que celui d’un honnête homme et d’un bon citoyen. Une pareille lecture ne peut qu’ajouter aux regrets qu’exqite naturellement le souvenir d’un homme qui , après avoir volontairement agité sa vie par des orages continuels , la termina sur l’écbafaud révolutionnaire, victime, comme tant d’autres, des principes qu’il avoit d’abord adoptés, et d’un ressentiment injuste auquel il avoit tout sacrifié , et qui le saoriGa à son tour.

Je pourrois indiquer d’autres ouvrages encore qui se sont proposé le même objet, et de l’ensemble desquels il résultcroit un Commentaire perpétuel, sur un clioix judicieux des ouvrages de Voltaire, que le goût et la morale pourvoient alors également avouer. J’ose croire ^u’un pareil travail ne seroit ni sans gloire pour l’auteur lui-même , ni sans honneur pour l’homme de lettres qui auroit le, courage et le talent de s’en charger : Exoriare aliquis !

cftte nouvelle édition de l’ouvi age de Linguet ; la Préface et les Notes qui l’accompagnent.

JLa Littëratnre , les Sciences et la Philosophie ont perdu, en mai 1778, cet homme célèbre, dont la •vie entière leur a été consacrée. Quoiqu’il fût dans un âge très-avancé, sa mort a pu paroître prématurée : par une destinée aussi singulière, aussi rare que ses talens, parvenu au delà de quatre-vingts ans, il n’éprouvoit aucune des infirmités de la vieillesse. Son esprit et son corps étoient également éloignés de la décrépitude.

Une amitié indiscrète, ou des intérêts déguisés sous ce nom , l’ont conduit à des imprudences qui ont accéléré sa mort. Après vingt-cinq ans de la retraite la plus paisible, de la vie la plus réglée; d’un calme aussi profond que son tempérament plein de feu lui permettoit de le goûter, on l’a transporté subitement dans le centre de la dissipation. Là , son âme a été agitée non moins violemment que son corps ; l’enthousiasme public , accru par des parliculantés secrètes, et des manœuvres cachées, l’a , en quelque sorte , accablé de couronnes trop pesantes pour son âge : sa santé , inaltérable au travail et dans

la solitude, n’a pu résister aux fatigpes, à l’ivresse d’un triomphe renouvelé tous les jours , à tous les instans. Par un malheur , dont il n’est pas commun d’entendre les vieillards se plaindre, c’est réellement l’excès du plaisir qui l’a conduit au tombeau. Ainsi depuis le commencement jusqu’à la fin , il a toujours et en tout, été un honrme extraordinaire.

Je ne me propose de parler ici que de ses produc^ ûons. J’écarte tout ce qui ne touche que sa personne, tout ce qui ne concerne que sa vie privée. Ne fournissons point d’alimens à cette curiosité perfide qui recherche les anecdotes relatives à un homme célèbre, bien plus pour se consoler de sa gloire, que pour la justifier. La vie d’un écrivain sédentaire, comme l’a très-bien dit M. de V oltaire lui-même, est dans ses ouvrages. Il n’y a que cette partie de son existence qui puisse intéresser vraiment les contemporains honnêtes et la postérité. C’est même la seule sur laquelle ceux qui ne l’ont pas connu personnellement, peuvent asseoir un jugement ca-tain.

Il est vrai que M. de F" oltaire paroît avoir été d’une excessive senûbilité. Son imagination impétueuse s’aifeetoit avec violence de l’injustice et de la méchanceté : cette disposition fatale peut l’avoir rendu quelquefois imprudent , et même injuste à son tour. Pendant son séjour à CirejTj la Marquée du Châtelet étoit dans l’usage d’envoyer, les jours do poste , au devant du messager qui apportoit les let-

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trcs au cliâteatn elle et un autre ami s^etifermôieiit : ils ouvroienll^piles les lettres adressées à M. de f^oltairey et ne lui laissoient parvMiir que eelleé où ils ne Toyoient rien qui pût l’affliger.

