I. Séance du 14 avril
de vue de la nature et du nombre des bactéries, le contenu du tube digestif, ces savants auteurs ont montré que, par l’alimentation azotée riche en viande, le nombre des bactéries atteint le chiffre ^’„ogsal de Gy.ooo^germes par milligramme de matière, tandis que dans la diète lacto-végétale, au bout de quatre à cinq jours, le nombre de ces bactéries tombe à 2.000.
Dans certains cas, Gilbert et Dominici ont obtenu une réduction si extraordinaire des germes, qu’il n’est pas téméraire de déclarer que la diète lacto-végétale réalise une parfaite asepsie du tube digestif.
Il est donc irréfutablement prouvé que, saturé de matières azotées et de viande, le tube digestif devient un milieu de culture admirablement préparé pour le développement de toutes les fermentations. Ainsi apparaissent rapidement dans l’intestin les acides lactique, butyrique, acétique, oxalique, valérique, caproïque, etc., tous malsains et la plupart infects, qui commencent déjà leur œuvre néfaste dans l’appareil digestif et la propageront bientôt à l’organisme tout entier. — Mais n’oubliez pas maintenant — - que ces milieux acides vont à leur tour engendrer et aggraver la fermentation toxique des matières azotées. De sorte que la marche du processus chimique dans l’arthritisme débutant se résume dans cette double loi ;
P’cxcès initial d a^ote créé d abord 1 acidité du milieu , et, par réaction, l’acidité du milieu produit la complication toxique.
Suivons, si vous le voulez, les phases de cette morbidité chimique progressive.
L’enfant, s’il naît de parents légèrement arthritiques, présente dès le début une légère tendance à l’acidité des sucs digestifs, du chyle, du sang et des humeurs.
Or, c’est un fait physiologique classique que cette acidité débutante stimule les cellules, les divers éléments anatomiques avec exagération de leurs fonctions normales (1). Le travail digestif et l’assimilation prennent donc au début une force remarquable. — Gros, joufflu, glouton, largement passez-
moi le terme — jusqu’au hoquet et au vomissement, l’enfant
,. Hygiène alimentaire cheK les arthritiques, le D' Pascault;
liéforme aliment., mai, juin, juillet - \TUc\e Inflammation du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales.
est véritablement le bébé de vos rêves, celui que vous admirez et à l’égard duquel vous ne tarissez pas d’éloges, en flattant l’orgueil des parents.
Cependant, l’œil vigilant et scrutateur de l’hygiéniste découvre déjà sous les dehors trompeurs de cette débordante nutrition, et même à cause d’eux, les symptômes de l'acidité excitante et congestive. En effet, l’inflammation intestinale ne tarde pas à se révéler; puis, c’est la constipation de plus en plus fréquente accompagnée de formidables débâcles. Tout à coup, les belles joues roses se flétrissent et se couvrent des teintes cireuses de l’athrepsie. En quelques semaines, l’entérite et la diarrhée ont emporté le superbe nourrisson!...
Fort heureusement la plupart des enfants résistent. Après une crise plus ou moins grave où l’organisme a réussi à régénérer ses humeurs, le mignon bébé reprend à peu près son aplomb et retrouve son sourire. Hélas! mal interprétée, mise sur le compte des dents,, l’épreuve terrible n’a pas encore instruit les parents. — C’est l’époque du sevrage ; on en va profiter, avec l’avis du médecin, pour établir à l’enfant affaibli et pâle un superbe régime tonique et fortifiant. Avec les copieuses bouillies, on lui administrera de la viande, du jus de rôti, des boissons et potions excitantes.
Alors, deux cas se présentent. Ou bien le petit organisme, déjà écrasé par la charge morbide qu’il a reçue de ses ancêtres, par la violence de la première crise passée, par l’abus du régime énervant, traîne dès le premier âge sa misérable existence d’anémique et de neuro-arthritique; ou bien, l’enfant possède encore un fond d’excitabilité sulîîsant pour reprendre, sous l’influence de son régime tonique, l’exagération nutritive et la belle apparence qui trompent encore la vigilance des parents.
