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GÉNÉRALITÉS SUR LA CHALEUR ANIMALE

Envisagés au point de vue de leur température et de leur aptitude à résister au froid, les animaux se partagent en deux catégories. Les uns sont chauds, les autres froids. Tenez une grenouille d’une main, une hirondelle de l’autre, la première vous refroidit, la seconde vous réchauffe. Comme la grenouille, beaucoup d’autres animaux sont froids. Reptiles, batraciens, poissons, mollusques, vers, zoophytes, semblent généralement glacés ; en tout cas, leur température est variable et ils suivent presque exactement tous les changements de température du milieu extérieur. — Au contraire, les oiseaux, les mammifères et l’homme, qui restent chauds et uniformément chauds, malgré les variations de la température atmosphérique, se nomment animaux à sang chaud, à température fxe ou homéothermes.

Ces derniers sont assurément les plus remarquables. Doués d’une activité que n’ont pas les autres, ils représentent le type le plus parfait de l’organisation animale, en même temps que le modèle le plus exact de cette résistance par laquelle la nature vivante se sépare du monde inerte.

Comment se fait cette résistance au froid? — Une théorie eucor^ enseignée par trop d’auteurs — Winternitz en .-\llcmagne, Ch. Richet et ses élèves en France — prétend que l’ho-

méotherme est chauffé et garanti par l’épaisse couverture par la fourrure ou le duvet qui l’enveloppent à tel point que, s’il était nu, son corps se refroidirait comme celui de la grenouille Pour expliquer la résistance spéciale aux grands froids de Vhlver, les mêmes physiologistes prétendent que l’homéotherme concentre vers les régions profondes du corps la masse de ses liquides et de son sang, afin d’éviter la perte de la précieuse chaleur sanguine au contact du milieu froid qui l’entoure- et Richet ne craint pas d’affirmer que le lapin perd trois fois moins de chaleur dans 1 air a zéro que dans l’atmosphère a 1 5 deo^rés !

Cette hypothèse paradoxale et par trop gratuite a malheureureusement trouvé un écho favorable dans nos sociétés modernes dont elle flatte les instincts de molle sensualité. Connaissezvous, je vous le demande, beaucoup de personnes qui sachent résister au froid par quelque autre procédé que le chauflTage à outrance? Nos climats sont pourtant bien tempérés et je ne crois pas que l’on puisse traiter de sibériens les hivers que nous traversons au milieu de quelques rares journées de vent d’Est à

^ ou — 10°. Cependant c’est bien sous ces climats modérés que 1 hygiène conseille la triple couverture de laine avec l’édredon, les chaussons ouatés et la boule d’eau chaude au pied d’un bon lit soigneusement bassiné. C’est dans ces climats que 1 usage vous force à employer des foyers de machines à vapeur et à développer dans vos appartements des températures de serre chaude. Ne vous interdira-t-on pas bientôt de mettre le pied dehors sans porter une série de cuirasses fourrées et molletonnées, entourées elles-mêmes de la volumineuse peau de ruminant dont le chauffeur semble avoir introduit la mode ridicule dans le monde des piétons ?

Assurément, vous n’accepteriez jamais de telles pratiques si vous n étiez déjà, d une façon plus ou moins consciente, les adeptes de la résistance passive enseignée par Richet et préconisée par la plupart des médecins. Singulière théorie pourtant que celle qui traite simplement un homme à la manière d’un plat qu on tient au réchaud, ou d une boule d’eau qu’on entoure de nombreuses couvertures, pour l’empêcher de se refroidir!...

A cette formule simpliste de la résistance passive, à cette puérile physiologie de la chaleur animale, il convient d’opposer la formule expérimentale et rigoureuse de résistance active.

celle dont je me suis fait moi-même depuis dix ans le plus ardent défenseur. Cette formule se condense dans les trois propo- -sitions suivantes :

1“ La chaleur normale de l’homéotherme vient entièrement <le lui et résulte de l’intenské de ses combustions ;

2° Plus il fait froid et pTus grande est la perte de chaleur subie par l’homéolherme ;

30 Mais, plus le froid est grand, plus considérable est aussi la quantité de chaleur produite par cet homéothermc.

En un mot, l’animal à sang chaud est normalement construit pour se chauflPer de sa propre chaleur, et, l’organisme vigoureux et bien nourri, cette (^leur se proportionne à la ■dépense exigée par le frpjd.