11 faut plaindre peut ^ être , plus que blâmer l’homme , dont une amitié adroite et compaüssantd étoit obligée d’éluder ainsi la susceptibilité. Cette organisation tient au talent; mais elle peut entraîner à des démarches qui fournissent dans le temps des armes à la haine; pour les apprécier aujourd’hui, il biudroit des éclaireissemens qu’il est impossible do rassembler, et, quand on pourroit se les procurer, quelle en serait l’utilité?

Pavoue que M. de P^ottaire a donné quelquefois dans un excès tout opposé : satirique impitoyable quand sa bile étoit allumée , il est trop souvent descendu jusqu’à l’adulation quand il la croyoit utile. Ses hyperboles flatteuses ont embrassé tous les rangs de la société : il a décerné des brevets d’immortalité dans toutes les classes, depuis le trône jusqu’à la plus basse littérature : soit qu’une politique intéressée lui fit chercher à désarmer par des éloges peu sincères des despotes dangereux’, que la franchise de ses au* très écrits auruit pu épouvanter*; soit qu’une co-

' Ceux qui leur ont succédé pendant plus de vingt ans , n’étoieut pas moins deapoUt, et se sont montrés bien plus dangareuxl

t Ceite.francAûe prétendue xoroit dà inspirer aux

qoettcrie insatiable ne lui laissât ome^|re aucun des moyens capables de grossir le nom dMlM ,

il n’a que trop multiplié les monumens de sa facUilé à prodiguer son encenst 11 auroit voulu ne pas manquer un suffrage : il se prêtoit sans scrupule à exalter des hommes qui ne pouvoient recevoir d’éloges que de lui, pour paroître lui-méme en recevoir de tout la monde.

Quoi qu’il en soit 'dè cet article, et peut-être de' quelques autres , je ne vois aucune nécessité à les approftHidir. M. de V oltaire a eu des défauts , parce qu’il était homme ; laissons-les dans l’oubli , comme ceux de tant de millions de particuliers qui en ont eu de plus grands encore , de pluç funestes , dont pourtant la mémoire est éteinte pour jamais. Ecartons des détails secrets et suspects, qui ne pourroient tendre qu’à compromettre la gloire de la littérature , sans avoir même le triste mérite de la certitude : il vaudroit encore mieux, dans l’impossibilité de l’apptécier sûrement , quant à ce qui concerne sa conduite intérieure , lui supposer des vertus que des vices. Contentons-nous d’examiner ses ouvrages , puisque c’est , ' comme je l’ai dit, la seule partie de lui-même dont il nous soit désormais possible de juger»

Ce qui frappe d’abord dans celte immense collec-

potes An temps une épouvante salulaire , qui eût peut-être arrêté le mal dans son principe.

tion , c’est le nombre et la variété : deux Pwmes épivingt-qpatre Tragédies ; douze Comédieè au moins ; des Opéras , des Discours en V ers , des Odes, des Epttres sur toutes sortes de sujets ; des Contes; une quantité incroyable de petites pièces de société, telles que celles qui seules ont fait la réputation des V oiture, des Chapelle , des Chaulieu; des Histoires qui auroient suffi pour remplir et honorer la vie de tout autre homme de lettres ; un Abrégé de la Théorie Astronomique et Physique de Newton , trop dédaigné peut-être dans le temsparle préjugé, parce qu’il venoit d’un poète 5 inutile aujourd’hui , parce que ce sujet a été plus approfondi par d’autres , mais qui a cependant le mérite d’avoir précédé tout ce qui a été dit en France sur cette matière' : des Romans où la gaîté , la philosophie , la (inesse de la critique, l’élégance du style, remplacent l’imagination qui avoit régné jusque-là dans ce département de la littérature ; des Dissertations sans nombre sur une infinité de points Histoire, de B elles- Lettres, de Sciences , de Philosophie , de Jurisprudence même , où , sans l’embarras , la pesanteur , l’obscurité del’érudition, éclatent des connoissaiices imiverselles,

' Cette théorie, au fond, n’est pas plus solide que cçlle de Descartes; mais ce n’est pas sous ce point de vue qu’il faut apprécier ce qu’en a dit M. de Voltaire : ce qui a bien pu produire chez les gens du métier une conviction ou un enthousiasme poussé jusqu’au fanatisme, a pu, à plus forte raison , faire illusion à un écrivain dont les lettres et les arts étoient la principale occupation. ( Linguet.)

