‹ Excentriques et grotesques littéraires de l'AgenaisChapitre 6 sur 13 · BONAPARTE ET MURAT · texte numérisé non relu

BONAPARTE ET MURAT

Bonaparte et Murât ! étoiles fraternelles ! Deux grands noms rayonnant de lueurs éternelles, Baptisés mille fois sous le feu du canon : Tout Français aujourd'hui qui sent brûler son âme Doit incliner son front aux genoux de la femme Héritière de ces deux noms.

Bonaparte! ce nom quand la main le crayonne Sur le grossier vélin, comme un astre rayonne : Jamais nom de mortel n'eut des deslins si beaux. Si la France perdait l'éclat qui la décore, Ce nom étincelant l'embraserait encore

Comme un soleil sur des tombeaux.

Allez à Tombouctou, la ville fabuleuse, Où. le Niger étend son onde nébuleuse ; Prononcez de grands noms, des noms grecs ou romains Aucun ne touchera le stupide sauvage ; Demandez Bonaparte à l'écho du rivage:

Le rivage battra des mains.

Les Africains errants avec un culte étrange Sur les pics décharnés du fleuve de l'Orange, Chez eux le nom français n'est point encor venu. Ils n'ont jamais prié le Créateur suprême ; Ils ignorent le monde, ils ignorent Dieu même : Bonaparte leur est connu.

Partout il est connu : cherchez bien sur la carte Un seul peuple oublieux du nom de Bonaparte : Notre globe le sait de l'un à l'autre bout. Les peuples périront ainsi que leurs histoires, Les temples, les cités, le bronze des victoires. Ce nom seul restera debout.

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Cest un de ces grands noms qui luisent sur la France, Qui luifa sur Méùn, ah ! j'en ai l'espérance, Tant qu'un feu militaire animera nos fronts ; Tant que la gloire sainte aura pour nous des charmes, Tant qu'une main française élèvera les armes Pour nous venger de nos affronts.

Tarlas! ah ! tout est dit ! Il suffit qu'on le nomme ! C'est la gloire incarnée et la valeur faite homme. Qu'on lui trouve un rival dans les âges anciens! Dans les rangs hérissés de flèches et de piques I Récitez les exploits des poèmes épiques : Ils pâlissent devant les siens.

Quand le canon sonnait l'heure de la bataille, Il montait à cheval, grand de toute sa taille, Le premier réveillé dans le camp endormi, Et courant, radieux, hors la ligne des tentes, Avec son beau panache et ses plumes flottantes 11 se montrait à l'ennemi.

Roi des camps ! un cheval alors était son trône ; Sa large épée, un sceptre ; un képi, sa couronne ; Les boulets des combats étaient ses courtisans. La mort avait pour lui des regards de clémence; Il livra sans blessure une bataille immense, Une bataille de vingt ans.

Tu t'en souviens, Ishj ! sur ta brûlante plage, Tu le vis autrefois à l'aurore de l'âge. Un pacha du Maroc lui barrait le chemin : Tartas s'élance et prend du Dey l'armée entière ; Il entr'ouvre les flots, ainsi qu'un cimetière. Et l'ensevelit de sa main.

Mézin, Tartas : deux noms, étoiles fraternelles !

(Reproduction de la première strophe)

UNE ODE MISE A MAL ié

Il en est encore un qui luira sur la France, Et qui nous sera cher, ah ! j'en ai l'espérance, Tant qu'un feu miliaire animera nos fronts, Tant que la gloire sainte aura pour nous des charmes. Tant qu'une main française élèvera les armes Pour nous venger de nos affronts.

Murât! ah ! tout est dit! il suffit qu'on le nomme! C'est la gloire incarnée et la valeur faite homme. Qu'on lui trouve un rival dans les âges anciens ! Dans les rangs hérissés de flèches et de piques ! Récitez les exploits des poèmes épiques : Ils pâlissent devant les siens.

Quand le canon sonnait^l'heure de la bataille. Il montait à cheval, grand de toute sa taille. Le premier réveillé dans le camp endormi. Et courant, radieux, hors la ligne des tentes, Avec son beau dolman et ses plumes flottantes Il se montrait à l'ennemi.

Roi des camps ! un cheval alors était son trône, Sa large épée, un sceptre, un casque, sa couronne; Les boulets du combat étaient ses courtisans. La mort eut pour lui seul des regards de clémence, Il livra sans blessure une bataille immense, Une bataille de quinze ans.