Je "ne tenterai même pas de résumer ici les milliers d’expériences que j’ai faites et dont les conclusions ont été publiées dans les revues spéciales de physiologie (i). Il suffit de citer quelques faits importants.

Et d’abord s’il est vrai que la fourrure des animaux les préserve en partie du froid, il ne faut pas oublier que certains homéothermes savent s’en passer et que le porc^ presque nu, résiste au froid presque aussi bien que les autres mammifères. Faut-il attribuer cette résistance à l’épaisse couche de graisse dont son corps est enveloppé ? Assurément non, car le sang traverse la nappe de graisse pour se répandre dans la peau toujours rose de ce pachyderme en lui prodiguant la chaleur dont sa surface refroidie a toujours besoin. Aussi bien, les pertes caloriques du porc sont énormes; ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas de conserver une température supérieure à 3g“.

La présence d’une fourrure n’explique donc pas la résistance de l’hoinéotherme. Et j’ajoute maintenant que ni cette fourrure ni aucune autre disposition naturelle ne sauraient empêcher l’animal à sang chaud de perdre une quantité de chaleur rapidement croissante avec l’augmentation du froid. — C’est un fait expérimental que j’ai mis en évidence par un nombre con-

I. Mes articles résument plusieurs milliers d’expériences dont la technique et les résultats ont fait depuis dix ans l’objet de vingt-cinq grands mémoires des Archh’es de Physiologie et du Journal de Physiologie et de Pathologie générale de Bouchard.

J’ai présenté mes conclusions, aujourd’hui à !’•;• seignement, acquises ■dans une quarantaine de prises de date à la Société de Biologie.

sidérahle de recherches effectuées sur l’homme et les animaux.

C’est ainsi que l’organisme humain qui, vers 35<>, perd à peine une calorie par minute, en perd 7 dans l’eau à 18® et 19 dans l’eau à 5°. C’est-à-dire que l’homme adulte perd 18 à 20 fois plus de chaleur dans l’eau glacée que dans l’eau tiède. Et ce même résultat se retrouve non-seulement chez le porc, mais encore chez le singe et le chien, voire même chez les animaux à fourrure ou plumage serré, comme le lapin, le cobaye, la poule et le canard.

J’ai prouvé aussi que, dans les courants d’air, l’homme moyennement vêtu perd encore trois ou quatre fois plus de chaleur à 5 qu’à 20 degrés.

Enfin, dans une atmosphère absolument calme, la dépense de chaleur d’un lapin ou d’un canard est encore quintuplée quand l’animal passe des températures ordinaires d’été aux moyennes températures d’hiver. Et cependant la température du corps ne change pas.

La conclusion est claire et à l’abri de toute critique. L’homéotherme normal, c’est-à-dire vigoureux, se chauffe, non par la chaleur qu’il reçoit ou épargne, mais par celle qu’il produit.

En un mot, l’organisme vivant est et doit rester un puissant générateur de chaleur.

La grandeur de cette production est parfois étonnante chez un organisme solide et bien exercé. Voici un exemple. Je prends ma température qui marque centigrades, et je me plonge entièrement dans un bain glacé à q". En dix minutes, j’ai perdu près de 400 calories, à tel point que si la théorie de résistance passive était vraie, mon corps devrait se refroidir vers Sa». Eh bien ! lorsque je sors du bain, ma température est à 3705. C’est-à-dire que, pendant cette réfrigération formidable, j’ai pu fournir, en ûf/x les 400 calories supplémentaires

qui ont maintenu ma température à sa valeur initiale. Seule la peau s’est légèrement refroidie; et pourtant elle marque encore, dans le bain lui-même, une température supérieure à 20 degrés !...

Des centaines d’expériences semblables ont été réalisées sur moi, sur diverocs personnes, sur des homéothermes variés. Chaque fois, et avec la même netteté, j’ai révélé 1 existence d’une puissaflte énergie productrice de chaleur, energie qui

parfois prend instantanément les proportions d’une force colossale, lorsqu’on soumet l’organisme aux brusques et violentes réfrigérations.