et un désir ardent du bonheur des hommes ; désir ])Oussé malheureusement jusqu’à l’indiscrétion sur un article délicat, où le silence vaut mieux que la discussion ; un Commentaire plein de goût , de recherches et d’impartialité ■ sur le premier , et le plus fécond de nos poètes tragiques : enfin une Correspondance épistolaire plus étendue qu’aucun homme, d’aucun état , d’aucun pays peut-être n’en a jamais entretenu : Correspondance , autant qu’on en peut juger par ce qui en a déjà transpiré, toujours ingénieuse, toujours agréable, presque toujours instructive de sa part : voilà une idée des travaux littéraires de M. de y oltmre.

Si l’on pense après cela qu’il a beaucoup voyagé, dans sa jeunesse ; qu’il a vécu trente ans dans la dissipation des cours et des sociétés les plus brillantes^ qu’il savoit l’italien , l’es})agnol et l’anglois ; qu’il avoit lu , à ce qu’il paroît * , avec attention , dans les originaux , les meilleurs auteurs de chacune de ces langues ; qu’au milieu de ses distractions ou de ses occupations , il n’étoit rien moins qu’indilTérent sur

' Passe peur le goût : les r*e^reh«» ne lui ent pas coûté beaucoup d’efibrts. Quant à \ impartialité , on sait depuis long-temps à quoi, s’en tenir; et l’édition de Corneille, qui paroît au moment où nous écrirons cette note, achèvera de mettre dans tout son jour la bonne foi du commentateur, déjà convaincu, à cet égard, par Clément et Paliaaot.

* A ee, qu’il paratijt en elièt , à des lecteurs superlielels, et accoutumés à jurer in v*rka magiattrii mais non aux vé« ritaUlcs gens de lettre* ntuicmaax ou étrangers. <

rarrangftment de sa fortune , et qu’il y enireteuoit un ordre dû à sa vigilance , k sa régularité personnelle ; qu’il revoyoit lui-méme ses registres , arrêloh ses comptes , avec autant d’eiactitude qu’un homme qui n’anroit pas eu d’autre occupation : l’étonnement d’une si prodigieuse fécondité augmentera sans doute encore. Mais je dois faire ici deux observations qui donnent en partie le mot de cette énigme.

D’abord , la jeunesse de presque tous les écrivains célèbres se consume ordinairement , ou dans les angoisses du malaise , ou dans les embarras attachés à ce qu’on appelle le choix d’un état ; ils sont tyrannisés, ou du moins distraits long -temps par leurs familles , si ce n’est par leurs besoins : il n’y en a presque pas un chez qui le premier essor du talent n’ait été combattu comme un délire qu’il falloit ré- |>rimer; ou retardé, afibibli par la détresse, plus accablante encore que les contradictions. C’est même en se partageant entre des travaux ingrats , bien di^ férens de ceux auxquels leur goût les portoU , que la plupart d’entre eux ont enfanté les ouvrages pat lesquels a commencé leur réputation.

U en est donc bien peu d’entre eux dont le public puisse se flatter de connoitre les talens en entier. Dans l’âge où la culture , l’exercice , la liberté seroient nécessaires pout les nonrrir , les développer et les accroître, le souci les dessèche, et l’esclavage les éiouSe. Plus tard , quand la réputation est faite.

le repos, l’abondance les énervent. Jeunes, les gens de lettres sont éloignés du monde, dont le commerce modéré , recherché sans avilissemmt d’uù côté , accordé sans l’orgueil de la protection de l’autre , serviroit infiniment à les former : dans un âge plus avancé , ils y sont portes , fêtés, absorbés , de manière qu’il ne leur reste plus de temps pour l’étude ou le travail. ; . •

Il n’en a pas été ainsi de M . de .Voltaire tout parut concourir à favoriser, à seconder en lui le goût ardent qu’il avoit reçu de la nature pour la gloire , et pour les arts. Une fortune assurée, échue de bonne heure , lui permit de n’avoir dans toute sa jeunesse d’autre affaire que de se livrer à ce goût, et le garantît des oppositions qu’une famille craintive n’auroit pas manqué d’y former.

