‹ Examen scientifique du végétarismeChapitre 13 sur 60 · JUSTIFICATION PHYSIO-CHIMIQUE DES SYSTÈMES ANTI-CARNIVOPES · texte numérisé non relu

JUSTIFICATION PHYSIO-CHIMIQUE DES SYSTÈMES ANTI-CARNIVOPES

EXAMEN CRITIQUE DE LA DIGESTIBILITÉ. FRUITARISME, VEGE- TALISME, VÉGÉTARISME.

Autant le système carnivore est illogique et incapable, avec son excès azoté, de donner une alimentation saine et complète, autant le règne végétal se montre prodigue non seulement des richesses lesplus variées, maisdes réserves alimentaireslesmieuxadaptées au bon fonctionnement del 'organisme qui les consomme.

Consultez encore notre tableau d’analyse. Vos yeu.x vont se porter aussitôt sur les céréales. — Les céréales possèdent à la fois matières azotées, hydrates de carbone et sels minéraux. Le froment, l’orge, l’avoine, le maïs, sont en effet des aliments complets, aussi longtemps que la manie du triage et du blutage ne sépare pas l’enveloppe nutritive de ces grains.

L’observation journalière ne vérifie-t-elle pas ces inductions théoriques? — Le froment, c’est le pain, le principe même de l’alimentation de tous les humains. Torréfié avec le maïs, il donne le g-q^o (i) des Canaries. 'L'avoine est le mets national des Écossais ; le mais forme la polenta piémontaise, et l’on sait quel superbe développement, quelle vigueur et quelle résistance à la fatigue ces populations atteignent.

Le riz est l’aliment essentiel d’une rnoitié de l’humanité^ Quant aux légumineuses ( lentilles, pois, haricots), elles sont encore plus nutritives ; peut-être le sont-elles trop ! Dépassant en azote la viande elle-même, abondamment pourvus d’amidon et de matières minérales où le fer et l’acide phosphorique dominent, ces aliments ne doivent être pris qu’avec une certaine modération, car, à les manger fréquemment,' on retrouverait en partie les inconvénients de la ration trop azotée.

Certains fruits, tels que les amandes, les noix, les noisettes, l’emportent encore sur tous ces aliments par l’extrême concen-

I. Le froment et le maïs sont d’abord torréfiés, puis écrasés à la meule. Avec cette poudre grise, qu’ils appellent gofio, les Ténériffains font une pâte sans levain et sans cuisson, qu’ils se contentent de former au moule. Ils en coupent des tranches qu’ils mangent ainsi sans préparation ni mélange. C’est uniquement de cela que vit cette belle et forte race qui rappelle les Gaulois de Vercingétorix.

tration des matériaux nutritifs. C’est là, en quelque sorte, le triomphe de la nature comme concentration alimentaire ! Ces graines ne renferment que très peu d’eau; l’azote y est deux fois plus abondant que dans la viande; mais surtout, avec une large proportion d’acide phosphorique et de matières minérales, avec une notable quantité d’amidon et de sucre, on y trouve une réserve très abondante de corps gras dont le rendement calorique et énergétique est le double de celui du sucre et des hydrates de carbone.

Enfin, il faut accorder une mention toute spéciale aux fruits, sucrés. Sans doute, très pauvres en azote, ils ne peuvent être pris comme aliments complets. Mais ce qu’ils nous offrent, c’est le glucose lui-même, c’est-à-dire la matière que l’organisme consomme directement, sans aucun surmenage de transformation. — Déjà fort utiles dans la composition d’une ration physiologique d’entretien, ils sont d’une valeur incomparable pour la ration supplémentaire de travail.

Telle est la richesse alimentaire du règne végétal 11 est

vrai qu’une ancienne objection, tirée des travaux de Rubneb, prétend que la digestibilité de l’aliment végétal est médiocre, et que le régime végétal fournit un résidu intestinal trop abondant pour être aussi sain et nutritif que le régime animal.