.•Mors le processus inflammatoire de l’acidité recommence son cycle. Avec la surabondante secrétion gastrique, l’enfanta retrouvé son vigoureux appétit et la forte digestion de sa première enfance. — Cependant il parvient à l’adolescence ; c’est toujours un gros mangeur; mais l’inflammation commence à provoquer de nouvelles crises. Parfois il y a de l’embarras gastrique avec indigestion et courbature générale. La dyspepsie chronique s’établit; l’appétit est variable. Le jeune homme souffre de constipation, d’aigreurs, d'une vicieuse sensation de
soif ; sa langue est chargée au réveil. Le soir, il ressent des ballonnements et se sent incommodé de gaz. Plus tard, ce sont les maux de tête, les somnolences, les palpitations, signes infaillibles de l’extension du mal.
Le vice humoral s’étend encore et se généralise. Irritée par l’acidité, la peau présente des éruptions, de l’herpès, de l’urticaire et de l’eczéma. Du côté des muqueuses, cette irritation congestive chronique se manifeste par le gonflement des amygdales, la tendance aux végétations pharyngiennes. L’organisme devient susceptible à l’excès ; le moindre irritant, le plus petit refroidissement produit coryza, angine, névralgies... Enfin l’inflammation gagne les muscles, les articulations, amenant les crises variables, mais parfois terribles et fatales, de rhumatisme aigu avec lésions p?‘écoces du cœur et des vaisseaux. ^
Tel est le tableau morbide déjà bien sombre qui synthétise la première phase de l’arthritisme, celle de l’excitation et de la congestion.
Mais plus grave encore est la seconde phase, celle de l insuffisance. Née de l’e.xcès et du surmenage produits par la première, cette phase ne s’ouvre pas brusquement. Longtemps mêlée à des symptômes intermittents d’e.xagération fonctionnelle de la première phase, elle finit par régner dans l’organisme adulte qu’elle conduit à l’usure précoce.
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Les cellules perdent leur vitalité. Déjà mal dirigés par un nprvpiix deouis longtemps affaibli, la plupart des tissus
Tant que le foie a pu, comme une^
arrêter les impuretés du tube intestinal, 1 organisme s est maintenu en équilibre. On s’explique ainsi la phase prospère d excitation congestive.
Mais lorsque, aux troubles digestifs qui manifestent déjà le surmenage et l’insuffisance, s’ajoutent quelques-uns des symptômes généraux déjà cités — somnolence, étouffements, palpitation, herpès, eczéma, rhumatisme, etc... — on peut affirmer que \ acidité et l’intoxication se sont propagées jusqu'au sang et que le foie est désormais impuissant à en arrêter le flot grandissant.
Cette doctrine de Glénard met bien en évidence un état morbide spécial : V hépatisme, intermédiaire forcé entre 1 arthritisme digestif naissant et la diathèse arthritique vraie qui s étend à l’organisme entier. En effet, l’hépatisme prolongé engendre bientôt cette morbidité générale si bien décrite par Bouchard dans ses belles leçons sur les maladies par ralentissement nutritif. Ce ralentissement, qui est l’indice et la conséquence de V usure précoce, empêche l’organisme d’utiliser convenablement toute la masse des produits digestifs mal élaborés et de composition malsaine que l’intestin verse encore, sans que le foie puisse en régler le débit ou en corriger l’impureté.
Alors « devant ce débordement, dit le D*" Maurel, l’organisme se défend comme il peut ». Tantôt il dépose, sous form« de graisse, l’excès des aliments qu’il ne sait plus transformer ni brûler entièrement, et il arrive à l’obésité ; tantôt, n’ayant plus l’emploi du sucre que le foie n’arrive pas d’ailleurs à régler, il le laisse échapper en grande quantité par les urines. — Mais l’obèse et le diabétique sont frappés d’une morbidité commune.
Ils ont, l’un et l’autre, comme l’indique bien Gautrelet, une urine fortement acide, jeffet exact de l’acidité générale du sang, des humeurs et des tissus. Au lieu de leur interdire le sucre et le féculent, — ce qui n’est qu’une indication puérile et illogique -rr il Jaut, selon l’expression du D"" Pascault, « régénérer :1e terrain », en supprimant les aliments tt'^ a;{Oth, gmérateur^ ^ d'acides, c’est-à-dire les viandes, et les produits qui entravent les combustions nutritives, c’est-à-dire les alcools (i).