Son enfance fut confiée aux Jésuites, â qui l’os ne peut refuser au moins d’avoir eu le discernement des esprits, et le soin d’exciter l’émulation dans le ^ coeur de leurs élèves. A treize ans ils annoncoient celui-ci comme ûn prodige qui devoit prôduit'e une révolution dans la littérature'. Ainsi, grâce à eux, à cet âge , il avoit déjà une espèce de célébrité.

Alors Ninon mourante; Ninon parvenue à la renommée par une voie qui ne conduit les autres femmes qu’à l’opjwrobre; Ninon, vénérée des jeunes

' Qnc n’a-t-il borné là son influence !

gens du commencement de ce siècle, après avoir été adorée des vieillards de l’autre; Ninon, regardée comme un des arbitres du bon goût en tout genre, le nomme, le distingue' dans son testament : elle lui fait un legs dont la nature même étôit un hommage rendu à des talens précoces; c’étoit une somme d’argent pour acheter des livres.

Les amis de Ninon le portent dans la société des F" endôme, des Chaulieu, de la duchesse du Maine, et de ses courtisans, philosophes voluptueux, peutêtre un peu frondeurs, mais éclairés, qui avoient conservé toute la Heur, toute l’urbanité du siècle de ZéOuis Xiy, et l’allioicnt à la liberté de penser qui avoit suivi sa mort. Il y avoit auprès d’eux infiniment à gagner pour tm jeune homme , au moins dans ce qui concerne le goût '.

Ainsi annoncé dans le monde, scs premiers essais fixent les yeux de toute la France : sa jeunesse lui concilie les femmes et la cour; il reçoit encore plus d’encouragemens que de dégoûts. Si ses premiers succès lui attirent , dans la basse littérature , des ennemis acharnés , ils lui valent aussi , parmi les gens d’un rang plus élevé , des protecteurs d’autant plus chauds, qu’étant, par sa fortune, au-dessus de tout autre bieniàit, et paroissant ne solliciter alors ses amis que de coopérer à sa gloire, ils ne pouvoient lui montrer leur attachement à meilleur marché.

* Et beaucoup à perdre dans tout le reste.

Four comble de bonheur, au moment où il paroît,

11 rte trouve point de rivaux qu’il ne puisse et ne doive se flatter d’ëclipser ». Rousseau ëtoit accablé par Infortune : Crébillon, La Motte y n’annonçoient pas une concurrence bien redoutable, et il ne falloit pas beaucoup de pénétration ni d’amour-propre dans l’auteur di(Edipey pour sentir que le théâtre, et même la poésie françoise, alloient bientôt n’avoir que lui pour soutien.

Ajoutez à une position si favorable , tous les avantages naturels : une mémoire prodigieuse, une con-^ ception rapide, une santé assez robuste pour résister au travail le plus opiniâtre, et assez délicate pour soutenir difficilement tout autre excès ; une facilité qui , ôtant à ce travail ses épines, rendoit les distractions moins nécessaires, et les triomphes à la fois plus prompts, comme plus multipliés j vous pourrez commencer à concevoir que , même avec moins de dispositions naturelles qu’il n’en avoit , M. de f’" oZtaire auroit encore effacé tous ses contemporains.

Enfla, songez qu’ayant passé dans les sociétés les plus brillantes, les plus capables de perfectionner son goût, et de polir son style, les deux tiers de sa vie, c’est-à-direle temps que les autres écrivains perdent,

• Jamais il n’a ècUpsé Rousseau dans la poésie lyrique ; et son théâtre tragique n’offre rien de plus fort , de plus vigoureux que les belles scènes iHA.trét, i^Èlectrt , et de jtiha~ damUte.