Il ne faudrait cependant pas tirer de ces expériences des conclusions exagérées qu’elles ne comportent d’ailleurs pas. Entendons-nous bien. 11 ne s’agit pas ici de proposera l’homme une semi-nudité protégée par la puissante calorification de ses tissus intérieurs. Ni la morale ni l’hygiène ne sauraient s’accommoder d un tel régime. J’ai voulu seulement détruire le vieux préjugé au nom duquel on s’evertue à chercher la source de la chaleur animale et de la résistance au froid dans un réchauffement extérieur ou dans un calfeutrage hermétique. J’ai voulu, en un mot, prouver jusqu à 1 évidence que l’organisme homéotherme normal est un vévitable calorifère d’une remarquable intensité. Cette preuve est faite, elle est irréfutable; nous n’y reviendrons plus.

JII

MÉCANISME DE LA PRODUCTION DE LA CHALEUR DANS LE REPOS ET DANS LE TRAVAIL

L’organisme homéotherme produit sa chaleur ; il la produit en proportion des besoins de la régulation thermique pour la conservation de sa température. Quel est le mécanisme de celte production ? Nous allons le voir.

La chaleur est une forme d’énergie. La source de la chaleur vitale se trouve donc, comme toute énergie, dans le potentiel

chimique’ c’est-à-dire dans les aliments que l’animal consomme.

J ai déjà montré et le lecteur sait que toutes les opérations de la vie nutritive chez l’être au repos exigent une consommation ince.ssante d énergie. Empruntant à ses aliments la force chimique quils renferment, l’animal dégage cette puissance, la transforme en energie physiologique et vitale et la rejette ensuite sous forme de chaleur.

Cette chaleur, produite et dégagée par l’animal, mesure doue a lajots et I energie potentielle de sa ration alimentaire d ejüretien , ET LA GRANDEUR DE SA FORCE VITALE.

. ous avons VU que le dégagement de ce potentiel s’opère p..r un travail chimique de combustion, c’est-à-dire par l’action

de l’oxygène respiratoire. C’est pour cela que l’activité de la respiration mesure, elle aussi, l’intensité de la vie etlajow/ssance thermogénétique (i) de l’organisme.

Ces laits contiennent un enseignement suggestif que je me permets de signaler au passage.

On remarquera d’abord que la chimie nutritive justifie l’existence de cette force productrice de chaleur dont nous avons parlé dans le chapitre précédent. Il y a chaleur parce qu’il y a vie, et là où la vie est intense, la chaleur produite est également abondante.

Mais ce n’est pas tout. Les deux phénomènes se tiennent réciproquement; la vie produit la chaleur, et, à son tour, la production libre et active de la chaleur assure la manifestation libre et active de l’énergie vitale. En d’autres termes, on ne peut concevoir l'activité nutritive sans un dégagement convenable de la chaleur produite par l'organisme. N’est-il pas évident que toute entrave opposée à l’écoulement régulier de cette chaleur entraînera, par une défense naturelle de l’organisme, le ralentissement de ses manifestations vitales? Car si ce ralentissement n’avait pas lieu, le corps s’échaufferait rapidement jusqu’aux températures mortelles!...

Ainsi donc, retenir la chaleur organique, c’est arrêter la production thermique et la vie elle-même. Au contraire, permettre l’écoulement normal de cette chaleur, c’est activer, par voie réflexe (fl), les réactions thermogénétique et vitale, c’est, en un mot, fournir à l’organisme l’action tonique et vivifiante qui lui est nécessaire.

Enfin, nous remarquerons encore, sans qu’il soit utile d’insister, que les ressources caloriques d’un homéotherme sont liées à la richesse énergétique de la ration alimentaire, et que le choix de cette ration prend une importance capitale dans le mecânTsme thernvogenetique de la résifl^nce au frofij. C est une question grave à laquelle nous consacrerons la deuxième partie de cet article.

Pour l’instant, retenons bien que toute chaleur organique

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