GÉNÉRALE
Les précédentes justifications de l’alimentation végétale et du régime végétarien, tirées de l’analyse chimique et de 1 ordre
I. De ce rapprochement je ne tire aucune conclusion transformiste. Il serait absurde de conclure que l’homme descend du singe, parce qu il en a les dents. Je dis simplement : à denture identique, rdgime semblable.
anatomique, sont séparément suffisantes pour faire la preuve du fondement scientifique inébranlable des doctrines végétariennes. Et pourtant, ce n’est pas tout; nous pouvons nous élever encore plus haut et plonger nos regards dans ce mystérieux domaine des lois et des causes qui président à l’harmonie du monde. Adressons-nous donc à la biologie générale, pour lui demander le secret de la circulation de l’énergie et de la matière à travers le monde vivant. Elle nous révélera le plan du merveilleux équilibre qui existe entre tous les êtres. Elle nous apprendra l’origine, la nature essentielle et le mécanisme profond de la transmission des forces delà nature aux organismes. Elle définira par là et sans équivoque la source pure de cette force alimentaire par laquelle l’animal manifeste sans cesse sa haute et puissante activité.
Une loi générale gouverne l’ensemble de l’univers : c’est le principe de la conservation de l’énergie. Partout où se produit un travail, partout où se manifeste une énergie, il y a donc lieu de rechercher la source de cette énergie, la manière dont elle se distribue et s’emmagasine et le mécanisme par lequel elle intervient dans l’accomplissement des phénomènes et des fonctions.
Essentiellement composé de matières, l’organisme vivant ne saurait échapper aux lois physico-chimiques universelles qui régissent cette matière. Aucun être ne peut créer l’énergie dont il dispose. Il l’emprunte, et c’est inévitablement à la source commune de toute énergie, au milieu cosmique, qu’il tait cet emprunt. Les rayons solaires qui enveloppent les choses impriment assurément sur tous les êtres leur puissante et bienfaisante action. Mais cette action immédiate, si utile qu’elle puisse être, ne saurait devenir la source réelle de la force que l’organisme met en jeu.
L’animal ne peut capter l’énergie solaire. Il ne crée jamais les réserves de forces; au contraire, il les détruit rapidement, pour en dégager l’énergie indispensable à son incessante activité. C’est un transformateur d’énergie, et, si vous le voulez, un admirable moteur; mais précisément puisqu’il consomme, analyse et détruit sans cesse, il ne synthétise et n’emmagasine jamais.
Or, cette réserve de force et d’énergie que l’animal réclame
et utilise sans pouvoir la produire, c’est ce que communément on appelle Valime^it.
Remarquez maintenant que si l’animal tend à épuiser sans cesse le stock alimeiitaire de la nature, il faut bien par compensation qu’il existe un mécanisme destiné à réparer continuellement cette réserve nutritive qui doit être inépuisable.
Cette indispensable régénération de la matière et de l’énergie alimentaires, condition formelle d’existence du monde vivant, est l’admirable secret du règne végétal. — Consultons le travail physiologique de la plante verte ; il nous donnera la clé du problème d’équilibre biologique que nous cherchons à déchiffrer.
Les organes aériens des végétaux renferment une matière verte, la chlorophylle, qui jouit de la remarquable propriété d’absorber l’énergie contenue dans la lumière du soleil et de construire ainsi avec les éléments de l’atmosphère et du sol divers corps chimiques — amidon, sucre, graisse, albumine — où elle emmagasine la force solaire, pour la transmettre, sous forme d’aliments adaptés à leur nature, à la multitude des êtres vivants qui, comme l’homme et les animaux, sont incapables de recueillir directement l’énergie du soleil.
Cet enseignement de physiologie botanique si bien formulé par le chimiste Dumas, par le savant Cl. Bernard et par tous les biologistes modernes, nous montre clairement le processus de circulation de la matière. Tout ce que l’animal souille, consomme ou détruit, le végétal vert le purifie et le régénère.
