‹ Excentriques et grotesques littéraires de l'AgenaisChapitre 10 sur 13 · GROTESQUES PATOIS · texte numérisé non relu

GROTESQUES PATOIS

Comme le lecteur pourrait être surpris d'un silence complet sur les excentricités littéraires des poètes patois agenais, j'attribuerai ici quelques lignes à ces derniers.

L'ancienne langue populaire, dont la débâcle se précipite, a été merveilleusement utilisée par Jasmin, le plus grand, le mieux doué des poètes del'Agenais; mais, avant et surtout après lui, une foule de rimeurs sont venus, la plupart sans souffle et sans aptitude appréciable.

Quelle que soit la richesse de cette langue délaissée, quelques ressources qu'offrent son harmonie et sa souplesse, encore est-il indispensable à quiconque l'adopte de disposer de dons personnels. Malheureusement bien des patoisants, dépourvus de toute culture, ne l'ont choisie que comme un instrument paraissant être plus accessible à leur extrême faiblesse. Les inspirés se comptent sans peine.

C'est surtout en serrant de plus près l'évolution contemporaine qu'on pourrait, s'il y avait lieu, fournir à cet égard d'inqualifiables exemples, produire de nombreuses monstruosités littérales rimées par à peu près, étrangères au bon sens, procédant exactement d'une dégénérescence mentale.

Au surplus, ils n'ont peut-être pas tout à fait tort ceux qui s'étonnent que réformateurs et étymologistes aient choisi une heure aussi tardive pour se disputer de tels lambeaux, pour rêver d'une épuration et d'une unité chimériques. Au lieu de servir utilement une cause perdue, leurs trop savantes dissertations, sortes d'anachronismes, ne semblent-elles

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pas plutôt destinées à hâter encore et à consommer la fatale déroute ?

Des poètes patois antérieurs au xix° siècle, je ne crois pas avoir à parler. Le premier en date que je citerai est l'abbé Jean-Patrice Gravière, d'Agen (1747-1817) \ auteur d'un petit poème badin aussi parfaitement exsangue et décousu que possible :

— Jean, ou lou Cousine del Semmari d'Agen. Poëme burlesque en dus chants et en bèrs patois . — Agen, 1825, in-16 de 22 pp.

Xavier Bascoert, déjà cité pour sa splendide traduction du Catéchisme d'Agen en vers français, a aussi rimé en patois. De ses Noëls, je ne dirai rien ; mais ne dois-je pas rappeler qu'il traita les Fables de La Fontaine comme il avait traité le Catéchisme ?

— Fahlos de La Fountaino, traduitos en bèrs patois del pays de Bilonèbo-sur-Lot {Lot-et-Garono), embé toutos sas Epltros, Philemoun et Baucis et soun Epitapho ; dediados as Habitans de la Campagno. — Livre premier: Villeneuve, 183G, in-8'-' de 48 pp. — Livre deuxième : Ibid., 1839, in 8° de 79 pp.

Je ne sache pas que cette bouffonnerie soit allée plus loin ^.

Dédier aux « habitants de la campagne» des vers ridicules, en une langue plus difficile à lire que le français, est peu compréhensible. J'admettrais avec peine que quiconque possède le syllabaire ne préférât pas le texte inimitable de La Fontaine à une traduction saugrenue. Bascoert crut-il réellement servir, parce plaisant essai, la cause des illettrés?

^ V. t. I, p. 341 de la Bibliographie générale de l'Agenais.

• Plusieurs cas de ce genre pourraient être mentionnés. Je cite seulement celui d'un Bergeret, qui, en 1816, dans dix-sept Fablos caousidos, massacra à la fois La Fontaine et le sous-dialecte agenajs.

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