Mais, parmi les produits qui, après avoir lorcé le passage
I. Pour compléter ces renseignements, consulter le travail du D' Pascault, loc. cil.
du foie, se répandent dans l’organisme, il faut mentionner un déchet acide, particulièrement dangereux, que l’usage de la viande fait toujours naîme ; je veux parlëT de Vaçide uriqm, qui, répandu dans les organes du corps, devient l’origine d’un grand nombre de formes morbides dont le type est la goutte. Cette diathèse urique contient encore le rhumatisme goutteux, la sciatique, lagravelle urinaire et les coliques néphrétiques, puis, dans un genre très voisin, les manifestations biliaires et les coliques hépatiques. — Telle est la liste abrégée des formes arthritiques aux deuxième et troisième stades du processus morbide.
Ce n’est pas tout; nous n’avons pas encore signalé les formes graves et fatales. Cependant nous les touchons presque.
Il suffit, en effet, d’imaginer un pas de plus dans le processus de désorganisation pour arriver à la complète altération des tissus les plus importants.
Du côté des muqueuses, c’est la phase ultime de l’inflami mation avec gas^trite, ulcère, cancer. — Du côté des vaisseaux, c’est l’induration, la très grave lésion connue sous le nom à' artériosclérose, conséquence d’une longue inffam mation.
Cette sclérose porte-t-elle sur le foie? Il y a cirrhose hépatique et hydropisie. Affecte-t-elle le rein ? C’est la néphrite, l’albuminurie, l’insuffisance rénale. — Sur les vaisseaux du cœur, la sclérose produit V angine de poitrine vraie qui tue; sur la moelle et ses vaisseaux, elle engendre les diverses myélites et l’ataxie locomotrice. Enfin, dans le cerveau, elle conduit soit au ramollissement, soit à l’hémorragie avec hémiplégie.
Ce sont là les manifestations ultimes de l’arthritisme. Cette quatrième et dernière phase ne mérite-t-elle pas le nom de phase sénile? L’expression serait juste si ces lésions finales et mortelles avaient un rapport chronologique avec la vieillesse proprement dite. En réalité, cette quatrième phase définit simplement la sénilité physiologique. Nous rappelant cette formule si juste du D'’ Lagrange ; « Chacun a l’âge de ses artères », nous devrons donc observer qne la sénilité physiologique de la quatrième phase arthritique, parfois très précoce, peut se présenter
à trente ou quarante ans. ^ ^
11 sera plus juste de définir cette quatrième phase par Vin- \ suffisance rénale, car cette insuffisance est le critérium de la déchéance complète d’un arthritique. Tout, à partir de ce mo- ^
ment, est à craindre ; n’est-il pas évident que \ im-perméabilité | du rein maintiendra l’organisme dans une auto-intoxication / continuelle qui le tuera à brève échéance!... ^
C’est d’ailleurs ce que va nous montrer le chapitre suivant. Mais je tiens à ne pas clore cette étude rapide du processus arthritique sans me résumer par des conclusions nettes :
1° C'est l’excès d’ agiote alimentaire et surtout celui de la viande qui constitue, par les diathèses acide et urique, l’origine essentielle du processus arthritique.
2° Le processus arthritique comprend quatre phases principales :
La phase digestive avec prédominance de la prospérité congestive;
La phase d’insuffisance hépatique avec installation et généralisation de la morbidité;
La phase d’action diathésique avec usure précoce et rapide de tous les organes ;
La phase d’insuffisance des reins avec altérations mortelles des tissus et intoxication finale (i).
POUVOIR TOXIQUE DE l’ ALIMENTATION CARNIVORE : CONSEQUENCES EATALES DANS l’iNSUFFISANCE RENALE
Nous arrivons à la plus grave des influences produites par 1 alimentation carnée excessive, à savoir son influence toxique.
— Dans ses célèbres conférences sur la diète lacto-végétale en thérapeutique, Dujardin-Baumetz (2), analysant les causes del’intoxication, les rapporte à trois sources. Il mentionne d’abord les poisons de la vie, ceux qui proviennent du jeu régulier de notre organisme { Leucomaines de Gautier); puis les poisons issus du tube digestif, les ptomaïnes, qui prennent naissance, comme on l’a vu, dans un chyle intestinal troj^ azoté et trop acide, par une « sérié de fermentations vicieuses ». — Knfin la troisième
1. Je n ai pas eu la prétention de faire ici une étude complète de l’arthntisme. Il m a .suffi de développer le mécanisme le plus fréquent de ceue grave diathèse, à la suite des excès alimentaires et spécialement de I abus de la viande.