Tu t'en souviens encore, Aboukir ! sur ta plage. Tu le vis autrefois à l'aurore de l'âge. Un pacha de Stamboul lui barrait le chemin : Murât échevelé prit une armée entière; Il entr 'ouvrit les flots, ainsi qu'un cimetière. Et l'ensevelit de sa main.

Bonaparte et Murât ! étoiles fraternelles !

(Voir ci^dessus)

Epouse du héros, rejetons du grand homme, De quelque titre saint que ma bouche vous nomme, Une Jarme toujours viendra mouiller mes yeux. Soyez heureux tous trois! Que ce chant vous console! Car vous brillez encor de la belle auréole

De ce grand nom qui luit aux Cieux !

L'entreprise est-elle assez plaisante ?

Les strophes m à vu de VOde au Général de Tartas, étrangères à l'ode de Méry, procèdent naturellement du même système dépourvu de scrupules.

Ici, du moins, la prosodie est sauve et le grotesque dérive d'une absence totale de goût, d'une exagération comique et ridicule ; mais je pourrais citer, de la même ode, un travestissement plus récent, où l'ignorance des règles élémentaires touche à l'invraisemblance. Cela fut imprimé en 1888, sous ce titre : Ode patriotique dédiée à Monsieur Carnot, Président de la République Française (Agen, impr, Cassan et Cazautet, in-f°, en longueur) ^

^ V. la Bibliographie générale de l'Agenaîs, t. m, p. 173.

Faut-il donner un spécimen de cette orgie lyrique inimaginable, qui se produisit à l'occasion de la visite, à Agen, du président Carnot, en avril 1888 ? — En voici les deux premières strophes, correspondant aux xvi» et xviie de l'ode de Méry :

« Salut à vous, Carnot !... enfant de l'Histoire, Descendant du soldat invoquant la victoire, Président des Français au suprême blason, L'Agenais, aujourd'hui, qui sent brûler son âme S'incline pieusement et déploie l'oriflamme Devant l'héritier du grand nom.

a Petit-fils du héros, digne cœur du grand homme, De quelque titre saint que ma bouche vous nomme. Tant de grands souvenirs humecteront mes yeux. Soyez heureux, vous ! que ce chant vous console, Vous brillez parmi nous sous la belle auréole De ce grand nom qui luit aux cieux, »

Cela suffit sans doute amplement, et tout commentaire quelconque serait oiseux< Parmi les autres cas de semblables pillages, je me borne à citer le suivant ;

UNE ODE .MISE A MAL l"?

Epouse du héros, digne sœur du grand homme. De quelque titre saint que ma bouche vous nomme, Une larme toujours viendra mouiller mes yeux. Soyez heureuse, vous ! Que ce chant vous console, Car vous brillez encor de la double auréole

Des deux noms qui luisent aux cieux.

Ces cruelles atteintes à l'honnêteté littéraire touchent, pour ainsi dire^, à l'inconscience et ne peuvent même pas être exactement qualifiées du nom de "plagiat. Celui-ci, en effet, moins excusable encore et plus triste, ne possède pas la note extravagante capable d'étouffer toute réprobation dans l'involontaire sourire qui désarme.

La vraie piraterie littéraire ne saurait avoir la moindre excuse. Quiconque, sciemment et sans vergogne, met en coupe réglée les travaux d'autrui et dissimule sa propre impuissance sous les dépouilles volées n'est qu'un larron vulgaire et vaniteux, dont le procédé méprisable échappe à toute velléité d'indulgence.

Le 15 avril 1894, VEcho des Troubadours annonçait qu'un premier prix de poésie était attribué à une pièce de vers de M. B. Adoue, professeur à Paris. Or ceci n'était qu'une effrontée copie littérale d'une pièce de Charles Deloncle, extraite du recueil publié 80US ce titre : Les Voix natales et nationales (Paris, Ch. Douniol, 1865, in-12).

Dénoncé par la Société des Etudes du Lot, ce fait inouï a été exposé et flétri par M. Ferdinand de Laroussilhe, de Latronquière, dans un placard où, avec les deux textes comparés, est reproduite une lettre du plagiaire se déclarant très fier de la distinction si bien méritée : Canaillerie littéraire (Cahors, impr. Laytou, s. d, [1894], oblong de 0.47 sur 0.21, en longueur).

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