PRÉUMINAIRES^ n

comme je viens de l’observer, à lutter contre les rigueurs de la fortune, et celui qu’ils partagent entre le désir de se faire tm nom et le besoin de s’assurer im sort, il a au contraire consacré à la retraite , à Tétiidc la plus assidue , celui qu’ils emploient presque tous à l^uir d’une aisance enfin péniblement acquise; songes qu’ayant eu dès sa jeunesse, à volonté, des livres-, des secrétaires , des copistes ; n’ayant par conséquent jamais dû manquer une occasion de s’instruire , i4 perdre une idée , il a pu épargner beaucoup de temps, qui, toujours employé de même, doubloit en quelque sorte ses richesses' et ses facultés' littéraires ; qn’ainsi il est arrivé dans sa laborieuse retraite avec des provisions immenses, si l’on peut ainsi parler, tant dans sa tâte que dans s^ portefeuilles ; alors vous achèverez de comprendre, avec moins de peine, comment il a pu nultiplier des productions agréables, piquantes , dignes souvent d’être comprises }iarmi les modèles de notre littérature , avec cotte abondance qui avoit paru jusqu’à lui le partage exclusif des ro-> manciers ou des théologiens.

Ce n’est pas tout. Peut-^re attachons-noos trop l’idée d’extraordinaire à la réunion de plusieurs talons dans le même homme; peut-être n’est-elle si rare, que parce qu’il y a un pr^ugé qui la fait regarder comme impossible. Nous nous moquons des législateurs égyptiens , qui ne permettoient à leurs peuples de cultiver non -seulement qu’un »rt , mais qu’une partie de chaque ait : nous trouvons ce procédé ridi-

cule , et nous l’irnitons , surtout dans les arts d«

Qu’un médecin , qu’un avocat même , montre du goût pour la littérature, c’en est assez pour être décrédité dans sa profession, suspect à ses confrères, et peu estimé du public : qu’mi poète se hasarde à écrire quelque chose de sérieux en prose , à donner par exemple des histoires , des dissertations sur la géométrie ou la législation , on est tout étonné j le succès même de ses extravasions n’augmente point sa première célébrité; il peut y nuire. Qu’un militaire risque quelques rimes , si , en faveur de ses agrémens personnels , on de son nom , ou de sou manège , il obtient quelques applaudissemens , soyez sûr qu’il n’en sera pas plus estimé dans son corps : scs talens guerriers y seront à coup sûr moins considérés; heureux , si l’on ne murmure pas sourdement qu’avec ses gentillesses poétiques il fait peu d’honneur au régiment! ' i . . >

Cependant on devroit être bien plus surpris de rencontrer un homme borné à un seul talent , que d’en voir qui en réunissent plusieurs : en général , les talens se touchent tous , et peut-être y en a-t-il bien peu , s’il y en a , qui soient incompatibles entre eux.

. Qu’est-ce que le talent ? C’est la facilité à concevoir des idées , et l’aptitude à les réaliser , soit par les açtions , soit par les paroles. Cette facilité , cette

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apiiiude n’auroient-Helles donc qù’ùne' application? Seroieot-elles absorbées par le premier emploi que le hasard ou la réflexion en font faire ? C’est comme si l’on disoit que le pinceau avec lequel Le Titien peignoit ses Vénus, n’aurou pu servir à Jules Romain pour créer ses Titans.

Que les qualités turbulentes qui font les héros , ne se rencontrassent pas avec les dispositions paisibles qui font les bons, écnvains et les grands orateurs, cela pourroit paroitre naturel j et cependant des exemples sans nombre prouvent qu’elles ne sont rien moins qu’inconciliables. Thucydide , Xénophon , César, Cicéron même, et bien d’autres , les ont réunies : si dans nos siècles modernes elles ne vont plus ensemble, c’est l’effet du préjugé dont je parle. Il a divisé, séparé sans ressource les difiTérens états ; il a élevé entre eux des barrières que n’y avoit pas mises la nature.

Mais au moins ceux qui ne s’occupent que du département tranquille des arts, n’ont, même de nos jours, ou ne devroient avoir aucune incompatibilité : cependant quand un poète vait parler physique, asti’onomie , etc. nous nous récrions, comme s’il fàisoit une usurpation téméraire et indiscrète ; mais dans les collèges ne nous soutient-pn pas (\vl Homère savoit tout, jusqu’aux détails de la mécanique la plus grossi èi*e ? Platon , dont la prose est plus poétique que les vers d’une iaHnité de poètes , n’étoit-il pas géomètre? ri’a-t-il pas même trop donné à la spéculation de cette

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science, dams la rédaction de ses idées pliUosophiqu es? Aristote n’a-i-il pas traité düTéremment l’histoire naturelle , la politirpie , l’art du raisonnement , la poétique, la morale? Cicéron n’est-il pas aussi bon moraliste, aussi profond dissertateur dans cette partie intéressante de la philosophie , qn’orateur éloquent?

