NOTIONS DE THERMODYNAMIQUE ANIMALE TRAVAIL ET SPORT
A notre époque d’automobilisme et à' américanisme — triomphe de la vapeur et de l’électricité — où les forces brutales de la nature semblent se plier à la volonté de l’homme pour le servir, il peut paraître puéril et presque ridicule de présenter une étude sur l’énergie des organismes vivants. — C’est, me dira-t-on, un anachronisme. Un ingénieur sourira d’entendre si pompeusement parler du moteur humain, lui qui crée ces géants de 20.000 chevaux par lesquels nos modernes cités flottantes sont lancées d’une rive à l’autre de l’Atlantique. On raillera les vitesses et l’endurance de vos meilleurs coureurs, maintenant que notre monde est sillonné de ces mugissantes machines dont la course échevelée et fantastique nous conduit en quelques heures aux extrémités de la France. — Vous faites, il est vrai, 7 kilomètres à. l’heure, mais nos coureurs d’automobile réalisent aisément du 120!... Enfin de quelle importance seront les 3oo.ooo kilogrammètres de votre plus robuste ouvrier, aujourd’hui qu’il suffit de presser sur un simple levier pour produire un travail mille fois plus considérable!...
Certes, ce développement extraordinaire de la force industrielle, fruit de l’intarissable fécondité de l’esprit humain, nous
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ém6rveille et nous passionne autant et plus que les maîtres de la mécanique moderne. Nous n’avons nullement 1 intention d’en venir faire ici la critique. Nous ne discuterons même pas la question du danger économique créé par la substitution des forces mécaniques à l’énergie humaine. — Mais, précisément parce qu’on a trop de tendance à méconnaître aujourd’hui les principes et l’utilité de la mécanique animale, je crois bon de rappeler que notre organisme est une véritable machine, un réel moteur admirablement constitué pour le travail. Je veux montrer que ce moteur, si vite altéré par la maladie dès qu’on le néglige, offre un rendement mécanique remarquable, si on le développe normalement. Enfin, j’ai l’intention d’amener le lecteur à découvrir quel est le régime alimentaire, c’est-à-dire le combustible exigé par notre organisme pour produire sa force motrice et pour manifester le complet épanouissement de sa puissante activité.
LE MOTEUR ANIMÉ — SOURCES d’ÉNERGIE RENDEMENT MECANIQUE
Tout moteur est un transformateur d’énergie. Le moteur ne crée pas la force; il l’emprunte à l’extérieur et la rend ensuite sous une forme mécaniquement utilisable. — C’est ainsi que la machine à feu, alimentée de charbon, dégage l’énergie de combustion de la houille pour produire la force élastique d’un gaz ou d’une vapeur, puis le va-et-vient d’un piston générateur de travail. — La machine à eau, la turbine, soumise au choc ou à la pression d’une chute d’eau^ concentre la brutale force vive qui la trappe pour fournir, par sa rotation régulière et rapide, une source inépuisable de force industrielle. Le moteur électrique utilise l’action magnétique des bobines traversées de courants pour animer l’axe producteur d’énergie mécanique.
Multipliez les exemples, vous trouverez toujours une transformation; jamais vous ne verrez dans le moteur une création d’énergie. Souvent inaccessible à la banale investigation des sens, l’énergie est pourtant présente là où vous ne la voyez pas, prête à se manifester dès qu’une circonstance favorisera son passage dans votre champ d’observation, et à se dissimuler de
nouveau dans la longue série des transformations qu’elle peut subir. — Par exemple, à côté du phénomène visible de la lumière électrique, il faut chercher l’énergie du courant qui le produit et celle de la chaleur qui le suit.
Bref, l’énergie se conserve toujours, et ce principe de conservation se trouve inscrit en tête de toute étude de la nature.
Rien ne s’y peut soustraire, pas plus dans le monde des êtres vivants que dans celui des corps inertes. « La vie, dit Laulanié, ne crée pas l’énergie. » Elle ne l’anéantit pas davantage, et, lorsqu’il développe son activité, l’animal reste fatalement soumis aux lois universelles de conservation et de transformation d’énergie, c’est-à-dire aux règles mêmes qui dirigent le mécanisme de nos moteurs industriels. — Je m’e.xplique.
Examinons d’abord l’animal au repos.
Ce repos n’est qu’apparent, car l’organisme est le siège d’un travail intime de nutHntion, d’une succession ininterrompue de phénomènes nécessaires à la vie. — Vigueur de l’impulsion cardiaque, intensité de la ventilation pulmonaire, travail mécanique des organes digestifs, sécrétions du foie, émission des influx nerveux de la moelle et du cerveau, tous ces actes physiologiques essentiels ne sont-ils pas l’expression évidente d’un besoin et d’une dépense d’énergie ?
Ainsi donc, alors même qu’il ne fait aucun travail visible, l’organisme consomme de l’énergie. Il la prend au dehors, la met quelque temps au service de son mécanisme intérieur, et la rejette de nouveau dans le milieu qui l’entoure, sans en avoir perdu ni détruit la moindre trace.
Comment s’effectue le cycle complet de l’énergie à travers cet organisme vivant ? — Il est aisé de le comprendre.
Tout le monde sait que ce sont les aliments qui représentent la réserve, l’énergie chimique potentielle (i), où l’animal puise sa force. Celui-ci digère les aliments, les absorbe et, dégageant l’énergie qu’ils contiennent, les utilise pour l’entretien normal de sa vie nutritive. De cKimxcpxt tx. alimentaire, l’énergie est devenue, en quelque sorte, physiologique et vitale. Mais, après l’avoir employée pour le travail de ses tissus et de ses organes, l’animal la transforme en chaleur et la rejette à