I. Gautier, loc. cit
de l’oxycène chez le moteur animal qui travaille. On sait, en effet, depuis les immortelles recherches de Lavoisier sur la respiration et la combustion, que, semblable au.x appareils de chaulTage, l’être vivant consomme de Voxygèjie et rejette de Vacide carbonique. Il brûle, en quelque sorte, ses aliments comme le fourneau consume le charbon, et c’est ainsi qu il dégage l’énergie nécessaire au développement de sa force et de son activité. Cette belle découverte de Lavoisier a été confirmée par tous les auteurs. Mais ils l’ont précisée, en montrant, avec Chauveau (i), que la chaleur, comme nous venons de le voir, n’apparaît qu’à la fin, et en quelque sorte comme conclusion du travail vital intérieur, et qu’elle n’apparaît même plus qu’à titre accessoire dès que \’oTQ,a.Xi\smt,fonctionna7it enjnoteur, exécute un travail extérieur.
Quoi qu’il en soit, l’énergie alimentaire est bien dégagée par l’action de l’oxygène respiré, et nous pouvons conclure que :
C’est un phénomène de combustion qui dégage, transjorme et livre à l'organisme l'énergie potentielle de ses aliments.
Assurément, la combustion grandit avec la quantité de travail produit. Lavoisier avait remarqué que, pendant le mouvement modéré, l’homme prend trois fois plus d oxygène qu au repos. S.MiTH a précisé la loi de la combustion et du travail en montrant que la marche lente exige seulement une combustion double de celle du repos au lit, tandis que la marche rapide et la course nécessitent des combustions 4 et 7 fois plus considérables!... (2).
En somme, la consommation d’oxygène, proportionnelle à la grandeur de la combustion, mesure à la fois l’intensité de la vie et le pouvoir calorifique de l’organisme au repos, la puissance mécanique et motrice de ce même organisme au travail (3).
1. Du travail physiologique et de son équivalence. — Revue scientifique, 1888.
2. Voir A. Gautier. Chimie appliquée à la physiologie et à l’hygiène, 1872.
3. Il est donc clair que l’activité physiologique et la vigueur mécanique d’un organisme dépendent en partie de sa puissance respiratoire. Le développement de cette puissance respiratoire est ainsi une condition essentielle du rendement maximum chez le moteur animal. — En un mot, l’homme le plus musclé reste incapable de tout exercice de force ou de fond, s’il a négligé l’entraînement et le développemeht de sa respiration.
Il nous reste a déterminer le siège de cette combustion. A vrai dire, partout répandus à travers le corps, le potentiel alimentaire et l’oxygène respiratoire restent au service de tous les organes, 1 un pour apporter son énergie, l’autre pour la dégager. En un mot, la combustion a lieu partout; mais ce sont les muscles du moteur animal qui doivent, à l’instant du mouvement, devenir les foyers essentiels de la transformation énergétique qui produit leur travail. - C’est bien ce que l’expérience prouve. Cl. Bernard ( i ) a démontré l’existence d’une combustion, d \me. respiration musculaire considérable qui grandit avec la quantité de travail fournie par le muscle. Mais c’est surtout Chauveau (2) qui a mis clairement en évidence la nature et la grandeur de ce phénomène. Lorsque l’organe travaille vigoureusenient, non seulement sa circulation s’accélère rapidement, mais l’oxygène consommé, l’acide carbonique rejeté, peuvent devenir, en ce foyer particulier, 20 ou 3o fois plus considérables qu’au repos.
Je termine cette première étude de physiologie nutritive et mécanique (nécessaire au lecteur pour aborder le problème thermodynamique à.' énergétique alimentaire), et je la résume par les conclusions suivantes :
I® Il y a deux rations alimentaires : celle de Y entretien et celle du travail; de la première l’organisme tire directement 1 énergie necessaire à sa nutrition de repos; de la seconde il tire 1 énergie du | travail mécanique de ses muscles; la chaleur n apparaît qu’à la fin du cycle énergétique;
2» L’organisme en mouvement, qui produit la force mécanique aux dépens du potentiel alimentaire, est un véritable moteur;
3° Le potentiel alimentaire est une réserve d’énergie; son dégagement se réalise avec l’oxygène respiré, par l’opération chimique de combustion, et cette combustion respiratoire, spécialement active dans le muscle en travail, croît proportionnellement à l’intensité de ce travail ;
1. Cl. Bernard. Leçons sur les propriétés des tissus vivants, G. Baillière, Paris, et Comptes-rendus de l’Ac. des Sciences, i85g.