Si Fon veut d’aiitres exemples ,* a-t-on vu un seul peintre célèbre, au moins de ceux qui ont osé donner une libre carrière à leur ^énie , qui se soit borné au seul pinceau? Michel Ange étoit grand peintre, et encore meilleur sculpteur, et non moins bon architecte. Léonard de Vinci faisoit d<e bons tableaux , en cultivant la musique , en traçant des plans de canaux , en déployant tonte la hardiesse et la sagacité d’un excellent ingénieur : Raphaël étoit aussi poète que musicien.

Encore une fois , si ces exemples sont rares de nos jonrs, il &ut s’en prendre, i*". au préjugé qui en fait des espèces de prodiges, et 6te aux honim^ assez heureusement nés pour les renouveler , l’idée même de la tentative^ 2°. à ces distractions, à ces soins accablans, qui , comme je Fai dit, assiègent aujourd’hui la jeunesse de presque tous les artistes , et leur ôtent la possibilité comme Fenvie de parcourir les différentes divinons de leur cannère commune : quoique toutes les branches en soient contiguës ; quoiqu’elles se rencontrent et se coupent souvent 3 quoique le génie qui

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fait un Virgile, et un Racine, soit le même qtic ceilui qui fait un Raphaël; quoiqu’un Hippocrate cûit pu être un Tacite, si de lx>nné heure il s’èloit appliqué à tracer des caractères historiques, au lieu dé recueillir des aphorismes salutaires ; et qu’il n’y ait peutêtre entre eux d’autre différence, que celle des habitudes contractées dans le premier âge. Ces habitudes les enchaînent pour le reste de leur viej ils meurent, sans avoir développé toutes leurs façultés , saqs.mênte les avoir soupçonnées *. ,

M. de Voltaire ayant été dès ses premiers pas débarrassé de ces entraves,'a joui de toute Sa puissance, et comme elle étoit grande par la prodigiJité de fa nature ’enters lui, elle s’est encore accrue paVlto eaerCiee non interrompu. Il étoit parvenu i miilliplier sans peine des productions variées , ‘en ïuuant souvent avec avantage, dans chaque genre, contre ceux qui s’en sont occupés exclusivement.

Cette considération neluinte rien de son mérite :

‘ 11 me' semble que l’auteur fait ici une règle générale de ce qui n’est que pour un très-petit nombre d’hommes privilégiés , pauci quos cequus ainavit Jupiter, une exceptionaux lois communes dé la nature , qui trace, d’une manière invariable, à chacun de nous, la carrière qu’il doit parcourir : lois dont il est rare que l’on s’écarte impunément; et Voltaire Iqi-mème en est la preuve. C’est la prétention à V universalité littéraire , qui l’a empêché d’atteindre à la supériorité, qu’il eût facilement obtenue dans plus d’un genre ,

en sachant j renfsrmcr son ambition.

xB OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES.

mais elle peut épargner des regrew au pubTic en inspirant de rémiibtion aux autres horaraes. Il éloil même nécessaire de la développer ici , pour sauver sa mémoire du reproche, trop souvent répété pendant sa vie, de légèreté ou d’indiscrétion , fondé sur la variété de ses.lravaux. •

‘ D’après cette variété , l’examen dé ses production» doit être divisé comme elles, et les suivre successivement dans chaque genre : il a été poète, et de toutes les espèces de poésies : il a été prosateur, et s’est distingué par tontes les espèces de prose : il a cultivé la pbilosoplîifi , les sciences exactes ; ma» c’est surtout à là morale , à la partie du raisonnement *«^1 embrasse la politique, et principalement la rdjir giph , qu’il s’est livré. De là r^ulte la divisioa rdle de cet examen. . . j

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