NASSE-LAMOTHE
« Tourbillon des cités, je vous ai dit adieu ! Ce que veulent mes chants, aujourd'hui, c'est un lieu, Non tout à fait désert, mais riant, mais fertile, Et tenant du hameau plutôt que de la ville ; Qui présente à l'entour des jardins, des bosquets; Des pampres verdoyants, des moissons, des guérets : Où la terre, en un mot, sous des mains fortunées, De ses fleurs, de ses fruits partage les années. »
Ceci, d'après Vargument, représente la Distribution du territoire. — Passons.
Le deuxième chant commence par les Avantages et fruits de la vie active :
« Père de la santé comme il l'est du bonheur, Le travail de nos corps redouble la vigueur. Le membre qu'on occupe est de là plus robuste. Ainsi de nos destins l'arbitre toujours juste Le régla-t-il d'abord en ses divins décrets, A ce qu'on crut un mal attachant mille attraits. Pour les besoins communs, aiguillon salutaire. Le travail du travail est le premier salaire. »
Le troisième chant : Fêtes et Jeux champêtres, décrit ainsi, au départ, les Premiers indices d'une fête :
(' La paix que j'invoquais, trop longtemps attendue. Cette fille du ciel, nous est enfm rendue : Et, lorsque mon sujet veut des fêtes, des jeux. Ma muse est disposée à prendre un ton joyeux. Jusqu'au fond des vallons, sur la nature entière, Déjà l'astre du jour déployait sa lumière ; Tout était calme aux champs : seul l'habitant des airs Faisait, le long d'un bois, entendre ses concerts. Les troupeaux étonnés, au sein de leur clôture. Sans vaguer au dehors, trouvaient leur nourriture. Si matineux toujours, le pâtre, le berger Dans les pavots encore aimaient à se plonger. Comme aussi des pavots, pour réparer ses forces, Le robuste bouvier savourait les amorces, »
Enfin le quatrième et dernier chant : Mœurs de l'homme
des champs, débute par ce Regret sur la perte des mœurs antiques :
« 0 mœurs de l'âge d'or ! 0 règne des vertus !
Temps qu'on chérit toujours, pourquoi n'êtes-vous plus I
Pourquoi, quand je voudrais vous rendre à la mémoire.
Ne puis-je, parmi nous, en retrouver l'histoire ?
On dit que, s'exilant de ces terrestres lieux
Par le crime souillés, et rappelée aux cieux,
Pour son dernier séjour, dans les hameaux, Astrée
Choisit du laboureur la retraite ignorée.
Mais à peine aujourd'hui, de ces vestiges saints,
Quelques traits, même aux champs, se montrent-ils empreints !
Ma muse, déplorant ces ruines funestes,
Trempera ses pinceaux dans leurs précieux restes. >>
Tout cela est incontestablement filandreux et côtoie le burlesque involontaire ; mais le génie ne court pas les rues. Les poètes médiocres encombrant par légions les abords du Parnasse ne relèvent que de l'indifférence. Le cas de Nasse- Lamothe est donc tout entier pour nous dans sa prodigieuse outrecuidance.
L'invraisemblable entreprise sur VArt poétique de Boileau a sauvé son nom d'un juste oubli ; elle lui a valu pour jamais le titre de Grotesque et les honneurs d'une moquerie universelle.