Ainsi formulée, cette affirmation est équivoque et fausse. On sait que le sucre laisse un résidu insignifiant. 11 en est de même pour le riz et pour les pâtes. — Consultons d’ailleurs le tableau des digestibilités tel que l’enseignent Landois, Morat et Doyon et tous les auteurs, d’après les études de Prausnitz, Mœller, Kermaüner et de Rubner lui-même. Voici les valeurs du résidu intestinal pour loo parties de substance sèche :

Riz 4,1

Pain blanc 4,5

Viande 5,2

Œuf 5,2

Lait g

Pommes de terre 9,4

Pois Il

Pain noir i5

Ce tableau montre bien que les substances animales sont loin d’avoir la première place dans l’échelle des digestibilités.

Mais surtout, si l’on prend pour type la digestibilité à g o/o du lait, qui semble bien un prototype alimentaire, il est visible que la moyenne des farineux communs (riz, légumineuses, pommes de terre) se place plus près du chiffre idéal que la viande et les oeujs.

Seuls, quelques légumes frais et le pain noir, à cause de leur cellulose, laissent un résidu plus élevé. — Au lieu de nous en plaindre, rappelons, au nom de l’hygiène la plus élémentaire, que leur emploi convenable combattra la constipation et déterminera cette sorte de gymnastique intestinale douce et régulière que toute alimentation saine doit provoquer pour entretenir les forces de l’appareil digestif.

Enfin, si l’assimilation azotée est un peu moindre avec le régime végétal,, comme le prouvent les chiffres de Rubner et de Tiegersted, il suffira de se rappeler que la ration azotée des auteurs peut et doit être réduite de 120 à 5o ou 60 grammes, pour comprendre que l’objection est sans valeur.

C’est dans cette variété de richesses nutritives du règne végétal, que les adeptes des régimes anticarnivores ont fait un choix.

Affirmant que les aliments ne doivent subir aucune préparation culinaire, que l’homme est essentiellement frugivore et non herbivore, que les fruits sont seuls susceptibles d’être absorbés crus, certains adversaires du carnivorisme se contentent du régime des fruits. Ce sont les fruitariens, dont le système porte le nom de fruitarisme.

Moins sévères, acceptant le principe de la cuisson des aliments, mais ne consommant que des matières végétales, les végétaliens refusent le lait lui-même. La doctrine qu’ils professent e5t le végétalisme.

Certes, on aurait tort, en principe, de contester aux végétaliens et même aux fruitariens, la possibilité d’accepter la seule diète des végétaux ou des fruits. N’avons-nous pas fait l’inventaire des ressources incomparables du règne végétal? Nous savons maintenant qu’un régime convenablement formé de fruits assure l’alimentation la plus saine et la plus complète* — Toutefoir, la plupart des adversaires du carnivorisme ont adopté une diète plus large : à l’ensemble du règne végétal, les végétariens ajoutent en effet les œufs, très utiles à la prépara-

tion des mets, et le laitage, dont les dérivés, fromages, beurre, crème, apportent une agréable variété dans nos recettes et nos menus.

On ne confondra donc pas le végétalisme et le végétarisme. D’ailleurs, végétarisme ne signifie pas régime végétal. Les Anglais, qui ont créé ce mot (transformé plus tard par les Allemands en végétarianismé) , le font dériver de l’adjectif vegete, vigoureux, vif et actif, lequel vient étymologiquement de l’adjectif latin vegetus, qui a la même signification. Le régime , végétarien est donc synonyme de régime de force et de santé.

C’est bien en effet à cette diète des végétaux, des œufs et du lait qqe se sont arrêtées la plupart des populations robustes et bien portantes (i). Les paysans russes, les mineurs du Chili, ouvriers mexicains, brésiliens, chinois, aborigènes des Canaries, ouvriers et bateliers égyptiens et grecs, porteurs smyrniotes (2), soldats turcs, ouvriers agricoles de Suède, Italie, Suisse, Bavière, Turquie, etc., n’absorbent que pain, fruits, légumes, laitage. Tous jouissent d’une force musculaire remarquable.

