LES COMITÉS DE VIGILANCE
pas toujours constitués en vue de services si éminents. La tendance naturelle de cette institution est d'abuser étrangement de ses droits et de ses pouvoirs exceptionnels. La mission en apparence légale de ces comités couvre souvent bien des crimes. On en a eu la preuve à New-York, lors de l'incendie de la Quarantaine. Sous prétexte de préserver Staten-Island du contact des malades pestilentiels que l'on y débarquait, un prétendu comité de vigilance a trouvé tout simple d'opposer aux observations de l'autorité la torcbe de l'incendie. C'est une logique d'un nouveau genre, et qui dépasse de beaucoup les droits de la « légitime défense. »
Voici une preuve, toute récente encore, de l'abus de ces comités :
« Dans l'un des comtés les plus populeux de la Louisiane, les Attakapas, lisait-on dernièrement dans un journal de la Nouvelle-Orléans, il s'est formé des comités de vigilance qui ont eu, pour prétexte de leur fondation, la chasse aux nègres marrons et la répression de délits que les magis-
Irais avaient l'habitude de laisser impunis. Mais ces associations ont eu bientôt dépassé leur but, et aujourd'hui elles commettent des crimes vraiment effroyables dans une société civilisée. Malheur à qui leur résiste î »
A l'appui de ces justes observations, le journal louisianais citait, entre autres, les faits suivants: Trois colons avaient succombé à leurs blessures résultant d'un nombre considérable de coups de fouet qui leur avaient été infligés par les vigilants. Un riche planteur avait été fusillé; un autre poignardé. On avait trouvé plusieurs cadavres dan? les prairies, et dans ces immenses plaines qui séparent le Mississipi des frontières du Texas, on rencontrait, mourant de faim, des femmes et des enfants dont les pères , les maris et les frères avaient été chassés de leurs foyers par les vigilants.
Trop de vigilance aboutit au despotisme, à la cruauté, à l'injustice.
Il arrive i)arfois que ces comités se couvrent du manteau de la défense des intérêts généraux poui exécuter, au profil d'un parti, des vengeances politiques. C'est ce qui est arrivé l'an dernier à Tampa, dans l'Étal de la Floride, où, sans motii
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aucun, 011 apprit, un beau matin, l'entrée en fonctions d'un comité de vigilance. Comme on se demandait à propos de quoi ce comité, on ne douta bientôt plus du but que poursuivaient ces vigilants, en trouvant pendus aux portes de la ville quatre des principaux chefs du parti américain. 11 s'agissait tout simplement, en effet, d'intimider ce parti, et d'assurer l'élection d'un candidat démocrate. Ce dernier, n'ayant pas eu le dessus, les vigilants de Tampa passèrent par les fourches caudines delà loi de Lynch, c'est-à-dire que bon nombre d'entre eux furent, à leur tour, pendus sans rémission.
Je veux terminer ce chapitre par le récit de quelques circonstances assez bizarres qui accompagnèrent, au mois de juin dernier, l'application de la loi de Lynch dans une des villes de l'Etat du Missouri, AP any.
Deux individus , James Milligan et Kesler avaient, de complicité, assassine un constable. Kesler, pris sur le fait, avait été pendu immédiatement par la foule, au nom de la loi de Lynch. James Milligan avait pu s'échapper; mais peu de jours après, il avait été arrêté et enfermé dans la geôle pour être traduit devant le jury. Mais la po-
pulace parvint à forcer les portes de la priswi et arracha James Miligan des mains des officiers de police. Le malheureux, sachant le sort qui l'attendait, demanda à recevoir le baptême des anabaptistes.
Était-ce une manière d'éloigner le moment fatal? Avait-il l'espérance qu'il trouverait moyen de s'évader pendant la cérémonie? On ne saurait le dire. Toujours est-il que celte foule, furieuse tout à l'heure, accéda à la demande de Milligan. Un ministre fut requis, et l'on conduisit le condamné au fleuve où, selon le rit de la nouvelle religion qu'il embrassait, il fut plongé la tête la première.
Quand James eut quitléle fleuve, on eut la délicate attention de lui apporter des vêtements secs. Puis il fut conduit sous le même arbre et pendu à la même branche où Kesler avait été pendu. Chose curieuse ! Pendant que la populace exécutait le criminel, la cour appelée à le juger était solennellement assemblée, et attendait qu'on le conduisît à sa barre. La besogne lui fut épargnée !
FONCTIOXS PUDLIQUKS, ETC . i 6'^