‹ Excursion à Bou-Saada et M'Sila. Racontée par de Galland, illustréeChapitre 11 sur 28 · EN VUE · texte numérisé non relu

EN VUE

DE

BOU-SAÂDA.

BOU-SAÂDA.

Le commandant Crochard, dont l'obligeance et la courtoisie furent si parfaites, a bien voulu me communiquer sur l'histoire de Bou-Saâda quelques documents, qui, naturellement, ont leur place marquée en cet ouvrage.

Chaque fois qu'en pays arabe on veut se référer aux origines, l'histoire, faite de traditions, se trouve mêlée à la légende, le merveilleux au réel. Comme je ne suis pas historien, je me borne à relater, en laissant au lecteur le soin de faire un juste départ entre le fantastique et le vrai.

Vers le VIe siècle de l'hégire, un personnage du nom de Sliman ben Rabia, qui était parti du Tafilalet, séduit par le paysage et l'abondance des eaux, s'arrêta sur les bords de la rivière, à i ou 3 kilomètres de la ville actuelle, à l'endroit où est situe le moulin de M. Ferrero. Il y construisit quelques demeures pour lui et les siens. Peu de temps après, il y fut rejoint par Si Dehim, originaire des environs de Médéa.

Vers la même époque, un chel de bande redouté, Sidi Tsameur, entraîné par son humeur vagabonde et aventureuse, fit une incursion avec ses hommes dans la région montagneuse des oulad Naïl qu'il voulait piller. Il fut, parait-il, détourne de ce dessein criminel par la volonté divine. Oblige de s'arrêter en route pour reprendre ses faucons qui s'étaient enfuis et ne répondaient plus à ses appels, il eut, pendant la nuit, une vision céleste et entendit une voix qui lui ordonnait de renvoyer ses compagnons et de poursuivre seul son chemin. Sidi Tsameur courba la tête et se rendit seul à El-Aouinet, où il rencontra Si Sliman. Celui-ci, ouali de Dieu et possesseur de la "baraka," ne tarda pas à l'instruire et à le convertir au bien. Ce lieu, consacré par la présence du saint homme et par la conversion de Sidi Tsameur, s'appela désormais " Taïbin" (en arabe, la conversion, de " tab " se repentir, se convertir). C'est encore le nom de la plaine qui s'étend en aval de Bou-Saâda. De plus. Us indigènes, désireux de perpétuer ce souvenir, donnèrent à la montagne, au pied de laquelle Sidi Tsameur avait égaré ses faucons, le nom de " Kef Tiour " (la roche aux faucons).

Les trois marabouts ne restèrent pas longtemps à El-Aouinet. Pendant que, suivant le cours de la rivière, ils cherchaient des terres fertiles propres a la culture, la femelle d'un chacal sortit de son trou, et, au lieu de fuir à leur approche, vint au-devant d'eux pour les inviter à se fixer en cet endroit, qui est encore connu sous le nom de " Diba " (diba, femelle du chacal, " dib " en arabe).

Convaincus par ce prodige, témoignage de la volonté divine, ils n'hésitèrent pas à construire en ce lieu des maisons pour eux et une mosquée, la Djemaa El Assik, du nom de la femme de Si Tsameur. Autour de ce premier oratoire se groupèrent d'autres demeures; et c'est ainsi que se créa la cité naissante.

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