Il faut retenir ces faits qui, complétant la doctrine physiochimique qui vient d’être exposée, fournissent une éclatante justification des théories végétariennes.

Mais ce point de vue chimique n’est pas le seul. Nous pouvons consulter l’enseignement anatomique ; il précisera encore les choses, en nous donnant la preuve irréfutable que l’homme n’est pas un carnivore et que toute son organisation fait de lui un frugivore.

RECHERCHE DU REGIME ALIMENTAIRE NATUREL DE l’hOMME PAR l’anatomie et LA PHYSIOLOGIE COMPARÉES

« Tous les êtres, dit le naturaliste Blanchard, remplissent un rôle défini au sein de la nature. Une plante se pro-

1. Le régime des athlètes grecs se composait seulement de ligues, noix, fromage, pain, du Ma^a, sorte de gâteau non fermenté. — Le brouet noir des Spartiates est légendaire. Ce ne fut donc pas le régime des viandes qui inspira à leurs compatriotes la défense splendide et glorieuse des Thermopyles.

2. Nourris uniquement de pain noir et de légumes, ces hommes arrivent a porter des charges lormidables dépassant 3oo kilos.

page à l’excès; les chenilles arrêtent la propagation exagérée de cette plante. — Les chenilles apparaissant en nombre trop considérable, les ichneumons se multiplient à leur tour et tuent les chenilles par millions. — Les espèces animales phytophages, dont la vie est facile, tendent toujours à accroître leur population ; les espèces ca?-nassières empêchent cet accroisse- 7nent... Sur un autre point, le spectacle est différent. Le cadavre d’un animal est gisant à terre, le sol est souillé d’immondices.

, Les diptères s’arrêtent sur ces cadavres#. Les coléoptères les fouillent. Bientôt des larves fourmillent au milieu de ces affreux débris, les anéantissant, ou les disséminant dans la terre... Merveilleuse mission de ces insectes !... Ils fertilisent le sol en éparpillant les détritus... . »

Ainsi donc, un ordre admirable, et d’une précision en quelque sorte mathématique, préside aux phénomènes de la nature vivante. Les animaux obéissent à des lois, sous l’action de leur instinct, et Yappétit de chacun n’est que l’impulsion de la Providence qui dirige ainsi fatalement chaque être vers la mission qu’il doit remplir dans le plan général de l’univers !...

11 est donc clair que, à côté des frugivores et herbivores, on rencontre nécessairement des animaux carnassiers. Mais l’existence de ce dernier type ne peut être prise comme justification complète du régime carnivore. 11 n’y a là nul motif é’élever la fonction du carnassier à la dignité d’un prototype alimentaire comparable au régime végétal. — Il existe des espèces carnassières et nécrophages ; soit ! xMais ce fait intéressant n’est que l’expression évidente d’une fonction subalterne très spéciale et nécessaire, imposée à certains êtres, pour assurer l’équilibre du monde vivant. On ne peut y voir l’indication providentielle que la chair de l’animal est destinée à servir d’aliment, ni que cet organisme défunt est réellement une réserve d’énergie alimentaire.

Il est d’ailleurs inutile de méditer longuement pour découvrir que l’homme, ce roi de la création, n’est fait pour accomplir aucune besogne secondaire et dégradante. Le tigre et le corbeau, le requin et la baleine, le ver et l’asticot, le crabe et l’écrevisse et tous leurs congénères s’acquittent assurément trop bien de leur fonction pour qu’il soit nécessaire de leur

p7'ête}' tuciin foi'ie dans leur osuvre régulatvica de niasscicre et de balayage ! ...