Comment le règne animal n’a-t-il pas encore tari les sources vivifiantes de l’oxygène atmosphérique? Depuis des milliers d’années qu’il y a des êtres qui rejettent des ffots de gaz carbonique, pourquoi l’air n’est-il pas encore devenu irrespirable? — Vous pouvez maintenant donner la réponse. C’est le règne végétal qui absorbe l’acide carbonique au fur et à mesure qu’il se produit; c’est lui qui, source intarissable d’oxygène, maintient immuable l’atmosphère où nous vivons.
jMais ce n’est pas tout. En consommant la masse alimentaire qui l’entoure, l’animal devait rapidement en épuiser la réserve; il allait en outre encombrer les milieux ou il vit des mille détritus et des produits impurs de son travail nutri-
tif. Mais le végétal a récolté dans l’air, dans la terre et dans l’eau tous ces déchets. Par un pouvoir qui lui est propre, il en a combiné le carbone et l’azote pour reproduire le bienfaisant et savoureu.x aliment.
Vous avez compris maintenant ce qu’est véritablement un aliment. Vous l’avez compris parce que vous avez vu son origine, sa nature et sa destinée. Issu de l’énergie solaire par le pouvoir de la seule chlorophylle végétale, végétal de source et d’essence, l’aliment qui conduit et canalise l’énergie extérieure sous une forme assimilable, vers les milieux organiques inferieurs et les protoplasmas animaux, l’aliment, dis-je, nous apparaît maintenant muni de son véritable critérium scientifique. — De quel poids peuvent donc être les caprices de la mode et les tyrannies de la routine en présence d’une vérité si claire ? C’est en vain que l’on dissertera à l’infini sur les besoins de l’homme omnivore, sur la nécessité d’un prétendu régime fortifiant, ou sur les intentions de la Providence destinant, paraît-il, la brebis et le bœuf au couteau du boucher. Toute objection tombe devant ces trois lois qui résument l’enseignement le plus élevé et le plus clair de la physiologie générale : L’aliment est une substance appropriée à la transmission de la matière et de l’énergie cosmique vers les organismes animaux, qui sont incapables de profiter de leur contact avec le milieu extérieur commun pour en recueillir l’énergie.
2° Seuls les végétaux munis de chlorophylle sont capables de CRÉER l’alimeni et l’énergie alimentaire, parce que seuls destinés à capter les sources de l’énergie solaire pour l’emmagasiner, ils sont aussi les seuls qui présentent le pouvoir de synthèse chimique, les seuls enfin qui puissent renouveler le stock de matière et d’énergie où puisent les animaux.
30 Au total, l’aliment vrai, pris à sa source pure, est forcément végétal.
C’est sur ces importantes considérations que je m’arrête. Comme je vous l’avais annoncé, le végétarisme a bien la force d’une vérité scientifique hautement affirmée par la chimie, la physiologie, l’anatomie et la biologie générale. Je vous ai montré aussi la signification du carnivorisme et du nécrophagisme au sein de la nature, en vous indiquant avec Blanchard la fonction subalterne d’équilibre que les animaux nécrophages
remplissent inconsciemment dans l’univers. En vous mettant en garde contre la tentation de trouver dans ces faits une leçon de carnivorisme applicable à l’homme, je vous;ai encore prouve l’insuffisance et l’illogisme d’un régime qui prend le mécanisme brisé du corps de l’animal défunt pour source de force et de vie, et sa chair pour réserve alimentaire. — Tout, remarquez-le, a reçu sa démonstration, et rien n’a été avancé sans preuve.
Serez-vous convaincu? Je le souhaite. Si toutefois vous ne l’étiez pas encore, réfléchissez, précisez votre pensée et présentez nous vos objections. Bien loin de redouter la controverse, nous la recherchons toujours, car, à l’inverse de la plupart des doctrines, le végétarisme scientifique trouve dans la discussion le moyen d’affirmer et de répandre sa lumineuse vérité...
