J. Lefèvre, toc. cit
2. Nous savons d’ailleurs que le rendement pratique du moteur musculaire est inférieur à i/3 et qu’il se réduit en général à i/5, à cause du travail perdu dans les mouvements accessoires du corps.
Je n’ai pas à refaire ici la justification de cette loi; mais je prie le lecteur de bien observer que la plus grande partie de la ration inusculatre de travail se transforme en chaleur, et que cette chaleur s’ajoute à la chaleur déjà produite par l’activité commune des organes de nutrition, elle-même augmentée par le travail.
Ainsi donc, dans l’énergie totale de la ration dite de travail, une première partie, qui sert à l’accroissement de l’activité nutritive générale, se transforme tout entière en chaleur; l’autre partie, la plus gran le, qui sert aux muscles, augmente le potentiel musculaire, et les 2/3 de ce potentiel fournissent encore de la chaleur.
Ce sont précisément ces deux sources de chaleur qui s’ajoutent pour produire réchauffement du corps dans l’exercice.
Je ne crois pas nécessaire de prolonger cette étude physiologique pour justifier les conclusions suivantes :
1“ Les animaux à sang chaud se chauffent par leur propre thermogénèse ; cette production est normalement assez grande pour leur permettre de supporter des froids considérables;
2“ La force thermogénétique révèle la vigueur d’un organisme, car elle mesure exactement la vie ;
3“ La conservation exagérée de la chaleur organique diminue la thermogénèse, ralentit la vie et conduit à un affaiblissement progressif ;'
4“ Chez un organisme vigoureux, la puissance de la production calorique exige la richesse du potentiel alimentaire;
5“ Quand l’organisme est au repos, le foie et les muscles se partagent le travail de production de la chaleur animale;
6“ Si l’organisme est en mouvement, il y a formation d’une grande quantité de chaleur dans les muscles, et ceux-ci deviennent les principaux foyers de la thermogénèse;
7° Dans tous les cas, que l’organisme soit au repos ou au travail, que la chaleur soit produite dans le foie ou dans les muscles, le sucre de slucose représente le combusliljfp de la chaleur animale... .
En un mot, le glucose est non-seulement l'aliment de la force mécanique, mais encore le plus précieux de chaleur. ~~~ — — -...w—
Cherchons donc le régime alimentaire qui convient au dé- •veloppement de la chaleur, celui qui, sans danger, permet de résister aux grands froids de l’hiver.
CLIMAT ET RÉGIME ALIMENTAIRE — DE l’iNSUFFISANCE DES VIANDES- COMME ALIMENTS DE CHALEUR — VALEUR THERMIQUE DES ALIMENTS
Si nous consultions par voie de referendum notre moderne société dans le but de savoir son idée sur le régime qui convient le mieux au développement de la chaleur animale, j’ai la conviction que tous ou presque tous, ouvriers et bourgeois, ignorants et savants, acclameraient avec enthousiasme le régime carnivore. Pourquoi ? Nul ne le sait. Tout le monde cependant affirme sa conviction, et cette conviction est bien profonde et fortement enracinée. Vous allez en juger.
Il y a bientôt dix ans, j’étais en discussion sur le végéta!^ risme avec un célèbre médecin de nos régions normandes, correspondant de l’Institut pour la section de médecine à l’Académie des Sciences ; « J’accepte, disait-il, votre régime pour les peuplades des pays chauds, parce qu’elles n’ont pas à lutter contre le froid ; mais je le rejette absolument pour nos climats où les besoins de la résistance exigent un régime plus fort. — Plus on s’avance vers le Nord et plus le régime carnivore doit s’affirmer; et, de fait, il s’affirme si bien que les hommes desrégions polaires vivent exclusivement de chair, parce que le végétarisme resterait impuissant à les soutenir. — En suivant une loi fatale et presque instinctive d’adaptation, l’animal qui, partant de l’Èquateur, s'élèverait progressivement vers les pôles, MODIFIERAIT SON REGIME en cherchant une nourriture animale de plus en plus substantielle. Si, par hasard, on voulait entraver ce changement nécessaire, l’animal ne tarderait pas à s’affaiblir et tomberait bientôt sous le choc brutal des latitudes glacées... »
A cette attaque, j’ai donné deux réponses : l’une fournie par le bon sens, l’autre par l’expérience.
J’ai d’abord fait remarquer que les Groënlandais et les Esquimaux doivent s’interdire, par nécessité, toute velléité de
vé^étai'isme. Comment le pratiqueraient-ils?... Voyez-vous des Esquimau.x s’ingéniant à récolter des petits pois et des flageolets, des pommes de terre et des carottes, des navets et des poireau.v, des laitues et des romaines, sui' la calotte de glace qui les porte!!!... Ces braves gens vivent de ce qu’ils trouvent. Nécessité fait loi. Et, si j’étais à leur place, soucieu.’t comme ils le sont de conserver l’existence, je ?'e?îoncerais résolumejit à toute idée végétarienne, pour dévorer des kilogrammes de filet d’ours blanc et boire des litres d’huile de phoque! Inutile d’ajouter que mon contradicteur n’a rien objecté à cette évidence.
Quant à ma seconde réponse, encore plus décisive, elle se trouve dans l’expérience suivante :
On sait que le singe, animal des pays chauds, est strictement végétarien, ou, pour mieux dire, fruitarien. Je me suis donc procuré un tout jeune Rhésus, à son débarquement en France, et je l’ai méthodiquement entraîné à la vie de grand air de nos climats. Au bout de quelques mois, ce petit singe vivait nuit et jour saris abri, sans couverture, sous la pluie et la neige, soumis aux plus grands froids de nos pays. Bien loin de s’affaiblir, l’animal a pris un développement superbe, sans avoir la moindre maladie, sans même gagner le plus petit rhume.
Or, jamais, entendez bien, jamais, pour résister à ce froid, il n’a voulu accepter le moindre morceau de viande cuite ou crue. Bien au contraire, il entrait dans une vive colère, repoussait l’assiette avec violence, jetait au loin les morceaux qu’on laissait auprès de lui et sautait avec avidité sur les fruits et légumes qu’on lui présentait. La famine elle-même n’aurait pas vaincu sa répugnance.
Ce fait mérite d’être retenu; il vaut tout un enseignement, car, à lui seul, il suffirait à détruire la légende du bienfait de la viande dans le régime de résistance au froid. Aussi bien la physiologie toujours claire et irréfutable nous annonce ce résultat.
Nous n’avons pas d’autre source de chaleur que celle qui provient de nos aliments. Les véritables aliments de la chaleur animale sont donc assurément ceux dont la combustion dégage la plus grande somme de calories. Quels sont ces aliments? Nous le savons. Il n’est cependant pas inutile de le rappeler ici
en remettant sous les yeux du lecteur le tableau de l 'énergie produite par chaque aliment (i) :