2. A. Chauveau. Comptes-rendus de l’Ac. des Sciences, mai et juin, 1896; Archives de physiologie, juillet, 1896. — Le travail musculaire et l’énergie qu’il représente. Paris, Asselin, 1891.
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40 Le potentiel alimentaire, consommé par les muscles du moteur, absorbe de l’oxygène et dégage de l’acide carbonique; c’est donc une matière éminemment combustible.
En définitive, il existe un combustible approprié au travail de la machine animale. — Quelle est la nature de ce co.mbus- TiBLE VITAL? — Le chapitre suivant va nous 1 apprendre.
RECHERCHE DU CO.MBUSTIBLE MUSCULAIRE - GRANDEUR DE LA RELATION NUTRITIVE DANS LE REPOS ET LE TRAVAIL
Toute matière alimentaire se range — comme je l’ai dit précédemment - dans une des trois familles chimiques suivantes . Substances azotées ou albuminoïdes, corps gras, hydrates de carbone (i) (sucres et féculents). Après digestion, tous les hydrates de carbone sont transformés en swere de glucose (2). Finalement, le potentiel alimentaire offert au moteur animal se compose uniquement d'albumine, dt graisse et de glucose.
Ces trois matières sont-elles également utiles, ou bien l’une d’elles est-elle spécialement destinée à servir de combustible vital? — Il est aisé de le savoir.
Si l’on s’en rapporte au préjugé populaire, c’est à l’albu-V. mine qu’appartient le privilège de la force. Ne prend-on pas ] chaque jour une grosse ration de viande pour avoir de l’ener- I gie? Vous avez entendu mille fois affirmer que, pour avoir du muscle, il faut manger du muscle (3). Ce préjugé a longtemps faussé l’enseignement scientifique lui-méme, à l’époque où le célèbre chimiste allemand Liebig affirmait que « les muscles tirent leur énergie des matières azotées qui les composent ». On sait, en effet, que Liebig séparait les aliments en deux catégories, à savoir : les aliments plastiques, producteurs de muscles et de force; les aliments respiratoires, producteurs de chaleur. Les plastiques contenaient les diverses albumines et principale-
1. Nous laissons provisoirement de côté les sels minérau^qui ne contiennent pas d’énergie.
2. ^cre assimifable particulièrement abondant dans les fruits.
3. Cette naïveté est d'autant plus ridicule que le muscle que nous mangeons (la viande) doit se décomposer d’abord en simple peptone commune, pour pénétrer dans le sang et réparer ensuite les pertes azotées du corps.
ment l’albumine de la viande; les respiratoires étaient représentés par les sucres, les féculents et les graisses.
Cette hypothèse gratuite, opposée au principe même du mécanisme vital, a été rejetée par la physiologie moderne. « Il est aisé, dit Laulanié, de faire justice de cette systématisation des aliments, absolument contraire aux principes fondamentaux de l énergétique biologique. Une conception qui rattache la chaleur et la force à des origines distinctes n’est plus soutenable aujourd’hui et nous n’insisterons pas (i). »
^ donc, nous aussi, ces théories, et adressons-nous à' V,,! expérience dir^te. Elle va vous montrer que, bien loin de^ trouver son énergie dans l’albumine et la viande, le moteur animal, pendant son travail, ne consomme aucune 'matière azotée.
Le problème expérimental est clair : Si, dans l’exercice, la machine vivante emploie des matières as;otees, on devra trouver une augmentation considérable d’a:(ote dans les divers déchets, et spécialement dans 1 urée (2) rejetée par l’organisme. Or, l’expérience prouve que ces déchets azotés ne sont nullement augmentes par le travail musculaire; l’organisme n’emprunte donc pas sa force à l’albumine.
Voici des faits qui ne vous laisseront aucun doute.
Je cite d’abord la fameuse excursion scientifique de Fick et WisLiCE.Mus (3). Ces deux physiologistes ont entrepris ensemble en i865 une ascension méthodique de 3.ooo mètres sur le Faulhorn, et ils ont dosé l’azote de leurs urines, avant, pendant et après l’excursion. — Les chiffres d’azote sont restés invariables (4) !...
Un peu plus tard, expérimentant sur le chien et sur le cheval. Voit (5), d’un côté, VVo'lff (6) et ses élèves de l’autre, arrivaient au même résultat.