La Maladie et le Régime Alimentaire
« L’organisme malade, dit Cl. Bernard, ne saurait obéir à d’autres lois que l’organisme sain... L’anatomie et la physiologie normales et pathologiques obéissent aux mêmes lois, dont l’étude représente la partie scientifique, théorique de la médecine : la clinique en est l’application. »
Cet enseignement très affirmatif de l’illustre maître du Collège de France, qui unit d’une façon non équivoque l’hygiène et la médecine à la physiologie, dans une grande conception biologique, trouve une application particulièrement fécOnde et heureuse dans la question du régime alimentaire.
S’il est vrai, et je crois l’avoir suffisamment montré déjà, que la diète végétarienne soit l’expression d’une vérité fondée sur la biologie générale, la chimie alimentaire, l’anatomiecomparée, nous pouvons affirmer aussi qu’elle ne peut jamais conduire à une erreur ou à un contresens dans le domaine thérapeutique. — A l’inverse, il est clair que la justification clinique du végétarisme contient aussi sa complète justification dans l’ordre physiologique. — « 11 n’y a pas, ajoute Cl. Bernard, une mécanique normale et une mécanique anormale... » Ce qui veut dire que les mêmes principes généraux de mécanique assurent la réparation d’une machine et dictent les précautions à prendre pour la conserver en bon état. Comment dès lors oserait-on soutenir que l’intoxication et le surmenage nutritif
d’un organisme, reconnus funestes pendant la maladie, puissent devenir bienfaisants ou simplement inofifensifs dans l’étal de santé !... (i)
D’ailleurs, cette séparation systématique des deux ordres physiologiques, normal et anormal, contraire à toute logique, est propre à égarer l’esprit médical et avec lui l’opinion publique sur la cause habituelle de nos maux. — On refuse, n’est-ce pas, de croire que les préceptes de la physiologie contiennent le problème de l’hygiène et de la thérapeutique. Ne va-t-on pas chercher les causes morbides fort loin, dans un domaine physiologiqxie, sans vouloir accepter la responsabilité de ses souffrances?... Cette tendance à l’irresponsabilité ne se complique-t-elle pas encore chaque jour du dangereux esprit de fatalisme où vous jette peu à peu la terreur exagérée du microbe ? — Cherchant toujours au dehors la cause de vos maux, vous en arrivez à oublier — et votre médecin vous encourage presque toujours dans cette erreur — que la cause permanente de la maladie réside en vous et vient de vous. Au lieu de vous préoccuper sagement de régler chaque jour votre régime sur les exigences du délicat mécanisme de votre travail physiologique, vous acceptez, parce qu’ils troublent moins vos habitudes de luxe et de sensualité, les faux systèmes pathologiques qui, excusant d’avance tous vos caprices et dégageant votre responsabilité, ne vous obligent qu’à prendre des drogues ou à procéder à quelques désinfections!...
L’erreur a des racines trop profondes pour qu’il soit aisé de la combattre. Je voudrais pourtant, dans cet article, chercher à sortir le lecteur aussi bien d’une folle terreur que d’une trompeuse sécurité qui, l’une et l’autre, peuvent causer sa perte. Je voudrais lui donner un peu... le sens de sa responsabilité dans la question pratique de la santé et de la maladie, lui taire entrevoir le puissant instrument qu’il possède avec le régime, instrument de mal et de mort, s’il en use sans méthode ; de vie et de féconde activité, s’il veut appliquer son talent et ses forces à
I. Il est vrai que les forces de réaction de 1 homme robuste resteront longtemps victorieuses du choc répété des intoxications alimentaires. Mortelles chez le malade, ces intoxications sont longtemps supportées par l’organisme sain. Mais il ne suit nullement de là qu’elles lui soient favorables.
le bien diriger. Je voudrais enfin montrer ici que nous tenons, avec la question du régime, la clé de l’énigme de la santé et de la maladie, de l'hygiène et de la thérapeutique !...