Si ces évidences ne vous frappent pas encore, suivez avec quelque attention la courte analyse que je vais faire. Elle suffira pour vous convaincre que l’homme n’est ni carnivore, ni même omnivot'e,eX. qu’il doit s’abstenir entièrement de chair.

La dentition indique le régime d’un animal aussi clairement que la structure d’une machine en fait connaître le rôle.

Chez les animaui féroces, les incisives sont petites. Les canines énormes sont impropres à la mastication; sous le nom de crocs, elles servent à saisir et tenir la proie. Mais, pour déchiqueter et couper la chair, les carnassiers se servent de leurs seules molaires qui sont aiguës et tranchantes comme des poignards. Ces pointes, au lieu de s’opposer, alternent d’une mâchoire à l’autre et coupent la chair à la manière des ciseaux.

Chez les herbivores, les incisives sont longues ; avortées, les canines sont généralement invisibles. Quand aux molaires, larges et aplaties., elles servent à triturer les aliments.

Enfin les vrais Jrugivores, tels que les singes, ont une dentition uniforme; les canines sont bien développées mais trop courtes pour servir de crocs. Les molaires, plates et légèrement mamelonnées, ne conviennent ni à la mastication de la chair ni à celle de l’herbe ; elles sont disposées pour broyer les graines et les fruits.

Cherchez maintenant à laquelle de ces dentures se rapporte celle de l’homme, en vous rappelant bien que ce sont les seules molaires qui définissent le mode alimentaire d’un animal.

Etudiez un peu le râtelier d’un chien, la mâchoire d’un cheval. Vos dents ressemblent-elles à celles de ces animaux ? Assurément non. Vous ne possédez ni la dent toute plate d’un équidé, ni surtout la molaire aiguë d’un carnivore. N’ayant, en somme, ni les caractères d’un herbivore, ni ceux d’un carnassier, vous ne pouvez pas être rangé, à titre d’omnivoi'e, entre les deux précédents types d’animaux. Ce transport absurde de la moyenne arithmétique dans l’ordre anatomique exigerait pour le moins que l’on n’opérât que sur des choses de même espèce.

Il n’y a d’ailleurs aucune équivoque pour l’esprit qui veut bien consulter loyalement l’enseignement anatomique. L’homme a très exactement la dentition des frugivores (i), à savoir 32 dents se décomposant en 8 incisives, 4 canines de taille moyenne, 8 petites molaires et 12 grosses molaires mamelonnées. Je le répète, il n’y a aucun doute; muni d’une mâchoire de frugivore, l’homme est mi frugivore.

L’élude du tube digestif confirme encore cette conclusion.

L’estomac de l’homme n’est ni la petite poche arrondie du carnivore, ni l’énorme panse de l’herbivore. Il ressemble parle volume et la forme à celui des frugivores. Un sait d’autre part que chez les carnivores le tube digestif est quatre ou cinq fois plus long que le corps. Beaucoup plus développé chez l’herbivore, le canal alimentaire dépasse vingt-cinq fois la taille du corps, tandis que, chez le frugivore, le rapport des longueurs se maintient entre dix et douze. En invoquant ces chiffres, les auteurs ont affirmé que chez l’homme l’intestin ne mesure que cinq fois la longueur du corps et que l’homme omnivore est presque un carnivore. — Ils ont commis une erreur impardonnable et d’une naïveté enfantine, en oubliant que, pour comparer l’homme à un quadrupède, il fallait le traiter en quadrupède en ramenant la taille du corps à celle du tronc. Chez un homme de in^Go, la longueur du corps se réduira ainsi à o’^yS ; et comme le tube digestif a un moyen développement de 7™5, le rapport atteindra le nombre dix, c’est-à-dire le chiffre caractéristique du véfxme frugivore. Et je conclus pour la troisième fois, en me fondant sur l’enseignement anatomique, que l’homme est un frugivore.

CE qu’on doit entendre par aliment, d’après la biologie

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